‹ Histoire d'Allemagne, depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'année 1838;Chapitre 113 sur 116 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

nous pouvons éviter l’éclat Je celte tempête , la plus terrible qui ait jamais menacé l’Europe. Le grand danger n’est point dans le désir de la guerre de quelques hommes puissants, ni dans la haine des souverains et des peuples entre eux ; de pareilles raisons d’ébranlement extérieur ont apparu de temps en temps avec la plus grande violence dans l’histoire, et quelque terribles qu’aient été les eü’els produits au moment de leur apparition , ils ont passé sans attaquer le germe de l’état social , car des ruines il sortait plus vivace; mais le danger est dans un poison répandu dans l’état social, qui le ronge à l’intérieur, qui menace de détruire ses principes de vie et qui, quand il trouve l’occasion de se jeter au dehors, menace de tout bouleverser, de tout détruire. Les bases sur lesquelles repose l’existence sociale : la religion , les mœur's, le respect pour la loi, l’horreur du mensonge et de la perfidie, la soumission dans la nécessité , quand elle parait comme une haute destinée, la croyance dans la victoire du bien et le puissant courage pour agir dans cette conviction, sont renversés ou du moins n’existent plus avec cette force et cette universalité qui leur convient. Ce n’est donc point sur des moyens extérieurs, ce n’est point sur la violence , ce n’est point sur la sagesse des calculs humains, ce n’est point non plus sur les nouvelles formes des États qu’il faut compter; mais le salut ne peut nous venir que de la vie intime, quand chaque père de famille dans sa maison , chaque instituteur dans ses écoles, chaque ami avec ses amis, dirigera toute son énergieà faire opposition àladégradation del’esprit , qui menace de nous entraîner dans l'abîme.

Tenons-nous donc fermes dans la croyance qu’il y a encore beaucoup d’àmes actives, surtout dans notre patrie, qui ne se lassent point de travailler vers ce but. L’assistance d’en haut ne leur manquera pas plus qu’elle ne leur a manqué dans les années de malheur que nous avons déjà passées; sinon, qui aurait donc dans ce temps détourné les dangers les plus imminents toutes les fois que la passion et l’aveuglement ont menacé de bouleverser tout l’ordre? Qui aurait donc béni les champs et fait réussir les moissons, dans la crainte que la faim et la misère ne portassent à la révolte les

malheureux du peuple que des hommes immoraux pouvaient employer à l’exécution de leur desseins criminels? qui aurait donc fait passer si bénin sur la plus grande partie de l’Europe ce fléau pestilentiel dont l’apparition effroyable et teinte de sang pouvait bouleverser les idées et l’intelligence, de sorte qu’il n’a été qu’un grand avertissement? qui enfin au milieu de la confusion et de l’entraînement des passions aurait semé les germes qui doivent produire de beaux plants et qui peuvent seuls consoler l’œil de l’ami de l’humanité , quand, dans sa douleur pour les malheurs présents, il jette un regard dans le lointain?

C’est là le fruit d’une recherche sérieuse dans l’histoire, elle nous force de reconnaître en grand les voies de la Providence et de ne jamais désespérer du présent entièrement, quelque mauvais qu’il soit; et en effet, il y a dans notre siècle des germes d’un nouvel état qui méritent toute notre attention.

En Grèce, la plus ancienne, la plus noble race d’hommes de l’Europe , vient d’être tirée de la servitude et de la barbarie, et peut maintenant recommencer une nouvelle vie.

Sur la côte nord de l’Afrique, la conquête d’Alger a jeté les fondements d’établissements chrétiens, et pour peu qu’ils soient gouvernés d’après de grandes idées, ils pourront embrasser toute cette côte, autrefois si importante, assurer un asile au trop plein de l’Europe, et être un point de départ pour de plus grands développements dans celte partie du monde.

Au milieu et au sud de l’Amérique, un certain nombre d’États, qui se sont délivrés delà domination de l’Espagne et du Portugal, ont devant eux un grand champ pour se développer promptement et en liberté; et si chez eux un principe de vie prend le dessus, ils sont appelés à résoudre en grand le nouveau et important problème des progrès de la race humaine : celui de fondre peu à peu en un tout organisé différentes races de peuples.

La cinquième partie du monde acquiert , tant par les établissements européens que par la propagation du christianisme, de plus en plus d’importance ; et le temps viendra où elle jouera aussi son rôle avec indépendance dans l’histoire des hommes.

C’est de l’Europe que part le germe de cette nouvelle vie qui commence pour les autres parties du monde. Mais faudra-t-il que la mère épuise toute sa force vitale pour produire de si nombreux et de si beaux fruits? Sans doute elle porte plus d’unemarque de vieillesse. Mais aussi la vieillesse peut avoir dans ses limites, et suivant ses lois, un état de santé et de vigueur, une viridis senectus ; et cet état de santé ne doit

avoir son principe que dans l’intérieur de la nature spirituelle. Mais possédons-nous une force et une volonté assez énergiques pour débarrasser le principe de vie des déblais qui l’encombrent , afin qu’il puisse pousser de nouveaux rejetons? c’est ce que l’histoire du siècle suivant publiera à notre gloire ou à notre honte.

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