GUERRES DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
fut sauvée cl plusieurs combats très-chauds furent gagnés; Houchard et Jourdan y commandaient , tandis que Pichegru et Hoche étaient dans le haut Rhin , tous noms que le torrent de la révolution avait tirés de l’obscurité.— Le 50 septembre, on célébra dans Paris une grande fête de la Victoire dans laquelle quatorze différentes armées furent représentées dans un cortège de triomphe, en l’honneur des victoires qu’elles avaient remportées.
1794. Succès des armées françaises. — Au commencement de l’année, les alliés avaient réuni toutes leurs forces dans les Pays-Bas , sous les ordres du duc de Cobourg, et l’empereur d’Allemagne était lui-même venu dans le camp pour encourager ses troupes ; le 7 avril , elles remportèrent sous ses yeux une victoire auprès de Cateau-Cambresis , et le 50 elles s’emparèrent de la ville de Landrecies. Mais alors la fortune changea : Carnot, qui comprenait très-bien dans quel genre de guerre un peuple en armes doit trouver la victoire , donna l’ordre aux deux grandes armées , commandées par Pichegru et Jourdan, d’attaquer les lignes des alliés avec vigueur et sans cesser; de manière qu’il ne se passa pas de jour sans un sanglant combat. On ne comptait point le nombre de ceux qui tombaient; des troupes fraîches remplaçaient celles qui n’étaient plus; et les généraux ennemis ainsi pressés ne savaient pas où porter le point principal de la défense. La tactique ordinaire de la guerre leur était devenue tout à fait inutile; car, quand les corps d’armée repoussés, acculés les uns sur les autres, loin de fuir, se rassemblent de nouveau et revien nent à l’attaque sans se lasser, tant qu’il reste encore des hommes vivants; quand ni la crainte de la mort, ni rien ne peut les chasser du champ de bataille; alors nécessairement à la fin la victoire doit rester au plus nombreux. Ainsi les Autrichiens et leurs alliés, Anglais, Hollandais et Hanovriens, accablés de fatigues, furent enfin battus, le 22 mai , près de Tournay par Pichegru, et le 26 juin à Fleurus par Jourdan , dans deux sanglantes batail-
(1) Le célèbre Monge dirigeait cette expédition aérienne. N. T.
(2j C’est dans celle fameuse campagne que la flotte *
les. A Flcurus, le général français rappela à lui la victoire, qu’il avait déjà presque perdue, par un expédient tout nouveau; il fit monter un de ses aides de camp dans un ballon (î) pour reconnaître exactement les positions de 1 ennemi, et ensuite il renouvela le combat sur le rapport qui lui en fut fait.
Depuis cette bataille le bonheur tles armes françaises fut constant; rien ne put leur faire obstacle en Hollande et sur le Rhin. Les places conquises en France, Landrecies , le Quesnoy, Valenciennes et Condé , furent reprises l’une après l’autre; en outre, les Français s emparèrent de Bruxelles, le 9 juin, et en automne ils étaient sur les rives de la Meuse et du Vahal. Ces succès semblaient devoir être enfin le terme où ils pouvaient aller, d’autant plus qu’on avait levé les écluses des chaussées pour sauver la Hollande par une inondation générale.
Mais la nature même vint au secours de ce peuple favori de la victoire et lui fraya un chemin sur les fleuves, sur la mer et les marais. L’hiver de 94 à 95 fut extrêmement dur; et, dès le mois de décembre , toute l’eau était couverte d’une épaisse glace qui permit à l’armée française de pénétrer en Hollande. Elle s’engagea donc sur ces vastes et solides ponts, et dès le commencement de l’année suivante , le 17 janvier, elle parut devant Utrecht, et, le 19, devant Amsterdam. Le slalhouder n’eut rien de mieux à faire que de se sauver avec sa famille en Angleterre, et la Hollande fut changée en une république Batave (2).
De son côté aussi, Jourdan, dans l’automne d 1794, avait repoussé les Autrichiens du Brabant sur le bas Rhin, et les avait battus dans plusieurs combats; enfin, le 5 octobre, il les força de repasser le Rhin à Cologne. Liège, Aix , Juliers, Cologne, Bonne, Coblentz, tombèrent entre les mains des Français; il n’y eut que Luxembourg qui , par sa vigoureuse défense, se soutint jusqu’au mois de juin 1795.
Sur le haut Rhin , la campagne de 1794 prit à peu près la même tournure que dans le Nord.
hollandaise, retenue dans le Texel par les glaces, et fut prise avec de la cavalerie.
r,9G SEPTIÈME ÉPOQl!
Au commencement, le 22 mai, grande victoire des Prussiens et des Autrichiens près de Kaiserslautern; puis renforts pour les armées républicaines, le peuple se levait en masse, attaques furieuses et continuelles des alliés ; enfin , le 15 juin, deuxième bataille à Kaiserslautern, dans laquelle huit fois les Français sont repoussés avec grande perte et osent une neuvième attaque où ils ont la victoire; et point de repos jusqu’à ce que les alliés, avant la fin de l’année, aient repassé sur la rive droite du fleuve.
Paix de Bàle. 1795. — Le bonheur des armes françaises était si grand et si impétueux que , pour quiconque aurait alors considéré la position de l’Europe et surtout celle de l’Allemagne , il eût été facile de reconnaître qu’elle n’avait plus désormais qu’à réunir toutes ses forces pour sa propre sûreté. Les F rançais déjà ne faisaient point un mystère de leurs projets d’occuper toute la partie de l’Allemagne située sur la rive gauche du Rhin jusqu’au fleuve. — 11 nous fallait donc, après une mauvaise campagne, abandonner à ce dangereux voisin ce pourquoi il avait en vain combattu pendant tant de siècles ! L’Allemagne n’aurait jamais dû souffrir un pareil affront; mais dans ce temps où pouvait-on trouver les grands et généreux sentiments pour l’honneur de la patrie? Déjà la jalousie et la rivalité des généraux et des premiers serviteurs avaient alfaibli les forces de l’armée et empêché ses plus belles opérations; mais alors la confédération se laissa diviser par son adroit ennemi. Le 5 avril , la Prusse signa à Bàle une paix avec la république française; et le Hanovre avec la Hesse-Cassel y furent compris. On y traça une ligne de démarcation pour le nord de l’Allemagne, qui séparait la France des États-Prussiens en Westphalie, de la Hesse et de la basse Saxe.
Bientôt aussi l’Espagne, qui manquait d’argent, dont les armées étaient dans le désordre, et qui surtout n’avait point une volonté ferme et arrêtée, se sépara de la coalition contre la France ; l’Autriche et l’Angleterre furent les seules grandes puissances qui restèrent sur le champ de bataille; tel fut d’ailleurs le résultat réservé à l’Autriche depuis Maximilien Ier, toules les fois qu’elle entra dans une alliance