Aristophane et le scoliaste, Acham
ralement le nombre des citoyens présents à TEkklésia ne dépassait pas huit mille'; quelquefois même
1. La question du nombre des citoyens de TAttique est encore à élucider. Les auteurs anciens ne nous donnent sur la statistique que des documents très-peu nombreux ; les historiens et les érudits modernes , sauf Letronne (Nouv, eoUec» des Mém. de VAcad» des Inscript.
t. VI) etBœckh, Éc. poî. des Àth.,i. I, p. 59, sq.). Tout très-peu étudiée. Nous connaissons trois recensements faits à diverses époques : Je premier^ au temps de Périclès (440^ avant Tère chrétienne), accuse
18990 citoyens ; le second, au temps de Torateur Lycurgne (330) , 19200; le troisième, ordonné par Démétrios de Phalère (315^ environ), 31000. (Plutarque, PerieL, XXXII ;7i^ I, Orai, Lyc; le scoliaste d'Aristophane, EccUs.f v. 716; Athénée, Yl; Elien, Var. histor., YJ, 10, et Xin, 24). Donc, selon ces documents, au cinquième et au quatrième siècle, la population citoyenne de TAttique flottait entre 18000 et 21000.
Ces recensements doivent inspirer une grande confiance à Thistorien puisque, cités par des auteurs difitérents, ils présentent à pea près le môme chiffre; mais ce chiffre est en contradiction avec plusieurs auteurs anciens. Hérodote (V, 99) parle de 30 000 citoyens ; Aristophane (Eccle^., v. 1124) cite aussi 30000 citoyens; Diodore, 310ÛO. Enfin Thucydide (II, 14) va plus loin : dans le tableau des
forces militaires d'Athènes, il élève le chiffre des hoplites (soldats citoyens) à 31 000. De plus, ce chiffre en lui-même ne nous paraît pas s'accorder avec les dénombrements imposants de l'armée et delafiotte d'Athènes que nous font d'une manière authentique tous les historiens anciens, ni avec la multitude des magistrats athéniens qui nous est affirmée par les orateurs et les lexicographes. Nous savons (et encore quelle preuve certaine en pouvons-nous donner?) que ces* recensements ne comptent que la population citoyenne m&le, en possession de ses droits civiques, c'est-à-dire ayant dépassé ?&ge de vingt ans ; mais conunent avec vingt mille citoyens seulement, Athènes pouvait-elle avoir sept mille magistrats, (liéliastes : 6Û00. — Sénateurs : 500. — Magistrats divers : archontes, aréopagites, juges
TAssemblée ne se composait que de cinq, de trois, on môme de deux mille citoyens *.
Si tous les citoyens âgés de vingt ans avaient le droit d'assister et de voter à TEkklésia, il semble que le droit d'y parler appartenait seulement aux citoyens qui avaient atteint l'&ge de trente ans ^, et qui pou*
des dèmes, trésoriers, hellénotames , euthynes, légistes, apodectes, Quarante, Onze, agoranomes, métronomes, opsonomes, hérauts, phratores, leziarques, sungraphes, arbitres et autres, au moins : 500; total, 7,000), et se servir en certains cas d'une armée citoyenne d'au moins vingt mille hommes? (1200 cavaliers, 12000 hoplites — Thucydide dit même 31 000, —et un grand nombre de peltastes, de soldats de marine et de matelots de la quatrième classe des citoyens) . Nous ne voulons pas donner à cette note incidente les proportions d'une dissertation. La place nous manque pour approfondir cette question du chiffre de la population citoyenne de TAttique. Nous nous contentons d'exprimer et d'expliquer sommairement nos doutes sur Tezactitude de ces recensements, ou plutôt sur la manière dont on les a interprétés.
1. Voir dansBœckh, Économ. polit des Athén., i, I, p. 365, sq., le dépouillement des auteurs anciens qui chiffrent le nombre des citoyens présents à l'Assemblée à différents jours.
2. Si on ne peut affirmer en toute certitude que pour parler à l'Assemblée il fallait avoir trente ans accomplis, il y a du moins de grandes présomptions pour le croire. Que ce droit de harangue existAt pour les citoyens de vingt ans, cela est possible ; mais ce droit était purement fictif, car nul n'en usait. D'après le témoignage de Thucycide, de Xénophon, de Plutarque, de Diodore, on ne connaît pas dans toute l'histoire d'Athènes un orateur politique de moins de trente ans. Cf. le scoliaste d'Aristophane, Aeham^ v. 45, Tesmophor.f v. 379; Pol« lux, VIII, 9, 72, 86, 95, et les annotations de Kuhn et de Jungermann; Schoeman, de Comit. Athen., p. 105.
yaient, à FoccasioD, subir avec succès l'examen de dokimasie^ On assimilait ainsi le rôle d'orateur dans rAs^emblée aux magistratures publiques qui, on le sait, n'étaient conférées qu'aux Athéniens âgés de trente ans.
Tous n'usaient pas, d'ailleurs, du droit de harangue que leur concédait la loi '. Le peuple exigeait des orateurs une si vive éloquence, une diction si pure, une langue si correcte, de telles connaissances politiques et législatives qu'un très-petit nombre de citoyens osait s'aventurer dans les luttes oratoires du Pnyx. La tribune n'était généralement occupée que par des stratèges comme Périclès, comme Kléon, comme Nicias, comme Âlcibiade, ou par de simples citoyens rompus à l'art oratoire, comme Hypéride, comme Lycurgue , comme Démosthène. Les hommes qui avaient coutume de haranguer le peuple, possédaient une grande influence sur les affaires de la cité. Souvent, par leur action sur les votes de l'Assemblée, ces orateurs, quoique n'étant investis d'aucune magistrature, devenaient les véritables chefs du gouvernement'.
1. Aristophane et le scoliaste, Àcham,, v. 45; Polluz, vni^ 86; Rschine, C. Ctniph., 6 ; C. Timarc.f 26, 32. Schoeman, de Comit, Àthen.y p. 105.