ASCENDANT DE SOCRATE SUR ALCIBIADE
la science et Thabileté de sa dialectique, l'originalité et souvent la justesse de ses raisonnements et de ses aperçus, ses préceptes de morale et de vertu qu'il avait le rare mérite d'appliquer lui-même avec plus de rigueur qu'il n'en exigeait de ses élèves, enfin sa tempérance, sa modestie feinte ou réelle, sa puissance sur soi-même et toutes ses autres qualités» captivaient bientôt la plupart de ceux qui, sans s'irriter de ses ironies humiliantes, continuaient à le voir*. En fut-il de même d'Alcibiade? Un contemporain, témoin digne de foi, affirme le contraire. Selon Xènophon, ni Âlcibiade, ni Kritias, n'aimaient Socrate ; ces deux ambitieux ne le fréquentaient qu'uniquement afin de découvrir le secret de son irrésistible éloquence et de s'instruire dans les choses de la politique^ La preuve, c'est que dès qu'ils se sentirent assez forts pour se passer de leçons, ils cessèrent subitement de
1. Pour juger de l'affection sérieuse et dévouée que Phédon, Criton, Slmmias, Cébès, Chéréphon, et la plupart de ses élèves ressentaieni pour Socrate, on n'a qu'à se rappeler les diverses épisodes de son jugement et de sa mort, rapportés par Xénophon, Platon et biogène de Laérte.
2. Xénophon, Memorah,, I, i. — Tous ceux qui connaissent la valeur Téridjque des différents auteurs anciens, comprendront de quel poids est le témoignage de Xénophon en cette question. Platon est trop poète et trop partial , Plutarque est trop postérieur à Alcibiade, pour que leurs assertions ne s'effacent pas devant celles de Xénophon.
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le voir*. Alcibîade était dévoré par une ambition surhumaine. Quand l'ambition est la passion prédominante d'un homme, elle en devient rapidement la seule, étouffant tout autre sentiment. C'est le sycomore dont les racines implacables tuent les plantes environnantes et qui s'élève sur leurs débris, magnifique, puissant, solitaire.
Âlcibiade cependant ne put se défendre d'une certaine sympathie pour son mattre, mais il n'eut pas pour lui cette affection extraordinaire, ce contreamour dont parle Platon dans le Banquet.
D'ailleurs, aux yeux des Athéniens qui ne jugeaient que sur les apparences, la plus vive amitié semblait unir Socrate et Alcibiade. On les voyait toujours ensemble, sous le portiquo du Lycée comme sous les platanes et les grands oliviers des jardins du héros Académus, dans les gymnases comme dans les festins à l'agora comme au Céramique-Extérieur, à Athènes
1. XénophoD) Memoràb.y 1,2. — On pourrait objecter qu'il était assez naturel qu' Alcibiade, une fois entré aux affaires, cessât de voir Socrate. Sans cesse hors d'Athènes, soit en campagne, soit en exil, Alcibiade^ quand il y revenait , n'avait guère le loisir de prendre part aux longues discussions du sophiste. Des discours à composer, des questions à étudier, des projets à élaborer, des troupes à exercer, de longues journées passées à l'Assemblée et au Conseil des généraux, sans parler des heures qu'il consacrait aux plaisirs, suffisaient amplement à occuper son temps.
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comme à rarmée* . On savait que Socrate avait sauvé la vie à Alcibiade au combat de Potidée*, qu'Alcibiade avait secouru Socrate dans la retraite de Délion'. Socrate louangeait souvent Alcibiade^ et ne cachait point que le jeune homme le comblait de présents et d'o&es de service, qu'il refusait d'ailleurs au grand déplaisir de sa femme, la cupide Xanthippe. « Je suis « aussi généreux qu'Alcibiade, disait le sophiste, « puisque je refuse obstinément les présents qu'il me fait^ > Quand Alcibiade parlait de Socrate, c'était dans les termes les plus élogieux ^ Il affectait de ressentir pour lui une sorte d'idolâtrie dont il feignait de s'honorer soi-même*. « Lorsque je l'entends, di-
« sait-il, le cœur me bat avec plus de violence qu'aux
« Gorybantes. J'ai trouvé éloquents nos grands ora- < teurs; mais ils ne* m'ont rien fait éprouver de sem-