Thucydide^ V, 16; Plutarque, Alcibiad., XIV; Nicias , IX
pour faire arriver les deux États à une solution pacifique.
Ce fut durant ces conférences et ces ambassades (fin de 422 et commencement de 421) qu'Alcibifiide parut pour la première fois sur la scène politique % qu'il ne devait quitter qu'à sa mort. Né en 451, il ai-
teignait alors cette trentième année qui lui donnait la complète majorité civique. Il semble qu'Alcibiade qui d'ailleurs n'avait pu encore se mêler au gouvernement que par ses manœuvres sur l'agora et dans les hétairies, appartenait déjà au parti démocratique et antilaconien, autrefois représenté par Périclès et dont Kléon avait été ensuite à la tète. La mort de Kléon laissait vacante la place de chef du peuple qui convenait si admirablement à Alcibiade. Les grands
1. Selon une opinion assez accréditée parmi les historiens modernes et basée sur un message du plaidoyer apocryphe d'Andocide contre AU cibiadef le premier acte de la ?ie politique d'Alcidiade aurait été do ISaire doubler le tribut payé annuellement à Athènes par les villes dépendantes, n l'aurait fait élever de 600 à 1200 talents. Mais, d'une part, il est fort douteux que ce tribut ait jamais été doublé, ou sMl le fut, il le fut comme le dit Plutarque (Arittid,, IXIV) < peu à peu, xarà (iixpàv. ■ Le silence de Thucydide à cet égard en est une preuve convainquante. D'autre part, selon M. Bœckh (Econ. desAth,, t. II, p. 160, sq.), ce tribut fut doublé environ en 42ô ou 423 av. J. G. Or, à cette époque, Alcibiade n'avait pas sa majorité politique, et ainsi il dut rester étranger à cette mesure. Voir à ce sujet, Grote {Hist. de la Grèce, t. vm p. 7-11) qui conclut absolument à la négative.
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ambitieux, les Péridès, le Marius, les Gatilina, les César, les Bonaparte, n'ont-ils pas toujours commencé par marcher avec le peuple? Cependant à cette heure décisive de sa vie, Alcibiade hésita entre les deux forces sur lesquelles il pouvait s'appuyer. Quoique ses traditions de famille, ses avances à la démocratie et ses véritables intérêts d'ambitieux, l'engageassent à embrasser la cause populaire, il fut sur le point de la trahir. Cest qu'Alcibiade était déjà, comme il le fut plus tard, l'homme du fait accompli. Il savait accommoder ses convictions aux circonstances et modifier ses desseins selon les événements. Sa nature l'invitait plutôt à se faire porter par le courant qu'à le remonter, bien que, quand il y était forcé, il luttât contre le flot avec plus d'énergie que nul autre. Or, à ce moment, le courant allait à la paix. Alcibiade songea donc à inaugurer brillamment sa carrière d* homme d'État en faisant conclure un traité de pajx*. C'était rompre avec le parti démocratique; c'était renier la politique de Périclès. Mais c'était se concilier tous les chevaliers et se placer le premier d'entre eux. Nicias lui-même et les principaux oligarques eussent été contraints de s'incliner devant ce jeune homme qui, à peine entré aux afTaires, réussissait & mettre fin à cette guerre que
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sans succès depuis près de dix années ils s'efforçaient de terminer.
Au reste ^ pour exécuter son projet, Alcibiade usa de la plus grande circonspection, de façon à ce que seul' le succès, et non l'échec, le pût compromettre. Il commença par visiter les hoplites Spartiates de Sparktérie, prisonniers à Athènes. Il se prévalait pour cela de la proxénie de Lacédémone, qui avait autrefois appartenu à sa famille et dont son aïeul s'était désisté ^ Il leur prodigua les soins dans le but de gagner leur confiance
1. Thucydide, V, 43, VI, 89, VIII, 6; Hutarque, AleOnad., XIV. '— La proxénie était une charge qae l'on pourrait assimiler en quelques points au consulat moderne. Les prozènes(icp6(evoc: de icpé, pour protéger, dans rintérét de, et de (évoc, étranger) devaient receroir et protéger les nationaux des états étrangers dont ils exerçaient la proxénie; et principalement les ambassadeurs de ces états, qu'ils devaient en outre héberger et introduire dans les assemblées pubUques. Les prozénes n'étaient donc pas citoyens des pays dont ils avaient la proxénie, mais de la cité où i!s Texerçaient. Ainsi, les proxénes des Lacédémoniens à Athènes étaient athéniens, et les proxènes des Athéniens à Sparte étaient Spartiates. (Hésychius, s. t. icpé^evoi; Thucydide et le scoliaste, II, 29, 85, III, 2, 70« IV, 78, V, 59, VI, 89, VIII, 6, 14.) Ces fonctions qui étaient généralement héréditaires, avaient le plus souvent leur origine dans des liens de famille, (Cf. les auteurs précités.) C'est pour cela que les aïeux d'Alcibiade, alliés à la famille Spartiate de TEphore Endios) avaient exercé à Athènes la proxénie de Lacédémone. Son aïeul paternel y avait renoncé pour quelque mécontentement (Thucydide, VI, 89, VIII, 63 Plutarque, Àlei' hiad.y XIV). Il semble qu'Aloibiade était aussi proxène des Abyde* niens.
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et de supplanter Nicias auprès d'eux et auprès des en« Yoyés de Lacédémone. Alcibiade comptait ainsi s'attri* buer tout l'honneur du traité de paix. Mais les Spartiates, plus confiants dans la vieille expérience et dans la grande personnalité de Nicias que dans les promesses brillantes de ce jeune présomptueux^ repoussèrent assez dédaigneusement les avances d'Alcibiade^ Offensé de cette indifférence, celui-ci se rejeta plus avant que jamais dans le parti démocratique^ dans la politique belliqueuse de Périclès et de Kléon ^.
Cette rapide évolution doit d'autant moins étonner de la part d'un homme comme Alcibiade qu'à cette époque il était permis d'hésiter, au point de vue des intérêts de TÉtat, entre une solution pacifique et un dénoûment par les armes. Si la paix avait ses avantages et la guerre ses périls, les Athéniens se trouvaient alors, malgré les désastres de Délion et d'Amphipolis, plus en état de continuer la lutte que les Spartiates. Les pertes d'hommes étaient à peu près égales des deux côtés, et Athènes, démocratie ouverte, sans cesse renouvelée par l'admission aux droits civiques d'esclaves, d'affranchis et de métœques, était plus à même de refaire ses