PREFACE DE TRADUCTEUR
Quand on considère que les deux peuples d’Allemagne et de France sont pour ainsi dire jumeaux, puisqu’ils ont à peu près la même origine, ont été assez longtemps gouvernés par un même empereur et plus longtemps encorerégis par les mêmes institutions, il devient extrêmement curieux d’étudierl’enchaînementdesévénements qui ont conduit l’un des deux à une monarchie absolue par laquelle les comtes et les ducs ont été écrasés, tandis quel’autreavu se développer chez lui une aristocratie puissante qui a fini par renverser l’empire. Mais, si l’on considère que ces deux peuples se touchent sur une lisière de deuxcentslieuesqu’ils se sont disputée pendant plus de mille ans, sans que même la contestation soit entièrement vidée au fond des cœurs ; que toutes les rues de la capitale retentissent de sons allemands, tandis qu’une foule de Français parcourent les pays au delà du Rhin; que toutes nos librairies sont aujourd’hui remplies des produits de l’Allemagne, depuis que l’élite de sa jeunesse accourt ici faire connaître sa littérature dansdes cours publics et au milieu des premières familles : alors on doit s’étonner de ne pas trouver encore en France une histoire élémentaire d’Allemagneàmeltre entre les mains de la jeunesse, car plusles relations entre peuples sont intimes, plus l’étude de l’histoire devient nécessaire.
Cependant il n’existe rien qui puisse remplir ce but : des abrégés, des extraits informes et fondus dans de grands ouvrages (Pfeflelest déjà
vieilli et incomplet) ou de grandes histoires de quinze et trente volumes qui sont plutôt pour être consultées que pour être lues de suite; en un mot, il n’y a point d’histoire pour étudier, point d’histoire classique. J’ai donc pensé que l’ouvrage de Ivohlrausch tiendrait un terme moyen entre les extraits et les grandes histoires et satisferait à un immense besoin, parce qu’il s’adresserait en même temps à la jeunesse et à toutes les personnes qui voudraient compléter leurs études historiques ou même se récréer utilement; car bien que l’auteur ait travaillé pour les écoles, il ne traite point les jeunes gens comme des enfants et ne se contente pas de rassembler un certain nombre de faits insignifiants et sans relations pour en charger la mémoire du lecteur; il a travaillé avec une expérience de trente ans d’enseignement. Mais il considèreles événements qu’il a sous les yeux d’un point bien élevé au-dessus d’eux. Son regard embrasse dix-neuf siècles à la fois, il les enchaîne les uns dans les autres, montre dans le développement des faits leurs causes, leurs conséquences immédiates et les rattache toujoursà la grande marche générale de l’histoire. D’un autre côté, il s’est appliqué à éviter aux jeunes gens ce dégoût que donnent d’arides sommaires par un récit plein de vie et très-varié qu’il embellit encore par des détails fort intéressants, des citations neuves et très-curieuses, des fragments tirés de tous les écrivains, de lettres des empereurs, des papes, des princes, etc..
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sans jamais nuire à la concision deson livre. Mais il n’est pas moins remarquable! par celte clarté, rcltc méthode si nécessaires surtout pourl’hisloired’Allemagne,où il faut loujoursbien distinguer les faits qui appartiennent à l’empire de ceux des différents États qui le composent; le prince revêtu de la puissance impériale, des au très princes souvent plus puissants quelui, les actions de ce même prince agissant comme empereur ou comme duc, etc. L’ouvrage dcKohlrauseh est sans contredit le meilleur en ce genre qui ait paru en Allemagne, puisqu’il est à sa onzième édition , qu’il est en usage dans presque tous les collèges cl les universités de l’Allemagne, et qu’il est même réimprimé par lesétrangers; il est plein de recherches, de science, de clarté, d’intérêt et de nouveauté.
Il faut cependant avouer que j’ai quelques moments hésité, parce que l’auteur est protestant; mais je ferai remarquer que ce livre a été composé pour toute l’Allemagne, catholique cl protestante, que l’auteur parle avec une modération, une impartialité qui laissent souvent le lecteur dans l’incertitude sur sa profession religieuse; et, sous ce rapport, l’histoire de la réforme offrira encore un nouvel intérêt. Toutefois, j’ai cru devoir, pour protéger de jeunes lecteurs contre les insinuations mêmes éloi-
gnées du protestantisme, exposer dansquelqucs notes la manière dont l’Eglise gallicane juge les faits de la réforme. J’ai même pensé que cet ouvrage était d’autant meilleur à mettre entre les mains de la jeunesse, que Kohlrausch avait su y répandre à propos lesplus sages principes de morale et de modération avec lesplus nobles sentiments de piété et de patriotisme. Du reste, j’ai d’avance la satisfaction de savoir mon travail approuvé, encouragé par les hommes les plus influents dans l’éducation.
J’avertirai aussi que, m’étant fait uncloi d’être fidèle traducteur , je n’ai voulu déligurer aucune des pensées de l’auteur; seulement j’ai cru pouvoir ajouter quelques notes quidu reste n’énoncent guère que des faits historiques etje joins toujours mes autorités ; j’espèrequ’on m’en saura gré.
L’édition que j’ai traduiteesllaonsièmcgcelle qui vient de paraître au mois de janvier dernier, à laquelle j’ai ajouté et intercaléàsa place la guerre que les Allemands appellent celle de l’indépendance, c’est-à-dire la guerre de 1815, 1814 et 1815, dont l’auteur avait fait un opuscule à part, comme troisième volume. On ne la lira pas sans intérêt.
A. GUINEFOLLE.
INTRODUCTION