‹ Histoire d'Alcibiade et de la république AthénienneChapitre 215 sur 241 · Thucydide, V · texte numérisé non relu

Thucydide, V

MASSACRE DES UÉLIBNS. 359

Selon le témoignage » assez peu digne de foi en général du Pseudo-Andocide, Alcibiade devrait porter la responsabilité du massacre des Mêlions. Ce serait lui qui aurait entratné l'Assemblée à voter ce cruel décret. L'auteur précité ajoute que si Alcibiade agit ainsi, ce Ait afin d'acheter une jeune Hélienne qu'il aimait et dont il eut plus tard un enfant*. Mais Thu* cydide ne parle pas de la participation d'Alcibiade au crime de Mélos. Le silence du véridique et minutieux historien autorise, sinon à rinfirmer, du moins à en douter ^. Plus que tout autre, Alcibiade serait condamnable d'avoir proposé ce décret. On peut excuser les mesures rigoureuses chez les hommes qui, comme Brutus, le duc d'Albe, Saint-Just, rachètent leur sévérité sur les autres par leur sévérité sur eux-mêmes et qui donnent dans la vie privée l'exemple des mœurs

1. Pseodo-Andocide, C. Àlcib. 22-23; Plutarque, Alcibtod., XVI.

2. Pour un décret bien moins important que la mise à mort de» Méliens : une inscription sur une stèle de Tacropole, disant que les Lacédémoniens ont trahi leurs serments, Thucydide mentionne que ce décret fut rendu sur la motion d'Acibiade (V, 56). Il semble donc que si Alcibiade eût provoqué une telle mesure, sur laquelle Thucydide s'étend longuement, l'historien n*eût eu garde de ne pas le faire savoir. Au reste, la participation d' Alcibiade à l'affaire de Mélos n'est pas improbable, mais elle n'est rien moins qu'à prouver; et que penser historiquement de cette romanesque aventare de la jeune Mélienne vendue comme esclave?

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austères. Mais celni-Ià surtout^ est haïssable, qui dresse une liste de proscription au milieu d'une orgie et qui essuie ses mains ensanglantées à la chevelure d'or d'une courtisane.

Et malgré ses campagnes, ses fatigues, ses travaux, malgré les destinées de la cité auxquelles il présidait alors, Àlcibiade n'avait pas cessé sa vi^ de débauches et de' gynécées. Ainsi que certain homme d'État contemporain dont la mémoire est encore présente à plus d'un esprit, TAIcméonide menait de front les affaires publiques et les plaisirs. Si l'ambition primait chez Alcibiade les autres passions, elle ne les éteignait pas. Sa journée passée au Conseil des Stratèges pour régler quelque question relative à une levée de troupes ou pour juger quelque délit militaire^ Alcibiade consumait sa nuit jusqu'à l'aurore dans un symposion, avec des joueuses de flûte, des danseuses, des pallaques, en compagnie de ses amis habituels» Kallias, Axiokhos, Polytion, ThéodoroslePhégeate, Antiokhos*. Quand, au Pnyx, les citoyens venaient de l'entendre soutenir une alliance, proposer une expédition, formuler un projet de loi, engager les Athéniens à étendre et

1. Cf. Thucydide, IV, 118; Démosthène, De coron., 38; Boeckh, Économie politique des Athéniens , t. II, p. 204,

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