‹ Histoire d'Alcibiade et de la république AthénienneChapitre 171 sur 241 · Voir rintroducUon, p · texte numérisé non relu

Voir rintroducUon, p

AlfBASSADES A ATHÈNES. 297

avec les Béotiens, qu'ils représentèrent comme sans danger pour Athènes. Ils ajoutèrent qu'ils avaient pleins pouvoirs pour tout pacifier à des conditions justes et raisonnables ^ Mais ils ne dirent point que ces conditions étaient qu'Athènes accorderait tout et que Sparte n'accorderait rien*. Séduits par le langage des Lacédémoniensy auquel le laconisme et la rudesse donnaient un caractère dé franchise qui dissimulait admirablement la fourberie et inspirait toute confiance , les sénateurs agréèrent leurs propositions. Ils firent même espérer aux ambassadeurs qu'elles seraient agréées de même par l'Assemblée, qu'ils convoquèrent à cet effet pour le jour suivant'.

Sauf de rares exceptions, les séances du Conseil des Cinq-Cents étaient publiques* ; mais comme les délibérations y étaient bien moins animées qu'à l'Assemblée, et que naturellement aucune rémunération n'était al-

1. Thucydide, V, 44, 45, Plutarque, AUibiad., XIV; Nieias, X. Cf. Diodore de Sicile, XII, 77.

2. Les Spartiates le prouvèrent bien, quelques jours plus tard, lors de la mission sans résultat de Nicias à Lacédémone. Voir Thucydide, y, 46; Plutarque, Nicias, X.

3. Plutarque, Alcibtade, XIV, Nicias, X. Cf. Thucydide, V, 45. — C'était le droit du Sénat de convoquer le Peuple en assemblée extraordinaire (xaTax>Y)aCa) quand il y avait urgence à régler quelque affaire.

4. Cf. Démosthéne, De fais, leg., 18; Platon, Meneûcen., p. 234; Andocide, De reditu suo, 19.

louée aux assistants non sénateurs, un très-petit nombre d'Athéniens profitaient de cette publicité. On ne voyait au Palais du Sénat que les citoyens directement intéressés à la discussion. Dans cette circonstance , Alcibiade n'avait eu garde de manquer la séance du Conseil . Les paroles des Spartiates et l'accueil favorable qu'y firent les sénateurs Tinquiétèrent. Il craignit que la bonne foi apparente des Lacédémoniens ne produisit la même impression sur l'Assemblée que sur le Sénat, et ne fit rejeter l'alliance d'Argos. Il imagina de tendre un piège aux ambassadeurs*. A leur sortie du Conseil, il les aborda, et, feignant de se ranger de leur parti, il leur dit : « Vous ignorez sans doute que « le Sénat se montre toujours modéré et facile envers c ceux qui traitent avec lui ; et que le Peuple, naturelc lement plus hautain, exagère toujours ses préten- « tions ? Si vous dites à l'Assemblée, que vous avez pleins c pouvoirs pour traiter , les Atbéniens prendront un « ton de maître et vous forceront de leur accorder tout « ce qu'ils vous demanderont. Voulez-vous qu'ils se mon- « trent équitables et qu'ils ne vous contraignent pas à « leur rien céder contre votre gré ? alors agissez avec c moins de franchise : tout en faisant de justes propo*

I. Thucydide, V, 45. Plutarque, Àlctbiade, XIV; Nieias, X. — Les récits de Thucydide et de Plutarque sont absolument conformes.

STRATAGÈME D'aLCIBIADE. 299

« sitioDS, dissimulez vos pleins pouvoirs ^ » Alcibiade ajoutait que si les Spartiates parlaient ainsi, il s'engageait à les appuyer de tout son crédit, et qu'il se faisait fort de terminer les différends et d'obtenir de l'Assemblée la restitution de Pylos ^. Ces discours spécieux et ces promesses, qu'il ne craignit pas de confirmer par le serment, inspirèrent la plus grande confiance aux députés. Ds allèrent même jusqu'à s'éloigner de Nicias et à considérer Alcibiade comme un homme extraordinaire» à cause de son habileté politique et de sa profonde connaissance de l'esprit des Athéniens *.

Le lendemain, dès que les proxènes eurent introduit les envoyés de Sparte dans TEkklésia, Alcibiade monta à la tribune et leur demanda, avec une aménité fort bien jouée, d'exposer au Peuple la mission dont ils étaient chargés^. Ceux-ci suivirent très-exactement le conseil d' Alcibiade : ils répondirent qu'ils venaient faire aux Athéniens des propositions pour régler les questions en litige, mais qu'ils n'étaient autorisés à rien conclure ^ Aussitôt Alcibiade simule un emportement

1. Plutarqae, Alcibiade, XIV; Nicias y X, Cf. Thucydide, V. 45.

Page 1