‹ Histoire d'Allemagne depuis les temps les plus reculés jusqu'à l ..., Volume 2Chapitre 33 sur 59 · LÉOPOLD 1 ET LOOIS XIV · texte numérisé non relu

LÉOPOLD 1 ET LOOIS XIV

union ou, si l'on veut, par un subside annuel, et surtout de paraître porter grand intérêt aux affaires d'Allemagne ; afin que les princes pussent croire que l'amitié' de la France leur serait une protection plus sûre que celle de l'empereur et que les lois de l'empire. Cette voie pour arriver à détruire la liberté allemande était directe et toute frayée, et comme chacun peut en juger, n'était pas mal imaginée. »

La France prouva bientôt qu'elle n'attendait que l'occasion d'étendre, pour saisir sa proie, cette même main qu'elle avait offerte comme amie. Le long règne de Léopold est presque tout entier rempli par des guerres avec la France et son prince orgueilleux, Louis XIV ; et presque tout le temps le sang a coulé d'une manière effrayante dans notre malheureuse patrie. Léopold, prince débonnaire et religieux, mais inaclif et peu clairvoyant, n'était pas un adversaire à opposer à Louis XIV qui réunissait la finesse à une ambition sans bornes et à une insolente fierté. La France poursuivait dès lors avec constance et fermeté son but de reculer ses frontières jusqu'au Rhin et de réunir ainsi à sa puissance les Pays-Bas espagnols qui, sous le nom de cercle de Bourgogne, appartenaient à l'empire d'Allemagne , la Lorraine, la partie de l'Alsace qu'elle n'occupait pas et, autant que possible, tous les pays situés sur la rive gauche du fleuve. Le roi aussi bien que tout le peuple nourrissaient ces idées d'agrandissement, et ce se» rait une grande erreur de croire que cette idée n'»

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été mise au jour que de notre temps, par l'esprit révolutionnaire et emporté de quelques têtes. Dès le temps de Louis XIV, les écrivains exprimaient touf haut le mot de conquête ; et un d'eux , un certain d'Àubry , écrivait cette pensée, nouvelle alors , mais qui fut répétée dépuis et même presque portée à son exéeution i que l'empire de Germanie , l'ancien empire romain y tel que le posséda Charlemagtte, appartenait à son roi et à ses descendants. Et l'abbé Colbert, dans un discours au roi au nom du clergé français , disait entre autres choses : « O roi ! toi qui donnes des lois à la mer aussi bien qu'au continent, qui lances, quand il te plaît, la foudre sur les rives africaines , toi qui abaisses l'orgueil des peuples, et quand tu le veux, forces leurs souverains de reconnaître à genoux la puissance de ton sceptre et d'implorer ta miséricorde, etc. » Tel était le langage que tenait, en 1668, à la face de toute l'Europe, un état qui devait cependant plus tard l'emporter sur tous les autres par sa modération et ses lumières.

Louis XIV donc, mettant en avant d'anciens droits, commença ses conquêtes dans les Pays-Bas. Les Espagnols réclamèrent pour leur cercle de Bourgogne le secours des autres cercles ; mais personne ne remua: les uns par indifférence, les autres par peur, d'autres enfin, ô honte! corrompus par l'argent de France. Ce fut un des fruits de l'union du fibin. Les Pays-Bas ainsi abandonnés tombèrent bientôt entre les mains du roi et, par la paix d'Àix-Ia- CJhapelle (1668), les Espagnols se virent obligés d'à*

aéoroiD t e» icuœ xiv. 3T9

bandonner toute une liaère de places sur là frétiller* pout èonserver une partie du pays.

De plus, dans l'année 1672, la France fit en Hd* lande l'invasion la plus injuste, et si elle eût réussi, elle aurait pu imposer des lois aux deux mers de l'Europe. Ce danger n'émut pas plus les princes d'ÀHemagùe que le premier 5 ils le contemplaient d'un œil tranquille, et même l'électeur de Cologne et le vaillant évêque de Munster, Bernard de Gahlen , un des premiers hommes de ce temps , firent alliance avec la France. Il n'y eut que l'électeur de Brandebourg, Frédéric-Guillaume, tfonnu aussi sous le nom du grand électeur, qui comprit bien les relations qui existaient entre les peuples et qui sentit la nécessité de ne pas laisser rompre l'équilibre européen, H fli donc des préparatifs pour mettre en bon état de défense ses états de Westphalie, limitrophesdu théâtt-tf de la guerre; car, par lairrangement définitif do l'héritage de Juliers* en 1656, il avait reçu le dttdb^ de Glèves et les comtés dé Marck et de Raveniberg , et le prince palatin de Nenboûrg, les duchés de Jtiliers et de Berg.— Frédéric-Guillaume décida même l'empereur Léopold à prendre des mesures pour arrêter les tentatives de conquêtes des Français; et tous les deux levèrent, en 1672, une armée qu'ils mirent en campagne , sous les ordres du commandant en chef impérial, Montecuculli ; mais la coopération des Autrichiens fut presque nulle 5 parce que lé conseiller intime de l'empereur, le prince de Lobkdwîta, gagné parla France, arrêtait touteë le* ehtri$tfsès i>«~

portantes des généraux. Le prince électeur vit donc sa belle armée poursuivie çà et là , décimée par la Jaim et par la maladie 5 et pour éviter la ruine totale de ses états de Westphalie , il fit la paix avec les Français , en 1673, dans son camp de Vossen auprès de Louvain. Ce n'est qu'ainsi qu'il put les arrêter, encore fut-il obligé de leur abandonner comme limites , les châteaux de Wésel et de Rees qu'ils voulurent occuper jusqu'à la pacification générale.

Alors enfin l'empereur commença à mettre un peu plus d'importance à la guerre , parce que le prince LobkoWitz avait été éloigné j mais il avait perdu ses meilleurs alliés. Montécuculii eut quelques avantages dans le bas Rhin, et entre autres il prit Bonn ; mais dans le haut Rhin et dans la Franconie, les Français redoublèrentleurs ravages etsurtout dans le Palatinat qui dès lors était le théâtre le plus sanglant de la guerre, comme il Ta encore été depuis et en a conservé des monuments éternels. Alors, comme ils avaient attaqué l'empire même , les princes se levèrent enfin contre eux, et l'électeur de Brandebourg renouvela son alliance avecLéopold. L'Autriche se fit distinguer par son activité et par sa fermeté dans cette occasion , à la diète de Ratisbonne. On discutait longuement sur la guerre sans rien conclure; l'Autriche ayant découvert que l'envoyé français à la diète intriguait tantôt auprès de Vundesprinces^tantôtauprèa de l'autre pour les trompei:, elle lui fit donner ordre • saute autres formalités, de quitter Ratisbonne dans trpfejtfa vingt-quatre heures, et son départ fut suivi

LéOfOLD I ET LOUIS Xiy. SH

au bout de quelques jours d'une déclaration de guerre de la part de F empire.

La guerre eut des chances variées, mais cependant au total à l'avantage des Français; parce que leurs généraux avaient le talent de se porter sur le terri* toire allemand, tandis que ceux de la confédération manquaient d'activité et d'unité. Afin d'occuper dans son propre pays le plus puissant défenseur de la confédération, le prince électeur de Brandebourg» Louis XIV avait fait alliance avec les Suédois, en 1674, en leur faisant voir quels grands avantages ils pourraient retirer d'une invasion dans la Marche, ils s'y jetèrent donc et le pays fut fort maltraité ; mats l'électeur ne voulut pas abandonna: le Rhin, tant que sa présence fut nécessaire, et ce ne fut qu'en juin 1675 qu'il partit à marches forcées pour venir au secours de ses états.

Bataille de Ferbellin. 28 juin 1675. — • Ni .émis, ni ennemis ne l'attendaient, quand il arriva sur l'Elbe, à Magdebourg; il traversa la ville de «uit et continua sa route , sans s'arrêter, jusqu'à l'armée des Suédois qui lé croyaient encore en France. Ceux-ci aussitôt se replièrent pour chercher à se réunir ; mais il les poursuivit et les atteignit le 28 juin à Ferbelljn. lin avait que sa cavalerie avec lui, car l'infanterie n'avait pu le cuivre; cependant il résolut d attaquer l'ennemi dans sa position , malgré ses généraux qui voulaient qu'on attendît l'infanterie. Fr<!> dério, qui regardait comme perdue chaque heure do retard y fit donner l'attaque et eut le plus heu-

98£ sEPTifeME «»oqui, 164^^-4858.

rtnx mooèd. Les Suédois, qui depuie la gilerrô de trente ans passaient pour invincibles, furent com^ platement battus et s'en foirent dans le plus grand désordre vers leur Ppméranie* Frddéric-GnillâiHn© k» y sni vit, et fit la conquête d'une partie de la province»

: Cet électeur peut être considéré comme la fondateur de la grandeur prussienne , et se? successeur* ne firent que bâtir sur les fondements qu'il avait posés* Il agissait toujours d'après lui-même, et nouer le retrouverons plus d'une fois faisant refepeeter la puissance desoji petit état, non plus comme les au« très princes d' AJlemagne, mais avec F autorité d'un des autres souverains de l'Europe. C'était la preuve qu'il jetait les fondements d'un nouveau royaume,; qu'il voulait que son peuple ne fàt inférieur à aucun des autres et même qu'il jouît parmi eux d'une cer* tainô -considération.

DansTanttée 1675,1e vieil et habile général Mon* •écocnlli reçut une deuxième fois l'ordre de se rendre sur le Rhin , et la fortune des armes lut devint plus favorable. Il eut pour adversaire le célèbre général français vicomte de Turejine. un des plus grands hommes de son temps. Ils s'approchèrent tons les deux avec précaution , car ils se connaissaient déjà. Tu renne avait choisi un lieu très convenable pour livrer bataille, où tout lui semblait avantageux , c'était près du village de Salsbachj non loin d'Oppenheim, quand ert s'avançant au-devant de l'ennemi pour reconnaître les lieux et disposer sorç année, un boulet.

LÉ&POLD t ET UmtM UV.

de canon l'emporta de dessus son cheval» Sa mort effraya son armée, elle prit aussitôt la fuite et fit même de grandes pertes dans cette déroute*

Cependant on n'avait pas beaucoup gagne* Los Français, pour chasser les impériaux xle leur pays eurent recours" au plus extrême moyen. Comme ils ne pouvaient garder toutes les provinces dé la frontière par leurs armes , ils voulurefet les d&* fendre par la dévastation. L'année suivante donc, il* se mirent h ravager tous les pays voisÎM de laSaar avec tantale fureur, que dans l'espace de plus de quatorze milles on ne voyait que des incendies et de* champs déserts. Alors; les armées allemandes, ne pouvant restar dans un pays affamé, furent obligées de rentrer , et les malheureux habitants de se retirer dans les forêts, où le plus grand nombre mourut de faim et de misère.

Paix de Nimègue. 1678 et 1679. '— Tous les yeux se portaient avec la plus grande inquiétude ssr les conférences de paix qui se tenaient à Nimègues. Les Français se hâtaient, à ce qu'il semblait , de conclure cette paix , dût-elle leur être désavantageuse; parce qu'ils avaient trop d'ennemis sunles bras. Mais ils ont toujours été très habiles à diviser leurs adversaires. Us réussirent.en effet à écarter, par des offres avantageuses , les Hollandais pour qui principalement la guerre avait été entreprise et qui étaient redevables de leur salut à l'empire. Ils firent leur pai& en particulier et reçurent la citadelle de Maèstrich. Les Espagnols, qui firent ensuite leur

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paix, furent obligésde payer, comme en bien d'au 1res circonstances , ce qu'on avait abandonné aux Hollandais. Ils durent par conséquent céder une grande étendue de territoire dans les Pays-Bas avec toute la Franchfe-Comté. Enfin l'empereur, qui ne roulait pas faire la guerre seul, fut obligé d'abandonner l'importante citadelle de Fribourg dans le Brisgau. Ainsi, l'électeur de Brandebourg qui avait conquis presque toute la Poméranie sur les Suédois et espérait une paix avantageuse; abandonné de tout le monde, même par les Pays-Bas pour qui il avait combattu et qui lui refusèrent leur secours, fut contraint de restituer presque toutes ses conquêtes. A cette conférence de Nimègue on put facilement remarquer la prépondérance de la France sur l'Europe, mêmepar son langage; car, lorsque, trente ans avant, dans les conférences de Munster et d'Osnabruck, quelques envoyés seulement connaissaient la langue française , dors à Nimègue , tout le monde parlait français. Cependant les articles furent rédigés en latin.

Réunions * la France.

Les provinces opprimées commencèrent enfin à respirer en liberté et à jouir des douceurs de la paix, quand l'insatiable ambition des Français se fut satisfaite. Mais notre ennemi était, au sein même dç la pa|x9 toujours très habile à poursuivre sa proie. Un

RÉUJUOKS A LA FRÀWC1.

membre du parlement de Metz, Rolland de Revaulx, exposa au roi un plan d'après lequel il pouvait étendre sa domination bien plus loin dans le haut Rhin, tout en respectant les articles de la paix de Westphalie, par un simple commentaire des mots employés : L'Alsace et tes autres terrains lui Seront cédés avec toutes leurs dépendances. Il . n'y avait donc plus qu'à rechercher les terrains et* les lieux qui avaient fait partie de cette dépendance dans les temps recules, et il n'était pas difficile d'en trouver qu'on pouvait occuper sous ce prétexté. La proposa tion d'abord n'eut pas de suites, jnais on y revint plue tard ; et pour se donner une apparence de justice , on forma , en 1680 , quatre conseils , sou» le nom de chambres de réunions à AfetzyDornick, Brissac, et Besançon; elles devaient rechercher quels terrain! et quels peuples pouvaient encore appartenir au roi d'après les expressions que nous avons citées piui haut. Il est facile de penser que les juges ne man^ quèrent pas aux découverts $ on fouilla partout pour trouver de quoi se satisfaire. Le couvent de Weisseo*bourg, par exemple, quoique situé hors de l'Alsace» fut attribué au roicomme lui appartenant d'après les droits du roi Dagobert qui l'avait fondé plus de mille ans auparavant. Et l'acquisition de Weissenbourg lui servit encore de prétexte pour réclamer Germesheim , qui avait autrefois appartenu à Wefosenbourg.

De cette manière ces quatre chambres eurent bientôt conquis h leur maître Deux-Ponts, Sarrebruck

MB sEPTièHft époque. 1Ô48— 1858.

(SamsLoiiis), Yeldenz, Sponhfaeim, Mumppelgarde, Lauterbourg et beaucoup d'autres lieux isolés, et particulièrement plusieurs villes libres en Alsace , entre autres surtout Strasbourg. Cependant elle» n'avaient pas été désignées dans le traité de Westphalie ; car, l'Autriche n'avait pu foire cession que de ion héritage en Alsace.

JJes princes et les seigneurs, dont les propriétés devaient tout d'un coup changer d'état civil et d'allemandes devenir françaises , élevèrent tout haut dès plaintes. L'empereur fit des représentations; et Louis > pouk* sauver au moins les apparences , oar n'était là son grand talent , et en même tefops pour ffensoer la bouche à ses adversaires, promit d'exa«jttiner leurs prétentions et convoqua un congrès à Francfort D'abord, chacun voulut occuper la*ci£a«dftUe de Strasbourg; parce que c'était le point le {riïis important et qu'elle était regardée comme la <jfef du haut Rhin. -Charles V la considérait comme duçe telle importance qu'il disait : « Que si Vienne et Strasbourg étaient également menacés , il eoratjpeoOetait par Mfuver Strasbourg. * Mais au mois 4e Septembre 468i , quelques régiments français se ré- «mirent en secret sous les muré de la ville et l'enveloppèrent tout -d'un coup , lorsqu'elle Vy attendait le moins. Le lendemain, le ministre de la guerre, Louais , le confident du roi r parut avec une armée et une artillerie de siège et somma les citoyens de se Wttdre arec les plus fortes menaces. N'étant pas préparés k une attaque, ils se rendirent et ouvrirent

laurf portes. Aussitôt le» Fraoçats s'eœpapèroit 4? l'hotel-de~ville, désarmèrent les bourgeois et pe* «pris Louis XIV fit son entrée an grande pompe » comme en triomphe , avec toute «a suite.

Le* confidence* de Francfort n'apportèrent 4m veste aucun changement dans les plans du roi; *tf envoyés esquivaient avec adresse toute discu&km sérieuse sur les recherches faites, et maintinrent toujours leurs principes j ce fut même à ces conférences qu'ils firent pour la première fois usage de leur langue dans les affaires de diplomatie. Jusqu'alors, comme aux autres peuples , leurs pièces, leurs titres, éf tous leurs écrits étaient en latin; mais à ÏVancfort ils furent faits en français , et toute* les représentations de la part de l'empereur firent in*utiles; on ne reçtit jamais que cette réponse brév«4t sévère: «C'est l'ordre de notre roi.* Il fallut o^der; et c'est ainsi que s'est établi pour tous les autres peu>ples l'usage de parler français , quand ils traitent wec la France. Les hommes à grande» vtias prévirent dès lors les dangers qui pouvaient déeeuier de cet usage, et jugèrent que limitation du langage et des mœurs du peuple voisin préparaient pqa k peu et de loin s» domination. * . •

Les disputes des différents envoyas entrç eux suffi» raient pour foire comprendre combien letyrs réekma~ tions contrôles usurpations de Louisde vaient être fatr» Mes et peu dignes ; car à Francfort s'élevèrent encore «es vieilles et pitoyables disputes de prééminence , dont la folie surisse toute croyance, qui dépensèrent

988 sEPTifem ifOQVt. 1648~-4838.

un temps précieux pendant lequel les Français se fortifièrent de plus en plus dans leur usurpation. Cependant l'Autriche réussît à faire une alliance avec plusieurs princes pour repousser la force par la force ; mais des séditions en Hongrie et une nouvelle guerre de la part des Turcs attirés par Louis pour protéger ses projets 9 arrêtèrent les résultats de cette alliance*.

U» Tnresdevaal Vkaae. 1685.

Depuis Tan 1670 la Hongrie était agitée; elle était mécontentede voir ses institutions méprisées et ses places occupées par des soldats allemands, qu'elle haïssait par-dessus tout. Déplus, les protestants se plaignaient de plusieurs persécution? dont les jésuites avaient été les instigateurs. Ces peuples mécontents ayant rencontré, en 1 678, dans le comte Emmeric de Tœckety, un commandant plein de résolution , se soulevèrent en masse et firent aussitôt alliance avec les Turcs. Le guerrier et ambitieux grand-visir, Kara-Mustapha, se disposa donc à entrer en campagne à la tête d'une armée plus forte que toutes celles que les Turcs avaient mises sur pied depuis la prise de Gonstan linople. Heureusement pour l'empereur qu'il avait sur les frontières delà Pologne un allié plein de courage, le roi Jean Sobieski, et qu'il trouva les princes allemands fidèles et prompts dans cette occasion, contre leur coutume, à lui envoyer dés secours. Il rencontra en outre dans

tas rates devàh* vianz* S09

le duc Charles de Lorraine un générai habile pour conduire son armée.

Cependant arriva le printemps de l'année 1688, avant que les préparatifs ne fussent achevés ; tandis <jue les Turcs qui n'avaient pas coutume dese mettre ett campagne avant l'été, étaient partis cette aimée avant la fin de l'hiver; et le 12 juin ils traversaient le pont d'Esseck, On se hâta de passer en revue à Preshourg l'armée allemande et impériale, que Ton trouva de vingt-deux mille hommes de pied et onze mille chevaux; mais les Turcs comptaient plus de deux cent mille hommes , qui sans s'arrêter à assiéger des villes en Hongrie, comme on avait espéré, marchèrent droit sur Vienne. La consternation et la confusion régnaient dans la ville ; l'empereur avec sa cour s'était enfui h Linz. Beaucoup d'habitants l'avaient suivi ; mais les autres , quand le premier moment de terreur fut passé , s'armèrent pour la défense, et la lenteur des Turcs, qui s'amusèrent à piller les lieux et les châteaux environnants , permit au duc de Lorraine de jeter douze mille hommes de garnison dans la ville; alors, comme il ne pouvait avec sa petite troupe se porter à la rencontre de l'armée turque pour lui barrer le passage, il se tint à l'écart et attendit le roi de Pologne.

Le comte Rudiger de Stehrenberg fut nommé commandant de la place par le conseil de guerre^ et il m montra aussi hardi qu'actif à faire tout ce qu'il crut possible pour sa défense. Tout. homme qui pouvait travailler ou porter les armes , prêta son secours* t. h. 19

MO SEFl*» 'il**?*. iS4ft 4S88.

le Ifcijam, le yisir parut avee son innombrable a*jsée devant les murailles : elle couvrait le p*ya toat jartdir à six lieues de distance. Deux jour* après il *uetk:k tranchée; bientôt 1 artillerie fimppa les mÈàrBrpaur hin btèche; on s'efforçait surtout de des mises , pour foire sauter en l'air de* tss*e ou dôs quartiers de ntarailtes r afin de pcwvoir •e précipiter ensuite dans cette ville, où lés Turds espéraient trouver ton sr grand butin. Mais les défcmeftvs tinrent ferae, et réparaient dans la nuk «e qui avait été renversé. Chaque pas de terrain à'éCak ebtenu qu'après une longue latte, où l'eu voyait une égale opiniâtreté pour la défense et pour lattaquè. Le lieu le plus cfaaud diï combat était au basfcies Label autour duquel il n'y avait pas de motte de téore qui n'ait été arrosée de sang âmi ou eut* uenri.Cepeudantka Turcs gagnèrent peu à pen quel* ques pas j à la fin, d'août , ils étaient logés clans \m iesséi de la Ville ; ett le 4 septembre* as firent sauter une mine sous le bastion le Bourg y la ncétié île h ville es fol ébranlée et le bastion fttt fendu dans «se largeur de plus de cmq toiaesf lai brèche Afrit afcsea large pour livrer un assaut, tnatsFewieai) ft* tfapeussé. Le lendemain, il revint av*é un nouveau courage; la valeur des assiégés l'arrêt* caoera Le M* septembre, mie dernière mi» ganta «et» le aie** bastion, et la brèche ft*t si groide qu'un \m* Gailtott pwttait y entrer de front. Le dauger élaéi «U*éti*r ta garttrson était tout épuisée pa* ks eeutbote, les maladies et le» travaux de toue la*

iA* tvm& Divà*r Wwar. ffH

jonra; le duc <fe Stahrenberg avait envoyé courrier sur courrier au duc de Lorraine. EhRn lé il, quand tente k ville était dans la stupeur et dans l'attente cftftri assaut, elle s'aperçut au mouvement qui se fit remarquer dans le camp enetm que le secoure était proche. A cinq heures du soir l'armée ebréfcienne Tétait sur la montagne de Kalen , et ellefit connaître sa présence par une salve d'artillerie. Le prince Jean Sobieaki était arrivé à la t&ed'*t«e vaillante armée: les électeurs 4e Saie et de Bavière, le prîno* de Waldeck avec les trouves du cercle de. Franeome^ te due de Saxe-Laoeabo*tr| , le «Mrçrav* de $nde et de Jkiréutk, le lanc^rave «teifeese, les princes d'Ajdialt et quantité d'autres princes et seigneurs nlièttands avaient mmtoé «véc «eux ides taenpcs tiwlchesfr Alors Charles de Lamine put taser inatw <nhtr contre Vetmemij quoique il «leàt encore <pe xyarMrtcsix mille hotemés*

te 12 septembre ta matàu, F a***ée «âinéttenne descendit de la montagne de Kalen éngnànfedej»iaille. Le village de Nausadcaf, Âtaé<anr te Daattbe, étt attaqué par les troupes ïmpfaklm*etlm Sa»rt8 ^pd ooûupaient l&legauélte, et eœiperté .apnèsiane *piaM&re résistance, Cependant sw\lemàdi, feue* 4e Pologne étant descendu dans la plaie* *vet l'aile droite 9 attaque les iunooibrabW l*tailbna de cavalerieturque à la tête<de sa cavakrie pakteaiae} ilae jette au milieu de l'ennemi av££ toute la fureur dW «ùragaB, et îrépand la ooufueiou «Uns les4&ngs,#Bt- «enii* ; mais son oauuage l'emporte, trop imn t ii«>at

entouré avec les siens , et va peut-être être accablé par le nombre. Alors il crie au secours , les cavaliers allemands qui lavaient suivi arrivent au galop sur l'ennemi, délivrent le. roi et bientôt les Turcs sont mis en fuite de tous côtes.

Mais tous ces combats ne devaient être que des avant-scènes de la grande bataille qui devait décider du sort de la guerre. Car on voyait toujours le camp des Turcs, qui Retendait à perte de vue, couvert de milliers de tentes , et leur artillerie tirait toujours sur la ville» Le général en chef tenait un conseil de guerre pour savoir s'il devait livrer la bataille le jour même ou attendre au lendemain pour laisser à ses troupes le temps de se reposer, quand on vint lui annoncer que l'ennemi semblait être en pleine fuite; et c'était la réalité. Une terreur panique les avait pris; ils fuyaient en désordre abandonnant leur camp et leurs bagages : bientôt même ceux qui attaquaient la ville furent entraînés dans la fuite avec toute l'armée.

Le butin trouvé dans le camp fut immense. On l'élève à quinze millions et la seule tente du visîr à quatre cent mille écus. Ori trouva aussi dans la cassette de la guerre deux millions. Le roi de Pologne reçut pour sa part quatre millions de florins ; et dans une lettre à sa femme où il lui parle de cela et du bonheur d'avoir délivré Vienne , il s'exprime ainsi : « Tout le camp ennemi avec tôute*on artillerie et toutes ses énormes richesses est tombé dans nos mains. Nous chassons devant nous une armée de

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