‹ Histoire d'Allemagne depuis les temps les plus reculés jusqu'à l ..., Volume 2Chapitre 3 sur 59 · ÉLECTION DE CHARLES V · texte numérisé non relu

ÉLECTION DE CHARLES V

À Test, les Turcs menaçaient; la Hongrie, affaiblie par une mauvaise administration aussi bien que par la mollesse et le luxe du peuple , ne pouvait plus servir de boulevard contre eux, et par conséquent l'empereur avait encore à se porter le protecteur de l'Europe de ce côté. Deux grandes guerres s'étaient élevées dans le sein de l'Allemagne. Leduc Ulric de Wurtemberg ayant une injure à venger, était tombé tout d'un coup, dansl'hiverdel519,surla ville libre de Reutlingen , Favait emportée de vive force et se Tétait appropriée; et comme il ne fit aucune attention aux avertissements de la ligue de Souabe que l'empereur avait chargée de conserver la tranquillité intérieure, celle-ci lui ayantfait la guerre l'avait chassé de son duché. — Dans la Basse-Saxe, il s'était élevé une guerre encore plus sanglante. Deux gentilshommes, seigneurs de Saldern , mais vassaux de l'évéque de Hildesheim, lui avaient déclaré la guerre; ils étaient soutenus par les ducs de Wolfenbutten et de Kalemberg ; tandis que , de son côté , l'évéque trouvait un appui dans le duc de Lunebourg et les comtes de Lippe, de Hoya et de Diephollz. Le 28 janvier 1519, les deux partis en étaient venus à une bataille dans les plaines de Soltau, dans le Lunebourg; l'armée de l'évéque avait remporté la victoire ; un grand nombre des adversaires étaient prisonniers, et û,000 étaient restés sur le champ de bataille. — De pareils exemples étaient dangereux. La landefriede (paix du pays) avait à la vérité mis finaux brigandages des simples chevaliers ; mais si l'on voulait que les princes ne prissent

pas leur place et qu'ils ne continuassent pas la guerre, afin d'agrandir leursdomaines, bien qu'enréar lité il n'y eût pas encore d'exemple d'un prince entièrement ruiné par une guerre particulière, il fallait un empereur puissant qui pût soutenir l'autorité des lois*

Maximilien avait dans le cours de son règne gagné plusieurs voix à son petit-fils, Charles, déjà roi d'Espagne; mais beaucoup de princes pensaient qu'il fallait y réfléchir mûrement avant de donner la puissance impériale à un souverain qui régnerait sur la moitié de l'Europe; car Charles, comme héritier des maisons d'Espagne et d'Autriche , possédait , outre l'Espagne et le royaume de Naples et de Sicile, les belles provinces autrichiennes, et tout l'héritage de Bourgogne dans les Pays-Bas. Si à une pareille grandeur on ajoutait encore l'éclat de l'ancienne couronne impériale , il était à craindre, ainsi le pensaient-ils, que sa maison ne devînt trop puissante et ne conçût l'orgueilleuse pensée d'en imposer à la liberté des princes allemands et de rendre l'empire héréditaire et indépendant en Allemagne.

D'un autre côté, il avait pour compétiteur à la couronne impériale le roi de France, François Ier. Le pape favorisait son élection, du moins il en prit l'apparence ; d'ailleurs le jeune roi s'était fait une? grande réputation par sa première expédition chevaleresque en Italie , et son peuple élevait son mérite jusqu'aux nues. Les envoyés français remirent aux princes électeurs, assemblés à Francfort, un écrit panégyrique de leur maître, dans lequel, à propos du grand

ÉLfcCTIOff DE CHARLES V. T

danger qui menaçait de la part des Turcs , on concluait ainsi : « Celui-là, en effet, serait bien fou qui* datis un temps où l'orage menace d'éclater, balaie cerait encore à confier au plus habile le gouvernail du vaisseau. »

Mais, hialgré l'assurance de ces discours, les princes sentirent le danger de nommer un roi de France empereur d'Allemagne; et après avoir offert kt couronna à l'électeur de Saxe, Frédéric-le-Sage, qui la refusa i mu par les plus généreux sentiments, parce que sa maison n'avait pas assez de puissance peur opposer une digue aux difficultés du tempe, efi recfrmhanda le jeune roi d Espagne; alotsles électeurs considérant qu'il était du moins un prince allemand , le petit- fils de l'empereur M aximilien, qui avait emporté au tombeau leur vénération, l'élurent le 28 jet» 1519. Ces représentants toutefois furent obligés de souscrire avant 1 élection un compromis qui portait : « que l'empereur ne ferait ni alliance ni guerre avec un étranger, sans l'approbation des prince*) et qu'il n'amènerait non plus dans l'intérieur de l'empire, aucun soldat étranger. Que les emplois de l'empire et de là cour seraient donnés à des Allé* manda d& naissance; qu'il ne tiendrait aucune diète hors de l'Allemagne; que, dans les affaires de Fe*** pire t soit pat* écrit , soit de vive voix , on n'emploie* rait€fuel le larigage allemand ou latin; que plus tard r aidé des états % il ferait entièrement disparaître ces ligues commerciales qui avaient jusqu'alors tout conduit par fatur atgeat et disposé de tout J à

8 sixième époque. 4520 — 1648.

gré (*); qu'il ne mettrait aucun pays au ban de l'empire, sans des raisons bien authentiques et sans un jugement en forme; qu'enfin il passerait en Allemagne le plus tôt possible et qu'il y ferait son principal séjour. *

Les envoyés jurèrent tous ces points et bien d'autres, au nom de leur maître, et promirent qu'il paraîtrait prochainement dans l'empire.

Le jeûne roi gouvernait, il est vrai, déjà depuis deux ans; mais le monde ne le connaissait pas encore. Un grand nombre de personne n'avaient conçu de lui que peu d'espérance. La mort prématurée de son noble et chevalier père, Philippe-le-Beau , la folie de Jeanne, sa mère, sa séparation d'avec son frère Ferdinand qui avait été élevé en Espagne , sa propre jeunesse passée parmi des étrangers dans les Pays- Bas, tout cela l'avait forcé de tout concentrer profondément au-dedans de lui-même et de prendre de bonne heure cette discrétion qui lui faisait cacher à tout le monde ce qu'il pensait intérieurement. De plus il n'arriva que lentement à cette clarté et cette indépendance d'esprit qui plus tard Font rendu si grand ; il semblait alors qu'il se laisserait gouverner par ses conseillers. Il n'y avait que les gens les plus versés dans la connaissance des hommes qui eussent remarqué les lumières concentrées au fond de son âme. Dans un grand tournois à Valladolid, le jeune

(*) Cette clause est principalement contre la Hanse qui existait encore et montre la triste jalousie des princes pour la liberté et la prospérité des villes,

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