Socrate de Byzance, Historia Eccleeiastica, III
teurs contredits de leur temps par d'autres auteurs chrétiens, saint Justin, saint Augustin, Athénagoras» Théophile d'Antioche, Origène et saint Clément d'Alexandrie, qui tous jugèrent favorablement Socrate^ Faut-il ajouter plus de foi aux insinuations des satiriques et des commentateurs du seizième siècle, aux vers plaisants de Boileau et de Piron. Assurément non ; et c'est leur faire trop d'honneur que d'en parler. Donc, aucun témoignage contemporain ni postérieur n'autorisant à accuser Socrate de ce crime, l'historien jaloux à la fois et de la vérité et de la mémoire de Socrate doit trouver dans sa doctrine même, transmise par ses disciples, Platon et Xénophon, sa condamnation ou sa justification \
1 . Voir Van Limburg Brouwer [Àpologia SoeratU contra MêUli redivi eaiumniam, p. 240 sq.), qui cite le texte môme des auteurs précités.
2. Les critiques, les érudits et les monographes qui se sont occupés d'Alcibiade ou de Socrate ont cru, par un scrupule d'historien auquel nous sacrifions nous-même, que le devoir d'étudier cette triste question leur était imposé. La plupart concluent à l'innocence de Socrate. Ce soniGessner iSocratetsanctus pxderasta; Limburg Brouwer: Apologia Socratit contra Meliti redivi ealumniam ; Schweighaûser : Mores Socralis ; Hecker : de Alcibiadismoribtis, Hertzberg: Alkibia' des der StaaUmann und Feldherr; Ghambeau : de Alcihiade diuer^ tatio. D'autres sont d'un avis opposé, tels Baseggio : Distertcuion sur VAUibiade fanciuUo a scoîa; Grothe : de Sacrale Aristophanis ; et Droysen : Einleitung xu den Woiken (Uebersetsung der Aristophanes,
t. ni).
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Or, la première lecture du Phèdre*^ du Banquet \ du Premier ÀUtbiade et du Protagoras* de Platon, ainsi que le livre Premier des Mémoires sur Socrate^ de Xéoophon inspirent évidemment des doutes cur la mo-
1. Dans le Phèdre, voir les premières pages de la Palinodie, la parabole des deux coursiers, le plaidoyer de Lysias, et la singulière réfutation de Socrate qui invoque à son aide Sappho, — Mascula SapphOy dit Horace^ — et Ânacréon, — Anacréon l'amant de Bathylle!
2. Dans le Banquet, voir le discours assez ambigu d'Ëryximaque et la théorie plus que compromettante développée par Aristophane. — Quant au récit prêté à Alcibiade (p. 219), qui raconte « avoir couché sous la même couverture que Socrate et s'être levé le c matin tel qu'il serait sorti du lit de son père , » il ne signifie absolument rien, car des preuves certaines le font considérer comme dû entièrement à la vive imagination de Platon. D'abord, pas plus qu'Aristophane, Alcibiade n'assistait à ce banquet. (Voir Xénophon, Sympos.y I, et Athénée, V^ 19.) Ensuite, il est affirmé dans ce récit que ce fat Alcibiade qui le premier rechercha Socrate et non Socrate qui rechercha Alcibiade; ce qui est absolument contredit par Platon luimême (ProtagoTOS, p. 309» et Prim. Âlcib, p. 103), par Plutarque [AUib,, IV, Y, Vil), par Athénée (V. 19), lequel s'appuie sur plusieurs témoignages contemporains, entre autres sur des vers attribués i Aspasie, et par tous les écrivains précités. Si le Banquet est un document précieux pour l'histoire des idées et des doctrines, c'est une œuvre de nulle valeur pour l'histoire des hommes et des faits. Lorsque longtemps après la mort de Socrate, Platon écrivit ce dialogue, il ne recula pas pour justifier son maître devant la pensée de calomnier Alcibiade.
3. Les premières pages seules de ces deux dialogues se rapportent à ce sujet. La première page du premier Àlcibiadey n'est rien en soL même si on ne la confère avec la première page du Protagoras qui n'est certes pas à l'honneur des mœurs de Socrate.
4. Xénophon, Memorabil. I, 3. Voir la réprimande, peut-être inopportune, faite à Critobule par Socrate.
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ralité de Socrate et des soupçons sur son attadiement aux jeunes gens. Mais la seconde ou la troisième lecture de ces œuvres*, faite avec plus d'attention et en y joignant celle du Banquet de Xénophon*, du Lysis et du Philèbe' de Platon, donne au contraire la souveraine certitude que Socrate doit être à jamais absous de toute participation au vice infftme dont la médisance Ta accusé. Ces textes, à la vérité, servent aussi à reconnaître que si Socrate fut toujours étranger à cette honte, il en parle, et malgré ses sages exhorta* tiens *, il en laisse parler à ses interlocuteurs avec trop d'indulgence et sans la moindre indignation \ G'estsans
1. On est alors frappé : dans le Phèdre f de la conclusion de la réfutation du plaidoyer de Lysias, des dernières pages de la Palinodie et de la victoire remportée par le bon cheval; — dans le Banquet du noble éloge de l'amour par Phèdre^ du discours bien catégorique de Pausanias, enfin de la belle réplique finale de Socrate, d'une s grande éloquence et d'une philosophie si élevée ; — dans le premier Aleibiade, de la suite de la déclaration de Socrate; — dans les Jfemorabilia (I, 3), de ce que dit Xénophon des sentiments de Socrate.
2. Xénophon, Sympot.y VIII : la leçon de haute morale et de chasteté donnée par Socrate à Kallias.
3. Dans le Ii/m, qui a Tamitié pour sujet, Platon emploie les mêmes termes, les mêmes expressions» que dans le Banquet^ le Philéhe et le Phèdre. — Dans le Philèbe, voir la définition donnée par Socrate de la véritable volupté.