Piutarque, Àleibiad,, YIII
YIB PRIVÉS D'aLCIBIADE. S3S
sdtaaitune offense grave, décida Hipparète à divorcera Le divorce, au reste, .n'était pas sans exemple dans sa &mille, puisque sa mère avait divorcé deux fois.
Hipparète quitta la demeure d'Alcibiade et vint se réfugier chez son frère Kallias, puis elle déposa au tribunal de r Archonte Ëpooyme' une demande en divorce, la basant sur l'introduction d'une concubine dans le domicile conjugal et peut-être sur ce singulier article de la loi athénienne: « Les maris sont obligés de passer au « moins trois nuits par mois avec leurs femmes'. » Mais par une prévoyante disposition du législateur, il fallait que la demande de divorce faite par là femme fût remise
l. Pseodo-Andocide, C. Alcib,, 14*
% Pseudo-Andocide, C. Alcib.y 14; PluUrque, Aleib., VIIL — Panni ses nombreuses attributions, l'Ëponyme, ou premier Arcbonte, avait à prononcer sur ies différends qui s'élevaient dans les ménages. (Voir Tlntrodaction^ p. 21.) Comme nous l'ayons dit, les Archontes, à Tèpoque d*Alcibiade, avaient perdu la plus grande partie de leurs attributions judiciaires. Ils n'avaient gardé que l'instruction et la présidence des affaires dont ils avaient autrefois la judicature. U est donc à supposer que, quand la séparation donnait lieu à un procès, l'Archonte auquel on remettait la demande en divorce instruisait l'affaire et l'inscrivait au rôle d'une des dikasterias. Si au contraire la séparation s'opérait à l'amiable, peut-être TArchonte avait-il |e droit de la prononcer de sa propre autorité.
3. PluUrque, Solon, XX.— Solon avait édicté cette loi pour prévenir la décroissance de la population. « D'ailleurs, conclut Plutarque, quoi- ■ qu'il puisse ne point en résulter d'enfant, c'est toujours un honneur c que le mari rend à sa femme. »
234 mSTOIRE D'ALaeUDS.
à rArcbonte par eUe-mème S Or, à peine Hipparète arrivait-elle en présence de ce magistrat qu'Âlcibiade, qui l'avait devancée à FOdéon où siégeait TArchonte Ëponyme, la saisit par le milieu du corps et remporta chez lui à travers les rues les plus fréquentées d'Athènes^. Personne ne pensa à s'étonner de cette action^ ni à la censurer, car la loi n'exigeait cette comparution devant l'Archonte de la fenune demandant le divorce, que pour ménager au mari une occasion de revoir sa femme et de la retenir'.
Pour Hipparète, cet enlèvement était un triomphe. Se résignant donc à partager le cœur de son mari avec des rivales, elle abandonna toute idée de divorce et demeura jusqu'à sa mort avec Alcibiade. EUe mourut quelques années plus tard, pendant un voyage d'Alcibiade & Sphèse ^
1. FhUaxqvLe, Aîcibiad. , VIII; Petit, Leges aUiets, t. n, p. 151, notes.
2. Pseudo-Andocide, C. Aleibtod., U. Platarque, Akibiad.f Vm. — Trois motifs pouvaient déterminer Alcibiade à s'opposer au divorce : Tamour qu'il reprit pour sa femme sachant qu'il allait la perdre i jamais; la jalousie qu'il ressentit en craignant que sa femme ne se donnât à un autre en légitime mariage; l'obligation qu'il avait, en cas de divorce, de rendre la dot, selon la loi citée par Démosth&nes, in Neaer.
3. Plutarque, Àleibiad., VIII; S. Petit, legtt attie», 1 1, p. 151, n. 2.
4. Plutarque, Aleibiad., VIII. Cf. Isocrate, Dé Big. XVII. — On n*ft
LE fus D'aLCIBUDK. Î35
On ne ^it si Alcibiade et Hipparète eurent plusieurs enfants S mais il est certain qu'ils eurent un fils qui reçut comme son père le nom d' Alcibiade. Ce fils naquit vers 4S0 ou 418. Fait orphelin presqu'au l>erceaU par la mort de sa mère et l'exil de son père, sa jeunesse s'écoula assez tristement à Athènes, et ne fut pas exempte de reproches, à en croire Torateur Lysias. Plus tard, les Trente le bannirent d'Athènes à cause de son père, et confisquèrent ses domaines patrimoniaux. Après la mort d'Alcibiade et la chute de la tyrannie des Trente, il reyintè Athènes; mais il ne put obtenir d'être réintégré dans ses biens. H eut alors à soutenir deux procès, le premier au criminel, pour une infraction assez légère à la loi militaire, le second au civil, en tant qn' héritier d'Alcibiade. Gomme son père, dont il affectait d'imiter le maintien, dit le comique Archippos, cet Alcibiade était fort beau. Comme lui aussi, il était de mœurs dissolues^ C'était Alcibiade moins le génie. La
pas d'aatre document sur ce voyage à Sphëse que ce passage de Plutarque; car il ne saurait dtre question ici des divers voyages que fit Alcibiade à fiphèse pendant la guerre dlonie (de 411 à 407). U s'agit sans doute de quelque voyage d'agrément ou d'affaires, comme celui d'Abydos.
1. Voir, sur cette question, la note 1 de la page 229 de ce chapitre.
2. Cf. Isoerate, De Bigit; Lysias, Contra Alcibiadem Minorem Orat. I, et Orof. II; Xénophon, Memorah,, 1,8; Axchippos, Frtignu
236 HISTOIRE D'aLGIBIADE.
race des Alcméonides avait donné trop de grands hommes à Athènes. Elle était épuisée.
{Fragm, Comie. Grœe. édit. I>idot,p. 275); HarpocratioDy s. ▼. ^Ut» 6id$T)c; Meursius, Leet <Utic. VI, U.
Lysias, dans ton Premier plaidoyer eorUre le fils d'AleOnade^ (ait de ce jeune homme un oAeuz portrait.* Encore tout enfant, dit-il, il avait déjà des maîtresses et pis encore. Plus tard il eut avec sa sœur une liaison incestueuse; il perdit toute sa forfuoe au jeu ; il livrai Tennemi un des ch&teaux forts de la Chersonnèse dont son père lui avait confié la garde. » Hais il ne &ut consulter ce plaidoyer qu*avec la plus grande défiance, car il fourmille de telles erreurs historiques (citons seulement l'assertion relative à la bataille d'iEgos-Potamos, % 38) qu'on est tenté de croire que non-seulement, comme le dit Harpocration, il n'est pas de Lysias, mais qu'il est d'un rhéteur postérieur d'un siècle à Alcibiade, et qui ignorait ies principaux événements de la guerre du Péloponnèse.
Pour les procès intentés au fils d' Alcibiade, voici quelles en étaient les causes. Dans le premier, le jeune Alcibiade était accusé d'avoir passé de la cavalerie, sur les centrales de laquelle il était inscrit en qualité de chevalier, dans l'infanterie. Cette permutation, quoiqu'ayant été autorisée par les stratèges en exercice, était contraire aux règlements militaires de l'armée athénienne. Dans la seconde affaire, un certain Tisias (Plutarque l'appelle Diomédès) l'attaquait comme héritier de son père, lui demandant cinq talents (27 ôOO fr.) en dommages et intérêts. Ce Tisias prétendait qu'il avait autrefois chargé le grand Alcibiade d'acheter une couple de chevaux magnifiques, destinés à concourir aux Jeux Olympiques, et qu'Alcibiade l'avait en eflîet achetée, mais en son nom, et pour courir lui-môme à la course des chars, n semble que la mauvaise foi de ce Tisias fut prouvée. Cependant on ignore l'issue de ce procès, ainsi que du précédunt (Cf. Lysias, C. Akib. Minar,, Ùrat,, I, et Oral, 11; Isocrate, de Bigi$; PluUrque, Alcib. XII).
GHÂPmiË CINQUIEME.
^tnation d'Athènes, puissance maritime, ris-à-ris des âtats continentaux de la Grèce. ^ Les Doriens de Mégare et de la Confédération Béotienne. — Tentative contre Mégare. — * Szpédition de Béotie. —Bataille de Délion (424 av. J. G.). — La tactique grecque. — Armistice entre Sparte et Athènes. — Rupture de la tréye (433). — Bataille d'Amphipolis. ^ Mort de Kléon. — Négociations de paix. — Double jeu d'Alcibiade. — Paix de Nicias. — Traité d'aillance entre Sparte et Athènes (4S2-421}.
Depuis le commencement de la guerre du Péloponnèse, la Béotie, dont le territoire confinait à l'Attique au nord-ouesty avait embrassé le parti de Lacédémone. Les Athéniens se trouvaient ainsi entourés d'ennemis : au nord, les Béotiens ; à l'ouest, les Mégariens ; i l'est, les Eubéens, sans cesse révoltés. Au sud seulement, ils avaient un allié. Cet allié, c*était la mer.
Pour un État maritime comme Athènes, assurément
238 HISTOIRE D*ALGIB1ADK.
c'était un immense avantage que d'avoir la mer ouverte sans conteste. Par là, ses vaisseaux chargés d'hoplites se dirigeaient sur tous les points de la Grèce, allaient recevoir l'argent et les renforts de ses lointains alliés des lies, soumettre les cités tributaires en rébellion, ravager les côtes des pays ennemiSi ruiner par des croisières le commerce maritime des villes appartenant à la Ligue Dorienne et détruire les flottes qui osaient sortir des ports. Mais pendant que les escadres atliéhiennes portaient au loin^ chez rennemi, la ruine et la mort, les armées péloponnésiennes, passant par l'isthme de Gorinthe, les roches scyroniennes et la Hégaridei et opérant leur jonction sur les frontières de la Mègaride et de l'Attique avec la puissante cavalerie béotienne, pénétraient au cœur même de TAttique, aux portes d'Athènes, la pique et la torche en mains. Ce qu'Athènes faisait avec ses vaisseaux contre les côtes du Péloponnèse, Sparte le faisait avec ses hoplites conbre l'Attique tout entière. Si l'Attique avait été une tle« les Athéniens seraient devenus sans peine les maîtres de la Grèce» Inattaquables chez eux, leurs flottes et leurs corps de débarquement auraient soumis en pw de temps les plus puissants États du Péloponnèse. Les autres, terrifiés, auraient reconnu sans difficulté la suprématie d'Athènes et accepté le gouvernement dé^^
ATHiNIS R LES tlJOS COIXTIHENTAUX. 2'd9
mocratique. Pour le malhenr des Grecs , il n'en ftat point ainsi. La tribime du Pnyz était tournée vers la mer pour indiquer que la [mer c'était la grande force d'Athènes. La terre, c'était sa faiblesse; c'était par là que la dté devait succomber.
On aurait une juste idée de la position stratégique dcr l'Attique pendant la guerre du Péloponnèse, en se. figurant TAngleterre pendant les guerres du premier Empire;; mais l'Angleterre presqu'île, l'Angleterre» jointe à l'Irlande par quelque isthme» reliée à la France par le détroit du Pas-de-Galais comblé ; mais l'Angleterre avec l'Ecosse et l'Irlande indépendantes, et alliées actives de la France. Qu'eût servi alors aux Anglais leur paissante marine tandis que les divisions françaises eussent envahi l'Angleterre au sud, et qu'au nord et à l'ouest les Ëcossais et les irlandais, par de fréquentes incursions, eussent contraint l'armée royale à se diviser pour se porter sur les trois points menacés t Dans cette désastreuse position, l'Angleterre n'eût peut-être pas résisté deux ans. Dans cette même position, Athènes résista vingt-six années.
Par leur situation géographique, la Mégaride et la Béotie étaient deux grandes forces de la Ligue Dorienne. La Hégaride était la clé de l'Attique ; la Béotie fournissait aux envahissements des Péloponnésiens l'appui
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inestimable de nombreux contingents de cavalerie, n importait donc à Athènes, pour terminer la guerre à son avantage, de soumettre ou de détacher de la ligue enn^nie ces deux États limitrophes, ou tout aa moins Tun de ces deux États. Sans l'alliance m^rienne) les Péloponnésiens ne pouvaient pénétrer ea Attique , et les Béotiens isolés et réduits à leurs propres forces, n'étaient plus à craindre. Sans l'alliancd béotienne, à laquelle ils devaient des corps de cavalerie,
les Doriens du Péloponnèse et de Mégare, qui étaient complètement dépourvus de cette arme, n'auraient
jamais osé s'aventurer en Attique ^ Les douze cents cavaliers bien équipés et bien montés qu'Athènes pouvait mettre en ligne les eussent refoulés dans les plaines d'Eleusis, d'Éleuthère, de Philé et de Décélie, si admirablement disposées pour les évolutions de la cavalerie.
Au milieu de l'été de 424, les Athéniens, tentèrent,
sous la [conduite de Démosthènes, une surprise sur Mégare^. Quoique la faction démocratique de Mégare, qui était de connivence avec les Athéniens, leur eût promis son appui, cette tentative échoua à causa d'un renfort inattendu de six mille hoplites péloponnè-