MATHIAS. 16Î
de Juliers, si Wolfgang Guillaume les attaquait seconde' par la ligue et par les Espagnols , demanda l'assistance des ftollandais qui étaient toujours en guerre aVec les Espagnols ; et , afin de leur être plus agréable , il quitta l'église luthérienne pour passer dans celle des calvinistes. Les états de Juliers furent donc envahis par des étrangers de deux côtés: les Hollandais occupèrent Juliers , les Espagnols, commandés par Spinola, occupèrent Wésel ; et ces deux armées firent exécuter la sentence de l'empereur contre Mulheirh. Ainsi déjà dans l'empire les troubles devenaient des hostilités, et les états allemands commençaient à faire des alliances avec l'étranger. L'itiquiétude des protestants fut enfcore excitée davantage par le choix de l'héritier de l'empereur. CÎar, comme Màtliias lui-même ainsi que ses frères Maximilien et Albert n avaient point d'enfants, et que les affaires de l'état n'avaient pas un grand attrait pour ces deux derniers princes , ceux-ci renoncèrent à la succession des états autrichiens à laquelle ils avaient droit et proposèrent pour successeur leur cousin, le jeune archiduc Ferdinand, déjà possesseur de la Styrie, de la Carinthie et de la Carniole, Toute cette affaire fut fort désagréable à l'empereur : il dut sentir la main de la Providence qui lui faisait expier l'injustice commise à l'égard de son frère Rodolphe; mais ses frères y mirent tant d'instance qu'il fut enfin obligé de céder. Ferdinand fut reconnu pour Hitur roi de Bohême dans une diète, en 1617, et trois semaines plus tard il fut couronné avec pompe dan»
168 sixième époque. 1520 — 1648.
Vienne. Les états n'exigèrent rien autre chose que la confirmation des droifs dont ils avaient joui jusqu'alors , et l'absence du nouveau roi dans les affaires du gouvernement tant que l'ancien roi vivrait. Ce Ferdinand a été la principale cause de ce violent ébranlement de son époque , et mérite d'autant plus d'être sévèrement et équitablement apprécié que , dans tous les temps , il a été plutôt injurié ou traité avec passion que soumis à un jugement calme. Il fut élevé dans l'université de Ingolstadt, en Bavière, particulièrement par des jésuites et sous les yeux du duc Guillaume de Bavière , catholique zélé , et nourri depuis son enfance dans les principes les plus sévères en matière de religion. Il croyait fermement à une seule Eglise , et il regardait comme son premier devoir d'y maintenir tous les hommes ou de les y faire entrer par tous les moyens qui sont en la puissance humaine : par la bonté et la sévérité , par la force de la parole et par celle de l'épée; « car le salut de l'âme, lui avait-on dit, va devant toute considération humaine. » Aussi a-t-ii suivi ces principes toute sa vie avec la plus grande fidélité; il se croyait destiné par Dieu à être le champion de l'Eglise catholique et le restaurateur de l'ancienne croyance. Mais de cette croyance, il n'en a point fait un mystère; il est entré franchement et loyalement dans l'arène, et c'est là son côté glorieux dans l'histoire : car tout homme qui suit avec opiniâtreté et sans arrière-penséc de toutes les forces de son être ce qu'il a une
maihus. 169
lois reconnu comme juste et sacré est certainement un homme honorable.
Le jeune prince, à peine devenu maître dans ses états , se mit à réformer , c'est-à-dire qu'il ramena l'ancien usage dans le service divin ; il mit en avant le principe qu'un souverain ne doit souffrir qu'une seule religion dans ses états , afin qu'il y ait une parfaite uni lé d'esprit et de volonté ; et comme la paix de religion d' A ugsbourg ne donnait dans ce cas aux non croyants que le droit de s'expatrier, il força ceux qui ne voulaient pas se rallier à l'ancienne Eglise de sortir du pays. Ces mesures étaient dures, car il n'est rien de plus dur pour un homme qui s'attache et qui sent vivement que d'être obligé de quitter pour toujours les lieux ou ont demeura ses ancêtres, et où il a lui-même passé les premières années de son enfance. Il devait donc nécessairement s'élever de grands mouvements dans les états de Ferdinand.
La nombreuse population des montagnes se leva la première; parce que ces hommes qui ne quittent jamais leurs montagnes, vivent éloignés du tracas de toutes les relations sociales, et qui sonthabitués à considérer les grands et éternellement immuables tableaux delà nature sanss'occuper de l'inconstance des affaires humaines, tiennent plus fortement que tous les autres à leurs opinions et au soi de la patrie. Cependant il y avait dans les mesures du jeune prince tant de fermeté et de calme, il se montrait si résolument sévère 1 qu'il avait prévenu les éclals du mé-
470 sixième époque. 1520—1648.
contentement avant qu'ils eussent paru, et que malgré toute les maisons de justice qu'il avait érigées de tous côtés, pas une goutte de sang ne coula. Aussi, ce fut comme un prodige exposé aux yeux de tout le monde , que dans l'espace de quelques années, on ne vit plus aucune église protestante dans le pays où la plus grande par lie des habitants s'étaient attachés h la nouvelle doctrine , et qu'on ii*y entendit plus uh seul prédicateur protestant. Une pareille énergie dans un jeune prince devait soulever de grandes espérances pour un des deux partis et de grandes craintes pour l'autre. Les états de l'union en Allemagne, et surtout l'électeur palatin, voyaient donc, dans l'élévation de Ferdinand connue chef de la maison d'Autriche, de nouveaux motîft pour affermir leur alliance. Ils travaillaient toujours à gagner l'électeur de Saxe; mais en vain. Son indisposition contre l'église calviniste faisait sans doute au fond de son cœur une opposition forte ; mais aussi le désir de conserver là paix dans l'empire avait une grande influence sur sa résolution, et ce désir était bien marqué parmi la plupart des princes luthériens, surtout depuis la mort de Maurice. Une lettre de l'électeur de Saxe à l'arcniduc Ferdinand prouve que du moins chez lui ce sentiment était réel ; il lui disait : « puisqu'on en est venu à un tel point, qu'on ne peut qu'à peine trouver quelques traces de bonne intelligence et de confiance parmi les états d'Allemagne, il faut au moins s'efforcer de ranimer en quelque *0:te !e peu qui s'y trouve, Car, si cet ét&t actuel et
(iUÈRBÈ DE tîlENiî A$S. iïi
dangereux doit durer, si Ton doit recoiitfr plutôt à la plus extrême sévérité pour guérir, (ju'âlix mrîyenfc plus simples, il est évident que cette tentative dé guérison ou entraînera la ruine totale de l'un ou l'autre des deux partis, ou conduira, après beaucoup de sang répandu, après avoir cause la ruine du pa3S et de sefi habitants, à des moyens mitoyens que l'on peut dès à présent employer saris vlolenbe ni danger. » Ces paroles étaient comme une annoncé de l'avenir et auraient pu Frapper Ferdinand de quelques rayons de lumière , s'il n'avait tenu seà jeux fortement fixés sur un seul point. Un autre témoignage plus expressif encore se manifesta peu de temps après et lui présagea la proximité du danger qui menaçait sa riiàifcorl.
Jkfouveraent* en Èoftéme. €ointrt«icemeirt de ta guerre 4e trente ans/
Depuis la nomination de Ferdinand pour fbttîr roi de Bohême , les protestants crurent remarquer dans le pays plus d'activilé et plus d'assurance parmi les catholiques. La renommée, qui dans les temps extraordinaires est toujours plus? agitée et plus effrayante que jamais, portait avec fclle mille détails qui leur annonçaient de grands dangers. « La lettre de majesté qui garantissait leur sécurité et leur liberté était sans force, parce qu'elle avait été pxtorrjuéç m roi Wodolphej » ainsi parlaient les <ty-
172 sixième époque. 1520—1648.
tholiques, disait-on : « A l'arrivée du roi Ferdinand, il y aura un nouveau roi et une nouvelle loi ; il y aura plus d'une tête qui tombera. » « Les biens passeront en d'autres mains, et plus d'un pauvre se trouvera riche du bien de ses parents. » De plus, quand Ferdinand prêta hommage, on fit colporter par toute la Moravie des tableaux, où le lion de Bohême et l'aigle de Moravie étaient représentés enchaînés et près deux un lièvre endormi les yeax ouverts, pour signifier que les états avaient beau ouvrir les yeux> ils ne comprenaient pas quel t^ort leur était réservé. Ces démonstrations hostiles et bien d'autres, grossies encore en passant de bouche en bouche, jetaient l'effroi dans tous les esprits.
Enfin on ne manquait pas non plus de raisons bien plausibles pour susciter des querelles. Ainsi, la lettre de irajesté assurait aux protestants de Bohême la liberté de construire de nouvelles églises, mais le gouvernement restreignait le sens de cet article aux provinces protestantes du royaume et refusait .son application dans les provinces catholiques. En 1617, les protestants qui se trouvaient dans la juridiction de l'archevêché de Prague, bâtirent une église dans la petite ville de Glostergrab , et ceux de la juridiction de l'abbé deBraunau en bâtirent aussi une dans leur village. L'archevêque et l'abbé ne voulurent pas les tolérer, et ils en portèrent leur plainte à l'empereur. Puis , quand les églises furent terminées , l'archevêque fit valoir un ordre impérial ; l'église de Glostergrab fut démolie jusqu'aux fonde-
ments, et celle de Braunau fut fermée; ensuite, comme il s'éleva une révolte à ce sujet, les citoyens les plus mutins furent jetés en prison.
Alors les protestants crièrent à ta violation de la lettre de majesté, et ils trouvèrent un chef résolu dans le comte Mathias de Thurn. Ce comte , né à Gratz sur les frontières de l'Italie, mais alors devenu citoyen de Bohême , soutenait avec toute la chaleur du sang italien Ses croyances et ses libertés ; et il fut choisi pour défenseur des évangélistes en Bohême. Ce fut sous ce titre qu'il convoqua les états protestants à Prague. On fit parvenir à l'empereur plusieurs suppliques , pour le prier de faire cesser les motifs de leurs plaintes et de rendre à la liberté les citoyens de Braunau, toujours retenus prisonniers.
La réponse de l'empereur fut très dure. La résistance des habitants de Braunau et de Clostergrab y est appelée une révolte; les états y sont fort blâmés de s'être occupés de citoyens étrangers pour eux, d'avoir tenu des assemblées illicites et d'avoir cherché par dé faux bruits sur les dangers de la lettre de majesté, d'arracher à l'empereur l'amour et la fidélité de ses sujets, etc. La menace qui venait ensuite : « On examinera l'affaire et on rendra à chacun suivant ses mérites, » acheva de donner aux esprits déjà excités les plus grandes craintes sur l'avenir. De plus, le bruit se répandit que cet écrit n'avait pas été fait à Vienne, mais bien à Prague même , dans la maison du gouverneur, et même particulièrement
m sixife&p Épopuç. 4^2P— ^48
par deux conseillers catholiques, Martinez et Slavata. La colère qui éclata se porta donc sur eux, comme sur l'objet le plus immédiat. Déjà depuis longtemps ih étaient haïs> parce qu'Hs n'avaient pas youluj prendra part ^ I3 confection cje h lettre de ça^jpsté > i\ y % neuf ans 5 or* racontai); epçorjp n*ainte$ circonstances, très irritent^ de lçijr zèfe pour l'Églisç çathoUquet O9 fbt&U que BlaFUp^z: $yajt fait chasser p$r dgs chiens k l'ÉgHsç çatljpii<jqe les protestants gui étajeat 501^ sa juj:i<|ictjpp > çt qqe Sl^v?t» ^vait forcé cej^ 4? k sJÇfl A£ * w faire çatl^liques en leur refusant le baptême et l'enterreçaent en terre sainte. Les députés (Je$ f tqts^ exaspérés par ces bruits, se présentèrent le 23 ni^i 16182 ^rnjés et accompagnés de Ipurs gens,* au château, roj$l de Prague devant les gouverneurs , et leur demandèrent s'ils avaient fait pftj$JQ cju cq^seil ? qpanji pn y aurait délibéré l'écrit jiifpprial, $j dm; et si JjpstUe pojjr ?uxj enfin ^il^ j&Y3i?Rt qpiqé ppuy Juif et^r lçur réponse qu'il f^ikit 3#pan*yant ftppejep }f,S mepabres du conseil jbspplfl * pour ?yi$er mv u^e affaire si importante , ^jpelquf s.hwimes dp 1^ foule s'^ncêropt et dirent : » JSEoiis savons qu'^cjanj de Sternpbçrg ^ }e premier hurgr^ve ,t et Rippld de. Lobkowitz , ont en effet assisté à lfi délibération §ur l'écrit \ mais qu'ils n'ont |#6 #onlu çppse.ntir à $a confection. » Alors on les pon^Ujisit fo*u$ deuç dcms une autre chambre ; mais d'aif^ç? s'éj^qt jetés sur Martiqez, le traînèrent à la fep^trç et \p jetçrept en bas. Ils restèrent tous ensuite dqifls wç espèce de stupeur, jusqu'à ce que le
OUERR£ DE TRENTE À\S. ^Ify
comte de Thurn s'écriât en leur montrant Sjuvata: «Nobles amis, voici le deuxième, » et aussitôt on le saisit et on le pre'cjpita en bas. Restait encore le secrétaire Fahricius, qui subit le même traiterçieq^ cpmme complice des deux aulres. La hauteur étyi\ de cincinantç-six pied^ ^ cependant pas iia dgs \yç>\y ne perdit Ja yje, parce qu'ils tombèrent sjjp VW t^ de débris de papiers ej; d'autres objets (le rgbuj; j ijp échappèrent même à qne décharge qui fut faite siu* eux , et ils furent sauvés comme par miracle.
LesBobémiensvoului par plusieurs exemple tfiqt des Romains qui roche tarpéienne, qu voit qup la reine Jpzal fenêtre en bas , poi^r Dieu. Cependant ils si excuses ne les garantir s'ils rie faisaient eq mi tifs poor l'écarter. El aussitôt occupé par le en charge prétèretjt s<
tous les jésuite?* que Ton regardait comme les art|sarçs des projets hostiles aux protestants, furent chassés du pays, et enfin on établit un corqité de trente gentilshommes pour gouverner. Tout ^nRonçait firçtention où Ton éLait de se défendre parla forcç , et lp comte de Thurn étsfit l'âme de toutes ces menées.
I/empereur Mathifis fut fort déconcerté quand il reçut cette nouvelle. Car oi\ trouver des secqurs
pour ramener à Tordre ces révoltés de Bphême ? Le mécontentement n'était pas moins grand dans les pays autrichiens qu'en Bohême; en Hongrie, c'étaient les mêmes dispositions. L'indulgence lui parut donc Tunique moyen de conserver cet important pays à la maison d'Autriche ; et le confesseur même de l'empereur, le cardinal Clesel , son conseiller habituel et le plus grand ennemi des protestants, était de même avis. Mais le jeune Ferdinand s'opposa de toutes ses forces à de pareilles pensées. «Avant tout, écri- Vait-il à l'empereur, il faut que vous sachiez que Dieu même a soufflé les troubles de ce pays; car il est visible qu'il a frappé d'aveuglement les Bohémiens , afin que par cette effroyable action qui doit paraître à tout homme raisonnable de quelque religion qu'il soit , horrible, indigne d'un chrétien et digne de punition , il arrachât aux rebelles et fît tomber dans Teau leur plus spécieux prétexte, celui de travailler pour leur religion. Car sous ce prétexte ils avaient pu jusqu'à présent enlever à leurs seigneurs leurs droits , leurs revenus et leurs sujets. Mais autant l'autorité vient de Dieu , autant une pareille conduite vient du démon ; et Dieu ne peut pas approuver l'indulgence de Tautorité, telle qu'elle a été jusqu'à ce moment ; peut-être même nelesa-t-il laissés venir jusqu'à cet excès qu'afin que les maîtres se délivrassent de la servitude où les tenaient leurs sujets. Qu'enfin il pensait qu'il n'y avait pas autre cliose à faire que de prendre les armes. »
Celte lettre de Ferdinand nous fait connaître toute
la sévérité de ses principes. Aux paroles il joignit en même temps les actions ; il leva des troupes de tous côtés et se montra si bien résolu qu'il était visible que toutes les incertitudes de l'empereur ne pourraient pas l'arrêter.
Les Bohémiens firent aussi leurs préparatifs de leur côté et ils s'emparèrent de toutes les villes du • pays , excepté de Budweis et Pilsen , qui restèrent fidèles à l'empereur. Ils trouvèrent un secours d'autant plus grand qu'il était inattendu dans un guerrier qu'on peut regarder comme un des plus grands héros de son siècle, et qui montra le premier, par . son exemple , comment un homme seul , sans propriété , sans aucune dépendance , peut rassembler autour de lui des troupes de vaillants soldats par le seul bruit de son nom et , comme faisaient autrefois les princes germains du temps des Romains , marcher avec toute sa suite partout où Ton a besoin de son bras , moyennant une rétribution et pour le butin. De pareils hommes ne se rencontrent que de temps à autre et annoncent une époque extraordinaire où tout est sorti des voies habituelles. Leurs troupes se forment et se grossissent par la guerre} il faut même de la guerre pour les entretenir et c'est ce qui explique comment elle a pu exercer ses fureurs sur le sol allemand pendant trente ans sans discontinuer. Cet homme , c'était le comte Ernest de Mansfeld, guerrier depuis son enfance, génie téméraire et entreprenant , qui déjà avait maintes fois bravé les dangers et venait d'enrôler des troupes t. h. 12
4W sixiejM ÊMQtJB. 4520—1648*
pe«r le du© de Savoie et faire la guerre* contre FEspague* Le due, qui n'en avait pas encdre besoin, ltii permit de servir en Allemagne le parti de l'union; etee fut eUe qui l'envoya en Bohème avec trois mille hommes, comme si les appointements qu'il avait touchés étaient venus de ce paya. Il parut tout d un coup S8M éfoe atfspdn r et prit, chemin faisant > Tiâi-* portante pkce de Pil^ert sur le* impériaux,
Dans l'intervalle l'empereur Mathias mourut, le 40 mai» 1019* et ktf Bohémiens qui l'avaient reconnu pour leur roi tant qu'il vécut ) résolurent alors de marier son Jucocsseur, Ferdinand, qui montrait des intentions si hostiles.
Ferdinand H. 1619 à 1637.
iCefak jmi milieu de ces circonstances si difficiles cpfe FerdtattHl prit les rêne» du gouvernement î la ffctbAaat ta armes et menaçant Vienne même d'uUe mtaâaai*!» Silésie et la Moravie fraternisant de caonr avecksrénake» r FÀatriche très portée h s'nmr avec *mr la Hongrie retenue par un faible fil „ les T**e* qui affirmaient au dehors ^ écrirai cfe tous cotés lataiftedmentestents âteitéaeontre la» parée qu'il aftrfiftit se» seadiniert» contre eu». « Malgré tousoaa dato$m*f dU de k» ï&hf#Venkulkr y ce glorieux- se*vêmfia «fa jamais perdit courage et est cûrtatamcn*eat realé fort, dans sa religion, dans sa eenfceee eaÛieu qièil'a pris seœsaprotectio»et Va conduite
UVEJtRè M T**NTC Ai». 479
cette mer orageuse malgré-tous les efforts des hommes. » Le comte de Thurn s'avança sur Vienne à la téta êtes Bohémiens, et quand on lui demandait le but de son expédition , il répondait : « Là où se trouve le rassemblement, c'est là que je vais pour le disperser. Entre catholiques et protestants il j aura désormais une parfaite égalité, et l'on ne verra plus, comme avant , les catholiques s'élever au-dessus des autres, comme l'huile au-dessus de l'eau. » ' Il vint jusque devant Vienne et ses soldats tirèrent même sur le château impérial où Ferdinand se tenait renfermé, entouré d'ennemis déclarés et secrète* Àfais l'abandon de sa capitale aurait entraîné la perte de 4' Autriche et même celle de l'empire* Déjà ses adversaires le regardaient comme perdu,; déjà iU parlaient de renfermer dans un couvent et d'élever, $e$ enfants dans les doctrines protestantes. Aii moment du plus grand danger, seize membres des Aats autrichiens parurent devant Ferdinand et exigèrent avec violence son consentement à leur armement et à une alliance qu'ils voulaient faire avec la Bohême. Un d'eux alla même jusqu'à tirer le roi par le bouton de &H habit , exigeant de la manière la fflttè HKJfcéie Jjti'il signât tout ôequ^on lui demandait. Màisèif»«ê ifaêmè foiomehtj par tihe concordance iheH«îHèuaë èMvéhementfe , cinq cents cavallërt de Dattfpîfcfre* arrivant de Krems ,eritrèrentdansViënhe £ôtrt» f&à tendre d'autres ordres ; et sans savoir ce qui se passait âansïe château, pénétrèrent jusque dans là tTôtif\ au son de la trompette* Les députés se hâtèrent oie se
480 sixième époque. 4520—4648.
sauver dans le plus grand désordre, pensant que l'arrivée de ces cavaliers était commandée, et Ferdinand fut ainsi délivré de la fâcheuse position où il se trouvait (*).
* ' Bientôt le comte de Thurn fut obligé de rentrer en Bohême, parce que Prague était menacée par les troupes autrichiennes; et Ferdinand profita de ce moment pour l'exécution d'un autre et audacieux projet. Bien que la cérémonie de l'hommage n'eût pas encore eu lieu dans les pays autrichiens et qu'il pût s'y passer pendant son absence des événements fort contraires , il résolut de partir pour Francfort , assister à l'élection de l'empereur. Les électeurs ecclésiastiques étaient pour lui, la Saxe tenait à la maison d'Autriche , le Brandebourg n'en était pas éloigné, et ainsi l'opposition du palatinat seule ne fut pas assez puissante. — Ferdinand fut élu empereur le 28 août 4619 et couronné le 9 septembre.
Frédéric V électeur palatin, élu roi de Bohème. 1619 a 1650.
Cependant les Bohémiens dans une assemblée générale des états avaient déposé Ferdinand de la royauté; « parce que, contradictoirement au pacte fondamental convenu entre eux , il s'était mêlé de l'administration avant la mort de l'empe-
(*) Depuis cette époque, en mémoire de cet événement, ce régiment de cavalerie a la permission , quand il passe dans Vienne , d'entrer dans la cour du château ; ce qu'aucun autre régiment ne peut faire.
GtfERRE DE TRENTE AH 8. 484
reur; parce qu'il avait apporté laguerre en Bohème et qu'il avait fait une alliance avec l'Espagne contre k liberté du pays. » Ils procédèrent donc à uû nouveau choix. On mit en avant le duc de Savoie et le duc de Bavière pour le parli catholique ,. et l'électeur de Saxe avec celui du palatinat, Frédéric V, pour le parti protestant. Ce fut ce dernier qm pbtiat les suffrages , parce que, comme il était beau-fils du rbi Jacques Ier d'Angleterre, on espérait dés secoure de la partdu beau-père; d'ailleurs, il était lui-même regardé comme un homme de résolution , avec iuae grande âme et un cœur généreux» Les électeurs <Je Saxe et de Bavière et Jacques If*méme tentèrent 4e dissuader Frédéric d'accepter une couronna $i dangereuse; mais son aumônier Scultetus et. 4a femme, qui étant fille d'un roi désirait beaucoup porter aussi elle une couronne royale , mirent d'autant plus de zèle pour l'y décider, Frédéric l^ur obéit, accepta la dignité royale en Bohêqae et fut couronné le 25 octobre 1519. Il se fit un; devoir, comme il le dit lui-même , de ne pas abandonner ses frères dans la foi qui avaient recours à lui.
S'il avait eu assez de génie pour achever heureusement son oeuvre, il aurait été rangé dan$ l'histoire au nombre de ces hommes audacieux qui, par le sentiment de la force qu'ils sentent en evix-mâo&es , osent s'engager dans les grande* entreprises; mais le sort lui, a été contraire r et lui-même n'a pas montré dans les revers celte force et cette présehee d'esprit qui conviennent à celui qui w décida àm>
«Se sixième époque. 45atWa648.
eep*er une couronne environnée de taat de dppge&i. Ferdinand, au reloua de Francfort, se rendjk £ Munich près du duo de Bavière et conclut avec foi eette importante alliance «fui lui a valu te recouvrement de la Bohême. Us étaient tous les deux atols de jeunesse , et Fanion avait irrité le due par un grand nombre d'imprévoyante» pvwçeattonq. MaximiMen accepta le commandement en ekef'dû parti catholique et stipula avec la maison d'jàufticbe quSl serait dédommage de toost le» frais et perte*, itoéme par abandon des pays autrichiens s'il le fallait, t/empereur réussit égalementà ftûreua alliance ' avec P Espagne , et le gênerai espagnel Spinela reçut Tordre de ftiire une iqvaskm, des Pays-Ba* dans le Palatinat.
: Plus tard , IMlecteuï de Mayenoe syantaœené f4keteur Jean-Georges de Saxe à une e&nfërenee^à ;Muhlhausen,le décida, <]e méiqc quelf&éleélfîuvsde GoFogneet de Trêves, à prêter secours atifxnfc qufc possible à l'empereur pour reconquérir son ioywstneet sa dignité impériale. 11 ne restait dono plusd'aulve ressource au nouveau rei de Bok&bfr e«vtK> seflppepree sujets que l'union j elle fit ses. préparatifs, tandis que la ligue les At aussi de son oèté. Toute l'Âllemagpe ressemblait à une grande place de i«tOratement. Tous les yeux étaient fixés surla Souabe oàles deux armées devaient se rencontrer. Maifctowtè-eoup, lorsque personne n'y songeait,* eut lieu à Uhn, le 8 juillet i€20, un traité par lequel les unistes s'engageaient à déposer les ornées; et les
deu* partis se promirant 1? pat* <$ 1* tfauquilttt& Les unistes se soutirent trop faible* lorsque mmacél déjà du côté des Pays-Bas par Spinqla, ils durent encore avoir à combattre les Saxons* Mais un gwud avantage pour l'empereur, o'est quelaBohém#ne fut PAS comprise dans ce traité et qu'il put ainsi *e atèndr 4a l'armée des ligués contre son adversaire. Maxir Hiilien de Bavière sç mit en effet aussitôt m route , força , chemin fiaient , le* états de la b#Ute Autrieh* à l'Qbéisaancequ'iïs devaient à l'empereur, se réuefc avec l'armée impériale et euvahit aussitôt U Bohême* D'un autre côté, rélecteur de Sexe s'empara 4* 1» kusace au nom de l'empereur,
Frédéric se trouva 4pj*c vivement pressé. Optlr dapt il aurait pu encore rester victorieux; avec le 4c cours d'un peuple fidèle et valeureux, qui 4$fc deux cents ans auparavant avait défendu son tar* ritoirç 4ans la guerre des hussites contre toutes lep fprcea de l'Allemagne. Mai* U m sut point gagner Iputp U confiance 4e la nation. Sa vie &ait aew soucis et 4tfpeP9ée k des affaires futiles» il ne ^va^b point gairdar.qefcte graviW , eet aur 4* réflwtw» qui «0nHennent4dAi4Q»temps aos** di©o*le# fue eeu*- &; il pva»t m&u* d#» 4i*tinoUonfl qwi plaçait toujours les ^naeill#r» allemand» et m féttés»* au-dessous d#s BoWmiereu et ecfcta feibtasâ fut*$ qui précipita s* ruiue»
Bataille de la montagne Manobe, p*ès de Prague, $ novembre 1620. ~^ A l'approche de l'ânnen*)., les troupes bohémiennes »e rcûment sur Prague***
484 sixAme époque. 4520—4648.
se retranchèrent sur la montagne blanche auprès de la ville. Mais avant que les retranchements ne fussent terminés, les Autrichiens et les Bavarois Tesca2ladèrent et la bataille s'engagea ; car Maximilien , dans son impatience ne voulut pas souffrir que la décision fût différée d'un seul instant, et en moins d'une heure le sort de la Bohême était décidé. L'armée de Frédéric avait été taillée en pièces, et toute l'artillerie avec cent drapeaux était au pouvoir de l'ennemi. Frédéric lui-même qui n'avait vu la bataille que de loin, des remparts de la ville, perdit en même temps toute sa fermeté; il s'enfuit de Prague la nuit suivante avec le comte de Thurn et plusieurs autres ée ses généraux, contre l'avis des plus audacieux de ses amis; et se rendit en Silésie. Bientôt, craignant même de s'y laisser renfermer et de rallier ses partisans autour de lui , il s'enfuit plus loin , jusqu'en Hollande , où il vécut sans domination et sans courage aux frais de son beau-père le roi d'Angleterre. L'empereur fit prononcer contre lui le ban de l'empire, et toutes ses propriétés furent confisquées.
Prague se rendit aussitôt et toute la Bohême suivit son exemple , excepté Pilsen qu'Ernest de M ansfeld défendit audacieusement. Les pays palatins furent occupés par les Espagnols commandés par Spinola, et l'union rompit ses engagements par peur à son approche, en 1622. Ainsi , sa fin fut aussi peu glorieuse que celle de la ligue de Schmalkalde , et toutes les deux furent dissipées par les Flamands ; car cç fut encore aVtec eux , commandés par le comte
GUBFRE DE TRENTE À5S. 488
de Van Buren , que Charles V fut vainqueur de cette première ligue.
La punition que l'empereur tira de la Bohême lui fut extrêmement sensible. Pendant trois mois on n'entendit parler de rien ; puis tout-à-coup, quand les fugitifs furent rentrés , le même jour et à la même heure, quarante-huit chefs du parti protestant furent arrêtes; et, après l'interrogatoire, vingt-sept furent condamnés à mort , dont trois seigneurs , sept chevaliers et les autres des bourgeois. Les biens des condamnés furent confisqués aussi bien que ceux des absents déclarés coupables, entre autres ceux du comte de Thurn ; en outre , il chassa tous leaministres protestants du pays, gardant encore quelques mesures par crainte des Bohémiens, des Allemands et de l'électeur de Saxe; mais plus tard, en 1627, oh signifia aux seigneurs , aux chevaliers et aux bourgeois qu'on ne souffrirait plus en Bohême un seul homme qui ne reconnut pas l'Église catholique. On estime à trente mille le nombre des familles qui sortirent du pays en cette occasion ; elles se rendirent en grande partie en Saxe et dans le Brandebourg.
Différentes guerres en Allemagne. 1631 — 1694.
Suivant les calculs humains , la guerre semblait désormais terminée : la Bohême était soumise, l'union détruite, la maison palatine renversée, et son
116 sixième ïroqvp. ^5^0--^48.
ribaf frgitif j d#QÙ paraît vepueia r^isfcapce? ^ Cependant elle vint , et même très prpcbainçpiept , aèscitée par pet infatigable et actif Ernest Mansfeld, qui m voulut pas abandonner la victoire à si bop litarahe f eÇ qui connaissait trop biep sop époque p#ur m pas compter sur des mpjreos inattendus qj^p k fortttflS PS PMpquettd| pas Renvoyer m suqqmf} 4§ iVlftege «I & l'qpiûiâtAetpi il s^&jt qpe}'$jy^t de J4 prçpphtfjpg 4tajt Jw*)0]^ irrU4 ?V qu'eUe fl'tf* tipdait q^e des pjiefs pour WWW W*»Ger cettë U»Wp Spi§i$ire pa feypurde ses croyappefi,^ qyç çelfli qui pçfôédaft sa pQpfi^pce ppayait tpijf, oser,.
Aipsjtoutd'w coup, lorsqu'on p'y songeait flufp après avpir jGpfip ab^pdonné Pilsen , Jl rassembla 4p appelles Irççpqs, et declarft qu'il voulait Qpcpre sp^tenjr Jçs ipts'rêts fiç Fr^JériqpalM» ÇOiftrq Vemp^t- *œp\ Il S0 iritl^nÇp^la \faefa YiflgH»i}k toftimo, f* fo*ça l'wm^ de 1** \)gm>f#mWW&é(* PW te g^
n$nd barrera»* fiomtç de ïilly, à qwttprla çamw gue devant lvii. Q*p§ lftflP§0 i$34, tt déçoppçrtf* ;*&! ôdwi^air«par4eawi^Eçb^3r#i»^ «t;: adroit et .jwœigfca aiwi lés évéchés ç^tholiqu^ (te Pr^pçeni^, deWurzbourg, de Bamberg et d'Eichstadt; puis ceux de Spire , de Worms et de Mayence sur le Rhin , et enfin les belles provinces de l'Alsace.
Son exemple suscita des imitateurs. Lemargrnve George Frédéric de Bade-Durlarch parut le premier fcur letihftrop de bataille pour 1* maispn palatine ; il r&s$embla une superbe armée et $e réunit à Man$r fekL Cependant ne valant pas combattis comme
pliage» 4q fowpWs 4a»* la erainte quf* a©* pays ne dûfcppyw /Sftmalt0>iaaia seulement eomaie ojteva- Uei>, m qwlité^ecbampiott de la cause qni lai senrç- Ipi&t juste > il abandonna à sûr fils radmiaûifeation «b mu pays, avant d'entrer en campagne. Tant qu'il ftrt réuni k Atansfekt , Tilly ne put tenir devant en»; m$ï& à peine furenfeils sépares qup Tilly battit le mangcaveprès de Wimpfen, k 8 mai lôSfâ,
Alor ^ Manafeld trouva un nouvel appui dans» Je dut> Christian de Brunswick, frère du due régjKtttt set eoftore dans lefeu de la jeunesse, qui se poçta peur défenseur de l'électeur banni. Après quelques aipaii- -tagos, il se joignit h Manafeld avec un corps aissez concéder aida 5 et taoa les deux réunis, ils passàreat <de»x fois en i^bace; puis oourant tantôt à droite, taatot à gauche ? ils tombèrent sur la Lorraine, firent wame uu Bfteoaent trembler Paris, menacée par les Huguenots, qui parlaient de les appeler à leurseœuw, Bt preme ocrent par tous les pays voisins, le fléau de la guerre;* Enfin, ils se rendirent en Hollande, au secoure des habitants contre les Espagnols.
Cependant, Tilly tenait toulle Palatinat entre ses mains; et os fut dqrçsce même temps qq'il s'empara data magniûcpie bibliothèque d'Heic^elberg, dont le duc de Bavière fit cadeau au pape Grégoire XV. Elle fut transportée à Rome et réunie à celle du Vatican (*).
O Cette bibliothèque fut rendue et rapportée à Heidelberg, en 1815, par V entremise do l'empereur d'Autriche et du roi de Prusse.
488 sixième époque. 1520—1648.
H semble que nous sommes ramenés à une époque à laquelle il eût été possible un moment d'avoir la paix, s'il y avait eu un peu de modération parmi les vainqueurs . Mais Ferdinand ne songeait pas à s'arrêter au milieu de tous ces bouleversements. Il se regardait , ainsi l'écrivit-il de sa propre main en Espagne , comme étant appelé par la Providence « à extirper les factions séditieuses, qui étaient particulièrement entretenues par l'hérésie du calvinisme; » et il voyait, dans les circonstances actuelles, le doigt de Dieu qui l'avertissait de continuer dans la voie où il était entré.
a Un grand pas pour ses desseins, aurait été d'irivestir son ami le duc de Bavière en récompense de ses fidèles services de l'électorat palatin; et ils en étaient déjà convenus tous les deux en secret. Daris cette même lettre envoyée en Espagne, dont nous avons parlé plus haut, Ferdinand disait: « Si nous avions une voix de plus dans le collège électoral,
, nous serions assurés pour toujours de voir l'empire entre les mains des catholiques et se perpétuer dans
- la maison d'Autriche. »
Mais le pas était dangereux ; parce que c'était soulever tous les protestants à une révolte ouverte et surtout parce qu'on allait se faire un ennemi de la maison électorale de Saxe, jusqu'alors restée fidèle. Cependant Ferdinand accomplit sa volonté} il se hâta d'assembler les électeurs à Ralisbonne, en 1623, de faire donner l'investiture du duchéàMaximilicn, et emporta l'acquiescement de la Swe par la cou
GUBRtt DE TREHTfc ANS. 180
cession de la Lusace , après quelques négociations. Dans cette même année, Tilly tailla en pièce le duc Christian de Brunswick, près de Stadtloo, dans le Munster, au moment où il voulait recommencer ses campagnes; et ainsi la confiance de l'empereur semblait devoir être toujours couronnée du succès. Mais bien d'autres événements devaient encore venir s'ajouter à la chaîne du passé , et varier les chances.
Guerre avec le Danemarck. 1624—1629.
Les protestartts pensaient qu'ils ne pouvaient plus désormais attendre tranquillement le sort qu'on leur destinait , pour peu qu'il y eût encore en eux quelque énergie et quelque peu de bon sens. Les premiers mouvements eurent lieu dans les états du cercle de Basse-Saxe, sur les frontières duquel se tenait le terrible Tilly. Après avoir fait de vaines réclamations pour obtenir son rappel, ils prirent les armes et choisirent le roi de Danemarck, Christian IV, pour général en chef du cercle. Il promit des secours importants, et de son côté l'Angleterre avait aussi fait de semblables promesses. Christian de Brunswick et Mansfeld reparurent et firent des enrôlements avec l'argent anglais. Jusque alors la guerre avait été faite en Allemagne presque, uniquement par l'armée de la ligue, du côté des catholiques ; mais les prépa-
$90 sixwrttfc MoqtM. «H9**W48.
Viatîfs lié ï'èrinemi devenant plus ^considérables , l'empereur avait besoin d'Une £lus graûdé tfofce. ©*aï Heurs, l'empereur désirait mettre lui-hiéme à èôn èotti^pVe en campagne , une àtmée imposante , âfiii que tout ne fât pas fait uniquement pat là rimison de Bavière^ mais il manquait dfcs moyeité fes ]#rïs nécéfcsaiVes pour lever des troupes. Daristtéà bfrconstatoôës s'ôffirît un homttie qui imagina de fâAïé la guerre comme simple particulier, à Pithitâtâdil de Mansfeld, et de tirer l'empereur de son embarras, par ses propres forces.
Albert de Wallenstein, proprement Waldstein, sorti d'une famille noble de Bohême, naquit en 1583, à Prague, d'une famille luthérienne ; mais ajant |*érthi ses parents de bonne heure*, il tbt place' par son Ànc&e dâtis un établissement des jésuites pour là ttôblesse, à'Olmutz, et par Conséquent éïevé dans là tèftigiôn Catholique. Plus tard il sortit de la MoraVïe kVëc \iû gentilhomme extrêmement riche, p'afrcbûi'ut SVec lui tfne grande partie de l'Europe , î*&llëriîâgne, la ïfolîande, l*Àtigleterre, la France W rïtalië. Dn Savant mathématicien et astrologue tjili lés accompagnait, Pierre Veirdungus, qui ftrt £>lus tard l'ami de Keppler , encouragea les in'tfi* ïtiàîùù de Waïlenstein potfr Pastrologie. À Padôue , ft 'fut itritié par te professeur Àrgoîi à la càbbala *<k autres orientes Secrètes des étoiles. Un entraînê- ItoerA secret de sa nature ïe Conduisit à l'étude de fcette 'sfcfewcê. dangereuse, qtai alors occupait tout lô ïh^tidfc^tmèàie lus grtfiidts hommes, tels que Keppler }
GtTÊjmK DE TREHTÉ k*$. 194
il aimait à se perdre dans ses obscurs sentiers. Cependant, i! put lire avec d'autant plus de certitude dans lés astres, qu'il avait au fond de son cœur le témoignage qu'il était destiné à quelque chose d'extraordinaire. Son âme était eh proie à une ambition sans bornes, et il se sentait la force d'entraîner av€tè lui tout un siècle. Aussi rien ne lui paraissait impossible. Ce fut li l'archiduc Ferdinand qtul Rattacha, pteirce qu'il reconnut en lui un caractère ferme et résolu; et il Tint à son secours dans une guerre contre Venise, en 1617, avec deux cents cavaliers qff'iï avait enrôlés à ses propres frais. En récom-* pense, Ferdinand lui donna le commandement cPtine province mfiUtaire en Moravie. Pendant les troubles dé Bohême , il aida à couvrir Vienne contre' les révoltés, combattit Bethlen-Gabor de Siebenburgen (les Sept villes) , qui élevait des prétentions sur la couronne de Hongrie; et il commandait un corps particulier à la bataille que Maxirnilien dé Ba^ vièYe gagna à Weissenberg, près P#ague. Après cette vîcftofre, il alla combattre Bethleny devant qui tes vaillante généraux de l'empite , Dampierte et Boucquôi, avaient Succombé ; il le força de se replie^ et puis de faire la pai*,» en rerionçant à la couronné dé Hongrie. Pour de si grands s^rvfcès et en mente , téïrips comtne dédommageaient potar le ravage de : ség Mens pentlartt fa grièWe; Wallensteiri reçrifr te seîgneurie de Friedland etr Bohême, avec le titre de prirtce et plus tard celui <fc duc. En outre il employa une somme d'argent considérable à aclie-
492 sixième époque. 1520—1648*
ter jusqu'à soixante propriétés de gentilshommes bohémiens, confisquées après la bataille de Prague; de sorte qu'il se fit un domaine beaucoup plus vaste qne celui d'un prince ordinaire. Le seul duché de Friedland contenait neuf villes et cinquante-sept châteaux ou villages. Tant que Tilly eut le commandement de l'armée des ligués au nom de l'empire, il se tint tranquille sur ses terres, mécontent d'être témoin d'une guerre qu'il ne faisait pas; mais quand l'empereur voulut avoir une armée à lui , il offrit d'en lever une presque sans frais. Il stipula seulement qu'il aurait une autorité illimitée avec le plein pouvoir de nommer tous les généraux et de lever non pas une armée de vingt mille hommes, mais de cinquante mille ; une pareille armée, disaitil, saurait bien s'entretenir elle-même.
Il reçut plein pouvoir ; et au bout de quelques mois il eut rassemblé une armée considérable , tant la réputation de son nom avait de puissance. Wallenstein était né pour le commandement; son œil pénétrant distinguait du premier regard l'homme capable au milieu de la foule et savait assigner à chacun la place qu'il méritait. Quand il louait, comme c'était, rare , il excitait aux plus grands efforts ; il parlait peu , mais par son ton toujours grave il obtenait la plus exacte obéissance. Sa vue seule commandait le respect; il avait une figure longue et tière, des cheveux noirs et courts, des yeux étincelants et renfoncés avec un regard sombre et mystérieux.
11 se mit en marche avec sa nouvelle armée pour les Pays-Bas à travers la Souabe et la Franconie, dans l'automne del625.Tilly eut garde de se joindre à un rival qui voulait être au-dessus de lui , et ils firent la guerre chacun de son côté. Wallenstcin , après avoir culbuté une troupe de paysans armés qui voulurent s'opposer à lui près de Gœttingue , entra dans les provinces de Halberstadt et de Magdebourg ; parce qu'elles n'avaient point encore été épuisées par la guerre. La campagne de 1626 fut plus importante; le comte de Mansfeld, qui s'avança sur l'Elbe contre Wallenslein , ayant été refoulé au pont de Dessau, prit tout d'un coup une audacieuse résolution; il se porta sur la Silésiepour aller se réunir au comte de Bethlen-Gabor et porter la guerre au milieu des pays autrichiens. Wallenstein fut alors forcé de le suivre avec son armée, à son grand regret. Mansfeld arriva en Hongrie après une marche difficile; mais ne fut pas bien accueilli, parce qu'il n'apportait pas les grosses sommes sur lesquelles le prince avait compté. Poursuivi par Walienstein qui lui coupait le retour, sans moyens de se soutenir dans un pays éloigné, il vendit son artillerie et ses provisions , licencia ses soldats et prit la route de Venise avec une petite suite, à travers la Bosnie et la Dalmatie. Il voulait de là passer en Angleterre pour en rapporter d'autre argent. Mais pendant la route , la nature déjà accablée par des efforts surhumains, succomba enfin ; il tomba malade à Urakowitz ,près de Zara. Quand il sentit l'approche T. II. 13
4ft4 sixiEOT époque. 1520—1648.
fjglftftçtrtj \\ revêtit sorç habit de guerre, ceignitson ëpeeet attendit ainsi sa fin, debout, appuyé sur deux du ses compagnons de guerre. Il mourut le 20 novembre 1633, à l'âge de quarante six ans, et fut entend à Spaiptro.
Dans celte mime année mourut aussi son ami, le duc Christian de Brunswick, qui n'était âgé que de vingt- pei}f aiw; de sorte que les protestants perdent leur? deux meilleurs généraux. Le roi de Danemarck, Christian, ne pouvait les remplacer, il manquait pour cela de cet esprit de guerre et de résolution nécessaire. De plus, il ny avait point d'accord parmi les princes du cercle de la Basse- Saxe ; si bien fgrême que l'un deux, le duc George de Celles, qui pûrpmm4ait Farinée saxonne, passa du côté del'empq^ir. Ainçi, bien que la Basse -Saxe se trouvât fort débarrassée n$r le départ de Wallcnstein, il ne pjtp} cependant la défendre contre Tillj ; il fut complètement battu et taillé en pièces, le 27 août , à J4iltçr, près de Berenberg dans le Hanovre, et il p/erdit toute son artillerie et soixante drapeaux.
Jïn 1627, Wallenstein revint dans le nord de )'4Uçpi3gne par la Silésie, d'où il chassa tous ses enueinis, traversa le Brandebourg et le Mecklenl^urg p| entra avec Tillj dans le Holstein pour {q$ççx Je roi de Dfcinemarck à quitter tout-à-fait } '^UçinagtlÊ» X^ut Ç$ pays fut bientôt conquis jusip'^ la dernière place forte; ensuite il envahit le $f}d£S\yig et le Julland, qu'il dévasta d'une manière f$yQy$$p.Le mi futoLJigé çle fuir hors de sf3 0$$,
çt même des Jeitres du Wallenstein prouvant qi^ Ferdinand songeait, à se faire nommer roi de Danqiparct; parce que sorç gépéral l'avertissait .que Igs états du royaume étaient mécqntents de leur souvqjrain. Cette rnêmq année, Wallenstein ajouta eaçpyp à ses irçimen§es possessions le duché de Sagan çt la principauté' de Priçhus en Silésie, qu'il ayait achetés de l'empereur pour cent cinquante mille florins.
YPallensleiq % cfoc de Mecklenbourg* 1628» — Cependant l'armée de Wallenstein était montre jusqu'à cent mille hommes : et cet homme incompréhensible poussait ses enrôlements avec d'autftQt plus de zèle que les ennemis disparaissaient. Qq sje gavait pas si c'était à lui-même ou à soq maître qu'il voulait aplanir la voie pour une domination sans bornes. Les princes cathoiiqqe? en*-niçmçs étaient mécontents contre lui , parce qu'il çfcût vi- Slhlç qu'il ne visait qu'à annuler U pnissance d£ la jUgu^i et Tilly particulièrement devait maudicçi^a pni$$&ipçe, parce qu'il s'attribuait à lui seul fous Jçs fruits de la victoire. Les princes de Mecklçnhpurg, ^e Pomér^nie et de Çrandebourg piipplièreat Fer$panri d'écarter de leur pays le fard Ap de UlgJlfirfÇt <$ujl l'accablait (*}; mais la volonté ott générai $^t Impuissante que celle de l'empereur* tout IôuqjkI de l'Allemagne obéissait à son moindre sig^ pt |reinblait devant sa colère. Il vivait ait milieu d'u#e
(*) On a calculé que dans la marche électorale seule, les imposions pou^ l'arec impériale montaient à 20 raillions de florins (41,803,000f.)»
496 sixième epoqoe. 1520—1648.
magnificence plus grande que celle de l'empereur, et ses officiers l'imitaient dans une proportion graduée; tandis qu'autour de lui des milliers d'hommes languissaient dans une misère inexprimable et, sans exagération , mouraient de faim. Cependant le général fit à l'empereur un gros compte des sommes prises sur ses biens pour les frais de la guerre, qui montaient à plus de trois millions de florins. Ferdinand, qui ne pouvait acquitter une somme si considérable, imagina de dépouiller les ducs de Mecklenbourg , Adolphe-Frédéric et Jean-Albert, de leur duché pour en gratifier son général. Ainsi Wailenstein devenait prince de l'empire et il s'empressa aussitôt, pendant son séjour au château de Brandeis en Bohême, d'exercer son droit de paraître la tête couverte devant l'empereur.
En vain les habitants supplièrent-ils pour leurs anciens ducs dont la famille régnait sur eux depuis près de mille ans , disant qu'ils ne s'étaient pas rendus plus coupables que les autres provinces du cercle de la Basse-Saxe. Ferdinand oublia encore cette fois les lois <k la modération dans sa victoire , en chassantlesnHces de Mecklenbourg de leur pays, et viola en outre la constitution de l'empire en les bannissant sans les faire comparaître devant rassemblée des électeurs , sans les entendre et sans aucun jugement. Mais il lui parut très utile d'avoir sur les côtes de la mer Baltique un prince catholique de l'empire qui pût tenir en bride le nord de l'Allemagne, et être là comme un poste avancé poursur-
veiller les princes protestants de Daneinarck et de Suède. Il espérait , d'ailleurs , de ce point, répandre la religion catholique dans tout le nord. 11 semble aussi qu'il ait eu la pensée de s'emparer de tout le commerce maritime de cette côte , car Wallenstein prit en même temps le titre d'amiral des mers du nord et de Test (la mer Baltique) , et l'on voit même par les lettres qu'il écrivait à d'Àrnheim , généra] en chef de l'armée du nord pendant son absence , qu'il n'avait aucune pensée plus à cœur que celle de brûler autant que possible tous les vaisseaux danois et suédois, et de créer en même temps une flotte lui-même.
Du Mecklenbourg Wailensleiu tourna ses yeux sur la Poméranie, qui le touchait. Le vieux duc Bogislas n'avait pas d'enfants , el après sa mort son duché pouvait fort convenablement être réuni au Mecklenbourg ; il lui élait donc extrêmement important d'occuper Stralsund, qui relevait à la vérité de la seigneurie des ducs de Poimfrauic, mais qui, comme membre de la Hanse, jouissait de beaucoup de privilèges et d'une espèce d'indépendance dans son administration intérieure. Celle ville avait, comme tout le pays , fourni de grosses sommes pour l'entretien des armées impériales; et alors on voulait lui donner une garnison. Elle s y refusa, et Wallenstein la fit assiéger par le iVkl-maréchal d'Àrnheim. Mais les bourgeois défendirent admirablement leurs murailles , et les rois de Danemarck et de Suède leur envoyèreul quelques secours d'hommes et des
provisions de guerre eh abondance. Leur opiniâtreté enflamma de colère l'orgueilleux général. «. Quand Stralsund serait altaclié au ciel par des chaînée , s'écrià-t-il, il faudra qu'elle tombe, fc Mots il marcha lui-même contre la ville et fit donner l'assaut; mais il apprit à connaître ce que peut le edufagfc lléi'oï- Ijiië des citoyens, quand ils sont conduits avec prudence ; car après avoir passé plusieurs semaines devant ses murs , et avoir perdu au moins 12,0(30 guerriers dans les sanglants assauts qu'il fit donner , il fût obligé de se retirer.
Cependant le roi de Danëmarck avait demandé la paix, et Wallenstein lui-même, contre toute attfciife , conseilla à l'empereur de la conclure ; car depuis qu'il était devenu ptince de l'empire il ne voyait plus d'utilité à l'anéantissement de la puissance des princes allemands. Ferdinand fit donc par son entremise une paix très avantageuse à Luheck, le 12 mai 1629; il recouvra toutes ses provinces sans payer aucuns frais de guerre ; iruiis cette paix ne fut pas glorieuse , parce que le roi y sacrifia , pour son propre ? alut , deux fidèles alliés dans les ducs de Mecklenbourg. Il pfomit, à la vérité, de ttfc pas se mêler des afFaires d'Allemagne autrement qbe comme membre de l'empire, et donna ainsi Secrètement le droit de proléger les ducs déchus. Mais il délivra en même temps à Wallenstein , en bonne fbrme, sa lettre d'investiture pour le Mecklenbourg,
CttJERRE bi TàÈ^T* àtrê. i9$
L12cm det^ttlfrtion. 1639.
Combien les pacifiques habitants de r&llenrogm) si durement persécutés, durent tressaillir de joie & celte nouvelle de la paix ! Celte fâcheuse lutte ttë pouvait en effet durer plus long-temps; puisqttë l'empereur n'avait plus aucun ennemi qui lui tfrifc tête ; puisque le duc de Bavière jouissait saris trOttîilè de la dignité' électorale et de cette partie des #ttfta palatins qui lut avait été promise cohimè in&fcmttftré pour ses frais ; puisque les protestants paraissait; tellement accablés que certainement on ire poutfcft craindre de leur part aucune hostilité tt0ut*lîë. là guerre avait déjà duré douze ans et chaque affilée avait été marquée par nombre de cruatitës. Facilement elle eût trouvé ici un terme , si le parti vietbrieux avait su se tenir dans de justes bornes ; si Vetù* pereur, après avoir purgé entièrement ses états dete nouvelles doctrines et y avoir rétabli son aûloKWS dans toute sa force , avait assuré la paix de religion tlàns toute sa plénitude pour les autres états indépendants dé lui, licenciéson armée, et aiiïsi iffiéré "de ce lourd fardeau son pays épuisé et mâlfeeurèui: Mais rien n'fcst plus difficile pour l'esprit huihtnH que de pouvoir s'arrêter au milieu de la prdsj>êHi& Le parti catholique crut qiie c'était le moinënt Wvorable de tirer des circonstances de plus ghiiltre avantages encore ; il exigea fcjue les protestants lûî rendissent tous les biens ecelésiasticjttes dotft iîfe
300 sixième époque. 1520—1648.
étaient en possession depuis le traite' de Passau , en 1552 j c'est-à-dire rien moins que deux archevêchés , Brème et Magdebourg , douze évêchés et une foule de petits bénéfices et de couvenls. Jamais ayant ce temps-là on avait pensé à exiger une restitution d'un bien depuis si long-temps aliéné; mais alors, sur les pressantes instances des catholiques, l'empereur lança un édit solennel, connu sous le nom d'Édit de restitution du 6 mars 1629. Ce fut, dit l'historien allemand Schmidt, un coup de foudre pour les protestants, et pour leurs adversaires les moins réfléchis la cause d'une allégresse extraordinaire 9 allégresse qui devait coûter à l'Allemagne des maux inouis.
On ne pouvait donc plus songer au licenciement des deux grandes armées qui accablaient l'Allemagne; elles furent destinées à l'exécution de lVditde restitution, et elles reçurent ordre de prêter main forte aux dclégue's impériaux envoyés par JLout l'empire à la première réquisition. On procéda aussitôt à l'exécution , et Ton commença par le sud de l'Allemagne. La ville d'Augsbourg, enlre autres, où la paix de religion avait été signée, fut donc obligée de reconnaître la juridiction ecclésiastique de l'évéque et de renoncer au culte protestant; et le duc de Wurtemberg se vit forcé de rendre ses couvents. En outre, la ligue, dans une assemblée tenue à Heidelberg, prit la résolution « de ne rendre aucun des pays conquis par ses armes, soit ecclésiastiques, soit laïques, à moins qu'elle n'obtînt la cerli-
Igitizedby GoOgk
tude d'être indemnisée de ses frais. » De façon que les protestants semblaient menaces d'un plus grand danger encore par la ligue que par l'empereur.
Disgrâce de Wallenstein. 1630.
Cependant Pinsoutenable tyrannie de l'armée de Wallenstein avait excité au plus haut degré les-plaintes des deux partis, et elles parvinrent enfin aux oreilles de Ferdinand avec tant de force qu'il était impossible d'y résister. Aucun pays n'était épargné , soit ami, soit ennemi , soit protestant, soit catholique. Le propre frère de l'empereur, Léopold, lui fit dans une lettre le plus affreux tableau des exactions de son général , des incendies, des meurtres et de toutes les actions honteuses que ses troupes exerçaient contre les pacifiques sujets de l'empire. De pareils témoignages l'emportèrent enfin sur les moyens de défense que les amis de Wallenstein avaient jusque là fait valoir avec succès ; d'autant plus qu'à l'assemblée des électeurs à Ratisbonne, en février 1630, l'empereur se vit en butte à une quantité de plaintes encore plus graves qui lui venaient de tous côtés. Les soldats impériaux, disaient les envoyés poméramens , sont entrés en Poméranie comme amis, et cependant la principauté de Stettin à elle seule a été imposée à dix millions, sept villes ont été réduites en cendres pour leur avoir déplu, et tout le pays est dévasté.
202 sixième époque. 1520—4848.
il n'y a pas dé capitaine dans l'armée qui ne fasse plus d'étalage que le duc Bogislas lui-même. En outre, les hôtes qui reçoivent ces soldats sont maltraités tous les jours; les hommes sont massacrés, leurs corps jetés aux chiens ; et il n'est pas de cruauté qu'ils n'aient exercée. Quantité de bourgeois réduits h l'excès de la misère se sont suicidés pour échapper au malheur et à la nécessité de Se voir mourir de faim.
Ces tableaux nous font connaîtra le genre de guerre de ces troupes enrôlées à prix d'argent et les maux inouis de celle époque ; et cependant ils n'étaient point exagérés. Erriest de Rfansfdd, celui qui inventa cette tactique pour la guerre, nous en fournit lui-même un témoignage ; obligé de se défendre au sujet de semblables accusations sur la licence dfe son armée , « Quanrl les soldats n'ont pas reçu leut* solde, dit-il, il est impossible d'observer aucune discipline. Ils ne peuvent pas, non plus rjue leurs fchevaux , vivre de l'air du temps , et ils ne peuvent non plus porter des armes et des habits déchirés ou brisés. Ils prennent donc où ils trouvent , et cela, à la vérité, sans aucune proportion avec ce qui leur est dû ; parce que ne payant rien ils ne pèsent rien. Si on leur ouvre une fois une porte, ils s'y jettent aVec fureur, et alors plus de frein , plus de barrière pour les arrêter. Us s'emparent de tout, escaladent tout, brisent et écrasent tout ce qui leur fait résistance. En un mot, il est impossible d'imaginer un plus grand désordre, une plus grande
GUERRE Dfe TRENTE ANS. Sfeo
confusion ; car \h sfe livrent à toutes ïes actions lfes plus hideuses qui soient connues parnri toutes béé hâtions qui composent l'armée. L'Allemand, le Flamand, le Français, l'Italien, le Hongrois, chacuti apporte quelque chose de son pays; aussi h'y a-t-Il aucune ruse, aucune fourberie qui leur soit inconnue. Je connais tout cela , j'ai même, puisqu'il faut l'avouer, été témoin de toutes ces infamies et mon cœur eh a été déchiré dans de nombreuses circonstances ; mais que faire ? Il ne suffit pas de les Connaître et de les déplorer. Si Ton vent éviter tes malheurs , il faut prendre de justes mesures , et il n'y a pas de meilleur moyen qu'une bonne discipline militaire. Mais, quand la paie et la solde manquent , il n*y a plus de discipline possible. i>
Ferdinand ne put résilier à cette unanimité dé plaintes , et comme les princes insistaient pour qufe Wallenstein, qu'ils haïssaient tous d'une haine sans borne , fut éloigné du commandement, et comme surtout Maximiliende Bavière s'exprimait avec beaucoup de fermeté, l'empereur, après quelques hésitations, donna enfin son consentement. Il restait cependant à savoir si cet homme puissant et fier obéirait de lui-même ; mais contre toute attente il se résigna aussitôt. Ses calculs d'astrologie semblaient l'adoucir. « Il ne reprochait rien à l'empereur* disait-il, car les étoiles lui avaient montré que l'esprit de 1 électeur de Bavière dominait le sien ; que du reste il rejetait la plus belle pierre de sa couronne en renvoyant ses troupes. » Il se retira dans
SOi SIXIÈME ÉPOQUE. 1520—1648.
son duché deFriedland, dont il avait pris pour capitale Gitschin qu'il agrandit et embellit considérablement.— Les troupes impériales qui ne furent pas licenciées furent réunies à celles de la ligue et le commandement de cette armée fut donné à Tilly.
Gustave-Adolphe en Allemagne. 1650—1655.
La puissance des princes protestants était brisée et Tédit de restitution avait reçu en quantité d'endroits une exécution presque complète. Pour qui connaissait le caractère de l'empereur , il était facile de deviner ce qu'il préparait à la nouvelle église; mais surtout il n'était rien moins que certain que plus tard il y aurait une Eglise protestante en Allemagne.
Dans ce danger, le secours nous vint d'un peuple jusque là presque inconnu, qui n'avait pas quitté ses demeures du nord; des Suédois , peuple vaillant et craignant Dieu, sorti de la race des Goths, une des plus nobles de celles qui se vantent d'une origine de Germanie. Jusqu'alors ils avaient vécu d'après |les anciennes mœurs de nos ancêtres dans leur pays, qui n'était pas sans beauté , mais pourtant sauvage et composé de mers et de côtes , de collines et de forêts ; et depuis les temps où ils prirent part aux entreprises maritimes des Normands, ils ne s'étaient pas encore engagés dans des expéditions extérieures. Malheureusement ils avaient dépensé dans une foule
deguerres intestines leurs forces qu'ils auraient pueniployeràdeplus grandes choses — Dans l'année 1611, Gustave-Adolphe monta sur le trône de son père Charles IX, et c'était lui qui était destiné à conduire son peuple sur le grand théâtre de l'histoire du monde. C'est dans le pressentiment d'une pareille destination que Gustave-Adolphe entreprit cette lutte prodigieuse contre la puissance de la maison d'Autriche.
Des jugements tout-à-fait contradictoires ont été portés sur ce grand roi , parce qu'il a vécu à une époque à laquelle l'esprit de parti était trop violent pour permettre de jeter un regard impartial su ries circonstances et sur les hommes. Les uns ne Font considéré que comme un conquérant que les agitations d'un esprit dévoré d'une brûlante ambition ont poussé sur la mer pour aller soumettre des paysétrangers , et auquel la religion a servi de manteau pour cacher sa passion de guerres ; d'autres n'ont vu en lui qu'un guerrier enthousiasmé pour sa croyance et ont refusé de reconnaître dans son âme aucune des impulsions ambitieuses que ses adversaires lui ont attribuées. Il y a des deux côtés un mélange de vrai et de faux. Gustave ne fut point entraîné par un sentiment d'ambition , comme on l'entend ordinairement, c'est-à-dire par une vaine passion de gloire pour lui seul, quoique certainement l'amour d'un réputation qui donne une vie immortelle parmi les peuples ait bien occupé une place dans son cœur; ce ne fut point non plus uniquement pour sauver
$06 sixième £poqub. 1520—4648.
ses frères de religion en Allemagne qu'il prit les armes , bien que la foi et la piété' régnassent assez fcfltenient dans son âme pour exercer toujours leur influence. Mais ces deux grands motifs agirent ensemble sur lui, unis par une autre lpi de sa nature, celle giie lui imposait le sentiment de sa destination à faire partie de l'histoire du monde. Il sentait qu'il était appelé à produire au dehors et à placer à son rang parmi les autres nations de l'Europe son noble peuple ; petit en nombre , mais inférieur à nul autre par son courage et par ses vertus. Jusqu'alors la Suède avait été aux états importants de l'Europe cp qu'état la Macédoine à l'ancien monde avarçt Philippe et Alexandre, et dernièrement encore ce gâtait ]sl Russie avant Pierre-le-Grand ; et de même que 1é\ vie de ces grauds hommes que nous venons (le nommer ne peut être bien comprise que quand prç a ]}ien s^isi ce point historique que nous venons de signaler, ainsi en est-il de la vie de Gustave - Adolphe de Suède ; car si ce roi a laissé derrière lui jjioig? de résultats que les autres souverains avec lesquels nous Layons comparé, il faut aussi penser g^il fut eplevé tout d'un coup par la mort à l'âge $e trente-huit ans, au moment où il commençait à ibudef son œuvre.
Son grand plan se montra dès son premier pas sur J# scène. Déjà avant la guerre d'Allemagne il avait çpnquis, en quelques campagnes, sur les Russes et les Polopais , les provinces de la côte, l'Ingrie, la Ç#véjie et la Ljvonie, et une partie de la Prusse.
GUERRE DE TBENTE AXS. 207
Car pour que son peuple pût obtenir quelque importance en Europe, il fallait en effet qu'il lui donnât plein pied sur la côte de la mer Baltique, en face dp la Suède, Plusieurs motifs graves l'appelaient alors à prendre part aux affaires d'Allemagne. U avait été provoqué et blessé par l'empereur Ferdinand; ses paroles en faveur des protestants d'Allemagne et de ses cousins les ducs de Mecklenbourg , aussi bien que sa médiation pour la paix avec le Banetaarck, avaient été flédaigneusement rejetées, et Wallenstein avait même envoyé dix mille impériaux au secours des Polonais contre lui. Mais bien plus encore que par tous ces griefs qui pouvaient facilement s'arranger avec des paroles , il était appelé par le grand danger de l'église protestante et par la crainte qu'il ne s'élevât sur la côte de la mer Baltique, dans la personne de Wallenstein, une nouvelle puissance qui favorisât la maison d'Autriche et le parti catholique.
Déjà le siège de Slralsund l'avait ameué à prendre part à la lutte , comme nous l'avons déjà vu. La ville lui ayant demandé du secours , il lui en promit, fit avec elle une alliance par laquelle il la recevait soqs sa protection , et ce fut particulièrement par son aide qu'elle fut sauvée du danger que lui fit courir Wallenstein. Mais alors, quand il vit que le protestantisme était menacé de l'oppression, il fit un plus giand pas ; il déclara formellement la guerre à l'enipereur Ferdinand et vint aborder, le 4 juillet 1530, 4an&ril<* 4e Rugen, avec quinze caille Suédois, Aussi-
208 sixième époque. 4520— i 648.
tôt qu'il fut descendu sur le rivage , il se jeta à genoux devant tout le inonde pour prier Dieu, et toute l'armée se mit à prier avec lui; il venait avec un petit nombre de soldats pour une grande entreprise!
Quand l'empereur apprit son débarquement, il fit peu de cas de son nouvel ennemi, dans la confiance que lui avaient inspirée ses succès antérieurs; ou se riait dans l'empire du petit roi du nord; on l'appelait le roi de neige qui venait se fondre en face du soleil impérial Mais ses quinze mille hommes étaient une armée de héros et des guerriers qui semblaient venus d'un autre monde.
11 y avait parmi eux une sévère discipline et de la piété; tandis que leurs adversaires ne connaissaient de la guerre que sa barbarie et cette licence qui lâche la bride à toutes les passions, à tous les désirs. C'était un mélange de différents peuples avec une même religion , qu'aucune pensée élevée n'unissait ensemble , mais seulement le plaisir des armes et le désir de faire du butin. Les autres au contraire avaient la confiance que Dieu combattait avec eux ; deux fois le jour ils lui adressaient de pieuses prières, et chaque compagnie avait ses ministres. En outre , le grand génie du roi avait créé une nouvelle tactique de guerre; c'est même par là qu'il est comparable aux grands hommes de l'antiquité; parce qu'il surprenait ses ennemis par la nouveauté et l'audace de ses positions, de son ordre de bataille,desesattaques, et jetait le désordre au milieu de leurs rangs toujours établis
GVEX11E DE TBEWTfi AVI. SQff
d'après l'ancien mode. Jusqu'alors on avait miriimc grande profondeur dans les rangs accumulés les une cferrière les antres , Gustave n'en plaça que six pour Forfanterie et quatre pour la cavalerie. Aussi m pe* tite armée prenait-elle plus de développement et éfeit bien plus facile & mouvoir pendant la bataill»; thnêh que d'un autre côté les boulets de la grosse artillerie ne faisaient plus les mêmes ravages que dans les rangs serrés des troupes ennemies.
Cependant il n'eut pas besoin de recourir à ces grands moyens; dès Pensée de 1^ campagne, les impériaux qufc notaient point en forcesur les côtes de la mer Bahiqoe, furent promptement chassés de Rugén et des autre» petites îles, à l'embouchure de FOder, et Gustave ^avança en liberté jusqu'à Stettin , capitale du due de Poméranîe. Ce vieillard timide n'osait pas se décider h faire alliance avec lui, et cependant il no pouvait lui résister. Après un long délai, tandis qnef Gustave employait auprès de lui des voies de dota* ceur et cherchait à le consoler tout en parlant avec1 fermeté, la ville se rendit; et ce fut pour la guérite une place d'armes importante.
De même que le duc de Poméranie, les prince* protestants de l'empire étaient fort embarrassés pour savoir comment recevoir le nouvel allié. Le roi les avait tou9 appelés à une grande alliance , mata as étaient la plupart découragée et craignaient la vengeance do l'empereur ; les autres redoutaient une domination étrangère en cas de succès, et ceux qui avaient les meilleurs sentiments voulaient rôâter r. 11. 14
340 sixième époque. 1620—1648.
constamment fidèles à l'empereur et à l'empire. Gustave n'était pas content de cette disposition des princes. « Nous, évangélistes , disait-il dans une allocution aux habitants d'Erfurt, nous sommes dans une position semblable à celle d'un vaisseau au moment d'une grande tempête. Alors il ne convient pas que quelques-uns travaillent avec le plus grand zèle/ tandis que les autres sont à considérer l'orage les bras croisés; tout le monde doit mettre la main à l'œuvre, et chacun doit aider de son mieux dans l'endroit où il est placé. » Mais les protestants n'avaient point un pareil esprit de communauté , ni le sentiment aussi clair du but où ils tendaient. Us étaient divisés entre eux par jalousie et par préjugés. L'électeur palatin avait été renversé. Celui de Saxe avait fait scission tout le temps que le palatin eut le commandement , souvent même avait été autrichien ; et aujourd'hui il était encore chancelant, craignant également et l'Autriche et un prince étranger. L'électeur de Brandebourg était un prince faible et se laissait conduire par son ministre Schwarzenberg , qui était contraire à l'alliance suédoise. Parmi les petits princes , dont un grand nombre à la vérité étaient plus prononcés mais dépendants de la puissance de l'Autriche f il n'y en avait que deux qui eussent fait une étroite alliance avec le roi ; c'était le landgrave de H esse-Casse 1 et la maison de Saxe-Weimar. Les autres tinrent une assemblée à Leipzig avec les électeurs de Saxe et de Brandebourg, et résolurent de mettre une armée sur pied pour se défendre aussi
bien contre les attaques des Suédois que contre celles de l'Autriche. L'empereur cependant, qui vit que c'était par les armes qu'il fallait décider cette grande querelle et qui n'était point d'avis de soumettre sa volonté à une diète, demanda la dissolution de l'alliance de Leipzig, et commença par désarmer de vive force les princes du sud de l'Allemagne qui en faisaient partie.
Le roi de Suède , renforcé d'un assez grand nombre de nouvelles recrues , marcha droit en Poméranie et chassa devant lui ou battit les garnisons impériales. Mais avant de se retirer elles dévastèrent le pays, pillèrent les villes, en incendièrent plusieurs, maltraitèrent et massacrèrent les habitants. Cette terrible guerre reprit avec toutes ses horreurs. Les Suédois, si scrupuleux, si exacts dans leur discipl ine, semblaient des anges protecteurs, et la croyance se répandit dans le pays que le roi était envoyé du ciel comme un libérateur.
Il voulait ne marcher que pas à pas, avec certitude et ne laisser derrière lui aucun lieu fortifié. En conséquence, après avoir emporté d'assaut Francfortsur-1'Oder , qui avait une garnison de huit mille impériaux, il demanda à l'électeur de Brandebourg de lui remettre les citadelles de Gustrin et de Spandau. L'électeur hésitait, mais le roi marcha sur Berlin, et vint tenirrune conférence avec lui dans la plaine, entre Berlin et Cœpenik, le 13 mai 1631; ensuite ils partirent ensemble pour Berlin. Cependant l'électeur hésitait toujours. Alors le roi s'écria en colère :
949 sixiferfi é?oq*e. 4520—4648.
« Je veux aller délivrer Magdebourg ( elle était fortement pressée par Tilty); ce n'est cependant pas mon avantage, mais uniquement celui des évangélistes. Si personne ne veut m 'aider, je me mets à Fabri de tout reproche et je rentre à Stockolm; mais a» jugemett dénier vous serez accuses de n'avoir rien voaln foire £our la cause de l'Evangile , et pro* bablement Dieu vous le vaudra dès cette vie. Car si Magdebourg estprise, et si je me retire, imaginezce qui vtftw arrivera ! » Ces paroles eurent leur effet et l'éleeteur lui remit Spandau le même jour. Le chemin de là à Magdebourg n'était pas long; la ville vivement pressée demandait de prompts secours ; cependant le roi trouvait qu'il n'était pas possible <F aller passer l'Elbe en face de l'ennemi et par le droit cfcemin. H demanda donc à l'électeur de Saxe d'en- Wèr sur son territoire, car il voulait aller passer à ^tttoberg; mais l'électeur refusa sa demande. On fit des négociations, on parla beaucoup, et déjà le jour terrible de la conquête était arrivé, la malheureuse ville était perdue .
Haine de M agctafaourg. S0 mai 1651 .
. La ville do Magdebourg, qui depuis longtemps allait fait remarquer par son zèle pour le» doctrines protestantes, fut aussi alors lu première qui m jet* dMdi&btiag du sauveur cW la liberté religieuse* Elle
l'invita avec instance de venir mv l'Elbe, promît de lui ouvrir ses portes, fit -même des enrôlement pour lui, et Gustave qui sentait toute l'importance d'une pareille place d'armes, se félicitait beaucoup de ses offres. Mais Tiily, qui reconnut également combien cette occupation serait avantageuse à sop adversaire , se hâta d'aller la conquérir avant la ve#ue du roi. Il en commença le siège au mois de mars dç celte année , secondé par le vaillant général Pappep» lieim. Il n'y avait dans la ville que deux cents Suédois sous les ordres de Melcher de Falkenberg , que omme commandant delà ville; urent à la défense avee audace ;nt même construit des postée ville, dont ils appelèrent Tuij ! Truta Pappenheim (nargue appeaheim).
Le devenait de plus en plus :ar le vieux général employait a réduire. L'unique espérance lesecoursduroi, qu'ils savaient mai, quand le bruit de l'artilque même les terribles pièces rancbemept, ils crurent qu« ivé. Mais c'était le signal dç atifs 4 un assaut prochain que ivait résolu (*). Dans la iiiiit
(*) c'était un coup * désapoir ; Tity ? «niait m wtfow a'H ne rtoefaifty pas. Schiller, Guerre de trente ans. NT.
214 sixième époque. 1520—1648.
du 19 au 20 on jeta les échelles en grand silence et à cinq heures du matin commença l'attaque. Les sentinelles avaient veillé avec soin jusqu'au milieu de la nuit; mais comme tout était en silence, elles rentrèrent alors dans leurs demeures pour se reposer quelques instants.
Cependant l'heure fatale sonna. Le signal de l'assaut est donné et les guerriers à la suite de Pappenheim escaladent la muraille du côté de la nouvelle ville ; le bruit de Partillerie retentit de nouveau et la muraille est battue par le canon en plusieurs endroits. Déjà l'ennemi est sur le rempart de plusieurs côtés ; Falkenberg accourt à l'endroit le plus périlleux , un boulet le renverse mort ; les bourgeois effrayés et privés de leur général , étourdis par le bruit épouvantable de l'artillerie, abandonnent bientôt la muraille et se retirent dans leurs maisons. La plupart croient pouvoir s'y défendre mieux et tirent des fenêtres sur les ennemis qui se pressent dans la rue , les femmes mêmes lancent des pierres du haut des toits. Mais cette défense ne sert qu'à augmenter la fureur des impériaux , il n'y eut plus de grâce ni de pitié ; hommes , femmes, enfants , vieillards, tout fut massacré , les enfants mêmes étaient frappés sur le sein de leurs mères et jetés dans les flammes. Depuis dix heures du matin la ville était la proie des flammes.
Il n'est pas de cruauté , pas de tourments humains, qui n'aient été exercés dans ce jour effroyable. Quelques hommes, poussés par l'humanité, se hâtèrent
d'aller trouver Tilly dans son camp et lui demandèrent s'il ne voulait pas mettre une fin au pillage; mais il répondit froidement : « Laissez-les faire encore une heure, puis revenez me trouver. Il faut bien que le soldat ait une récompense de sa peine et de ses dangers. »
Le soir, à dix heures , cette grande et magnifique ville n'était plus qu'un monceau de cendres; quelques cabanes de pécheurs sur l'Elbe , la cathédrale et un couvent de femmes avaientseuls échappé; plus de vingt mille hommes avaient péri d'une mort plus ou moins lente, par le fer ou le feu ou par l'effroi ; et quand deux jours après on ouvrit la cathédrale , on y trouva environ mille malheureux qui en furent retirés presque sans vie , épuisés de faim et de soif. Tilly leur fit donner ce dont ils avaient besoin. Sa colère était apaisée, mais sa gloire était souillée; et même la fortune, qui lui avait toujours jusqu'alors été fidèle , l'abandonna depuis ce moment. Aussi , bien qu'après avoir fait déblayer les rues avec un grand travail, il ait fait une entrée solennelle, le 25 mai ; bien qu'il ait été à travers les immenses monceaux de ruines faire chanter le Te Deum dans la cathédrale et ensuite tirer le canon ; bien que dans son rapport, à Vienne il ait dit avec orgueil que depuis la ruine de Troie et de Jérusalem on n'avait pas vu une semblable victoire; il n'a pu cependant en imposer à l'opinion de la postérité, et son nom, àcause de ce crime, n'est prononcé qu'avec malédiction.
JM6 SIXIEME ÉPOQUE. 1520—^648.
(HMtere-Adolphe ei THIy. Bataille 4* Lttypig ou ée prcilenWd. 17 ftfclembre Jfël.
Aprèp la conquête de Magdebourg, Tilly aurai): désiré en venir aux mains avec le roi ; car il eut bientôt à souffrir de la disette dang ce pays ravagé. .JUpis Gustave ne se trouvait pas encore assez fort et jl$e tint retranché dans son camp de Werben, dans JVnciepne Marche. Il avait aussi fort à cœur de établir les princes de Meckleubourg dans leur heri- £gge. 11 leur donna donc des troupes avec lesquelles f\p reconquirent en effet leur pays, et entrèrent iplfcp nullement dans leur résidence de Gustrow, dans laquelle Wallenstein avait lui-mAne établi sa cour, JLe roi rehaussa encore la fête par sa présence , et fi ordonna que toutes les mères qui avaient de& enfants à la mamelle les apportassent sur la place pur Jblique pour leur faire boire du vin qu'on y dïstiîr fbuait à tout le peuple ; afin que les eafaqts.de leurs ^cpfeqjts ne pussent oublier le jour de la rentrée de ^eurs anciens princes. Pendant ce temps-là Tilly tourna ses yeux sur le riche pays de Saxe qui gavait point encore été exposé aux dévastations de J|a gnrerre, et qui se trouvait tout près de luû C'était «certainement une injustice «t une ingratitude d'aïler imposer tout le fardeau d'une guerre, à PéleetofAt^eSaxe^ dont le duc s'était montré si fidèle à la maison d'Autriche ; mais Tilly sut bientôt trouver une raison. Il s'appuya sur Tordre donné par l'eni*
6«MAB M5 TRUTI àM. 9ftJ
pereur de désarmer tôt* les princes qui faisais** partie de la ligue de Leipzig; et comafce Téleqieur étadt toujours en armes , il enfra en Sax$ sans déclaration de guerre , lit pilkr tes villes dp jMfarseboiarg , Zéi*, Nautnbourg et Weiasenfel* <# Jttacchà sur Leipzig» Une telle violônoe eut plufc d'effet que n avaient pu en obtenir tous les dîsoow? de Gustave ; l'électeur se jeta alors sans réserve datt? le* bras du roi de Suède , fit avec lui une solidt alliance offensive et défensive > et vint le rejoindra avec son armée ,à Duben > le 13 septembre.
Le même jour le général inpérial fit tirer le canot! sur la ville de Leipzig qui lui avait fermé ses porte! et il la prit le jour suivant; mais le roi s'approcha de la ville avec les armées réunies, et un seul jouf allait décider entre le vieux général encore jamais vaincu et le jeune héros , roi de Suède. Ce prtnqe* reoçnrtaissant qu'il fallait , par une .grands action ; conquérir la confiance de l'Allemagne en «on gébie Et en. sa bonne fortune, sentait toute l'importance démette journée r et il tremblait. 11 lui semhlaft taagdurs Irop temécatre d'abandonner à ttçe àmh bfctaiHeJe oort de toute Ja guerre; car U y avait tout lieu de croire que la perte de cette bataille Entraînerait la perte de tout ce qu'il possédait sur cette tôt» , et celle des électorals de Saxe, et d£ Bcandebourg , ainsi que la ruine totale de tout Je protestantisme en Allemagne. Mais l'électeur, cfe Saxe? qui ne pouvait souffrir jle voir plus long-temps son pays foulé par un enuemi impitoyable , deipati*-
318 BtxvtMM époque. 1520—1648.
daît avec instance le combat. Alors le roi, ne pouvant résister , marcha sur Leipzig. Les deux armées se rencontrèrent sur le territoire du village de Breitenfeld, où se livra la bataille décisive , le 17 septembre. Gustave-Adolphe plaça les Saxons à part, à l'aile gauche , parce qu'il se défiait des troupes saxonnes qui étaient nouvellement enrôlées. Le feu commença sur le midi et fut terrible , mais plus funeste sur les bataillons épais des troupesimpériales que sur les rangs étendus des Suédois ; pour mettre fin à ce fâcheux début , l'aile droite impériale se jeta sur les Saxons avec une telle violence qu'ils furent bientôt mis en désordre et en une déroute si complète qu'ils ne purent se rassembler que fort loin du champ de bataille.
Au même moment, Pappenbeim s'était précipité sur l'aile droite des Suédois avec l'élite de sa cavalerie , afin de rompre leurs rangs. C'était le plus vaillant capitaine de cavalerie de son siècle. Mais il vint se heurter contre un mur impénétrable; sept fois ses assauts furent repoussés par le valeureux Banier (Banner). Alors Tilly qui avait abandonné la poursuite des Saxons arriva et se porta sur le flanc dégarni des Suédois; mais le jeune roi fut assez prompt pour se tournera temps contre l'ennemi dont le courage vint encore se briser contre l'invincible fer* ineté de ses guerriers. Tilly ne sut pas se reconnaître dans cet ordre de bataille où tout était nouveau et changé ; et contre son attente la confiance dans ses plans l'ab|indonna pour la première fois; il recon-
nut qu'il avait affaire à uq grand génie , mais le roi profitant de ce moment d'hésitation fit tout d'un coup attaquer l'artillerie, qui se trouvait placée sur une colline, s'en empara et la tourna contre les rangs de TilJy. Ce moment fut décisif; la confusion se mit parmi les impériaux et ils prirent la fuite; sept mille morts restèrent sur le champ de bataille, les autres s'enfuirent dans le plus grand désordre; Tilly luimême fut en danger pour sa vie. Un capitaine de cavalerie suédois du régiment de Rheingraf, appelé le grand Frison , le pousuivit, et plusieurs fois même le frappa sur la tête avec la crosse de son pistolet ; mais il fut lui-même tué par un cavalier qui accourut au secours. Ainsi le vieux général sexagénaire revint couvert de blessures, sombre et soucieux de se voir trahi par la fortune ; il se vantait encore le jour de la bataille, de n'avoir pas perdu un seul combat. Il ne se réunit qu'à Halle avec Pappenheim, qui était resté le dernier sur le champ de bataille , et qui, comme le dit Tilly dans son rapport, tua quarante hommes de sa propre main. Il ne restait plus qu'une petite troupe de ces escadrons, auparavant si redoutables.
Cette victoire fut pour Gustave-Adolphe, le grand fondement sur lequel s'appuya sa réputation par toute l'Allemagne et cette vénération pour sa personne , qui était presque une adoration. Car cette époque, comme tous les moments extraordinaires dans l'histoire, était proprement un de ces moments où l'opinion des peuples est toute puissante; alors la croyance ,
886 suri** &QW*- 4*a0— «48.
la confiance en un bomme, en un principe» le pect et l'enthousiasme qu'ils inspiraient, donnaient une force irrésistible j et celui, qui savait s'erapa** rer de cette puissance morale était sûr du succès Tout le monde se tourna donc vers cette nouvelle étoile sortie du nord; les croyances religieuses et la superstition le servirent. Les prophéties, les appari*ticxns, lep rêves se rapportèrent à, lui; partout où U passa les protestante le reçurent avec des traraponU de joie inexpritnabief, coince leur libérateur; ej xlepuisque le mondq existe il ^jrsaT pap eu da p*>r* trait de roi aussi honoré, aussi colporté* aussi iwulf iiplié que le sien sous toutes les former
Gustave- Adolphe avait l'œil trop connaisseur pour ne pas comprendre toute la force qui maintenant combattait avec lai* iVypa^V811*** précautionneux presque jusqu'à la timidité, il ne marchait que |>a$ ft pas et ne laissait derrière lui ftpcùiie place fertej depuis il parcourut l'^Ueifiagae jivec ^oute r#ud*c** Joute la célérité possible et jy^qûÊ contre toute* les règles de la guerre; sa nureJUe ressemblait à u«li triomphe II traversa la Thuriuge et la forêt Clwfcringienne pour arriver en Franconie et de Jà p'avanç* sur le Rbinj après s'être reposé quelque temps pendant l'hiver, il revint en Franconie pour jaller droit en Bavière. Les villes les plus iinporr Jtantes tombèrent en son pouvoir après une courts résistance ou se soumirent d'elles-mêmes, Halle^ iîrfurt, Wwrtzbourg, Francfort, Majence, Nuremberg et bien d'autres. Tillj même, après avoir si
aima** p« T*a*rt ia*. ttf
bien repavé ses forces qu'il se trouvait à la tête d'une armée plus forte que qelle du roi* n'osait ce*pendant pas sérieusement se mettre sur son passage; et depuis la bataille de Leipzig, il ne pouvait plu» recouvrer cette confiance qu'il avait autrefois e& lui-même.
L'électeur Maximilien l'avait rappelé en Bavière pour qu'il défendît ses propres étals héréditaires. Il &Hait empêcher le roi de passer le Lech, et Maximilien se rendit lui-même dans le camp de Tilly, près de Rain. Mais Gustave ne trouvait rien d'impossible et il sut lien surmonter cet obstacle» L'armée des ligués fut obligée de quitter le rivage devant un vigoureux feu d'artillerie* Le roi passa le fleuve et se mit à sa poursuite; mais déjà, au commencement de l'action , Tilly, qui s'était témérairement avancé pour reconnaître l'ennemi, avait été blessé par un boulet de trois livres qui lui tomba sur le genou droit et le renversa de cheval. Il fut transporté k Ingolstadt dangereusement blessé; l'électeur s'y retira aussi lui-même , et Gustave après avoir pris possession d'Àugsbourg , marcha contre eux. Il fit aussitôt livrer quelques assauts à la ville , mais la garnison chaque fois* les repoussa courageusement; et le roi y courut même un grand danger , oàr vm boulet tua son cheval sous lui et le jeta parterre* Tilly mourant était dans ta ville, et encore au moment de la mort il excitait ses gens à la défense, H mourut de sa blessure vipgt-cinq jours plus tard, le 30 avril. C'était un homme de fer qui se vantait
222 sixième époque. 1520—1648.
même de n'avoir pas aimé une seule fois; du reste d'un caractère ferme et incorruptible , et un excellent général, si Ton ne considère que ses grands moyens militaires. Son corps donnait l'expression de son âme; il ressemblait auducd'Albe; il était d'une moyenne grandeur et maigre; ses yeux étaient grands, mais brillaient avec quelque chose de farouche sous des sourcils gris; et son visage, à angle saillant, avec un gro» nez, exprimait toute la rigidité de son âme.
Un contemporain nous le représente comme 3 la vu lui-même ; il était sur un petit cheval gris , avec un habit de satin vert à la façon espagnole; il avait sur son chapeau magnifiquement orné un panache rouge qui lui tombait sur le dos; et c'est d'après cette description qu'il a été le plus souvent représenté. Le roi de Suède leva le siège dlngolstadt et marcha sur Munich, la capitale. La ville tremblait devant son arrivée. Le peuple bavarois avait, en haine des Suédois, traité plusieurs d'entre eux avec la plus grande cruauté; il les avait massacrés, avait mutilé leurs corps et avait excité la colère du roi au plus haut degré. Cependant celui-ci reçut avec bienveillance les députés de la ville qui lui en apportèrent les clefs. « Vous avez bien fait, leur dit-il, et votre soumission me désarme. J'avais le droit de venger sur votre ville le malheur de Magdebourg; mais ne craignez rien , allez en paix et soyez sans inquiétude pour vos bienset votre religion. Ma parole vaut mieux que toutes les capitulations du monde. »
GUERRB DE T1BNTB ANS. 333
La plus grande partie de la Bavière était entre les mains du roi, et l'électeur avait été obligé de s'enfuir vers Ratisbonne.
Gwtave-Adolphe et Wallemtein. Mort de Gustave. 16 Novembre 1652.
Cependant les Saxons, conformément au plan de guerre de Gustave, étaient entrés en Bohême sous les ordres du feld-maréchal d' Arnim, qui avait quitté le service de l'empereur pour passer à celui de l'électeur de Saxe , et s'étaient facilement empares de Prague, mal gardée; le 11 novembre 1631, l'électeur y fît son entrée solennelle. Ainsi la seule bataille de Leipzig avait arraché à l'empereur les fruits de douze ans de guerre; il se voyait menacé dans ses propres états; le danger s'était montré tout d'un coup et contre toute attente. Dans une pareille extrémité, il ne vit plus qu'un seul moyen de salut et son conseil avec lui; c'était de rappeler Wallenstein, qui avait été déposé , humilié, et vivait fièrement dans sa retraite. Aucun autre adversaire ne pouvait plus entrer en lice avec le grand roi ; aucun autre ne pouvait donner une armée à l'empereur. Mais le gagner semblait une tâche difficile; il vivait sur ses biens en Bohême avec un luxe presque royal et semblait narguer l'empereur et les rois. Il dépensait ainsi les millions qu'il avait acquis dans la guerre. Son palais à Prague était bâti avec la plus grande
sixifeiifc éWQUR. i83û— i€48.
magnificence, eomma Qfc peut encore, e& juger dfaprès lea restes. Tandis que aes ennemis se félicitaient de l'avoir réduit à l'état; de simple partis^ lier, il se faisait représenter dans la salle de son château comme un triomphateur par les artistes les plus habiles venus d'Italie et de toute l'Allemagne , porté sur un char tiré par quatre chevaux blancs, et* une étoile était placée au-dessus de sa télé couronnée de lauriers. Il était servi par soixante pages sortis des premières maisons, en habit de velours feleunciel, brodé d'or. Plusieurs de ses maîtres d'hôtel avaient déjà servi avec le même titre dans la maison) ée l'empereur. Trois cents chevaux de choix étaient dans ses écuries et mangeaient dans des crèches de marbre. Sa demeure ressemblait à une cour, car les1 hommes les plus distingués se pressaient autour de1 fer. Extérieurement il paraissait tranquille, mai* s&n ambition le dévorait ai* fond de son cœur. Gène ftit pas sans une joie intérieure qu'il vit les progrès dt* roi de Suède j parce qu'ils le vengeaient de l'empereur et de son ennemi, l'électeur de Bavière, et cfue tous les yeux se tournaient sot lui dans le dan~ ger comme sur Tunique sauveur. En effet, Perape* ï*Hr né tarda pas à commencer les négociations qui lui rendirent le commandement en chef.
Wallenstem les reçut avec froideur et n'accorda qb'à de nombreuses prières de la part de l'empereur la promesse de lever en trois mois une armée de W mille hommes; mais sans s'engagera lesconduire. Alors il envoya par toutes les provinces ses agents
GUBAft* DE T&MtE A H S. 3t5
planter sa bannière d'enrôlement. Des milliers ac coururent k lui; parce qu'il les avait toujours conduits à la victoire et au butin, et que, dans ces temps orageux, il était plus facile de trouver du bien-être à la guerre que dans les arts ou à la queue de la chaiYue. Un soldat de Wallenstein recevait dans la grosse cavalerie neuf florins par mois , s\% dan» la cavalerie légère , le fantassin quatre , et Cela outre le prix pour la viande , le pain et le vin. Dès le mois de mars 1652 ces 30 mille4iommes étaient réuni»; mais aussi celui-là seul qui les avait enrôlés pouvait les conduire. L'empereur le sentit bien ; aussi eut-il l'étonnant courage de s'humilier jusqu'au point de se laisser imposer par Wallenstein la stipulation suivante : «Le duc dfcJFriedland, généralissime de l'empereur, de toute l'auguste maison d'Autriche et de la couronne d'Espagne, reçoit le commande* ment suprême sans aucune limitation* L'empereur ne paraîtra lui-même jamais à l'armée. Pour assurer la récompense que méritent ses services, le duc reçoit en garantie une portion des pays héréditaires autrichiens ; de plus , le droit de disposer à son gré des conquêtes qu'il fera dans l'empire , et de donner seul les grâces qu'il lui plairait d'accorder. Le Mecklenbourg , ou tout autre dédommagementéquivalentjlui est assuré à la paix, et pendant la guerre *us les états héréditaires d'Autriche lui seront ouverts en cas de besoin* »
O Le florin Yaut*fr.2*c. *.T.
SS6 sixième é&oqvs. 46»~*#48.
Walleustdii réparut donfc dé nouveau sur I* scène, révéla de celte puissance presque impériale j il porta son armée jusqu'à quarante mille hommes > reprît Prague dès le mois d'avril de cette m«*me an* nëe^ 1632, et chassa sans peine les Saxons de la Bohême. C
.- Le camp de Nuremberg — L'électeur de Bavière vivement pressé dans son pays, demanda du secours à Wallenstein avec d'instantes prières, et celui-ci, qui semblait île repaître de sa misère, de «on humiliation, différait toujours jusqu'à ce que l'électeur lui promît de lui abandonner le corn* mendement de toute ià guerre ; alors WaMensteiii <t'invitaà venir se joindre à lui sur l'Eger pour marcher énsembfc de là sur Nuremberg, une des places d'armes du roi, les plus importantes. Mais Gustave, -quidevina son dessein, s'avança lui-méine au-devant, parut à l'ifnprtviste avec toute son armée aux portes de la ville , ta fortifia avec le secours que lui donnèrent îes habitants «dans Imç enthousiasme pour lui tandis que les jeunes gens Tinrent grossir son armée, et H y attendit l'-erinemi. Celui-ci arriva bieatdt et -vint se retrancher sur les hauteurs de Zîrndorf et d'Alten- "bèrg, en vue du camp suédois. Les deux adversaires iavedent fait entrer dans leurs plans réciproquement <de chasser l'ennemi de sa position retranchée par 4a disette ^t ht nécessité. Ils restèrent onze semaines en présence, sans qu'aucun d'eux ne TÔulôt eéder. Biais la tiisctve oans xout * xe pciys xtrt extrême, tout avait été détruit dans un graù4*tayop j c'était pres-
4 GCEftÂtt DE tQIft A*** Jfî
qtteun désert. Dans lé camp de Waliienstem, il y *vait> oufere une grosse armée, quinze mille goujats •fc -servi teure> presque autant do femmes (il permets tait qu'elles suivissent leur» maris), et trente mille clievaux employés en grande partie à transporter les Innombrables bagages, Cette multitude devenait chaque jour 4e plus en plus barbare. I1b ne vivaient plus, que de pillage et de rapines. Dans le camp metne de Gustave, Tordre n'était plus aussi bien tenu qu'au commencement; parce que son armée était désormais eu grande partie composée de recrues et de trompes allemandes auxiliaires.
, Malgré toute sa sévérité , il ne pouvait pas les tenir en bride copine il le voulait ; car leurs chefs nlexjgeaient pas seï'igtfseinent la stiyrte discipline» Aussi le bon roi fut-il emporté de colère quand il apprit les bmtalitc% exercées par s^s soldats sur les malhçuyetuc habitants. Il assembla tous ses officiers, leur lit de sévères reproches et finit en disant: «Qu'il trouvait leur conduite si indigne qu'il était fâché d'à-» voir des rapports avec un peupléjsi pervers. » Malheureusement U ne pouvait pas avoir l'œl partout , et ie mal avait déjà poussé de profondes racines. Alors il.t^olut de mettre une. fin à cçtte position indéfliseet. ruineuse, par un/coup d'audace. Le 4 sepjbemfere il donna l'assaut aux montagi^es^pù était JValidnstein; mais l'entreprise éfeait trop forte, le pourage le plus résolu, ne pouvait rien contre ces iretoanchèmehts garnis d'énorweà bouches à feu, et le roi fut obligé sur le soir de se désista de l'attaque
M8 sixième **oqus. 4500—4648,
après avoir beaucoup souffert. Il attendit encore quinze jours dans son camp, et comme Wtrllenstera ne remuait pas, le 18 septembre il se retira au son de la trompette , en face de l'ennemi qui n'osa le poursuivre, et il revint en Bavière.
Alors Wallenstein abandonna lui-même son camp, y mit le feu et prit ensuite une résolution à laquelle on ne s'attendait pas, celle de transporter le théâtre de la guerre dans les pays protestants du nord de l'Allemagne } il tourna tout d'un coup vers la Saxe, et marqua partout son passage par le sang et la flamme. Le roi se hâta d'arriver au secours, et entra le 11 novembre dans Naumbourg, sur la Saale. Le peuple le reçut comme son ange gardien, la foule se pressait auteur de lui à son- entrée et lui baisait les pieds. Un triste pressentiment pénétra son âme à ces démonstrations excessives de vénération: «Nos Saxons sont dans les meilleures dispositions, dit-il à Fabricius, son prédicateur ordinaire; mais je crains que Dieu ne me punisse à cause de la folie de ce peuple. Ne dirait-on pas qu'il veut faire de moi soa idole? Ne se pourrait-il pas que Dieu, qui humilie les superbes , ne leur fasse sentir à eux comme à met que je ne suis qu'une faible et mortelle créature* »
Bataille de Lutzen , 16 novembre 1632.— -Il faisait £brs un froid extrême, et Wallenstein qui crut que le roi s'était retranché près de Naumbourg, pensant qu'il n'entreprendrait rien avant l'hiver, renvoya le comte de Pappenheim vers le Rhin, avec Tordre toutefois de chasser sur sa route les Suédois
1 GUBMIS DE TJLUOT ANS. 399
de Halle et de Moritzbourg. Mais tout d'un coup Gustave se met en marche, s'avanpe sur Weissenfels et arrive, le 15 novembre au soir, en présence de l'armée de Wallenstein, près de Lutzen. Tous les deux se préparèrent à une bataille, et le général impérial rappela en toute hâte Pappenheim qui n'était pas encore éloigné étant arrêté au siège de MorifcS bourg ; il pouvait arriver dans le courant du jour suivant. — Le roi passa cette froide nuit d'automne dans sa voiture et concerta la bataille avec ses gé* néraux. Déjà le jour était arrivé j un épais brouillard couvrait la plaine; les deux armées en présence étaient dans l'attente , et les Suédois chantaient au son des cimballes et des trompettes , le cantique de Luther : « Notre Dieu vaut bien un châ-* teau fort, » ainsi qu'un autre composé par le roi lui" même , qui commençait par ces mots : « Ne crains rien, petite troupe.» Vers onze heures, quand le soleil commençait à percer, le roi monta à cheval après une courte prière , et alla se placer à la tête de l'aile droite; Bernard de Weimar conduisait l'aile gauche , et il s'écria : a En avant , à la garde de Dieu ! Jésus aide-moi , je combats pour la gloire de ton nom. Il refusa sa cuirasse en disant : « Dieu est ma cuirasse. » Il conduisit ses troupes contre le front des impériaux qui se tenaient bien retranchés dans le chemin de pierre qui conduit de Lutzen à Leipzig , et cachés dans de profonds fossés des deux côtés de la route. Les Suédois furent reçus par un feu meurtrier qui jeta un grand nombre d'entre eux par
*S0 sixième éw^tœ. 4520-^*648.
terre. Cependant ceux qui suivaient gâgnërehT du terrain , vinrent s'établir sixr le fossé et repoussèrent les impériaux. Pendant ce temps-là Pappenheim était arrivé de Halle avec sa cavalerie et la bataille recommença avec une nouvelle fureur. L'aile droite des Suédois chancela, le roi se hâta de courir dp ce côté avec une troupe de cavalerie et s'avança trop loin pour examiner le point faible de Tetineftii ; il n'était accompagné que de quelques cavaliers et du duc François de Saxe Lauenbcurg. Cortraie il avait la vue courte il s'approcha trop d'un escadron impérial ; il reçut un coup de feu au bras qui pensa le renverser sans connaissance, et au moment où il se tournait pour se ret>°r du tumulte , il reçut un deuxième •coup dans le clos et il tomba de cheval en disant: mon Dieu! mon Dieu! (*) Les chevaux lancés au galop passèrent sur lui, le foulèrent aux pieds 5 on le retrouva tout défiguré. Son cheval qui revint tout en sang, apporta ainsi liu-mëme îe triste message à ses soldats. Ceux-ci emportés par la colère et par la soif delà vengeance , conduits par le duc Bernard de Wéimar qui rétablit l'ordre par sa fermeté héroïque, se jetèrent de nouveau sur les fossés et forcèrent les ennemis de reculer. Ils ne purent pas résister plus long- temps; déjà le lieutenant-général
(*) Schiller, dans son Histoire de la Guerre de trente ans, semble aeciser te duc é» Saxe Lmenfeourg de ce martre. H parait epae cMue, qui avait, reçu une toaujte de Gustave , f* le ejuitta pas pendant toute la fcntajlle, et que, dès Je lendemain do sa mort, U passa du côté desimpé-
GtfEKRfc DE IfREKTE Aî?5. 881
Piccolomini était blessé, et avait perdu quatre chervaux ; déjà Pappenheim était tombe mort , frdppé par un boulet de canon en combattant vaillamment. La fuite et le désordre se mirent dans les rangs. (« La bataille est perdue, Pappenbeim est mort , les Suédois arrivent sur notis » , cria-t-on de tons côtés. Wallensteïn fit sonner la retraite. Un brouillards et la nuit qui survint, aussi bien que la fatigue, empêchèrent lés Suédois de poursuivre ; ils passèrent la nuit sur le abamp de bataille, et l'artillerie impériale tombe en leur pouvoir. Wallenstein seretira en Bohême avec les restes de l'armée, quoiqu'il eût antérieurement résolu de prendre se* quartiers d'hiver en Saxe. Ainsi le résultat montra bien que la victoire était certainement restée aux Suédois , quoique* Wallenstein la dit indécise , et que remjpereur la célébrât comme appartenant à son parti. Le jour suivant, les Suédois cherchèrent le corps de leur roi parmi des milliers de morts qui couvraient le champ de bataille. Ils le trouvèrent nu , sous une foule dantred, couvert de sang et des meurtrissures des pieds des chevaux et presque méconnaissable : il avait orne blessures. Il fut porté à Weissenfeîs , et de là transporté par la reine Marie -Ëîëonore , qui avait suivi son mari es Allemagne , à Stocfckolm, ou il fut entente et pleuré par tout le monde.
Le coHet que le roi portait fut envoyé -tout sanglant h "Vienne à l'empereur Ferdinand qui , dit*on ,' versa des larmes fr eette vue , et ^e fit ainsi honriew à -lui- même autant qu'à son adversaire
353 sixième époqub. 4590—4648.
Ferdinand avait l'âme assez grande pour admirer la vertu d'un héros même dans un ennemi.
Si Gustave-Adolphe n'avait pas été arraché à la vie à l'âge de trente-huit ans , au moment le plus glorieux de sa carrière , peut-être que son grand génie aurait changé toute la constitution de F Aile- «magne et hâté la nigrche de son développement* Déjà même il avait conçu la pensée de se faire nommer roi de Rome ; et son œil , dont personne n'a pu scruter la profondeur , avait peut-être d'avance embrassé toute l'Europe. Il témoignait souvent son étonnement de ce que les temps d'alors ne produisaient plus de généraux comme ceux de l'antiquité; et quand on lui répondait que le change- 0 ment apporté dans les armes, dans la tactique militaire, et le système des places fortes ne le permettaient plus , il répondait : «La différence n'est pas tant dans les armes que dans lés esprits; si on retrouvait le cœur d'Alexandre, , la volonté d'Annibal, et l'esprit «entreprenant de César, on reverrait encore les actions d'Alexandre , les victoires d'Annibal eftes conquêtes de César .» Tel était le point de vue sous lequel il considérait l'histoire du monde et ses forces actives ; et qui oserait fixer le point où s'arrêtait un pareil génie? Un de ses contemporains , dont le jugement ne peut être suspect, , le comte Galéazzo Gualdo , un Vénitien et un catholique, qui avait passé plusieurs années dans les armées impériales et suédoises , nous fait ainsi le tableau de ses grandes qualités. «Gustave était
GUfcRRE DE TAE*TI *B8. 988
grand, fort et d'un extérieur vraiment royal, et sa vue seule remplissait les cœurs de respect , d'admiration , d'amour et de crainte. Il avait les cheveux et la barbe blonds ; il avait de grands yeux quoiqu'il ne pût voir que de près. La gueiTe avait eu pour lui beaucoup d'attraits depuis son enfance, et la gloire et là réputation étauNt sa passion. Sa parole était éloquente, et sa conversation pleine d'agrément et de gaîté. Aucun général n'a été servi plus volontiers et avec plus de dévoûment. Il était affable, aimait à donner des éloges et n'oubliait jamais les actions de courage ; mais il baissait les manières de cour et la flatterie, et celui qui prenait ces façons auprès de lui était sûr de ne jamais gagner sa confiance. Il était très sévère pour réprimer la licence des soldats, et très soigneux pour la sécurité des bourgeois et du paysan. Une fois qu'après la conquête d'une ville catholique ou lui conseillait de traiter les citoyens avec rigueur et de leur donner de nouvelles lois, il répondit : ce Cette ville est maintenant à moi et n'appartient plus à l'ennemi ; je suis venu briser les chaînes de la liberté et non pas en imposer de nouvelles. Laissons-les vivre comme ils ont vécu jusqu'à présent. Je n'ai point de lois à donner à ceux qui savent vivre comme leur enseigne leur religion. »
« Il ne faisait aucune différence entre catholiques et protestants. Son principe était que quiconque se conformait aux lois, était un bon croyant, et que la vocation des princes n'était pas de garantir les
834 sixife** Êfoqtz. -4520— J648.
hommes de l'enfer; que c'était 'celle des ecclésïastiquer. »
Il eut plus d'une fois l'occasion de consacrer ses principes par ses actions: par exemple, pendant son séjour h Munich, le jour de l'Ascension, i6S2, il se rendit à l'église de Notre-Dame, penr assister aune messe célébrée densipéte la solennité dn culte catholique ; ensuite il alla visiter le collée des jésuites, répondit à nue allocution latine du Père recteur dans là m&në langue, et s'entretint presque une heure avec lui snr le dogme de l'Eucharistie. Ainsi Tt)yait-on s* refléter dans toutes ses actions, Pécïat de soi: géîMe nnivcrseF, qui Félevaft sti-dessus de son siède, tant parce qu'il savait respecter, malgré un cœur lirôlant de piété, la foi qui se trouvait dans son prochain, quelle qu'elle fût, que paître qu'il put souflrir autour ds lut l'éclat du mérite et de la vérité, *ans en être offusqué, et qu'il fôt véritablement un afnidela liberté.
Le monument de Gustâve-Adotpheen Allemagne, • fat pehdant long-tempô une pierre placée sur le fchamp'de bataille de Lutzew, à l'endroit tfi&ne où il était 'tonnbé; de no» jours, un de ses admirateurs à fait élever un autre monument, niais très simple.
Gontroutfion de la gaerré. 4G32— t63>*
On pouvait se demander si les Suédois continue* raient la guerre après la mort de leur roi» S'ils se désistaient, leurs alliés, les protestants étaient mël nc.cés d'une sévère punition d# la part de Wallons* tein. Mais le conseil- d'état suédois gouvernant pendant la-minorité de Christine, fille de Gustave, résolut de continuer cette guerre, parce qu'elle pou*v^t donner à îa Suède des droits sifr le territoire aflremtmd; et pour remplacer leror, il choisit son ami, soi] grand chancelier ,'ÀxelOr£iîstiern5 homme bnLiie et capable, qui sut réunir les forces dé son part*'. Cependant il ne possédait point îa douce et afrabîe dignité de son maître;- les princes de PemJpire et surtout les S&:;ons. supportaient tvec pefirtë d'être obligés de suivre un simple délégnéd'lin geritilbomme suédois; et quoiqu'il ait réussi à rassemblée à Beilbronne au printemps, 16S3 , les états protêt tants des<|ua!re grands cercles , de Souabe, de Frai>coirie, du haut et bas Rhin, cependant il était facile de reconnaître à Tirrésolption des uns, à Foppttèition des* antreé, et à la division entfe lès généraux qtifc le génie du roi n'était plus là pojir commander. • '-* Waltenstein , dont le génie était supérieur à ceîtii d# tous les autres, aurait pu' '-profiter de'cêr moment d'hésitatiôri pou* mettre en h la guerre £t dtfnnerta victoire à l'empereur ) «nais il était occupé dartres mm et H deuw\m dans urië - iàco^rtHteirëibta
256 «ixièiii époque. 4530— 1648.
inaction. Après la bataille de Lutzen, il établit un tribunal de guerre pour juger son armée , afln d'écarter de lui la responsabililéde cette défaite ; puis comme il avait droit de vie et de mort, il fit décapiter publiquement, à Prague, plusieurs généraux et officiers supérieurs et pendre un certain nombre desimpies soldats ; enfin il fit attacher à la potence les noms de plus de cinquante officiers absents comme ceux d'autant de traîtres. Ensuite il fit de nouveaux enrôlements, remplaça son artillerie avec des cloches qu'il fit fondre et bientôt il se trouva aussi redoutable qu'auparavant. Mais au lieu de s'avancer dans l'empire attaqueras Suédois conduits par Gustave Horn et le duc Bernard de Weimar, qui étaient maîtres des frontières de l'Allemagne, il marcha sur la Silésie, où il n'y avait pas besoin d'une si grande armée, et négocia longtemps avec les Saxons pour l'évacuation du pays. En même temps, telles furent du moins les accusations postérieures portées contré lui, il cherchait à sonder quels dédommagements lui donneraient les ennemis s'il passait de leur côté; car il croyait depuis longtemps avoir lu dans les astres, qu'un royaume lui était préparé. Pendant Ce temps-là, de peur qu'une trop grande oisiveté ne donnât des soupçons à l'empereur, il chassa de la Silésie tous les Saxons et les Suédois qui s'y trouvaient, et fit prisonnier le comte de Thurn , le premier auteur de la guerre. Déjà Vienne était dans l'attente de voir traîner par set rues cet homme odieux le plus coupable des révoltés, quand Wallenstein lui rendit la liberté. Et
GTTERBI m TKEHTI à*S. 487
il répondit aux reproches que lui fit faire l'empereur: «Que pou vais-je faire d'un pareil fou ? Je souhaiterais que les Suédois n'eussent pas de meilleurs généraux que lui. Thurn,àlatéte des troupes suédoises, rendra plus de services à l'empereur que dans sa prison*»
Mort de Wallenstein, 25 février 1634. — Cependant la Bavière était vivement pressée par Horn et Bernard de Weimar; et, sur les instantes prières de rélecteur, l'empereur avait déjà plusieurs fois demandé à son général qu'il se hâtât d'aller au secours de ce pays. Wallenstein traîna en longueur; puis enfin il se mit en route sans se presser, à travers la Bohême, arriva dans le haut Palatinat et rentra aussitôt en Bohême où il prit ses quartiers d'hiver. Il défendit à ses généraux qui commanmandaient des corps particuliers, sous les peines les plus sévères, d'obéir aux ordres de l'empereur; et quand ce prince fit entrer d'Italie en Allemagne une armée espagnole qui ne devait pas être sous son commandement, et fit détacher un corps de l'armée qu'il commandait pour le réunir aux Espagnols, Wallenstein se plaignit tout haut de la violation du traité qu'ils avaient fait ensemble.
Gomme il était accablé par les maladies et telle* ment tourmenté par la goutte que ses pieds étaient ouverts et qu'on était obligé de couper des morceaux de chair vive, il prit la résolution de dépo* ser le commandement; mais il voulait se mettre en position d'exiger l'accomplissement des promesses qu'on lui avait faites. U s'efforça donc de s'attacher
«S six:h*% ÉnMpnr. 4620^4648.
eauroro plus étroîtemerit le&gèâérauic de sôii armée* et les réunit «n grand oombrfc dans ce hut k Pilsén, «r eamoieneeuraii de Ipitafe 16ôi. Q notait pas difficile à lui de les gagner •; car ils o'avaienl d espoir qu'«& sa parole et m recommandation pour recevoir les indeauniték qui leur étaient dues; dautaM plus qu'ils avaient enrôlé leurs régiments à leurs propres frai», et la plupart y avaient même engage tout leur avoir* Si Wallenstein avait une disgtâce, ils étaient eux-mêmes en danger de perdre leurs droite» E» conséquence quarante officiels supérieurs ayant, à leur tête le feld-mare'chal Ilio et leeomte de Terfcka rse rassemblerait daaauh dîner, aiwjud Jûeme Walkns* teiu ne pat alisier à eaUfife de sa oialadie , et rengagé* rent easemble par serment à la vie à là mort de rester fidèlement attaches au duc «tant qu'il resterait tuaervice de l'empereur, ou tant que celui-ci lui demanderait de ses services pour la guerre ; » ensuite ils forcèrent Wallenstein de leur promettre » de rester encore quelque temps avec eux et de ne pas sedémettre de son commandement àleur insu et sans leur consentement. » Le feld-ru*echal Piccolomiai qui plus tard trahit Wallenstein; signa cet écrit avec lai autres/
•< Les crineqiis de Wallenstein profitèrent de cette circonstance, d'ailleurs fort grave , pour le rendre suspecta l'empereur, et parvinrent enfin à décider œ prince à dépouiller son général du commande* coent en chef, pour le donner à Gallas. II est inconteatabis <|u?il y^vatt à la cour de 1 empereur un mr\i
i&HwM espagnol monté eoiilre lut, Mt le ém é*
Ba?i*re qui m- cessait de *ë plaindre de Walieti* tem *e joignit à lui, JU principal inetrumeot d# <Hri oa&a&s ocrâtes était le «jouimandôot iLalk* C*w*ta; xwarqyis la (irana.
C^iotiiga^sccmtreWnlkiuteiii furent c<md ut to* #vec ton* de setret, qu'il n'en fut iwtruk qui fpandlesgoa&^xGa^ etÀldwnge»*
paWièr««t \w ordre du jour par lequel ite difen* 4*ient, a** mb» de l'empereur > à tous le* générant 4e l'armée, d'obâr dâbrniaig aux ordres de Wai*. lenstain > Ub et Terzka ( Ferdinand aWt signé l'acte 4e déposition de Walleoafcetny le 24 janvier, et il «e*ti&ua decoirespondre-av^clui^ïieore Tmgt}^^ ,apr&)<> Ceiuï*ci fit aussitôt a(Ed*er à Piiaen , foi f*. .wtevla d^larationsoknaelle, signée par hii-wénfe ^t 29 généraux ou colonels , que la uéoaion du 42 jimîvkr a?<w*it riend'i^fitiie de la part des offieiere pour l'empereur «t la religion. En même temp^ il fit partir, le 21 et K22 février, deux officiera d'prdonh «anp£ yers Feidinand pour lui déclarer de sa part, «pi'il /** d&àstait 4$ son commandement et qull #»rt prêt à se justifier devant tel tribunal qu'il -'plairait à lWpweur4elui$3rfgn«r* Mais ces officiers furent .arrêtée, çn mte par Pioeolomtni: et leur ménage ©'arriva à l'^perèqr qu'après la mort de WfcW Jenstei^
Picc^lottiirH nœrehaM-mâme sur Pifeen arec ses lippes 9 et WaUensWin fut oblige . pour sa propre sfe#4 dfc #e «N&w yt*e la tiladdi* d'jEg**, dont lé
940 sultan évoque. 4699—4648.
commandant Gordon lui était attache par des motifs particuliers de reconnaissance. Cependant il est historiquement prouvé que le beau-frère de Wàllenstein , le comte Kinsky, chassé de la Bohême à cause de sa religion , traita avec l'envoyé de France , Feuqnières, des moyens de faire entrer Wallenâtein dans le parti ennemi de l'empereur , et que le cardinal de Richelieu fit voir à ce général la couronne de Bohême comme sa récompense ; il eut encore de pareilles négociations avec les Suédois , si Ton en croit quelques-uns de leurs écrivains. Mais aucun écrit , aucune action de Wallenstein ne prouve qu'il eût chargé le comte Kinski d'une semblable négociation ; et les Français et les Suédois restèrent jusqu'au dernier moment dans le doute, si Wallenstein n'avait point Voulu les jouer pour leur donner plus de confiance. Il est aussi à remarquer que cet homme incompréhensible et extraordinaire , songeant à la perte possible de la faveur de l'empereur , ne voulut peut-^tre pas repousser trop loin les propositions de l'ennemi j mais se ménager une ressource pour les cas où ses ennemis réussiraient à le renverser, comme ils avaient déjà fait à la diète de Ratisbonne.
Wallenstein quitta Pilsen le 22 février au matin, porté sur une litière à cause de sa goutte , accompagné seulement de dix compagnies, et au bout de deux jours il arriva à Eger. U avait avec lui le colonel Buttler qui fut un des meurtriers. Il entra dans Eger, le 24, à quatre heures du soir, et descendit dans la maison du bourgmestre Pechhelbel ,
sur la place du marché. Le lendemain , mardi gras , Terzka, IUo et Kinsky allèrent dîner à la citadelle avec Gordon. Tandis qu'ils étaient à table, tout-àcoup trente dragons, commandés par les capitaines Deveroux: et Geraldin, sortirent d'une chambre voisine et se précipitèrent sur leurs victimes qu'ils massacrèrent. Terzka ne périt qu'après une vigoureuse défense dans laquelle il tua deux dragons. Aussitôt après cette exécution le capitaine Deveroux se chargea d'aller tuer Wallenstein. Il était minuit et déjà le duc était couché. Mais ayant entendu dans le derrière de la maison les cris des comtesses Terzka et Kinsky, qui venaient d'apprendre la mort de leurs maris, il se leva et ouvrit la croisée pour demander à la sentinelle ce qu'il y avait. Au même moment Deveroux enfonça sa porte , et se jeta sur lui en criant : Mort à Wallenstein ! — Celui-ci se découvrit aussitôt la poitrine sans dire, un seul mot et reçut le coup mortel.
Gomme il quitta le monde sans rien découvrir et que pendant sa vie les pensées de son âme étaient profondément cachées au fond de son cœur, dans le plus grand secret, un voile obscur se trouve jeté sur sa vie et ses grands projets* C'était un de ces hommes qu'on ne peut approfondir, sur lesquels on ne peut rien dire ; parce qu'ils n'ont ouvert leur cœur à personne et que ce n'est que secrètement, au fond de leur âme, qu'ils ont pesé le sort de milliers d'individus. Dans ces hommes qui sentent qu'ils ont en eux-mêmes une force à laquelle on ne peut ré-
942 sixibhe époque. 4630—4648.
sktéer, les arrêts de ieufr volonté semblables a ceux <la sort ne suivent aucune règle qu'on puisse pré-* voir et partent de profondeurs impénétrables
Après sa mort, ses biens furent confisques et servirent à récompenser ses ennemis et ses assassins mêmes. Gallas eut le duché dèFriedland, Piccolomini la principauté de Nachod, et Buttler après lui; cependant la plus grande partie resta à l'empereur. Il y avait d'immenses valeurs en argenterie et objets précieux, efl chevaux et toitures, etc. On estime que les biens de Wallenstein montaient à une valeur de cinquante millions. Sa veuve reçut comme douaire la principauté de Neuschloss j Marie-Elisa^ betb, sa fille unique, fut mariée plus tard à un comte de Caunitz. L'empereur, pour justifier cette exécution , fit rédiger un écrit fort long qui contenait toutes les accusations portées contre Wallenstein et qui pendant long-temps donna de fausses idées sur l'histoire de ce grand général, par se» suppositions et ses faussetés.
Bataille de Nordlingue et paix de Prague. 1654— 1C35.
Après la mort de Wallenstein i ce fut le roi de Home, Ferdinand, fils de l'empereur 1 qui obtint le commandement en chef; et la fortune lui ouvrit la carrière par un brillant succès. Après avoir poussé les Suédois hors de la Bavière, il les atteignit à
Nordlingue en Franconie. Son armée était composée de troupes d'élite et augmentée de quinze mille Espagnols; dans l'armée suédoise et allemande, au contraire , il n'y avait point unité pour le commandement. Leprudentfeld-maréchal Gustave Horns'opposait à la bataille , prévoyant sa déplorable issue. Bernard de Weimar, jeune et fougueux, la demandait : elle fut livrée le 7 septembre 1634; mais le petit nombre , la mauvaise position , les fautes des généraux, le peu d'accord entre eux , tout concourait contre les Suédois qui furent en effet complètement taillés en pièces , malgré leur courage, après huit heures de combat. Vingt mille environ furent tués bu faits prisonniers , et parmi ces derniers le feld-maréchal Horn ; le duc Bernard se retira sur le Rhin avec le reste de l'armée.
Cette bataille pouvait devenir aussi décisive en faveur des Catholiques que l'avait* été celle de Leipzig en faveur des protestants. La puissance suédoise parut anéantie en Allemagne, et un résultat ' important fut la défection dé la Saxe. L'électeur Jean- George voyait déjà depuis long- temps avec douleur la Lusace entre les mains des impériaux ; il craignait de ne la "recouvrer jamais j et peut-être même de perdre plus encore ; c'est pourquoi il conclut, au commencement du printemps, 1635, la paix de Prague avec l'empereur. 11 reprit la Lusace, reçut même une partie delà province de Magdebourg et une liberté de religion entière pour quarante ans. L'Allemagne évangéliste s'emporta beaucoup contre
244 sixième éi»oqtte. 4520—4648.
Félecteur, mais bientôt plusieurs autres étatssui virent son exemple et s'accommodèrent avec l'empereur: le Brandebourg, le Mecklembourg, leduchédeWeimar, a principauté de Lunebourg et autres ; de sorte qu'il semblait que cette sanglante guerre allait ainsi se terminer par le découragement des partis. En effet, les malheureux pays de l'Allemagne , sur lesquels s'étaient précipités les guerriers de presque toutes les parties d'Europe étaient effroyablement dévastés; il n'y avait presque plus d'hommes, les terres cultivées avaient été foulées aux pieds , une grande partie était restée sans labour; les villes désertes, des ruines et des décombres en mille endroits où auparavant étaient des lieux florissants ; partout incertitude de vivre et de jouir de son travail, de sorte que le désespoir donnait aux mœurs de l'époque un caractère de barbarie. Ce qui n'avait pas été emporté par le glaive, avait été détruit par la famine, la misère , et la maladie , et le principe de vie était tué dans le sein qui le nourrisait; telle était même la fureur impitoyable de cette guerre, que là où une langue de terre avait été pendant quelque temps épargnée, l'œil avide de la nécessité et de la rapine l'avait bientôt découverte et venait y porter le ravage. Car nombre de provinces étaient déjà si dévastées qu'une armée n'osait plus la traverser, comme le raconte lui-même le général Bannier des provinces situées entre FOder et l'Elbe.
Dans cette détresse générale, avec les inclinations des étals allemands à la paix, avec, la disposition de
l'empereur de révoquer au moi os en partie redit de restitution, comme il l'avait montré par son traité de paix avec la Saxe, lorsque l'armée suédoise était presque anéantie , la patrie opprimée pouvait espérer qu'elle touchait au terme de ses souffrances.
Influence de la France. Mort de Ferdiuand II. 15 février 1657.
Alors s'appesantit sur nous cette main fatale qui déjà antérieurement nous avait été si funeste , et qui plus tard surtout accumula sur nos têtes tant et de si noirs orages. Le ministre de France, Richelieu , contemplait avec une grande satisfaction depuis longtemps les malheurs de la maison d'Autriche et de toute l'Allemagne. Le gouvernement français regardait comme une pensée de la plus haute et de la plus adroite politique de faire tourmenter les protestants en France et conduire au supplice; mais de les protéger en Allemagne et de se servir ainsi de la foi pour cacher sa supercherie et son avidité. Le moment était venu ou le cardinal crut pouvoir vendre bien cher les services de la France. Il les offrit au chancelier Oxenstiern, stipulant pour récompense l'occupation de la forteresse de Philipsbourg sur le Rhin, et laissant aussi apercevoir des desseins plus sérieux encore sur l'Alsace. C'était la première fois que les étrangers marchandaient les 'frontières de notre patrie. A ce traité entre Richelieu et Oxensticrn
246 smfeMfe tvoqm. 4820—1648.
la guerre prend un caractère ignoble; car depuis lors le ministre suédois ne combattait plus que pour apporter à son peuple un portion de l'Allemagne. Ils trouvèrent dans le duc Bernard de Weimar , prince du reste plein devaleur et de noblesse, le bras qu'ils pouvaient désirer: celui-ci d'ailleurs voulait conquérir pour lui-même une province sur le Rhin. Bientôt jpne magnifique armée enrôlée avec l'argent français fut sous ses ordres 1 et ce fut un redoutable ennemi pourles impériaux et les Bavarois 3 mais depuis ce moment les provinces rhénanes en devenantle théâtre de la guerre furent.fôulées, pressurées , comme l'avaient été auparavant celles del'Oder , de l'Elbe et duWéser. Les Suédois avaient encore daps le feld-maréchaï Uannier un vaillant et actif général. Renforcé de nouveaux bataillons arrivés de Suède, il partit en diligence de la Poméranie y où s'étaient enfuis les restes de l'armée battue à Nordlingue, et s'avança contre les Saxons devenus les alliés de Penipereur, les mît en déroute et se répandit dans là Saxe.
Cependant cette guerre n'offre plus désormais qu'un tableau toujours plus triste , manquant d'un grand génie et d'un grand but pour le relever. Le héros dont l'élévation de son âme jetait un lustre brillant sur tout ce qui l'environnait, qui fut entraîné par enthousiasme pour la religion , pour la gloire et pour la grandeur de son peuple, a disparu ; l'impénétrable , le mystérieux ettout-puissant général qui seul pût oser marcher contre \e roi de Suède a été également arraché à ses projets ; et les hommes
qui paraissent maintenant à la tête des armées, quoique braves et non communs, ne sont cependant que des génies du deuxième rangy qui ne peuvent atteindre la hauteur des idées de leurs prédécesseurs. L'égoïsme pépètre dans cette guerre , et c'est lui seulement que servent toutes les forces qui agissent ; par conséquent quelque belles que soient les opérations , elles rentrent toujours dans le cercle des actions communes.
JL empereur Ferdinand II lui-même, que l'on pem mettre au rang des meilleurs esprits de l'époque 9 disparaît aussi de cette grande lutte sans en avoir vu la fin ; il mourut le lj5 février 1637 à l'âge de cinquante-neuf ans , après avoir eu la satisfaction de voir son fil$ Ferdinand unanimement reconnu à la diète de Ratisbonne.
Ferdinand III. 1637 — 1657.
Suite de la guerre. Bernard de Weimar, Bannier, Torstenson , Wrangel. — Dans les années 1637 et 1£38 , le due Bernard de Weimar poursuivit le cours de&ès v&ctauv&sflur le Rbin ; il surprit l'armée des ligués à Reinfeld, les battit et fit quatre généraux prisonniers, eijtrç autres le vaillant Jean de Werih $ Uhéafdd , Batela «t FrilxHU'g &e rendirent. Mais l'objet de ses efforts était l'importante place
248 5IMÈME ÉPOQUE. 4520—1648.
de Brissac , dont il voulait faire le point principal de sa domination sur le Rhin. Il l'assiégea, battit encore une fois l'armée catholique qui venait poui* prendre sa vengeance , et emporta la ville par la famine et la disette ; ensuite il se fit reconnaître solennellement par ses habitants. Mais tandis qu'il se préparait à de nouvelles expéditions, il tomba malade tout d'un coup et mourut, le 18 juillet 1639, dans la trente-sixième année de sa vie. Il crut lui-même qu'il avait été empoisonné , et son aumônier en exprima le soupçon dans son oraison funèbre (*). Mais si ce soupçon était fondé , il ne peut être attribué qu'à la France ; car aussitôt après la mort du duc, on vit dans Farinée des négociateurs français qui voulaient Tacheter à prix d'argent , elle et les places fortes qu'elle occupait. Il n'y eut que trois régiments suédois qui ne voulurent pas se vendre et qui partirent tambour battant ; ainsi Brissac fut conquis, pour les Français, par la valeur des Allemands.
Déjà, dans Tannée 1636, la voix de tant de malheureux qui soupiraient après la paix avait fait essayer quelques tentatives de réconciliation. Mais Richelieu, le ministre de France, ne voulait pas de paix , soit parce que la guerre le rendait nécessaire,
(*) L'historien allemand de la Guerre de trente ans, Schiller, détruit cette inculpation hostile, en prouvant que le prince n'a pas été empoisonné, et qu'il est mort d'une maladie contagieuse qui, en deux jours, avait enlevé quatre cents soldats. Son corps était couvert de taches livides et pestilentielles , de sorte que le chirurgien qui en fit l'ouverture, s'étant blessé avec son scalpel, mourut lui-même peu après. N. T.
GUFBRE DE TREWTE ANS. 240
soit parce qu'il entrait dans la politique hostile de la France de voir l'Allemagne déchirée par ses propres enfants et par les étrangers. Cependant on fit de nouvelles et sérieuses tentatives dans Tannée 16 M) , et les envoyés des différents partis se rassemblèrent à Munster et Osnabruck, en 1643. Mais ces négociations durèrent près de cinq ans , et pendant ce temps-là , la guerre sévissait avec toute sa cruauté.
Le redoutable Bannier était mort > dans Tannée 1641, à Halberstadt, après avoir dévasté la Bohême et plusieurs autres provinces. Il avait envoyé à Stockholm six cents drapeaux et étendards conquis dans toutes ses expéditions; mais s'il était habile, son cœur était impitoyable et les campagnes qu'il fit furent marquées de plus de cruautés que toutes les autres decette guerre. A son entrée en Bohême , plus de cent villages, bourgs et châteaux furent incendiés dans quelques nuits; et un de ses principaux officiera, Adam Pfhul, se vantait d'avoir lui seul mis le feu en plus de huit cents endroits de la Bohême. Le pays était tellement désert que ce même Pfuhl , dans son expédition à travers la Thuringe , sentant sa fin approcher et demandant les secours d'un prêtre , ne put en trouver un seul dans un rayon de plusieurs milles.
Après Bannier ce fut Léonard Torstenson qui eut le commandement en chef des Suédois. Ce général, quoique si faible de santé qu'il était obligé de se faire porter dans une litière, remporta néanmoins sur tous lès autres qui parurent dans cette guerre
250 sixième époque. 4520 — 1648.
par la rapidité de ses mouvements. Il commença par envahir la Silésie , en 1042, battit le duc François Albert de Saxe Lauenbourg (celui-là même qui était auprès de Gustave-Adolphe à Lutzen et était depuis passé au service de l'empereur) et conquit Schweidnitz. De là, il s'avança eii Moravie , prit Olmutz et fit trembler Vienne, lu capitale. Les maladies qui se mirent dans son armée le forcèrent à la retraite. Mais, dans l'automne de cette même année, le 2 novembre, il tailla en pièces , près de Leipzig, le général Piccolomini qui le poursuivait. Ce fut la plus grande bataille de cette dernière partie de la guerre; Piccolomini perdit vingt mille hommes , quarante-six canons, environ deux cents drapeaux, et ne put rassembler les fuyards qu'eu Bohême.
Dès le commencement de l'année suivante, Torstenson se remit en route pour là Moravie , s'avança de nouveau jusqu'à Olmutz et au-delà ; de sorte que ses troupes légères allaient escarmoucher jusque dans les environs de Vienne. Puis, quand on le croyait fort occupé dans les environs de la capitale , il parut tout d'un coup, comme par enchantement , à cent milles de là, sur les côtes de la mer Baltique, dans le pays du roi de Danemarck, le Holstein et le Schleswig. Ces pays qui avaient été long-temps à l'abri de la guerre offraient aux Suédois de riches quartiers d'hiver; et il était facile de trouver un prétexte de guerre avec le Danemarck dans la jalousie avec laquelle ce royauhie avait toujours regardé les victoires des Suédois. Dès le printemps suivant, 1544 , les
Suédois qui avaient reçu des renforts se mitent de nouveau. en marche pour l'Allemagne,, anéantirent l'armée impériale commandée par Gallas, et un an plus tard, 1645, Torstenson fit essuyer aux généraux impériaux Gqete et IJatzfeld une défaite complète il Jankau en Silésie ; leur armée fut détruite , Gotz iui* même fut tué,Jïalzfeld fut fait prisonnier et toutes les provisions de l'armée torchèrent «ntre les mains de Suédois. Ensuite l'expédition s'a vaoça encore une fois yers Vienne à travers la Moravie , et si la ville dp Brunn n'avait retardé le général suédois par une résistance héroïque , peut-être que la capitale serait ellemême tombée entre ses mains. Mais son armée se fondit tellement par les maladies devant Brunn qu'il fut obligé de faire retraite; et comme son corps était épuisé deJfeibfôsse# il4épos# le commandement en chef.
Gustave Wnuigel le remplaça et Gputiwa la guerre avec succès. Les angéee françaises cousuqaji" dées par les célèbres généraux Tureane etr£on$6 combattaient contre les Impériaux et les Bavarojw dans les provinces rhénanes , et Wrangël uni avec (eux soumit toute la Bavière dam les dernières années d« la guerre. Ainsi l'électeur se vit obligé de renoncer à continuer la guerre et de signer une suspension d armes, JiC )&a»debourgeu avait fait autant, déjà depuis piusieuj£3#péesf M te tfenemarcket la Saxe, ayaient suivi son exemple; de sorte qu'il ne restait plusxjue l'empereur seul pow lutter contre la ho&W &rtuue -4p && emuwik* le #œihe**r de
252 sixième époque. 1530—1648.
ses armes dans ces derniers temps venait surtout du défaut de généraux capables. Les meilleurs , Jean de Wcrtli et Merci, avaient succombé, et l'empereur se vit forcé de confier sa dernière armée à un protestant qui avait quitté le parti de la Hesse, au général Mélander de Holzapfel.
Les ennemis attaquèrent de nouveau les états héréditaires de l'empire ; le général suédois Kœnigsmark assiégea Prague. Déjà il s'était emparé de ce qu'on appelait le petit côté, et Wrangel se disposait à venir le renforcer de toute son armée , quand retentit dans la Westphalie le mot de paix.
Mi de Westphalie. 24 octobre 1648. *
Les conférences de paix devaient s'ouvrir au milieu de Tété 1643 ,à Osnabruck avec les Suédois et à Munsler avec les Français. Les envoyés impériaux s'y trouvèrent même avant le temps fixé , mais ceux de la Suède n'arrivèrent qu'à la fin de J'automne et ceux delà France seulement au mois d'avril de Tannée suivante, 164&; mauvais présage pour le progrès de cette pacification sur laquelle les peuples opprimés tenaient les yeux fixés avec inquiétude. Et en effet, ces conférences commencèrent par un si grand nombre de minuties, qu'il n'y avait pas à compter sur une prompte décision. Plusieurs mois s'écoulèrent en de misérables disputes de préséance,
PAIX DE W£STPHÀUE..a 253
parce que les envoyés français prétendaient avec un orgueil insoutenable avoir le premier rang, et affectaient de paraître avec un luxe de cour. Plus tard , on perdit encore beaucoup de temps pour décider si Von convoquerait les députés de tous les petits états de l'Allemagne; car les Français le demandaient afin de trouver plus facilement l'occasion de jeter la division entre nous. Anciennement l'empereur faisait la paix par lui-même au nom de l'empire. Le sujet principal des négociations aurait du être de rétablir solidement Tordre dans l'intérieur des provinces d'Allemagne et surtout parmi les différents partis de religion , car c'était par là qu'avait commencé ,1a guerre ; mais les deux puissances étrangères voulaient ayant tout être indemnisées des frais de la guerre et de leurs pertes ; et dans la honteuse nécessité ou Ton était réduit, on les leur accorda d'après Fa vis et l'intervention du duc de Bavière.
L? France, qui avait si peu fait avec ses propres * forces , qui ne s'était mêlée dans la guerre que pour son propre avantage et lé plaisir de faire du mal , un pays catholique qui s'intéressait pour les protestants , la France exigeait d'énormes sacrifices , et ses envoyés d'Avaux et Servien, deux hommes également exercés dans Fart de manier la parole , la ruse et même la perfidie, s'avançant avec des airs de maîtres qui ordonnent, présentèrent leurs prétentions. Les Suédois, un peu plus modestes, arrachèrent cependant aussi eux un morceau de l'empire;
264 sixiàttfe é*0QtfÉ. i 820— i 648.
et lés amis dé la patrie étirent lé cô&uf déchiré en voyant les honteux traitements qu*on lui faisait éprouver* « Dans Ces mêmes contrées où nos ^ïeux défirent lln^olënt Varus , dit tin écrirôin contemporain, dés étrangers sans armes osent insultera tûdte la nation et triomphent deÊ Germains. Ils ôppelent, nous accourons} ils parlent, nous.obéis*sons comme 6 un oracle j ils promettent , et nous broyons en eut comme eo Dieu j ili menacent, et nous tremblons comme des ésclatés. Une feruiïlé de papier que remplit une femme, soit â Paris, soit à Stockholm (*) fait tressaillir ou trembler l'Allemagne. C'est au sein de l'Allemagne que fan délibère sur l'Allemagne, pour satfoir quelle plume arracher à l'aigle romain qui puisse parer le coq gaulois. Et nous* toujours en dissensions jusqu'au dernier soupirf nous abandonnons, notre divinité tutélaire pour les idoles des peuples étrangers auxqueb nous sacrifions nôtre vie , nptre liberté et notre honneur. » '
Les envoyés de Pempirê se conduisirent avec dignité} le comte de Trautmansdorf et le docteur Vplmar cherchèrent à combattre par toute la force de la raison les, prétentions des étrangers, et par ïa douceur et la patience, la mésintelligence des peuples allemands. Mais ils ne trouvèrent pas une assistance suffisante dans les autres membres de l'empire, sur-
<!»!»■ i ■' " '■"" i li i ■ ni i i i i i i
(*) C'était la ffife dé Gustave-Adolphe qui régnait à Stockholm ; (addis qu'oo France la reipe àm» avait te totaUade m fib Loubxiv.
t»*i* 0» vftvrmàLtïr* SAS
Wfttt «tons k& dernières années que la Bavière était chancelante ; et plus tard t chaque message qui vendit aftnoneer les succès do l'ennemi, renversait lcfe avantages qu'ils avaient pu conquérir dans les conférences* Ainsij ils furent donc obligés d'accorder les conditions suivantes.
1 ) La France reçut pour la paix, les éréchés de Metz, Toul" et Verdun f toute l'Alsace telle qu'elle avait appartenu à la maison d'Autriche, le Sûûdgau , et les importantes places de Brissac et de Philipsbourg; et en outre l'Allemagne fat forcée de détruire un grand nombre de forteresses dans le haut Rhin* afin que les année* française» trouvassent un passage libre pour une invasion. Ainsi* dans le and de l'Allemagne* toutes les places qui lui servaient de boulevard, tombèrent par cette paix entre les mains de son ennemi né. Les envoyés français, dans l'excès de la joif, disaient tout haut que janïali la France n'avait fait une paix aussi avantageuse.
2) La Suède/ qui avait eu aussi de grandes prétentions * n'ayant pas rencontré de bons représentants dans l'orgueilleux, mais peu expérimenté Jean Oxenstiern, fils du grand chancelier T et dans le conseiller Adler Salvius, qui fut trop facile à corrompre, se contenta de la Poméranie occidentale avec Steliitt, l'île de Rugen, la ville de Wismaren Mccklenbo»rg) et les évéchés de Brème et de Verden sur le Wéser, pays en grande partie pauvres et ravagés. D'un autre côté, la Suède n'a jamais abusé de ses possessions dans notre pays, Elle reçut pour indem-
256 sixième époque. 4520—4648.
nilé des frais delà guerre, 5,000,000 d'écus, que fut
obligé de payer l'empire épuise.
3) L'électeur de Brandebourg, qui avait des droits réels sur toute la Poméranie, n'obtint que la Poméranie orientale; et comme dédommagement pour l'occidentale, il reçut l'archevêché de Magdebourg, les évéchés de Halberstadt , Minden et Kamin, à titre de principautés laïques.
û)Le Mecklenbourg reçut, au lieu de Wismar, les évéchés de Schwérin et de Ratzebourg.
5) La Hesse-Cassel, qui depuis le commencement de la guerre avait constamment été entre les mains des Suédois, mais dont l'adroite et belle landgravesse Amélie avait su gagner tous les cœurs, obtint, par l'entremise de la Suède et de la France, quoiqu'elle n'eût rien perdu, l'abbaye de Hersfeld, le comté de Schaumbourg et 600,000 risdals (rheichsthaler).
6) LeBrunswick-Lunebourg qui élef^it des prétentions sur Magdebourg et Minden , et plus tard sur l'évéché d'Osnabruck, reçut le droit , sur ce dernier pays, de le faire occuper alternativement par un de ses fila et un évéque catholique.
7) Le fils aîné du malheureux Frédéric V palatin, reprit ses pays héréditaires , excepté le haut Palatinat que l'électeur de Bavière conserva; et cotffcne il ne voulait pas non plus se dessaisir de la dignité électoral qui appartenait à la maison palatine, on fut obligé d'en créer une huitième pour elle.
8) Les négociations pour les affaires de religion, en Allemagne, furent très longues et très difficiles.
Les protestants demandaient la liberté de religion non seulement pour eux, mais aussi pour les sujets protestants de l'empereur, et de ce côté ce prince était inflexible. On fut donc obligé de se restreindre à ceux de l'empire, qui enfin, après une lutte d'un demi-siècle, put jouir de la paix de religion de Passau; elle fut de nouveau admise comme l>ase fondamentale, et il fut réglé que les protestants conserveraient tous les biens et toutes les églises qu'ils possédaient en 1624. On appelle cette année, l'année normale; et désormais il ne fut plus question de Védit de restitution. 11 fut en outre réglé et approuvé qu'aucun souverain appartenant à une autre église que ses sujets nepourrait les opprimer pour leur religion ; et il fut arrêté que la chambre impériale, conformément à son but, serait composée d'un nombre ^al de conseillers et d'assistants des deux partis religieux.
. Ces règlements firent que la paix de Westphalie fut reconnue conmte une loi fondamentale dans l'empire; et bien que toutes les contestations et les agitations n'aient pas entièrement disparu après elle, cependant les esprits furent plus tranquilles. Les sentiments haineux ne se firent plus sentir , la tolérance s'insinua de plus en plus dans les cœurs. Par sa douce influence, on s'accoutuma peu à peu à ne plus voir dans l'homme d'une autre croyance, quVn Allemand , un frère et même un chrétien.
La différence de religion ne fut plus entre Allemands un mur de séparation insurmontable ; et sous ce rapport la paix de Westphalie, en posant des t. n. 17
^&ft, sixième époque. 1520—1648.
lf>i$ 6xe3 pour les affaires intérieures de l'Église ,
mériterait les plus grands éloges.
9) Sur les droits seigneuriaux des princes et les* rapports, des états de l'empire avec l'empereur, la pa& de Westphalie eut des arrêts qui durent avec le temps relâcher encore les liens déjà affaiblis qui laissaient V empire en un seul corps. Ce n'est pas qu antérieurement il n'y eut de nombreux défauts dans la constitution de l'empire ; le désordre, l'abus de 1$ puissance en face de la loi , un siècle, entier soumis à la Ipi du plus fort, le témoignent assez haut. Car il faut avouer que l'absence de lois fortes et écrites semble avoir dû être, une cause majeure de ces dé^ qçrdres; aussi depuis la proclamation de la bulle 4'or > s'est-on efforcé de plus en plus de donner à l'Allemagne uije forme de constitution plus déterminée ; et de là les lois impériales. Mais aussi il y q^ait daua ces premiers temps un lieu qui mieux que 1% parole écrite pouvait rallier au milieu du désordre:, c'étaient les anciennes moeurs allemandes, la fidélité, l'antipathie contre les étrangers, une vénération sainte pour la majesté, impériale , vénération appyyée sur la croyance que la dignité de l'empereur, venait dç Pieu comme un bienfait céleste, qui imposait aux esprits. C'est ce que les princes eux-mêmes expriment dans plusieurs pièces authentiques. Plus, tard ce fut le système féodal , sorti de la condition esr sentielle du peuple et appuyé sur les anciennes moeurs et les anciens usages , qui dans les grandes occasions, servit; de lien pour retenir toutes les parties de l'em-
^GUERRE DE TRKUTB k$S. Vie
pire. Quand dans les temps anciens* le prince, les grands et le peuple se rassemblaient \ quand postérieurement du moins l'empereur se rendait à la diète avec les princes de l'empire, alors il pourvoyait aux J>esoins du moment par de promptes décisions, par $es paroles , ses regards vivifiants.,; et quand il s9 était élevé des différends, sa présence quotidienne, l'at^ tentiou qu'il prêtait de ses jeux et de $e^ oreilles, la confiance qu'il établissait entre les particuliers et lui, le mettaient à même de réconcilier les esprits. En même temps cette vue, celte proximité de la dignité impériale , le respect que les gens sensés lui témoignaient, si propre à conserver ce sentiment dans tous les coeurs , faisaient que l'empire, quoique divisé en plusieurs portions, ne formait qu'un seul tout par son empereur. Il le représentait et en soutenait l'honneur par la considération dont il jouissait lui-même dans toute la chrétienté.
Mais delà depuis long-temps les princes n'assistaient que bien rarement eux-mêmes' aux assemblées; ils se contentaient d'envoyer des représentants à la diète ou seulement leur avis par écrit, lies négociations traînaient en longueur souvent &ur des minuties; il fallait des nécessités pour arracher des décisions énergiques. Les particuliers marchaient chacun de leur côté. Cependant, cet état n avait été approuvé par aucune loi de l'empire j mais à la paix de Wcsfcphalie, l'indépendance des princes fut établie par une loi ; ils reçurent la pleine autorité sur leur pays et le droit de faire la p^x ou la guerre, ou même de
260 six Ame époque 1520—4648.
faire des alliances entre eux et à l'étranger, poorvu toutefois que l'empire n'eût rien à en souffrir. Or, quel faible obstacle que ce mot! Car désormais qu'un membre de l'empire , ayant fait alliance avec un étranger, devienne ennemi de l'empereur, aussitôt il prétexte que c'est pour le bien de l'empire, pour soutenir son droit et la liberté allemande. Et afin qu'un tel prétexte pût être à chaque occasion mis en avant avec quelque apparence de droit , les étrangers s'établirent eux - mêmes pour les tuteurs de l'empire ; la Ffrance et la Suède se portèrent pour garants de la constitution allemande et de tout ce qui avait été arrêté pour la paix à Munster et à Osnabruck.
Du reste , on établit alors bien positivement pour les villes impériales, dont les droits n'avaient pointété bien arrêtés jusqu'à présent, qu'ellesr^uraient voix décisive dans les diètes; et désormais il y eut trois collèges ayec chacun un nombre de voix égal^ celui des électeurs, celui des princes et celui des villes.
10) L'astuce de la France, par un article, de la paix de Westphalie , sépara la confédération suisse de l'empire^et la reconnut pour un état indépendant. A la vérité depuis long-temps elle ne rendait aucun hommage à l'empire; mais la séparation n'avait point encore été sanctionnée par une loi, et par conséquent le retour était plus facile pour le cas où se réveillerait, parmi ces fédérés, le sentiment qui les appelle naturellement à faire partiel de notre alliance.
GUERRE DE TRENTE ANS* 26 i
11) £n même temps que l'empire perdait au sud un des plus sûrs boulevards de sa frontière, la perte des Pays-Bas lui enlevait aussi celui du nordouest; car l'Espagne était obligée de reconnaître à celte paix leur indépendance, et l'empire de les délier de leurs obligations. Ils appartenaient originairement à la même race que nous, et depuis Charles V ils faisaient partie de notre confédération; de plus ils étaient maîtres de l'embouchure du fleuve de la patrie (le Rhin). Ainsi l'Allemagne se trouvait ouverte à ses ennemis au nord par les Pays- Bas et au sud par la Suisse.
Encore ne fut-ce qu'après bien des soins et de grands efforts que l'on put arriver à la parfaite exécution de cette malheureuse œuvre de pacification, et il fallut de nouveaux sacrifices. Les Français ne voulaient pas se rçtirer des places qu'ils avaient conquises, jusqu'à l'accomplissement de la plus petite condition ; et les Suédois restèrent encore deux ans en Allemagne, distribués dans sept cercles de l'empire, jusqu'à ce qu'ils aient reçu pour les frais de la guerre cinq millions d'écus, qui furent à grande peine tirés de notre pays déjà si misérable. On a calculé que, pendant ces deux années, l'entretien des soldats étrangers coûtait à l'empire cent soixante-dix mille écus par jour. Six ans après la paix, quelques régiments suédois levèrent encore des contributions dans l'évêchéde Munster; et le duc Charles de Lorraine , que les Français avaient chassé de son pays, continua encore long-temps
262 sixième époque. -1520—1648*
d'occuper plusieurs places fortes allemandes sur te Rhin.
Cette grande et pe'nible lutte ne pouvait se terminer que par de lentes convulsions.
Depuis la paix de Westpfcalie jusqu'à 1858.
Bans la première portion de ce laps de temps, de 1648 à 1*740, l'art d'écr Ire l'histoire est fort peu avancé en Allemagne ; ce sont simplement des compilations d'actes publics qui sont entassés d'une manière effrayante} ou la vie de l'empereur dont on a cherché à enfler la gloire le plus haut possible. Mai Une faut point y chercher des idées critiques, ni le travail d'un homme qn. a considéré les faits d'un point élevé. Du moins, en France, il est facile de remarquer, dans les nombreux Mémoires des temps de Louis XIV, l'art qu s'attache à suivre les tissus de la politique et à dévoiler le fond de la pensée des individus.
Comme recueils qui s'occupent des affaires publiques et politiques ê nous avons :