‹ Histoire d'Allemagne, depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'année 1838;Chapitre 102 sur 116 · GUERRES 1)E LA REPUBLIQUE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

GUERRES 1)E LA REPUBLIQUE FRANÇAISE

le pays vénitien qui s’élail révolté; pour retourner jusqu’à la première place occupée par les Français jnsqu’à Mantoue, il y avait un étendue de quarante milles par des montagnes escarpées; de plus, son armée n’avait plus de vivres que pour dix jours. Il semble que si l’Autriche avait voulu risquer un grand coup, elle aurait pu anéantir tout d’un coup son plus dangereux ennemi , et changer complètement les dispositions des dix années précédentes. Mais elle accepta la paix que l’adroit général lui offrait comme un vainqueur, et conclut, le 18 avril, à Leoben , les principales conditions ; et la paix définitive à Campo-Formio, maison royale des environsd’Udine, le 17 octobre 1797. Ainsi Bonaparte en deux campagnes avait conquis l’Italie, gagné quatorze batailles, arraché les armes des mains à tous les États qui s’y trouvaient , et enfin amené l’Autriche à la paix.

Par cette paix , l’Empereur abandonnait les Pays-Bas autrichiens à la France et renonçait à ses États d’Italie, dont Milan était la capitale, qui devaient désormais former, avec plusieurs autres provinces italiennes, une république cisalpine sous la protection de la France. De son côté, l’Autriche conservait Venise et les îles adriatiques qui avaient appartenu aux Vénitiens, l’Istrie et la Dalmatie, s’engageait à livrer le Brisgau au duc de Modène et à convoquer aussitôt un congrès à Rastadt , pour y traiter de la paix entre la république et tout l’empire d’Allemagne. Mais ce congrès de Rastadt ne pouvait manquer de donner une paix de concessions et de faiblesses. L’Empire était abandonné de l’Empereur, comme il l’avait été déjà antérieurement par la Prusse. L’Autriche, par un article secret, avait même consenti à avoir le Rhin pour limite de l’Allemagne; et qui aurait pu sauver l’Empire , quand ses plus puissants protecteurs se séparaient de lui? Cependant aucun membre en particulier n’avait le droit de se plaindre, parce que tous avaient des reproches à se faire. La plupart s’étaient séparés du corps à mesure que le danger s’approchait d’eux , et par conséquent on ne pouvait exiger de l’Autriche qu’elle se sacrifiât seule. L’œil ne s’arrête qu’avec peine sur cette fin du dix-huitième siècle et sur le commencement du dix-neuvième ; car la patrie

était dans le plus profond abaissement. Cependant il est bon de ne pas taire ces événements, afin que les esprits puissent voir avec effroi jusqu’à quel excès de malheur la désunion , la divison , l’égoïsme des particuliers et l’absence des sentiments patriotiques ont pu conduire le peuple allemand.

Calme de quelques instants. Nouvelle guerre jusqu’à la paix de Lunéville. 1799—1801.

Le congrès de Rastadt se tint en effet, et Bonaparte y parut comme négociateur. Mais quel langage insultant on tint à l’empire allemand dans ces négociations ! avec quelle arrogance les envoyés français, qui parlaient en maîtres, traitaient-ils les princes allemands! et cependant il leur fallut souffrir tout; il fallut consentir à la désunion de leur corps, à l’abandon de la rive gauche du Rhin, à la sécularisation sur la rive droite , afin d’indemniser pour ce qui avait été perdu sur l’autre , et promettre de raser la citadelle d’Ehrenbreitstein et bien d’autres conditions ! Ces négociations avaient duré jusqu’à la fin de l’année 1798, avant que les conclusions fussent en étal ; mais alors l’Europe avait tout à fait changé de face.

Les membres du Directoire, dans leur insolence, avaient entrepris de bouleverser les autres pays, et leurs manœuvres laissaient voir à un œil clairvoyant que la république française était plus dangereuse en temps de paix qu’en temps de guerre. Au commencement de 1798, pour braver insolemment le pape, ils firent une république romaine des États de l’Église; et bientôt après une république helvétique de la Suisse, qui avait fait quelques mouvements; et sous prétexte d’assurer ces nouvelles créations, ils laissèrent leurs armées dans ces contrées qu’ils ruinaient par des exactions inouïes. L’Autriche, qui se croyait toujours chargée de veiller à la sûreté de l’Europe, ne put souffrir une pareille conduite; elle trouva d’ailleursdes sympathies dans l’empereur Paul Ier, qui depuis 1796 avait succédé à sa mère Catherine. C’était un ennemi des principes professés en France ;

déjà sa mère avait lait des menaces à ses régicides, à ses athées. Paul était encore particulièrement excité contre la France parce qu’il avait été choisi pour grand maître de l’ordre de Saint-Jean et que les Français s’étaient emparés de l’ilc de Malte. Cet aiguillon était très-propre à piquer son amour-propre. Il se forma donc contre la France une coalition de puissances qui ne s’étaient encore jamais trouvées réunies : c’étaient la Russie, l’Angleterre, l’Autriche et même la Turquie, qui jusque-là avait toujours eu une inimitié mortelle contre deux de ces puissances ; mais la France elle-même avait forcé la Turquie, son ancienne alliée, à la guerre, par son étonnante expédition en Égypte, en mai 1798.

Jamais la république française n’avait encore conçu un plan aussi grand et aussi surprenant. Au moment où les négociations avec l’empire germanique ne faisaient que de commencer, lorsque que par conséquent la paix européenne n’était pas encore assurée, lorsque l’Angleterre venait de remporter une grande victoire sur mer, tout à coup l’élite de l’armée française avec son meilleur et son plus heureux général fit voile vers un autre continent, d’où le retour devait lui être fermé bientôt après, « pour délivrer l’Égypte de la tyrannie des mameluks , » disent les proclamations françaises, « et venger la Porte d’un vassal insolent. » On ne pouvait rien imaginer de plus bizarre; maisderrière ces mots qui nedonnaient rien moins que la vérité à comprendre aux esprits ordinaires, se cachait un plus grand dessein. L’Égypte est un des pays de la terre les plus fertiles, et si on avait pu en tirer parti, elle aurait grandement réparé la perte que les Français avaient faite dans les Indes occidentales ; car l’Égypte peut donner tous les produits des pays les plus chauds.

Par l’Égypte aussi est un chemin de commerce avec les Indes, plus court et plus prompt que de doubler le cap de Bonne-Espérance. La domination anglaise dans ce pays se trouvait donc menacée de ce côté et en danger ; il est même vraisemblable que le génie aventureux et inquiet de Napoléon s’était représenté la possibilité d’une expédition dans les Indes. Alexandre le Grand avait bien déjà une fois,

avec 40,090 vieux soldats macédoniens, parcouru l’Asie et visité les bords du Gange! Des relations avaient été établies avec les Indes dans ce but. Au commencement de l’année 1 799, Tippo-Saheb entreprit celte guerre acharnée qu’il fit aux Anglais, entraîné certainement , comme on le crut alors, par les Français dont il attendait des secours , et d’accord avec eux. Cependant il perdit la vie et son empire, et la domination anglaise s’étendit encore beaucoup plus loin qu’auparavant.

Bonaparte fit une heureuse traversée; et, dans sa route, conduit par son étoile de bonheur, il s’empara de l’importante île de Malte, vint prendre terre, le 2 juin 1798, dans la haie d’Aboukir; prit Alexandrie d’assaut, elle 21 il était déjà devant le Caire, capitale du pays. Là, au pied des pyramides , il trouva vingt-trois beys rangés en bataille. « Pensez, dit-il à ses guerriers, que du sommet de ces monuments quarante siècles vous contemplent. » Après cette courte harangue , ils culbutent l’armée ennemie, pénètrent dans la capitale et déjà ils pouvaient regarder l’Égypte comme un pays conquis. La France avait supposé que les Turcs, qui étaient en Égypte maîtres plutôt de nom que d’effet, verraient avec indifférence celte conquête; mais ils prirent la chose au sérieux, renoncèrent à leur amitié de trois siècles avec la France et s’unirent avec ses ennemis. L’Angleterre, qui sentait toute l’importance de celte entreprise, fit tout son possible pour la faire échouer. Nelson , le premier homme de guerre de son temps , chercha vainement d’abord la flotte française, et la trouva enfin, le 1er août, dans la baie d’Aboukir. Déjà, le soleil baissait; il n’en donna pas moins l’attaque avec toute son impétuosité, et il mit toute la flotte ennemie en confusion. L’obscurité de la nuit ne put arrêter ce combat sanglant. A dix heures, le vaisseau amiral français sauta en l’air avec 1,000 hommes qui le montaient; alors un affreux silence régna trois minutes; puis le combat recommença jusqu’au matin. Par cette victoire, Bonaparte se trouvait séparé de l’Europe et tous les secours lui étaient coupés; tandis qu’une guerre très-difficile se préparait pour la France.

Campagne de 1 799. — L’alliance des grandes

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