MATHIAS. 16S
Le roi Math i as seul avait dans sa suite trois mille hommes, quatre mille chevaux et cent voitures à six chevaux; et les autres princes paraissaient, suivant leur fortune, avec un luxe presque semblable. Les fêtes se succédaient, et un étranger, témoin -de ce grand et brillant rassemblement, où régnait la joie , aurait pu prendre l'Allemagne pour le premier pays du monde, y trouvant un si beau cortège de princes qu'il voyait réunis dans une telle familiarité. Mais derrière ce rideau si brillant, veillait l'esprit de dissension; l'observateur profond aurait découvert dans la joie des catholiques l'espérance de grands avantages pour leur parti , basée sur l'activité et la fermeté de l'empereur ; et dans celle des protestants des espérances fondées sur l'apparence de sa mauvaise santé. Le prince Christian d'Anhalt, un des plus entreprenants parmi ces derniers , fit sentir avec finesse le double sens de cette fête : « Si l'on en vient à danser, dit-il , Mathias désormais ne peut plus faire de grands sauts. »
Le nouvel empereur , en effet, ne montra pas toute l'activité qu'on avait eu lieu d'espérer; il sembla qu'il n'avait forcé son frère de lui céder le trône que pour continuer dans son indolence et son irrésolution : mais les passions n'en travaillaient que plus activement les esprits, et préparèrent ce fâcheux éclat qui arriva dès le règne de Mathias. Dans les provinces autrichiennes l'esprit de parti , excité par les prêtres dans les chaires, reparut avec une nouvelle force; les hommes de différentes religions
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perdirent pour [ainsi dire entre eux les rapports d'hommes; car la haine qui tient à ce que l'homme a de plus sacré est la plus implacable.
Il se passait aussi dans le reste dé l'Allemagne quelques événements importants : des différends avaient éclate dans Àix ; d'autres dans Cologne avec les deux possesseurs de Juliers , parce qu'au détriment des habitante de Cologne ils avaient donné le titre de ville à Mulheim sur le Rhin. Dans ces deux différends, l'empereur décida en faveur du parti catholique et souleva ainsi chez les protestants de nouvelles inquiétudes. Sa lenteur au sujet de Mulheim aurait eu peu d'effet si les deux maisons princières qui avaient pris possession de l'héritage dé Juliers ne s'étaient divisées entre elles; mais le prince palatin Wolfgang Guillaume , qui devait épouser une fille de la niaison de Brandebourg, étant venu pour cette affaire même & Berlin, se prit de querelle avec l'électeur pendant le 1-epas} tous les deux étaient excités par le vin , ils s'oublièrent, et celui-ci donna au prince palatin un soufflet. Jamais , peut-être, Unfe circonstance aussi insignifiante, n'eut de suites Si graves dans l'histoire: le système tout entier de l'empire en fut ébranlé, et ces secousses se firent long-temps sentir. Le prince en colère partit aussitôt de Berlin ; et, en haine de la maison de Brandebourg , il s'unit intimeu.ent avec celle de Bavière, y prit une femme et même la religion catholique. L'électeur de BrancK'bourgi au contraire, qui craignit pour ses éWs