‹ Histoire d'Alcibiade et de la république AthénienneChapitre 212 sur 241 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

Les députés Athéniens à Mélos. — Siège et prise de Mélos. — Massacre des Mêlions (416 av. J. G.). — Violences et débauches d'Alcibiade. — Timon le misanthrope. — Les nouveaux chefs de parti à Athènes. — Les adversaires d'Alcibiade : Nicias, Phaeax, Hyperboles. ^ Haines contre Âlcibiade. — Proposition par Hyperboles d'un vote d'ostracisme. — Ligue entre Alcibiade et Nicias. — Bannissement d'Hyperbolos (Hiver de 416-415).

Un peuple qui n'est pas, comme l'étaient les Spartiates ou les Romains de la République, organisé exclusivement pour être soldat, ne vit pas sans danger de longues années dans Tagitation et les angoisses de la guerre, dans les alternatives irritantes de la défaite et de la victoire. S'il ne tombe pas dans le découragement, la lassitude, la prostration , ce qui serait la mort, il prend une vie factice, toute de fièvre et de nerfs, que maintiennent seuls le bruit et le mouvement. Cet état I 23

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morbide prédispose aux plus grandes actions, à l'iiéroïsme, au martyre môme, souvent aussi au fanatisme, au délire politique, à la folie sanguinaire. De là, ces mesures violentes qui sont des crimes, ces exécutions qui sont des massacres, ces assassinats juridiques qui sont des hontes. On a trop souvent exposé sa vie pour que la vie des hommes importe. A force de se servir de répée, on ne voit plus de droit que dans Tépée ; à force de verser son sang, on répand le sang à flots comme si c'était une rosée féconde.

La bataille de Hantinée qui avait relevé le prestige des Lacédémoniens sans abattre pourtant la puissance d'Athènes et qui avait brisé Talliance argo-athénienne, menaçante pour tous les états indépendants, eût gu rendre une longue période d'accalmie à la Grèce épuisée. Les belligérants se trouvaient à peu près dans la même situation qu'au début des hostilités ^ Les Iles révoltées étaient rentrées sous la domination athénienne. Aucune cité n'avait subi de ces défaites écrasantes, de ces pertes de villes, de ces cessions de territoire, qui ne terminent une guerre que pour en préparer une nouvelle, plus terrible et plus acharnée.

1. A la vérité, quelques cités révoltées du littoral de la Thrace n'étaient pas soumises par Athènes; mais ;en revanche, les Athéniens oocupaient Pylos, au cœur même de la Laoonie.

EXPliBmON CONTRE MÉLOS. 355

Chez les Doriens comme chez les Ioniens, les succès et les reyers se compensaient. Les Spartiates, en rentrant en Laconie aussitôt après leur victoire, avaient donné l'exemple de la modération. Les Athéniens devaient le suivre, d'autant plus qu'alors ils ne pouvaient rien entreprendre dans le Péloponnèse où ils ne comptaient plus d'alliés. C'était donc l'heure de rentrer en soimême et de se fortifler par le calme et le travail pour les éventualités futures. C'était l'heure de panser les plaies de la patrie déchirée.

Mais les Athéniens étaient en proie à la fièvre de guerre. DanÉ» l'impossibilité d'agir sur le continent, ils portèrent la lutte sur d'autres points. En 417-416, tandis qu'Alcibiade renouait l'alliance argienne sans cependant décider les Argiens à reprendre les armes, tandis que le corps d'occupation de Pylos ravageait les districts ouest de la Laconie, les Athéniens firent une expédition contre les Macédoniens et débarquèrent trois mille honunes dans Ftle de Méiose*

Mélos, colonie dorienne, n'avait jamais acquiescé au traité de Délos qui mettait toutes les lies grecques sous la domination athénienne. Elle était restée autonome.

1. Thucydide, V, 83, 84, 115. — L'armement contre Mélos se composait de trente-huit trirèmes, de douze cents hoplites athéniens, do trois cent trente archers et de quinze cents hopUtes alliés.

356 HISTOIRE d'aLOBIAOS.

Pendant la guerre du Péloponnèse, les Méliens quoique sympathisant avec les Spartiates à cause de leur origine commune, n'avaient pas pris parti. En attaquant Mélos, les Athéniens violaient le droit des neutres.

Avant de commencer les opérations contre cette ville, les deux stratèges qui commandaient les troupes, Eléomédàs et Tisias, dépéchèrent aux Méliens des députés, chargés de leur faire connaître Tultimatum d'Athènes '• Thucydide a dramatisé cette entrevue des envoyés athé* niens avec les magistrats de Mélos. Il a pris la forme dialoguée pour exposer les arguments des Athéniens et la défense des Méliens *. C'est le sinistre carmen canœbewm de la Force et du Droit. Jamais le principe étemel que la force l'emporte sur le droit n'a été proclamé avec plus de cynisme.

< — Ce n'est pas au moyen de paroles d'éloquence et « d'arguments triomphants qui ne convaincraient per- « sonne, disent les Athéniens, que nous allons vous « démontrer que notre domination est justifiée par c nos victoires sur lesMèdes, et notre agression contre c vous, par votre attachement à nos ennemis. Non, < nous partons d'un principe universellement admis :

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