GUERRES RE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
loin la terreur de leurs armes. Du nord de la Bretagne, un corps de royalistes sous la conduite du général Wimpfen (1) pénétra jusqu’à vingt lieues de Paris. Dans le sud , les villes les plus riches et les plus importantes se déclarèrent aussi contre la convention; outre Toulon, Marseille et Bordeaux, il y eut encore Lyon au milieu de la France, et leur alliance avait de grandes ramifications par tout le Midi. Ainsi la république, dans le mois d’août de cette année, pressée de toutes parts, était sur le bord du précipice; sa chute semblait inévitable. Cependant, elle fut sauvée d’une manière encore sans exemple, par un gouvernement de terreur. Dans cette grande nécessité, les plus hardis et les plus téméraires de ceux qui avaient le pouvoir à Paris, auxquels tout moyen semblait bon pour atteindre leur but, l’ayant emporté sur les modérés, conçurent le dessein , de même que Rome dans les cas difiiciles avait mis tout le pouvoir en une seule main , de le confier alors à deux comités : au comité de salut public et à celui de sûreté générale. Ils devaient s’occuper uniquement, l’un de l’intérieur, l’autre des affaires d’extérieur et particulièrement de la guerre. C’était une puissance souveraine que reçurent ces quelques hommes; ils n’avaient d’autre loi que leur volonté, et d’autre juge que leur conscience. La vie, la liberté, les biens des citoyens étaient entre leurs mains ; ils pouvaient condamner s’ils voulaient, ou absoudre. A la tète de ces hommes revêtus de la puissance , était Robespierre, bomme effroyable, froidement avide de sang, l’idole de la populace; parce que, comme elle, il poursuivait avec envie et haine tout homme qui voulait s’élever au-dessus de la foule.
Son plan était d’anéantir par la terreur les ennemis de la république, et ce beau plan réussit. La capitale, comme toute la France, furent inondées de sang. Tout citoyen qui se faisait remarquer par ses richesses, sa science, ses qualités, sa bonne réputation ou par des
(1) Wimpfen était un des généraux de la république
chargé de surveiller les côtes ; appelé à Paris pour justifier sa conduite , il répondit que s’il y venait ce serait à la tête de soixante mille hommes. N. T.
(2) L’auteur fait ici une erreur. La princesse de Lam-
principcs de bienveillance et de modération, était un objet de haine à celte bande terrible; et aussitôt un prétexte était trouvé pour le faire disparaître. Ils regardaient les gens de lettres comme aussi dangereux pour la liberté, que la noblesse et le clergé. Pour avoir une liberté stable, disaient-ils, il faut voir régner la simplicité de Sparte et des premiers temps de Rome. Un d’eux alla jusqu’à dire, qu’il fallait encore que deux millions de tètes tombassent sous la guillotine pour que la France fût heureuse. Le petit nombre d’hommes honorables qui se trouvaient parmi eux , sentaient sans doute alors à quels excès l’humanité avait été poussée, pour avoir recherché les lumières dans le sens de l’époque et les raffinements dans les jouissances sous le nom de civilisation perfectionnée ; et c’était comme contre -poids qu’ils voulaient pour tout le monde les formes grossières de la brute égalité, sachant bien qu’il est impossible de trouver aucune modération dans une si violente agitation ; tandis que les plus coupables d’entre eux, ceux qui connaissaient le mieux ce qu’ils voulaient, demandaient pour tout le monde égalité dans le crime : ainsi égalité! était le cri qui remplissait toute la France, et à ce fatal retentissement les meilleurs citoyens étaient immolés par milliers. Leurs qualités faisaient leurs crimes; personnes ne devait se faire remarquer fût-ce dans le meilleur sens; leurs juges étaient les plus furieux de la lie du peuple, qui composaient partout le tribunal révolutionnaire et n’étaient retenus par aucune loi, par aucunes formes de procédure; les accusés n’obtenaient même pas toujours un défenseur. Cent de ces malheureux étaient massacrés par jour sur la place même où siégeait le tribunal; la guillotine et l’arbre de la liberté étaient les deux seuls ornements publics de toutes les villes de France. On exécuta dans un même jour, la reine, la sœur du roi, la princesse de Lamballe (2) ; et le duc d’Orléans, l’auteur de tant de malheurs, tomba lui-même comme les autres
balle périt victime des massacres de septembre 1792; sa tète fut promenée, au bout d’une pique, sous les fenêtres du Temple . où était alors détenue la reine ; celle-ci fut exécutée le 10 octobre 1793; elMme Élisabeth feulement en 1794. {A ote de l’éditeur belf/c.)
sous la hache de la guillotine. Celte puissance de la terreur si bien ménagée, si bien exercée, que les parents mêmes des victimes n’osaient pas laisser apercevoir les larmes de la douleur, obtint son but. Les factions furent étouffées dans le sang, tout obéissait à un gouvernement qui faisait exécuter ses volontés par des moyens si effroyables; les uns, les plus méprisables, obéissaient parce que ce régime leur convenait, les autres par peur. Cependant un maître dans l’art de la guerre, Carnot, fut appelé au comité de salut public pour régler en grand tous les plans des armées.
Alors, on lit appel à la nation entière contre les ennemis delà république : « toute la France, disait-on, n’est qu’un camp et tout Français est soldat. Aussitôt que le tocsin sonne, tout le monde doit courir aux armes, soit contre les esclaves de la tyrannie étrangère, soit contre les traîtres à la liberté qui sont au milieu de nous. Il faut que les hommes non mariés et les veufs qui n’ont pas d’enfants marchent à la frontière; que les hommes mariés forgent des armes et conduisent les convois, que les femmes fabriquent les habits et les tentes , que les enfants ellilent la charpie et que les vieillards, sur les places publiques, enflamment par leurs discours le courage des guerriers qui partent contre l’ennemi. » Et en effet la France donna à l’Europe un prodigieux exemple qu’un ennemi même ne peut taire. Enthousiasme , amour de la patrie, fureur, soif de sang, crainte, obéissance, passion du pillage et l’ambition, tous les ressorts de l’âme agissaient à la fois sur un même point pour arriver au même but : « le salut de la liberté contre les ennemis du dehors et de l’intérieur. » Et, bien que cette liberté ne se présentât pour la plus grande partie du peuple que sous une image défigurée, souvent même sous des traits marqués avec du sang et du feu , du moins produisit-elle l’effet qu’on en demandait. Toute la France prit l’aspect d’un vaste arsenal; et rien que dans Paris plus de cent mille hommes étaient occupés nuit et jour à confectionner des piques, des fusils, des sabres, des canons, des mortiers. Des milliers de soldats vinrent en même temps remplir les camps ou se formèrent derrière eux, comme troupes de réserve. Dans le camp tout
homme qui se faisait distinguer par la force de son génie, voyait s’ouvrir devant lui une carrière brillante qui lui permettait de jouer un rôle. La naissance n’apportait aucun privilège, la capacité seule était prisée; la supériorité du nombre fut donc bientôt du côté de la France, et cette supériorité unie avec l’audace suppléa au défaut d’habitude des armes. Depuis ce temps les faveurs de la fortune furent pour les républicains; car on ne comptait plus le nombre des morts , et toujours de nouveaux et plus audacieux bataillons marchaient en avant, passaient sur les cadavres de leurs concitoyens, en chantant avec enthousiasme l’hymne de guerre, jusqu’à ce qu’ils eussent accablé, foulé aux pieds leurs adversaires.
L’armée des mécontents au nord de la France, sous les ordres de Félix Wimpfen, fut battue, et le général lui-même obligé de se sauver en Angleterre; puis Marseille fut soumise, ensuite Lyon après une vigoureuse résistance, et Toulon, dont l’assaut dura quatre jours et quatre nuits sans interruption et fit couler un fleuve de sang, la ville n’était plus qu’un monceau de ruines; enfin les Vendéens eux-mêmes essuyèrent plusieurs défaites. Tous ces succès arrivèrent dans l’année 1793, et les plus effroyables cruautés suivirent la victoire des républicains. A Toulon, Lyon , Marseille et d’autres villes on jugeait sans entendre, la guillotine parut enfin être un moyen trop lent; les malheureuses victimes furent traînées par centaines devant la bouche des canons et mitraillées: on les jetait par troupe dans le fleuve. Il fut décrété par la convention que Lyon et Toulon seraient rasées, que leur nom serait extirpé de la mémoire des hommes, et que la Vendée serait changée en un monceau de cadavres, de ruines et de cendres pour servir de monument de la vengeance nationale. Tel était le langage de ces hommes de la liberté.
Sur la frontière, contre les ennemis du dehors, les chances de la guerre furent d’abord variées; mais à la fin de l’année elles se prononcèrent tout à fait en leur faveur. Dans le haut Rhin, à force de combats sanglants et perpétuels, Landau et l’Alsace furent délivrées et le drapeau républicain fut planté sur les rives du Rhin; dans les Pays-Ras, Dunkerque