‹ Histoire d'Allemagne, depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'année 1838;Chapitre 101 sur 116 · GUERRES DE RA UÉ · texte numérisé non relu

GUERRES DE RA UÉ

l’avait même l’ait monter sur cet échafaud sanglant sur lequel il avait fait couler tant de sang innocent. Plus lard , après avoir réussi avec les plus grands efforts à enchaîner, pour ainsi dire, toute la faction des jacobins, on avait établi un nouveau gouvernement. Le pouvoir exécutif fut confié à cinq directeurs, et le pouvoir législatif à deux conseils , celui des Cinq-Cents et celui des Anciens. Déjà la France penchait vers la domination d’un petit nombre ou même d’un seul; tant elle sentait bien qu’un État aussi grand ne pouvait qu’aller à sa ruine avec un pouvoir démocratique.

1796. Bonaparte. — Quand le nouvel ordre de choses fut consolidé, le Directoire résolut de forcer l’Autriche et l’Empire à la paix , par une invasion générale. Dès le printemps, ses armées devaient passer le Rhin et les Alpes, et pénétrer dans le cœur même de l’Allemagne par tous les côtés; Moreau par la Souabe, Jourdan par la Franconie, et une troisième armée par l’Italie. En Italie, c’était le vieux général Beaulieu qui commandait l’armée autrichienne; près du haut Rhin, Wurmser, et sur le bas Rhin, l’armée de l’archiduc Charles. Les troupes de l’Empire faisaient partie des corps d’armée de ces deux derniers généraux. Ce fut en Italie que commença la guerre. Mais là, le vieux général , quoique très-expérimenté, eut en tête un jeune et audacieux guerrier rempli de projets gigantesques qui développa dans cette circonstance, pour la première fois, ses terribles moyens aux yeux de l’Europe étonnée. Bonaparte, né à Ajaccio en Corse ( son père était avocat, et devint ensuite procureur français en Corse), élevé en France dans les écoles militaires, et accoutumé aux entreprises les plus extraordinaires par tous les actes révolutionnaires dont il avait été le témoin et auxquels il avait pris part, n’était encore que dans sa vingt-sixième année quand il reçut le commandement de l’armée d’Italie. Un des cinq directeurs, Barras, l’avait pris particulièrement dans ses bonnes grâces, lui avait fait épouser Joséphine delà Pagerie, veuve du vicomte de Beauharnais, et l’éleva alors jusqu’à la place de général en chef en Italie. C’était une place dangereuse ; l’armée d’Italie était dans un très-grand désordre, sans provi-

l' BRIQUE FRANÇAISE.

sions et sans habits, même sans artillerie; seulement dans la main d’un général audacieux , un tel état pouvait servir peut-être à une victoire d’autant plus glorieuse; parce que les guerriers n’avaient devant eux que le choix de la victoire ou de la mort. Bonaparte sut bientôt gagner un empire extraordinaire sur l’esprit de ses troupes et leur communiquer son audace. C’était là l’âme de sa tactique militaire, et le moyen qui le mit bientôt en état de concevoir la pensée de conquérir le monde. Il savait par des proclamations brèves et fortes , à la manière des anciens Romains, qu’il adaptait parfaitement au genre des Français, par des distributions d’insignes d’honneur, de drapeaux, d’aigles , faites à ceux qu’il voulait au moment même placer dans le poste le plus dangereux, et par d’autres semblables moyens piquer l’honneur de ses soldats , et dans le moment décisif exciter au plus haut degré l’enthousiasme. Il avait l’audace d’annoncer à l’avance l’issue des batailles, et sa fortune vérifiait ses paroles; bientôt on crut à ce qu’il avait prédit, et cette croyance même devenait la cause de l’événement. Il déconcertait particulièrement ses ennemis en ne faisant jamais ce qu’on aurait pu prévoir ou calculer ; mais toujours ce à quoi on s’attendait le moins, et ce qu’il y avait de plus téméraire. Par conséquent, l’expérience et l’art de la guerre étaient inutiles contre lui; une guerre défensive ne pouvait avoir de succès, parce que toujours le coup était frappé avant qu’on eut pu seulement le craindre; et il ne laissait jamais son ennemi prendre l’ofTensive, parce que personne n’était aussi prompt que lui pour prendre un parti.

Le commencement de sa campagne eut un éclatant succès; par la promptitude de ses manœuvres et de ses attaques, il sépara l’armée de Sardaigne de celle des Autrichiens, et força son roi à faire une paix particulière; ensuite il revinl sur les Autrichiens, au nord du Pô. De sorte que tout le milieu de l’Italie lui était ouvert, et que ses princes tremblaient devant sa vengeance. Ils demandèrent la paix les uns après les autres et l’obtinrent pour des millions en argent, pour des tableaux, pour d’autres trésors des arts et pour de précieux manuscrits. C’était avec tout ce butin qu’il voulait

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décorer Paris, pour en l’aire plus tard la capitale du monde. Le duc de Parme fut le premier qui s’engagea, par un traité du 9 mai, à payer un nombre de tableaux les plus rares pour prix de la paix ; depuis ce jour, l’exemple de l’ancienne Rome dans la Grèce fut suivi partout où parurent les armées françaises. La vanité et le désir de ce que le monde tient pour le plus précieux firent dépouiller les autres pays de tous les monuments des arts, pour les rassembler tous dans Paris, pour rendre ainsi cette ville le centre commun des nations et la faire ressembler à l’ancienne Rome. Ainsi restèrentils longtemps entassés dans des lieux qui ne leur étaient pas consacrés; et les arts, qui aiment le silence et la vie intérieure, ne purent même en tirer profit. Le pape acheta la neutralité pour vingt et un millions de livres, cent tableaux et deux cents manuscrits rares. Naples obtint la paix sans sacrifice; parce qu’elle était trop loin et que son temps ne parut pas au général français être encore arrivé. Cependant, de grands événements avaient eu lieu en Allemagne pendant ce temps-là. Les armées allemandes avaient à peine commencé leurs mouvements, quand déjà le principal était décidé en Italie, et que le vaillant Wurmser était appelé d’Allemagne avec trente mille hommes pour délivrer Mantoue. Alors les armées françaises, conformément au plan de guerre du Directoire, purent entrer sans obstacle dans le cœur de l’empire d’Allemagne. Au milieu du mois d’août, Jourdan n’était plus qu’à quelques jours de marche de Ralisbonne, et Moreau auprès de Munich avec les armées du Rhin et de la Moselle. 11 disait tout haut qu’il voulait donner la main droite à l’armée d’Italie sous les ordres de Bonaparte et la main gauche à celle de Jourdan. La réunion de si effrayantes armées allait se faire, et ce moment était un des plus périlleux pour l’empire d’Autriche. Cependant ce danger fut encore une fois écarté par le jeune héros de la maison impériale. Plus la guerre approchait des frontières autrichiennes, plus le danger de la patrie enflammait les troupes impériales; leur nombre même augmenta beaucoup par les renforts qui leur vinrent de l’intérieur du pays. Alors l’archiduc Charles se releva tout d’un coup, battit

Jourdan à Neumarck, le 22 août, et le 24 à Arnberg , si complètement , que toute l’armée de Sambre et Meuse s’enfuit en désordre et ne s’arrêta que dans le bas Rhin. Jourdan la rassembla près de Mulheim sur le Rhin, la conduisit de là à Dusseldorf et se démit du commandement bientôt après. Moreau, après ce désastre de l’autre armée , sévit forcé lui-même à faire retraite sur le haut Rhin; il exécuta cette retraite par une marche périlleuse de cent lieues de pays, à travers la Souabe, les passages de la Forêt-Noire, sans cesse entouré et poursuivi par les ennemis, harcelé même par les troupes des habitants des montagnes qui étaient enflammés de colère et à qui la haine contre les étrangers avait mis les armes à la main , avec tant d’habileté , qu’il arriva sur le Rhin avec un grand butin et quantité de prisonniers. Cette retraite fonda sa réputation militaire. Ensuite les généraux convinrent de part et d’autre d’une trêve sur le Rhin , pendant l’hiver.

L’archiduc Charles, sur qui alors tous les ye::x se portaient avec admiration , fut appelé en toute hâte en Italie pour relever l’armée autrichienne qui y était en désarroi. Wurmser, après quelques manœuvres qui lui avaient réussi, n’avait pu parvenir qu’à se jeter avec dix mille hommes de renfort dans Mantoue; mais Bonaparte était venu de nouveau les y assiéger, et la famine le força de se rendre, le 6 février 1797.

1797. Paix de Campo-Formio. 17 octobre. — L’archiduc ne put avec une armée battue et découragée, arrêter les succès de Bonaparte. Ce général, après la prise de Mantoue, se porta aussitôt en avant vers le Nord , passa les Alpes qui séparent l’Italie de laCarinthie, pénétra en Styrie, s’empara de Clagenfurth et vint jusqu’à Judenbourg sur la Mur, d’où il menaçait Vienne. Mais sa marche avait été trop rapide, et la position où il s’était placé était dangereuse. Devant lui, il avait l’armée impériale, qui devenait plus forte à chaque pas qu’elle faisait en arrière, parce que Vienne était armée et que la Hongrie se levait en masse; à gauche, le général impérial Laudon s’avançait du Tyrol contre lui ; derrière lui, à Trieste, était une autre armée ennemie et tout

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