Celle de Luders en 10 vol. C'est la plus rqmarquablc
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Ob83rvations générales.
Il ne nous sera pas difficile de faire comprendre quelles étaient les plaies delà patrie, après uneguerre si dévastatrice qui avait duré la moitié d'une vie d'homme. Les deux tiers de la population avaient succombé, moins encore par le fer que victimes de ces fléaux que la guerre entraîne avec elle et qui n'arrachent à la vie que peu à peu, et par des suffrances inouies : la contagion , la peste , la famine, la terreur et le désespoir. Car la mort sur le champ de bataille n'est point le mal de là guerre. Cette mort au contraire est souvent la plus belle; parce que l*homme est emporté dans un moment d'enthousiasme , quand il sent encore en lui toute sa force vitale; parce qu'il n'est point obligé de considérer de sang-froid les approches successives du dernier moment.. Mais le vrai fléau de la guerre , c'est que ses horreurs , les misères qu'elle apporte aussi bien que les inquiétudes qu'elle inspire accablent l'âme, de ceux qui ne combattent point, des vieillards, des femmes et des enfents, et leur enlèvent toutes tes jouissances, toutes les espérances de la vie ; alors le germede la nouvelle génération se trouve empoisonné des son principe et ne se développe qu'avec peine , sans force et sans courage.
Cependant en Allemagne l'énergie de la population se releva promptementj et Ton vit, sous le rapport moral, une vie sérieuse et appliquée suc-
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céder a une vie pleine de désordre : c'est ainsi que'souvent les extrêmes se touchent. La démoralisation qui régnait partout, parce que d'un côté, les guerriersl'avaietot apportée des camps dans leurs foyers, tandis que d'un autre côté la jeunesse avait grandi sans Culture, força les princes d'employer tous leurssoinsàrétablir lesexercicesreligieux et les écoles ; et de pareilles sollicitudes ne manquent jamais de produire des fruits au centuple* Mais ce fut surtout l'agriculture qui prit le plus prompt essor > avec une activité dont on n'avait pasd'exemple. Comme un grand nombre de propriétaires avaient péri , les fonds de terre étaient à bon marché ; la population tourna donc toute son activité vers l'agriculture , et bientôt on vit les champâ se couvrir de fruits et les villages sortir de leurs' cendres. Bientôt aussi arriva le moment où l'on reconnut aux paysans les droits de l'humanité; leurs chaînes se relâchèrent peu à peu , jusqu'à ce qu'il* devinssent des êtres libres. Ainsi l'Allemagne aurait dû devenir plus florissante que jamais par les bienfaits de l'agriculture, car c'est de la terre maternelle qu'un peuple tire sa force de 'vie , quand il s'y consacre tout entier; mais alors des raisons essentielles et générales vinrent empêcher ce résultât.
D'abord la décadence des villes dut nécessaire» ment faire obstacle aux bienfaits de Pagriculture. La prospérité des villes avait été attaquée dans son principe vital , comme nous l'avons déjà dit, parle déplacement du commerce ; cependant sa décadence ne s'opéra que lentement jusqu'à la guerre de trente
aus. Peu de temps avant cette guerre, un écrivain étranger mettait encore l'Allemagne au-dessus de tous les pays pour la grandeur et la quantité des, villes , pour l'activité et l'adresse de leurs artistes et de leurs artisans. On les faisait venir de tous les pointa de l'Europe. A Venise par exemple les plus habiles orfèvres, horlogers, menuisiers et même -les plus habiles peintres, sculpteurs et graveurs, étaient, çncore, à la fin du seizième siècle, allemands ou, néerlandais. Il suffit d'ailleurs de nommer Albert Durer, Jean Holbejn et Lucas Kranaoh , ces peintres. Â célèbres, pour donner une idée de la prospérité des arts dans les villes, au commencement de ce. seizième siècle. Mais cette terrible guerre leur porta le coup mortel. Nombre de villes libres , auparavant prospères , furent mises en cendres, les autres furent, presque entièrement dépeuplées, et ces. grandes manufactures qui donnaient la supériorité à l'Aile-, njtagne furent alors sans action , faute d'ouvriers. , Aussi, dans une assemblée des villes anséatiques à Luheck, en 1630, toutes celles qui subsistaient encpre déclarèrent en même temps qu'elles ne pou-{ voient plus fournir aux frais de l'alliance. L'économie çt le travail ont bien pu les tirer djms les temps* modernes de leur état misérable ; mais cet ancien éclat, cette ancienne prospérité étaient perdus pour toujours j et pour m'exprimer comme un de, nos écrivains , on lit sur les fronts des citoyens qu'ils sont des hommes de peine et de fatigue. Une foule, de villes se virent réduites, les unes de bon gré>
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les autres forcées par la nécessité de l'époque à se soumettre, aux princes. C'est ainsi que l'évéque Christophe de Gahlen devint maître de Munster, e» 1661 ; l'électeur de Mayence, de la ville d'Erfurt, qn 1664 ; l'électeur de Brandebourg, de Magdebourg, en 1666 ; et le duc de Brunswick , de Brunswick» en 4^71 j et celles qui conservèrent encore leur nvmr de villes libres, dans quelle misère et quelle indigence n'ont-elles, pas langui pour arriver jusqu'à ççs jours, où elles ont perdu ce privilège ! -.
La noblesse avait aussi perdu tout son lustre» Pepuis qu'elle ne formait plus spécialement l'état militaire et que oe n'étaient plus uniquement aes chevaliers qui donnaient à la nation toute sa gloire; depuis qu'elle avait quitté son indépendance pour s'attacher à la cour, oq qu'elle consommait toutes, ses forces dans une vie oisive et sans but; depuis que le désir d'imiter les mœurs et le langage des, étrangers avait .substitué la mollesse et les belles manières à son ancienne énergie; depuislws lat noblesse perdit toute son importance. Ainsi étaient éclipsés deux des plus importants corps de la nation , qui avaient surtout contribué à douner aiv moyeu âge, malgré ses grands défauts, un caractère de vigueur, de grandeur et de merveilleux.
De même dans les autres contrées de l'Europe, de semblables changements pendant les derniers siècles avaient effacé topt ce qui caractérisait te; moyen âge pour y substituer un nouvel ordre de choses. Mais au moins partout ailleurs op. trouvait
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une compensation dans la richesse et la prospérité du commerce ; parce qu'il porte toujoursaveehii le sentiment et la jouissance du bien-être et favorise le développement de toutes les forces; tandis que l'Allemagne ëtait privée de cette ressource. La part que quelques-unes de ces villes prenaient ail commerce du monde ne pouvait établir une balance ; et d'un autre côté au lieu de s'en tenir à cette simplicité de vie, surtout nécessaire à un peuple d'agriculteurs, et de s'opposer ainsi à l'appauvrissement successif, on se laissa aller de plus en plus au luxe et l'on fit passer aux nations étrangères, pour les marchandises exotiques , tous les fruits de l'agriculture et de l'industrie qui avaient coûté ttfïit. de sueurs. Quelque riche que fut le sol de notre patrie et quel le que fût la diversité de ses produits , il ne pouvait rivaliser contre tant d'objets précieuxqui étaient importés de toutes les parties de monde. Mais quand une fois l'amour du luxe et des plaisirs des sens a pris le dessus, il ne connaît plus ni mesuré ni frein. Cependant ce mal ne vint pas de notre nature même, il nous fut inspiré par les étrangers que , nous voulûmes imiter, même dans leur dégénéra* tion. Les voyages hors de l'Allemagne çt surtout en France et à Paris; l'imitation des modes et des moeurs des Français et même de leur immoralité ; l'introduction dans le sein des premières familles de Français et de Françaises pour l'éducation des enfants , le mépris de sa propre langue , l'enthousiasme pour cette philosophie étrangère, si superficielle et
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d'ailleurs si propre à détourner l'homme de ses devoirs i de sa religion * des arts et des sciences* toutes ces raisons * dis-je , répandirent le mal d'abord parmi les premiers membres de la société et plus tard dans tous ses rangs* et eurent sur la période que nous allons parcourir la plus fâcheuse influence.
Cependant nous ne pouvons nier que nos rapports avec les peuples étrangers n'aient beaucoup contribué à répandre la civilisation dans notre pays $ et il est surtout impossible de méconnaître dans l'histoire moderne la tendance* entre les différents peu* pies chrétiens, à des relations de plus en plus intimes , qui aident encore leurs progrès. Tous les peuples aujourd'hui se font remarquer par cet esprit avide de connaissances* qui est à la recherche de tout ce qu'il y a de mieux dans le cercle des acquisitions intellectuelles pour se l'approprier ensuite. Mais le progrès universel est devenu particulièrement le but de tous les efforts de notre nation, et la forme même de notre gouvernement les favorise encore. Car * chez les autres peuples, oqui composent chacun un royaume homogène, souvent ce que la capitale a trouvé beau et boa a été imposé à l'admiration des provinces; de sorte que le progrès se trouva lié peu à peu à certaines formes et ne put être exempt de partialité. En Allemagne au contraire les sciences et les arts ont marché indépendants ; les grands états comme les petits ont rivalisé d'encouragements ; aucune ville , aucun individu n'a pu imposer une loi ; il n'y
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a eu aucune acception des personnes, et tout ce qui porte en soi une valeur réelle, peut être sûr d'être tôt bu tard reconnu. Aussi notre peuple est- il arrive plu* loin que tous les autre» dans les sciences. Cepen4ant €teat précisément le point où Terreur est le plus à craindre. Rien n'est plus difficile à l 'homme que de marcher droit sans dévier d'un coté ou d'unr autre; rien ne lui est plus difficile que d'unir la civilisation avec la sévérité morale et religieuse j un esprit avide detout oe qui a une va1eur,quelquep*rt qu'il se trouve, avec la constance et la fidélité dans ses principes ; enfin l'indépendance de l'esprit avec le renoncement il 60ï-méme et la soumission. Le véritable terme moyen doit dpfce être le but de tous les efforts dqs individus comme des peuples. La période que nous allons suivre nous montrera comment notre peuple . a approché de oe but ou $'en est écarté , et nous rtfeftra surtout sous les yeux , par de grands tableaux, toutes les vicissitudes auxquelles l'humanité est soumise.
Qettq vicissitude se montre particulièrement, dans 410s relations a vee les étrangers : près des jours de ^prospérité et de paix , sont des jours do détresse, et métne jusque présent ces derniers ont é*é les plus nombreux. A au eu ne époque notre histoire n'a ofitet autant de malheurs que pendant le long règne de Louis XIV; et jamais aussi notre politique nVi montré tant de faiblesse que contre ses efforts amhitieux. Les arts de la paix commençaient uq peu ^«2 îç railler paodftntle moment de calme qui suivit
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sa mort jusqu'à la guerre de la succession d'Autriche; mais le germe fut arrêté dans son développement par les bouleversements de cette lutte et surtout par ceux de la guerre de sept ans* L'eap^oe de vj'pgtciaq ans , depuis cette guerre jusqu'à la révolution française, est le plus long calme que nous ayons eu; et pendant ce temps les arts prirent une telle via et un tel mouvement , que le même intervalle de vingtcinq ans que durèrent les nouvelles tempêtes qui suivirent la révolution française a bien pu arrêter leur marche , mais non les étouffer, Puisée l'état de paix dont nous jouissons aujourd'hui durer long* temps , guérir toutes le* blessures de la patrie et permettre le parfait développement dm peuples allemands J , y
L'empereur Ferdinand III vécut qucon? *wuf AMP après la paix de WestpUaiie et gouverna aveq doui*ur et sagesse; et jusqu'à sa mort la paix de l'AUe*magne ne fut plus troublée* Il avait décidé lesprinx» allemands à choisir son fils Ferdinand pow M* «ucceseeur à l'empire, quand malheuresement oç jeune homme qui donnait les plus belles wpémww «t sur qui tous les yeux s» reposaient avec aécurifc^ mourut en i65û de la petite- vérole. Alors le pire&fc ehligé de recommencer ses brigues err faveur de «dp deuxième fils, Léopold , qui était loin de son frère pour la capacité ; nais il mourut le 3 avril 1657, avant que le résultat désiré ne fût complètement ob-
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Léopold I. 1Ô5Ô— 1705.
Le choix du nouvel empereur souffrit des difficultés, parce que la France voulait profiter du moment pour s'emparer de l'empire auquel elle aspirait depuis long-temps. Elle réussit çp effet à gagner les princes électeurs des bords du Rhin; mais tout le reste de l'Allemagne sentit quel déshonneur et quel malheur ce serait pour elle , et arrêta définitivement son choix sur Léopold , archiduc d'Autriche, qui accepta, le 18 juin 1658, à Francfort, Cependant le cardinal Mazarin, ministre de France, avait déjà formé une ligue qui, sous le nom d'union du Rhin , tendait positivement à la destruction de la maison d'Autriche, quoiqu'elle n'eût pour but apparent que la conservation de la paix de Westphalie, Les partisans de l'union étaient Ja France, la Suède, Mayence, Cologne, le palatinat de Neubourg, Hesae- Cassel, et les trois ducs de Brunswick- Lu nebourg ; étrange alliance de princes catholiques avec des protestants et les Suédois, qui venaient de se faire la guerre les uns aux autres* Du reste, un écrivain du temps , plein d'idées et très profond, nous découvre quelle était l'intention de la France dans cette # alliance et dans toute sa conduite avec l'Allemagne, a Au lieu d'employer la force ouverte, comme dans la guerre de trente ans , il parut plus expédient k la France de tenir dans ses liens quelques princes allemands, et surtout ceux du bord du Rhin , par une