‹ Histoire d'Allemagne, depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'année 1838;Chapitre 76 sur 116 · TRENTE ANS · texte numérisé non relu

TRENTE ANS

services à l’Empereur que dans sa prison. »

Mort de Wallenstein, 25 février 1G34. — Cependant la Bavière était vivement pressée par Horn et Bernard de Weimar; et, sur les instantes prières de l’électeur, l’Empereur avail déjà plusieurs fois demandé à son général qu’il se hâtât d’aller au secours de ce pays. Wallenstein traîna en longueur; puis enfin il se mit en route sans se presser, à travers la Bohème, arriva dans le haut Palatinat et rentra aussitôt en Bohème où il prit ses quartiers d’hiver. Il défendit à ses généraux qui commandaient des corps particuliers, sous les peines les plus sévères, d’obéir aux ordres de l’Empereur, et quand ce prince fit entrer d’Italie en Allemagne une armée espagnole qui ne devait pas être sous son commandement, et fit détacher un corps de l’armée qu’il commandait pour le réunir aux Espagnols, Wallenstein se plaignit tout haut de la violation du traité qu’ils avaient fait ensemble.

Comme il était accablé par les maladies et tellement tourmenté par la goutte que ses pieds étaient ouverts et qu’on était obligé de couper des morceaux de chair vive, il prit la résolution de déposer le commandement; mais il voulait se mettre en position d’exiger l’accomplissement des promesses qu’on lui avait faites. Il s’efforça donc de s’attacher encore plus étroitement les généraux de son armée, et les réunit en grand nombre dans ce but àPilsen, au commencement de l’année 1634. Il n’était pas difficile à lui de les gagner, car ils n’avaient d’espoir qu’en sa parole et sa recommandation pour recevoir les indemnités qui leur étaient dues ; d’autant plus qu’ils avaient enrôlé leurs régiments à leurs propres frais , et la plupart y avaient même engagé tout leur avoir. Si Wallenstein avait une disgrâce, ils étaient euxmêmes en danger de perdre leurs droits. En conséquence , quarante officiers supérieurs ayant à leur tète le leld-maréchal Illo et le comte de Terzka, se rassemblèrent dans un dîner, auquel même Wallenstein ne put assister à cause de sa maladie, et s’engagèrent ensemble par serment à la vie à la mort de rester fidèlement attachés au duc « tant qu’il resterait au service de l’Empereur, ou tant que celui-ci lui demanderait de ses services pour

la guerre; » ensuite ils forcèrent Wallenstein de leur promettre « de rester encore quelque temps avec eux et de ne pas se démettre de son commandement à leur insu cl sans leur consentement. » Le feld-maréchal Piccolomini qui plus tard trahit Wallenstein , signa cet écrit avec les autres.

Les ennemis de Wallenstein profitèrent de cette circonstance, d’ailleurs fort grave, poulie rendre suspect à l’Empereur, et parvinrent enfin à décider ce prince à dépouiller son général du commandement en chef, pour le donner à Gallas. Il est incontestable qu’il y avait à la eourde l’Empereur un parti italien et espagnol monté contre lui, et le duc de Bavière qui ne cessait de se plaindre de Wallenstein se joignit à lui. Le principal instrument de ces menées secrètes était le commandant italien Caretta, marquis la Graua.

Ces intrigues contre W’allenstein furent conduites avec tant de secret, qu’il n’en fut instruit que quand les généraux Gallas, Piccolomini et Aldringen , publièrent un ordre du jour par lequel ils défendaient, au nom de l’Empereur, à tous les généraux de l’armée, d’obéir désormais aux ordres de Wallenstein , Illo et Terzka (Ferdinand avait signé l’acte de déposition de Wallenstein, le 2-4 janvier , et il continua de correspondre avec lui encore vingt jours après ). Celui-ci fit aussitôt afficher à Pilsen , le 2 février, la déclaration solennelle, signée par lui-même et vingt-neuf généraux ou colonels, que la réunion du 42 janvier n’avait rien d’hostile de la part des officiers pour l’Empereur et la religion. En même temps, il fit partir , le 21 et le 22 février, deux officiers d’ordonnance vers Ferdinand pour lui déclarer de sa part, qu’il se désistait de son commandement et qu’il était prêt à se justifier devant tel tribunal qu’il plairait à l’Empereur de lui assigner. Mais ces officiers furent arrêtés en route par Piccolomini, et leur message n’arriva à l’Empereur qu’après la mort de Wallenstein.

Piccolomini marcha lui-même sur Pilsen avec ses troupes, et Wallenstein fut obligé pour sa propre sûreté de se retirer vers la citadelle d’Éger, dont le commandant Gordon lui était attaché par des motifs particuliers de reconnais-

sance. Cependant il est historiquement prouvé que le beau-frère de Wallenstein , le comte de Kinski, chassé delà Bohème à cause de sa religion, traita avec l’envoyé de France, Feuquières, des moyens de faire entrer W’allenstein dans le parti ennemi de l’Empereur, et que le cardinal de Richelieu fit voir à ce général la couronne de Bohême comme sa récompense ; il eut encore de pareilles négociations avec les Suédois, si l’on en croit quelques-uns de leurs écrivains. Mais aucun écrit, aucune action de Wallenstein ne prouve qu’il eût chargé le comte Kinski d’une semblable négociation ; et les Français et les Suédois restèrent jusqu’au dernier moment dans le doute si Wallenstein n’avait point voulu les jouer pour leur donner plus de confiance. Il est aussi à remarquer que cet homme incompréhensible et extraordinaire, songeant à la perte possible de la faveur de l’Empereur, ne voulut peut-être pas repousser trop loin les propositions de l’ennemi; mais se ménager une ressource pour les cas où ses ennemis réussiraient à le renverser, comme ils avaient déjà fait à la diète de Ratisbonne.

Wallenstein quitta Pilsen le 22 février au matin, porté sur une litière à cause de sa goutte, accompagné seulement de dix compagnies, et au bout de deux jours il arriva à Éger. Il avait avec lui le colonel Buttler qui fut un des meurtriers. Il entra dans Éger, le 24, à quatre heures du soir, et descendit dans la maison du bourgmestre Pechhelbel , sur la place du Marché. Le lendemain , mardi gras , Terzka , Illo et Kinsky allèrent dîner à la citadelle avec Gordon. Tandis qu’ils étaient à table, tout à coup trente dragons , commandés par les capitaines Deveroux et Geraldin , sortirent d’une chambre voisine et se précipitèrent sur leurs victimes qu’ils massacrèrent. Terzka ne périt qu’après une vigoureuse défense dans laquelle il tua deux dragons. Aussitôt après cette exécution le capitaine Deveroux se chargea d’aller tuer W’allenstein. Il était minuit et déjà le duc était couché. Mais ayant entendu dans le derrière de la maison les cris des comtesses Terzka et Kinsky, qui venaient d’apprendre la mort de leurs maris, il se leva et ouvrit la croisée pour demander à la senti-

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nellece qu’il y avait. Au même moment Deveroux enfonça sa porte, et se jeta sur lui en criant : Mort à Wallenstein ! — Celui-ci se découvrit aussitôt la poitrine sans dire un seul mot et reçut le coup mortel.

Comme il quitta le monde sans rien découvrir et que pendant sa vie les pensées de son âme étaient profondément cachées au fond de son cœur, dans le plus grand secret, un voile obscur se trouve jeté sur sa vie et ses grands projets. C’était un de ces hommes qu’on ne peut approfondir, sur lesquels on ne peut rien dire ; parce qu’ils n’ont ouvert leur cœur à personne et que ce n’est que secrètement, au fond de leur âme , qu’ils ont pesé le sort de milliers d’individus. Dans ces hommes qui sentent qu’ils ont en eux-mêmes une force à laquelle on ne peut résister, les arrêts de leur volonté semblables à ceux du sort ne suivent aucune règle qu’on puisse prévoir et partent de profondeurs impénétrables.

Après sa mort, ses biens furent confisqués et servirent à récompenser ses ennemis et ses assassins mêmes. Gallas eut le duché de Friedland, Piccolomini la principauté de Nachod, etButller après lui; cependant la plus grande partie resta à l’Empereur. Il y avait d’immenses valeurs en argenterie et objets précieux , en chevaux et voitures , etc. On estime que les biens de Wallenstein montaient à une valeur de cinquante millions. Sa veuve reçut comme douaire la principauté de Neuschloss ; Marie- Élisabeth , sa fille unique, fut mariée plus tard à un comte de Caunitz. L’Empereur, pour justifier cette exécution, fit rédiger un écrit fort long, qui contenait toutes les accusations portées contre Wallenstein et qui pendant longtemps donna de fausses idées sur l’histoire de ce grand général, par ses suppositions et ses faussetés.

Bataille de Nordlingue et paix de Prague. 1654—1635.

Après la mort de Wallenstein , ce fut le roi de Rome, Ferdinand, fils de l’Empereur, qui

obtint le commandement en chef; et la fortune lui ouvrit la carrière par un brillant succès. Après avoir poussé les Suédois hors de la Bavière, il les atteignit à Nordlingue en Franconie. Son armée était composée de troupes d’élite et augmentée de quinze mille Espagnols; dans l’armée suédoise et allemande, au contraire, il n’y avait point unité pour le commandement. Le prudent feld-maréchal Gustave Horn s’opposait à la bataille, prévoyant sa déplorable issue. Bernard de Weimar, jeune et fougueux, la demandait : elle fut livrée le 7 septembre 1034; mais le petit nombre, la mauvaise position , les fautes des généraux , le peu d’accord entre eux , tout concourait contre les Suédois qui furent en effet complètement taillés en pièces, malgré leur courage, après huit heures de combat. Vingt mille environ furent tués ou faits prisonniers , et parmi ces derniers le feld-maréchal Ilorn ; le duc Bernard se retira sur le Rhin avec le reste de l’armée.

Cette bataille pouvait devenir aussi décisive en faveur des catholiques que l’avait été celle de Leipzig en faveur des protestants. La puissance suédoise parut anéantie en Allemagne, et un résultat important fut la défection de la Saxe. L’électeur Jean-George voyait déjà depuis longtemps avec douleur la Lusace entre les mains des impériaux; il craignait de ne la recouvrer jamais , et peut-être même de perdre plus encore; c’est pourquoi il conclut, au commencement du printemps, 1655, la paix de Prague avec l’Empereur. 11 reprit la Lusace, reçutmèmeunepartie de la province de Magdebourg et une liberté de religion entière pour quarante ans. L’Allemagne évangéliste s’emporta beaucoup contre l’électeur, mais bientôt plusieurs autres États suivirent son exemple et s’accommodèrent avec l’Empereur : le Brandebourg, le Mecklembourg, le duché de Weimar, la principauté de Lunebourg et autres; de sorte qu’il semblait que cette sanglante guerre allait ainsi se terminer par le découragement des partis. En effet, les malheureux pays de l’Allemagne, sur lesquels s’étaient précipités les guerriers de presque toutes les parties d’Europe, étaient effroyablement dévastés ; il n’y avait presque plus d’hommes, les terres cultivées avaient été foulées aux pieds, une

SIXIÈME ÉPOQUE. 4.t')20 — 1648.

grande partie était restée sans labour ; les villes désertes, des ruines et des décombres en mille endroits où auparavant étaient des lieux florissants ; partout incertitude de vivre et de jouir de son travail, de sorte que le désespoir donnait aux mœurs de l’époque un caractère de barbarie. Ce qui n’avait pas été emporté par le glaive, avait été détruit par la famine, la misère et la maladie, et le principe de vie était tué dans le sein qui le nourrissait; telle était même la fureur impitoyable de cette guerre, que là où une langue de terre avait été pendant quelque temps épargnée, l’œil avide de la nécessité et de la rapine l’avait bientôt découverte et venait y porter le ravage. Car nombre de provinces étaient déjà si dévastées qu’une armée n’osait plus la traverser, comme le raconte lui-même le général Banier des provinces situées entre l’Oder et l’Elbe.

Dans cette détresse générale , avec les inclinations des États allemands à la paix, avec la disposition de l’Empereur de révoquer au moins en partie l’édit de restitution, comme il l’avait montré par son traité de paix avec la Saxe, lorsque l’armée suédoise était presque anéantie, la patrie opprimée pouvait espérer qu’elle touchait au terme de scs souffrances.

Influence de la France. Mort de Ferdinand II. 15 février 1 037.

Alors s’appesantit sur nous cette main fatale qui déjà antérieurement nous avait été si funeste, et qui plus tard surtout accumula sur nos têtes tant et de si noirs orages. Le ministre de France, Richelieu, contemplait avec une grande satisfaction depuis longtemps les malheurs de la maison d’Autriche et de toute l’Allemagne. Le gouvernement français regardait comme une pensée de la plus haute et de la plus adroite politique de faire tourmenter et conduire au supplice les protestants en France; mais de les protéger en Allemagne et de se servir ainsi de la foi pour cacher sa supercherie

et son avidité. Le moment était venu où le cardinal crut pouvoir vendre bien cher les services de la France. Il les offrit au chancelier Oxenstiern, stipulant pour récompense l’occupation de la forteresse de Philipsbourg sur le Rhin , et laissant ainsi apercevoir des desseins plus sérieux encore sur l’Alsace. C’était la première fois que les étrangers marchandaient les frontières de notre patrie. A ce traité entre Richelieu et Oxenstiern la guerre prend une caractère ignoble ; car depuis lors le ministre suédois ne combattait plus que pour apporter à son peuple une portion de l’Allemagne. Ils trouvèrent dans le duc Bernard de Weimar, prince du reste plein de valeur et de noblesse, le bras qu’ils pouvaient désirer : celui-ci d’ailleurs voulait conquérir pour lui-même une province sur le Rhin. Bientôt une magnifique armée enrôlée avec l’argent français fut sous ses ordres, et ce fut un redoutable ennemi pour les impériaux et les Bavarois; mais depuis ce moment les provinces rhénanes en devenant le théâtre de la guerre furent foulées, pressurées, comme l’avaient été auparavant celles del’Oder, de l’Elbe et du Wéser. Les Suédois avaient encore dans le feld-maréchal Banier un vaillant et actif général. Renforcé de nouveaux bataillons arrivés de Suède, il partit en diligence de la Poméranie , où s’étaient enfuis les restes de l’armée battue à Nordlingue, et s’avança contre les Saxons devenus les alliés de l’Empereur, les mit en déroute et se répandit dans la Saxe.

Cependant cette guerre n’offre plus désormais qu’un tableau toujours plus triste , manquant d’un grand génie et d’un grand but pour le relever. Le héros dont l’élévation de son âme jetait un lustre brillant sur tout ce qui l’environnait, qui fut entraîné par enthousiasme pour la religion, pour la gloire et pour la grandeur de son peuple, a disparu; l’impénétrable, le mystérieux et tout-puissant général qui seul put oser marcher contre le roi de Suède a été également arraché à ses projets; et les hommes qui paraissent maintenant à la tête des armées, quoique braves et non communs, ne sont cependant que des génies du deuxième rang, qui ne peuvent atteindre la hauteur des idées de leurs prédécesseurs.

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L'égoïsme pénètre dans celle guerre, cl c’est lui seulement que servent toutes les forces qui agissent; par conséquent quelque belles que soient les opérations, elles rentrent toujours dans le cercle des actions communes.

L’empereur Ferdinand II lui-même, que l’on peut mettre au rang des meilleurs esprits de l’époque, disparait aussi de cette grande lutte sans en avoir vu la fin; il mourut le 15 février 1037 , à l’âge cinquante-neuf ans, après avoir eu la satisfaction de voir son fils Ferdinand unanimement reconnu à la diète de Ratisbonne.

Ferdinand 111. 1657—1657.

Suite de la guerre. Bernard de Weimar, Banier, Torstenson , Wrangel. — Dans les années 1637 et 1638 , le duc Bernard de Weimar poursuivit le cours de ses victoires sur le Rhin ; il surprit l’armée des ligués à Rhinfeld , les battit et fil quatre généraux prisonniers, entre autres le vaillant Jean de Werth; Rhinfeld, Roteln et Fribourg se rendirent. Mais l’objet de ses efforts était l’importante place de Brissac , dont il voulait faire le point principal de sa domination sur le Rhin. Il l’assiégea, battit encore une fois l’armée catholique qui venait pour prendre sa vengeance, et emporta la ville par la famine et la disette ; ensuite il se fit reconnaître solennellement par ses habitants. Mais tandis qu’il se préparait à de nouvelles expéditions, il tomba malade tout d’un coup et mourut, le 18 juillet 1639, dans la trente-sixième année de sa vie. Il crut luimême qu’il avait été empoisonné, et son aumônier en exprima le soupçon dans son oraison funèbre (i). Mais si ce soupçon était fondé, il ne peut être attribué qu’à la France ; car aussitôt après la mort du duc , on vil dans l’armée

(1) L’historien allemand de la Guerre de trente ans, Schiller , détruit celte inculpation hostile , en prouvant que le prince n’a pas été empoisonné , et qu’il est mort d’une maladie contagieuse qui, en deux jours, avait

des négociateurs français qui voulaient racheter à prix d’argent, elle et les places fortes quelle occupait. 11 n’y eut que trois régiments suédois qui ne voulurent pas se vendre et qui partirent tambour battant; ainsi Brissac fut conquis, pour les Français, par la valeur des Allemands.

Déjà, dans l’année 1636, la voix de tant de malheureux qui soupiraient après la paix avait fait essayer quelques tentatives de réconciliation. Mais Richelieu, le ministre de France, ne voulait pas de paix; soit parce que la guerre le rendait nécessaire, soit parce qu’il entrait dans la politique hostile de la France de voir l’Allemagne déchirée par ses propres enfants et par les étrangers. Cependant on fit de nouvelles et sérieuses tentatives dans l’année 16-10, et les envoyés des différents partis se rassemblèrent à Munster et Osnabrück, en 1643. Mais ces négociations durèrent près de cinq ans, et pendant ce temps-là, la guerre sévissait avec toute sa cruauté.

Le redoutable Banier était mort , dans l’année 1641, à Halberstadt, après avoir dévasté la Bohême et plusieurs autres provinces. Il avait envoyé à Stockholm six cents drapeaux et étendards conquis dans toutes ses expéditions; mais s’il était habile, son cœur était impitoyable, et les campagnes qu’il fit furent marquées de plus de cruautés que toutes les autres de celte guerre. A son entrée en Bohême, plus de cent villages, bourgs et châteaux furent incendiés dans quelques nuits; et un de ses principaux officiers , Adam Pfuhl , se vantait d’avoir lui seul mis le feu en plus de huit cents endroits de la Bohème. Le pays était tellement désert que ce même Pfuhl, dans son expédition à travers la Thuringe, sentant sa fin approcher et demandant les secours d’un prêtre, ne put en trouver un seul dans un rayon de plusieurs milles.

Après Banier ce fut Léonard Torstenson qui eut le commandement en chef des Suédois. Ce général, quoique si faible de santé qu’il

enlevé quatre cents soldats. Son corps était couvert de taches livides et pestilentielles , de sorte que le chirurgien qui en fit l'ouverture, s’étant blessé avec son scalpel , mourut lui-même peu après. N. T.

était obligé de se faire porter dans une litière, l’emporta néanmoins sur tous les autres qui parurent dans cette guerre par la rapidité de ses mouvements. 11 commença par envahir la Silésie, en 1642, battit le duc François Albert de Saxe Lauenbourg (celui-là même qui était auprès de Gustave-Adolphe à Lutzen et était depuis passé au service de l’Empereur) et conquit Schvvcidnitz. De là , il s’avança en Moravie, prit Olmutz et lit trembler Vienne, la capitale. Ees maladies qui se mirent dans son armée le forcèrent à la retraite. Mais, dans l’automne de celte même année, le 2 novembre, il tailla en pièces , près de Leipzig , le général Piccolomini qui le poursuivait. Ce fut la plus grande bataille de cette dernière partie de la guerre; Piccolomini perdit vingt mille hommes , quarante-six canons, environ deux cents drapeaux , et ne put rassembler les fuyards qu’en Bohême.

Dès le commencement de l’année suivante , Torstenson se remit en route pour la Moravie , s’avança de nouveau jusqu’à Olmutz et au delà : de sorte que ses troupes légères allaient escarmoucher jusque dans les environs de Vienne. Puis, quand on le croyait fort occupé dans les environs de la capitale, il parut tout d’un coup, comme par enchantement, à cent milles de là, sur les côtes de la mer Baltique, dans le pays du roi de Danemarck, le Holstein et le Schleswig. Ces pays, qui avaient été longtemps à l’ahri de la guerre, ollraient aux Suédois de riches quartiers d’hiver; et il était facile de trouver un prétexte de guerre avec le Danemarck dans la jalousie avec laquelle ce royaume avait toujours regardé les victoires des Suédois. Dès le printemps suivant, 1644, les Suédois qui avaient reçu des renforts se mirent de nouveau en marche pour l’Allemagne, anéantirent l’armée impériale commandée par Gallas, et un an plus tard, 1645, Torstenson lit essuyer aux généraux impériaux Gœtz et Halzfeld une défaite complète à Jankau en Silésie; leur armée fut détruite, Gœtz lui-même fut tué; Halzfeld fut fait prisonnier, et toutes les provisions de l'armée tombèrent entre les mains des Suédois. Ensuite l’expédition s’avança encore une fois vers Vienne à travers la Moravie, et si la ville de Brunn n’avait retardé le général suédois par

une résistance héroïque, peut-être que la capitale serait elle-même tombée entre ses mains. Mais son armée se fondit tellement par les maladies devant Brunn qu’il fut obligé de faire retraite ; et comme son corps était épuisé de faiblesse, il déposa le commandement en chef.

Gustave Wrangel le remplaça et continua la guerre avec succès. Les armées françaises commandées par les célèbres généraux Turenne et Condé combattaient contre les Impériaux et les Bavarois dans les provinces rhénanes, et Wrangel uni avec eux soumit toute la Bavière dans les dernières années de la guerre. Ainsi l’électeur se vit obligé de renoncer à continuer la guerre et de signer une suspension d’armes. Le Brandebourg en avait fait autant, déjà depuis plusieurs années, et le Danemarck et la Saxe avaient suivi son exemple; de sorte qu’il ne restait plus que l’Empereur seul pour lutter contre la bonne fortune de ses ennemis. Le malheur de ses armes dans ces derniers temps venait surtout du défaut de généraux capables. Les meilleurs, Jean deWerth et Merci, avaient succombé, et l’Empereur sévit forcé de confier sa dernière armée à un protestant qui avait quitté le parti de la Hesse, au général Mélander de Holzapfel.

Les ennemis attaquèrent de nouveau les États héréditaires de l’Empire ; le général suédois Kœnigsmark assiégea Prague. Déjà il s’était emparé de ce qu’on appelait le petit côté , et Wrangel se disposait à venir le renforcer de toute son armée, quand retentit dans la Weslphalic le mot de paix.

Paix de Westphalie. 24 Octobre 1G48.

Les conférences de paix devaient s’ouvrir au milieu de l’été 1645, à Osnabrück avec les Suédois et à Munster avec les Français. Les envoyés impériaux s’y trouvèrent même avant le temps fixé , mais ceux de la Suède n’arrivèrent qu’à la fin de l’automne et ceux de la

GUERRE 1)E TRENTE ANS

France seulement au mois d’avril de l'année suivante, 1644 ; mauvais présage pour le progrès de cette pacification sur laquelle les peuples opprimés tenaient les yeux fixés avec inquiétude. Et en ellet , ces conférences commencèrent par un si grand nombre de minuties, qu’il n’y avait pas à compter sur une prompte décision. Plusieurs mois s’écoulèrent en de misérables disputes de préséance , parce que les envoyés français prétendaient avec un orgueil insoutenable avoir le premier rang, et affectaient de paraître avec un luxe de cour. Plus tard , on perdit encore beaucoup de temps pour décider si l’on convoquerait les députés de tous les petits États de l’Allemagne; car les Français le demandaient afin de trouver plus facilement l’occasion de jeter la division entre nous. Anciennement l’Empereur faisait la paix par lui-même au nom de l’Empire.

Le sujet principal des négociations aurait dû être de rétablir solidement l’ordre dans l’intérieur des provinces d’Allemagne et surtout parmi les différents partis de religion , car c’était par là qu’avait commencé la guerre ; mais les deux puissances étrangères voulaient avant tout être indemnisées des frais de la guerre et de leurs pertes; et dans la honteuse nécessité où l’on était réduit, on les leur accorda d’après l’avis et l’intervention du duc de Bavière.

La France, qui avait si peu fait avec ses propres forces, qui ne s’était mêlée dans la guerre que pour son propre avantage et le plaisir de faire du mal, un pays catholique qui s’intéressait pour les protestants, la France exigeait d’énormes sacrifices, et ses envoyés d’ Avaux et Servien, deux hommes également exercés dans l’art de manier la parole, la ruse et même la perfidie, s’avançant avec des airs de maîtres qui ordonnent, présentèrent leurs prétentions. Les Suédois, un peu plus modestes, arrachèrent cependant aussi eux un morceau de l’Empire ; et les amis de la patrie eurent le cœur déchiré en voyant les honteux trailemenlsqu’on lui faisait éprouver. « Dans ces mêmes contrées où nos aïeux défirent l’insolent Varus, dit un écrivain contemporain , des étrangers sans armes osent insulter à toute la nation et triomphent des Germains! Ils appellent, nous accou-

rons; ils parlent, nous obéissons comme à un oracle; ils promettent, et nous croyons en eux comme en Dieu; ils menacent, et nous tremblons comme des esclaves. Une feuille de papier que remplit une femme, soit à Paris, soit à Stockholm (i) fait tressaillir ou trembler l’Allemagne. C est au sein meme de l’Allemagne que l’on délibère sur l’Allemagne , pour savoir quelle plume arracher à l’aigle romain qui puisse parer le coq gaulois. Et nous , toujours en dissensions jusqu’au dernier soupir, nous abandonnons notre divinité tutélaire pour les idoles des peuples étrangers auxquels nous sacrifions notre vie, notre liberté et notre honneur. »

Les envoyés de l’Empire se conduisirent avec dignité; le comte de Trautmansdorf et le docteur Yolmar cherchèrent à combattre par toute la force de la raison les prétentions des étrangers , et par la douceur et la patience , la mésintelligence des peuples allemands. Mais ils ne trouvèrent pas une assistance suffisante dans les autres membres de l’Empire, surtout dans les dernières années que la Bavière était chancelante; et plus tard, chaque message qui venait annoncer les succès de l’ennemi, renversait les avantages qu’ils avaient pu conquérir dans les conférences. Ainsi, ils furent donc obligés d’accorder les conditions suivantes :

1) La France reçut pour la paix, les évêchés de Metz, Toul et Verdun, toute l’Alsace telle quelle avait appartenu à la maison d’Autriche, le Sundgau, et les importantes places de Brissac et de Philipsbourg; et en outre l’Allemagne fut forcée de détruire un grand nombre de forteresses dans le haut Rhin , afin que les armées françaises trouvassent un passage libre pour une invasion. Ainsi , dans le sud de l’Allemagne, toutes les places qui lui servaient de boulevard, tombèrent par celte paix entre les mains de son ennemi né. Les envoyés français , dans l’excès de la joie, disaient toul haut que jamais la France n’avait fait une paix aussi avantageuse.

(1) C'était la fille de Gustave-Adolphe qui régnait à Stockholm ; tandis qu’en France la reine Anne avait la tutelle de son fils Louis XIV.

2) La Suède, qui avail ou aussi de grandes prétentions, n’ayant pas rencontré de bons représentants dans l’orgueilleux , mais peu expérimenté Jean Oxenstiern, fils du grand chancelier, et dans le conseiller Adler Salvius, qui fui trop facile à corrompre, se contenta delà Poméranie occidentale avec Slettin, l’ile de Rugen, la ville de Wismar en Mecklembourg, cl les évccliés de Brême et de Verden sur le Wéser, pays en grande partie pauvres et ravagés. D’un autre côté, la Suède n’a jamais abusé de ses possessions dans notre pays. Elle reçut pour indemnité des frais de la guerre, 5,000,000 d’écus, que fut obligé de payer l’Empire épuisé.

5) L’électeur de Brandebourg, qui avait des droits réels sur toute la Poméranie, n’obtint que la Poméranie orientale; et comme dédommagement pour l’occidentale, il reçut l'archevêché de Magdebourg, les évêchés de Halberstadt, Minden et Kamin, à titre de principautés laïques.

■4) Le Mecklembourg reçut, au lieu de Wismar, les évêchés de Schwérin et de Ratzebourg.

5) La Hesse-Cassel , qui depuis le commencement de la guerre avait constamment été entre les mains des Suédois , mais dont l’adroite et belle landgravesse Amélie avait su gagner tous les cœurs, obtint, par l’entremise de la Suède et de la France, quoiqu’elle n’eùt rien perdu , l’abbaye de Ilersfeld , le comté de Schaumbourg et 600,000 risdales (rheichsthalcr) .

6) Le Brunsvvick-Lunebourg qui élevait des prétentions sur Magdebourg et Minden , et plus tard sur l’évêché d’Osnabruck, reçut le droit, sur ce dernier pays, de le faire occuper alternativement par un de ses fils et un évêque catholique.

7) Le fils aîné du malheureux Frédéric Y palatin , reprit ses pays héréditaires , excepté le haut Palatinat que l’électeur de Bavière conserva ; et comme il ne voulait pas non plus se dessaisir de la dignité électorale qui appartenait à la maison palatine, on fut obligé d’en créer une huitième pour elle.

8) Les négociations pour les affaires de religion, en Allemagne, furent très-longues et très-diüiciles. Les protestants demandaient la

liberté de religion non-seulement pour eux, mais aussi pour les sujets protestants de l’Empereur, et de ce côté ce prince était inflexible. On fut donc obligé de se restreindre à ceux de l’Empire , qui enfin , après une lutte d’un demisiècle, put jouir en paix delà religion de Passau ; elle fut de nouveau admise comme base fondamentale, et il fut réglé que les protestants conserveraient tous les biens cl toutes les églises qu’ils possédaient en 4624. On appelle celte année, l’année normale; et désormais il ne fut plus question de l’édit de restitution. 11 fut en outre réglé et approuvé qu’aucun souverain appartenant à une autre Église que ses sujets ne pourrait les opprimer pour leur religion ; et il fut arrêté que la chambre impériale, conformément à son but, serait composée d’un nombre égal de conseillers et d’assistants des deux partis religieux.

Ces règlements firent que la paix de Weslphalie fut reconnue comme une loi fondamentale dans l’Empire; et bien que toutes les contestations et les agitations n’aient pas entièrement disparu après elle, cependant les esprits furent plus tranquilles. Les sentiments haineux ne se firent plus sentir, la tolérance s’insinua de plus en plus dans les cœurs. Par sa douce influence , on s’accoutuma peu à peu à ne plus voir dans l’homme d’une autre croyance, qu’un Allemand, un frère et même un chrétien.

La différence de religion ne fut plus entre Allemands un mur de séparation insurmontable ; et sous ce rapport la paix de Westphalie, en posant des lois fixes pour les affaires intérieures de l’Église, mériterait les plus grands éloges.

9) Sur les droits seigneuriaux des princes et les rapports des États de l’Empire avec l’Empereur, la paix de Westphalie [eut des arrêts qui durent avec le temps relâcher encore les liens déjà affaiblis qui unissaient l’Empire en un seul corps. Ce n’est pas qu’antéricurcmenl il n’y eut de nombreux défauts dans la constitution de l’Empire; le désordre, l’abus de la puissance en face de la loi, un siècle entier soumis à la loi du plus fort , le témoignent assez haut. Car il faut avouer que l’absence de lois fortes et écrites semble avoir dû être une

GUERRE DE TRENTE ANS

cause majeure de ees désordres; aussi depuis la proclamation de la bulle d’or, s’cst-on efforcé de plus en plus de donner à l’Allemagne une forme de constitution plus déterminée; et de là les lois impériales. Mais aussi il y avait dans ces premiers temps un lien qui mieux que la parole écrite pouvait rallier au milieu du désordre : c’étaient les anciennes mœurs allemandes, la fidélité, l’antipathie contre les étrangers, une vénération sainte pour la majesté impériale , vénération appuyée sur la croyance que la dignité de l’Empereur venait de Dieu comme un bienfait céleste , qui imposait aux esprits. C’est ce que les princes eux-mêmes expriment dans plusieurs pièces authentiques. Plus tard, ce fut le système féodal , sorti de la condition essentielle du peuple et appuyé sur les anciennes mœurs et les anciens usages, qui dans les grandes occasions servit de lien pour retenir toutes les parties de l’Empire. Quand, dans les temps anciens, le prince, les grandsetle peuple se rassemblaient; quand postérieurement du moins l’Empereur se rendait à la diète avec les princes de l’Empire, alors il pourvoyait aux besoins du moment par de promptes décisions, par ses paroles, ses regards vivifiants; et quand il s’était élevé des différends, sa présence quotidienne, l’attention qu’il prêtait de ses yeux et de ses oreilles, la confiance qu’il établissait entre les particuliers et lui , le mettaient à même de réconcilier les esprits. En même temps cette vue, cette proximité de la dignité impériale, le respect que les gens sensés lui témoignaient, si propre à conserver ce sentiment dans tous les cœurs , faisaient que l’Empire, quoique divisé en plusieurs portions, ne formait qu’un seul tout par son empereur. Il le représentait et en soutenait l’honneur par la considération dont il jouissait lui-même dans toute la chrétienté.

Mais déjà depuis longtemps les princes n’assistaient que bien rarement eux-mêmes aux assemblées; ils se contentaient d’envoyer des représentants à la diète ou seulement leur avis par écrit. Les négociations traînaient en longueur souvent sur des minuties; il fallait des nécessités pour arracher des décisions énergiques. Les particuliers marchaient chacun de leur côté. Cependant , cet état n’avait été ap-

prouvé par aucune loi de l’Empire; mais à la paixdeWestphalie, l’indépendance des princes fut établie par une loi; ils reçurent la pleine autorité sur leur pays elle droit de faire la paix ou la guerre, ou même de faire des alliances entre eux et à l’étranger, pourvu toutefois que l’Empire n’eût rien à en souffrir. Or quel faible obstacle que ce mot ! Car désormais qu’un membre de l’Empire, ayant fait alliance avec un étranger, devienne ennemi de l’Empereur, aussitôt il prétexte que c’est pour le bien de l’Empire, pour soutenir son droit et la liberté allemande. Et afin qu’un tel prétexte pût être à chaque occasion mis en avant avec quelque apparence de droit, les étrangers s’établirent eux-mêmes pour les tuteurs de l’Empire; la France et la Suède se portèrent pour garants de la constitution allemande et de tout ce qui avait été arrêté pour la paix à Munster et à Osnabrück.

Du reste, on établit alors bien positivement pour les villes impériales, dont les droits n’avaient point été bien arrêtés jusqu’à présent, qu’elles auraient voix décisive dans les diètes ; et désormais il y eut trois collèges avec chacun un nombre de voix égal : celui des électeurs , celui des princes et celui des villes.

10) L’astuce de la France, par un article de la paix de Westphalie , sépara la confédération suisse de l’Empire et la reconnut pour un État indépendant. A la vérité depuis longtemps elle ne rendait aucun hommage à l’Empire; mais la séparation n’avait point encore été sanctionnée par une loi, et par conséquent le retour était plus facile pour le cas où se réveillerait , parmi ces fédérés, le sentiment qui les appelle naturellement à faire partie de notre alliance.

11) En même temps que l’Empire perdait au sud un des plus sûrs boulevards de sa frontière, la perte des Pays-Bas lui enlevait aussi celui du nord-ouest ; car l’Espagne était obligée de reconnaître à cette paix leur indépendance , et l’Empire de les délier de leurs obligations. Ils appartenaient originairement à la même race que nous, et depuis Charles-Quint ils faisaient partie de notre confédération; de plus, ils étaient maîtres de l’embouchure du fleuve de la patrie ( le Rhin ). Ainsi l’Allemagne se trouât

vait ouverte à ses ennemis au nord par les Pays-Bas et au sud par la Suisse.

Encore ne fut-ce qu’après bien des soins et de grands efforts que l’on put arriver à la parfaite exécution de cette malheureuse œuvre de pacification , et il fallut de nouveaux sacrifices. Les Français ne voulaient pas se retirer des places qu’ils avaient conquises , jusqu’à l’accomplissement de la plus petite condition; et les Suédois restèrent encore deux ans en Allemagne, distribués dans sept cercles de l’Empire, jusqu’à ce qu’ils eussent reçu pour les frais de la guerre cinq millions d’écus, qui furent à

grand’ peine tirés de notre pays déjà si misérable. On a calculé que, pendant ces deux années, l’entretien des soldats étrangers coûtait à l’Empire cent soixante-dix mille écus par jour. Six ans après la paix, quelques régiments suédois levèrent encore des contributions dans l’évêché de Munster; et le duc Charles de Lor* raine, que les Français avaient chassé de son pays, continua encore longtemps d’occuper plusieurs places fortes allemandes sur le Rhin.

Cette grande et pénible lutte ne pouvait se terminer que par de lentes convulsions.

Depuis la paix de Westphalie jusqu’à 1858.

Dans la première portion de ce laps de temps, de 1648 à 1740, l’art d’écrire l’histoire est fort peu avancé en Allemagne ; ce sont simplement des compilations d’actes publics qui sont entassés d’une manière effrayante, ou la vie de l’empereur dont on a cherché à enfler la gloire le plus haut possible. Mais il ne faut point y chercher des idées critiques, ni le travail d’un homme qui a considéré les faits d’un point élevé. Du moins , en France , il est facile de remarquer , dans les nombreux Mémoires des temps de Louis XIV , l’art qui s’attache à suivre les tissus de la politique et à dévoiler le fond de la pensée des individus.

Comme recueils qui s’occupent des affaires publiques et politiques , nous avons :

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