‹ Histoire d'Alcibiade et de la république AthénienneChapitre 48 sur 241 · Plutarque, Àlcihiad.y II · texte numérisé non relu

Plutarque, Àlcihiad.y II

2. On sait qu'à cette époque, quoique Solon eût défendu aux rhapsodes d'intervertir, lorsqu'ils les récitaient, Tordre des chants homériques, quoique plus tard les Pisistratides eussent enfin donné une version exacte des deux poëmes, qui fit loi jusqu'à Yidition de la couette, riliade et l'Odyssée n'existaient dans leur entier qu'à un très* petit nombre d'exemplaires. Le plus grand nombre des grammatistes et des particuliers ne possédaient que des fractions de l'œuvre homérique, telles que le Combat des vaisseaux, les Adieux dPAndromaque, la Valeur de Diomède, la Patroeléej la Mort d'Hector ^ le Massacre des prétendants et autres rhapsodies. (Diogène de Laërte, SoUm, I, 67; Cicéroii, de Orat., lU . 33 ; Pausanias, XII, 26; Élien, Var, hist,, XIII, 14, et YIII, 2; AUatius, de Patria Homeri, p. 223; Pope, Essai sur Homère, p. 141.)

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des vers d'Homère et d'Hésiode \ Aldbiade , aussi surpris qu'indigné d'une telle négligence, donna un soQfflet au pédagogue, et sortit en le traitant de maître ignorant^ qui ne ferait de ses écoliers que des ignonots comme lui *.

On doit bl&mer la violence d'Aldbiade; mais on ne peut que partager contre le grammatiste sa légitime indignation. Pour les enfants d'Athènes, les poèmes homériques n'étaient pas seulement un cours de belle langue; c'était l'histoire de la Grèce antique; c'était, on le peut dire, le catéchisme de la religion hellénique. Un maître était donc inexcusable de ne posséder point au moins un livre de ces poèmes. Sans doute ce grammatiste reconnut sa faute; autrement il n'eût pas manqué de traduire le trop irascible fils de Kltnias devant le tribunal des Héliastes. Dans ce pays où il était défendu de frapper le dernier des esclaves, un citoyen, s'il n'eût senti sa cause mauvaise, ne se fût pas laissé battre et insulter sans en demander justice.

Dn confrère de ce granunatiste, ayant appris qu'Alcibiade était un admirateur pa9sionné d'Homère S lui dit

^1. Platon, Protagoras,, et de Rep., t. II, p. 226.

2. Plutarque, Àkib., VII, et ÀpophUg,, Reg. et Due,; Élien, Var. hitt.y XIII, 38.

3. Iffxvpdc '0|iT)pov iOav(MiUv 'AXxi6tà8v}c. Élien, Var hist,, XIII, 38.

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qu'il possédait tout l'œuvre homérique, corrigé de sa main. « Quoi! lui répondit Alcibiade, tu enseignes la « grammaire, toi qui es capable de corriger Homère! ce Que ne formes-tu plutôt les jeunes gens? ËIt', if^,

ce zohç V60VÇ icaiSeufii^ i ; »

Par amour de rantithèse on traduit le plus souvent Toùç véouç par a les hommes. » Les traducteurs mettent ainsi un grave contre - sens dans la bouche d'Âlcibiade, car instruire les enfants c'est former les hommes. Au contraire, Alcibiade reprochant à ce savant grammatiste de ne pas s'occuper à former « les jeunes gens » lui conseille d'imiter les Antimœros, les Socrate, les Antiphon, les Protagoras, les Dionysodoros et autres sophistes qui, selon la mode alors en honneur à Athènes, formaient par leurs leçons plus ou moins spécieuses sur la divinité, la morale, la rhétorique et la politique les jeunes gens aux luttes oratoires et au gouvernement de la chose publique.

Si dans sa jeunesse Alcibiade n'était pas toujours maître de ses gestes, il n'était pas non plus maître de ses paroles, ce qui peut être plus grave. Un jour qujîl se présentait chez son tuteur, demandant à lui parler, un esclave répondit que Périclès ne pouvait le recevoir

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