LA RÉVOLUTION DE JUILLET ET SES SUITES
laume lui-même , et les anciennes provinces hollandaises, ne purent plus désirer la prolongation de la réunion, et que les autres puissances durent donner leur approbation à l’érection d’un nouveau royaume des Belges.
Mais cette question difficile n’était pas terminée par là. Ce nouveau royaume , qui se compose de riches provinces, pleines d’énergie , ne peut pas développer ses forces s’il n’a pas une libre communication avec la mer par l’Escaut , dont l’embouchure est sous la puissance de la Hollande. Cependant la Hollande ne veut pas renoncer à cet avantage topographique, dans la crain te qu’ Anvers ne vienne encore apporter un trop grand dommage aux villes de commerce hollandaises, comme elle l’a déjà fait. 11 s’éleva encore d’autres difficultés au sujet de la possession du Luxembourg , de quelques autres terrains , et du partage de la dette nationale. Les cinq grandes puissances de l’Europe qui tinrent des conférences à Londres pour terminer ces contestations et en même temps pour donner un roi à ce nouveau royaume belge , firent en sorte que les états belges portassent leur choix sur le prince Léopold de Saxe-Cobourg. Ce prince, qui avait refusé la couronne de Grèce , accepta au mois de juin 1851, celle de Belgique. Il se maria plus tard avec une fille de Louis-Philippe et lia ainsi la France encore plus étroitement à la défense de son royaume ; il en avait déjà éprouvé l’efficace assistance peu de temps après être monté sur le trône. Le roi Guillaume de Hollande voulant mettre un terme à toutes ces contestations par la force des armes, était entré en vainqueur en Belgique ; mais bientôt une armée française se présenta pour protéger le pays, et les Hollandais furent obligés de se retirer devant cette puissance supérieure.
La Belgique obtint de la France une deuxième coopération à la fin de 1832; car une armée française entreprit le siège de la citadelle d’Anvers qu’occupait une garnison hollandaise, commandée par le général Chassé, qui fit une très-vigoureuse résistance; elle fut
(1) Cette question a été terminée par le traité des vingt-quatre articles , signé le 10 avril 1859 , entre la Belgique et les cinq grandes puissances, d’une part,
prise, et remise entre les mains des Belges. En même temps une flotte anglo-française bloquait les côtes de la Hollande et conduisait dans un port anglais ou français tous les vaisseaux marchands hollandais qu’ils prenaient. L’Autriche, la Prusse et la Russie n’approuvaient point ces mesures de violence contre la Hollande ; cependant elles ne voulurent y prendre aucune part. Ainsi les inquiétudes que toute l’Europe avait par rapport à une guerre européenne n’eurent pas de suites, grâce à la modération des souverains. Quand l’armée française, conformément à la promesse du roi, fut rentrée en France sitôt après la prise de la citadelle d’Anvers, le roi de Prusse fit rentrer lui -même cette armée d’observation qu’il avait rassemblée sur la Meuse.
La question hollandaise n’est point terminée (1), le blocus des côtes hollandaises continue toujours, les deux États désunis prennent des apparences de plus en plus hostiles, et il faut toute la sagesse des rois d’aujourd’hui et l’amour de l’ordre qu’ont les peuples pour nous garantir contre l’incendie que pourrait allumer l’étincelle qui n’est pas encore éteinte.
3. Un autre incendie qui s’enflamma à la révolution de juillet et dura quelque temps avec la plus grande force, a passé en Europe sans avoir des suites générales, comme on aurait pu le craindre. C’est la révolution de la Pologne, soulevée contre la domination russe, qui éclata à Varsovie en 1830, se répandit promptement dans le pays et trouva une forte protection dans son armée très-aguerrie. La noblesse du pays, les villes, les paysans, tous se réunirent pour reconquérir une indépendance nationale qui leur avait été ravie par le partage de la Pologne au dix-huitième siècle, et que Napoléon leur avait promise comme moyen de les emmener en Russie et sans avoir pu remplir sa promesse; alors le peuple se jeta encore une fois dans une lutte à la vie à la mort. Cette lutte fut très-opiniâtre et très-longue. L’élite de la puissance russe y fut envoyée successivement , et les meilleurs généraux furent placés à la tête.
et entre la Belgique et la Hollande , d’autre part. {Note de l’éditeur belge.)
Le vainqueur des Turcs, le comte Diébitscli , y succomba aux efforts et aux fatigues que demandait cette guerre , après plusieurs sanglantes batailles qui n’avaient rien décidé ; mais son successeur, le comte Paskéwilsch , soumit le pays par son système de circonscription , de séparation, et enfin par les sanglants assauts qu’il donna à la capitale, le 8 septembre 1831. Une partie de l’armée polonaise s’étant retirée sur les frontières autrichiennes et prussiennes fut désarmée, et le plus grand nombre des officiers se mit en roule pour la Fi •ance à travers l’Allemagne. Au mois de février 1832, la Pologne fut réunie à la Russie comme partie intégrante de l’empire.
4. La révolte des États du pape et de quelques petites principautés voisines, en Italie, eut une fin bien plus facile et bien plus prompte; car l’entrée des troupes autrichiennes y rétablit aussitôt la paix. Mais comme dès qu’elles se furent retirées , de nouveaux mouvements s’étaient manifestés , les Autrichiens revinrent et s’emparèrent de Bologne. La France alors, pour faire valoir aussi, elle, son influence en Italie, se décida à envoyer une flotte vers Ancône et s’empara de la ville; et les deux puissances se trouvèrent là en présence , comme devant veiller à la tranquillité du pays, mais dans le fait pleines de rivalité l’une contre l’autre.
5. Afin qu’aucun pays d’Europe ne fût à l’abri des secousses et des inquiétudes de l’époque (sauf le Danemarck et la Suède qui restèrent assez paisibles) , la Suisse se divisa aussi en deux partis, l’un pour l'ancienne constitution, l’autre pour la nouvelle. Le canton de Bàle se divisa en deux, Bâle-campagne, Bàleville. Neufchàtel ne fut rappelé à l’ordre que par la force des armes, et encore aujourd’hui les cantons originaires sont séparés des autres d’idées et de coopération; de sorte que ce petit pays, auparavant si pacifique, se ressentira encore longtemps des enfantements révolutionnaires de la France. Longtemps la Suisse vit ses relations avec les autres puissances de l’Europe fort embarrassées, parce que non-seulement elle offrait aux réfugiés politiques des autres pays un asile libre pour se retirer, mais même pour y machiner des trames contre le
repos public; c’est ainsi qu’on fut sur le point de voir éclater des révoltes en Savoie et dans le sud de l’Allemagne. Mais de sérieuses représentations de la part de la France, de l’Autriche et des autres États du sud de l’Allemagne, réunies à la voix d’un certain nombre de ceux qui craignaient les suites de cet étal de choses, ne furent pas sans résultat. Des mesures énergiques ont été prises contre les réfugiés ; et désormais les relations de la Suisse avec ses voisins sont sur un bon pied.
6. En Angleterre enfin, le levain de fermentation, qui réside surtout dans l’excès de la misère à côté de l’excès de la richesse, est monté à un si haut point d’aigreur, que l’avenir de ce royaume est menacé de grands troubles. Déjà, dans une grande partie de l’Irlande, l’autorité de la loi est si affaiblie, que la vie et la propriété des habitants pacifiques est dans un continuel danger; de sorte que désormais il n’est plus possible d’empêcher la perte complète de l’ordre, si ce n’est par l’introduction vigoureuse de la force brutale ou par des améliorations dans l’administration. Aujourd’hui l’on travaille avec constance à améliorer les points les plus faibles du gouvernement anglais; mais le but n’est pas encore complètement obtenu, et malheureusement le roi Guillaume IV, qui avait de si bonnes intentions, est mort au milieu de ce grand travail , le 20 juin 1837. Ses vastes États, excepté le Hanovre, sont passés à sa nièce, aujourd’hui la reine Victoria.
Conclusion.
Ainsi les regards que nous jetons sur les sept dernières années nous offrent le triste tableau d’une fermentation générale ; de sorte que dans l’état où nous sommes , ce n’est que par les plus grands efforts de ceux qui , avec raison, tiennent pour un devoir la conservation de la paix à quelque prix que ce soit, que