‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 1 sur 298 · IMPORTANCE DU SUJET. — SOURCES · texte numérisé non relu

IMPORTANCE DU SUJET. — SOURCES

Depuis que Tacite a écrite non sans amour, soil pour sa propre utilité, soit pour Tinstruc- (ion des autres, tout ce qu'il avait appris sur les mœurs, les usages et les institutions des peuples de la Germanie, il s'est écoulé presque cinq siècles (1). Dans ce long espace de temps, on nouveau monde s'est élevé. L'empire, dont il pressentait le destin, est tombé en ruines, et ces peuples dont il vantait les vertus, dont il redoutait les forces , mais devant lesquels il espérait encore pour l'empire quelque salut dans leur propre désunion (2), se sont mis en possession de presque toute l'Europe occidentale. Une vie nouvelle a commencé : des empires se sont élevés et ont disparu ; des congèles et des victoires ont eu lieu sur les rui-

nes de la domination romaine; le christianisme est venu aux peuples tcutoniques ; l'Église et ses serviteurs se sont fait valoir contre Tépée et les conquérans. Un peuple est devenu dominant parmi les peuples, et la vie s'est partout remplie d'espérance et de crainte. Pourtant il ne s'est trouvé personne qui ait entrepris de continuer ce que Tacite avait commencé ; personne qui ait fait des recherches sur les mœurs et les usages des nouveaux peuples*, personne qui ait étudié les causes de phénomènes si féconds en vicissitudes, les moyens de si grandes actions, les principes des institutions établies parmi les peuples nouveaux ou les institutions elles-mêmes. Pendant la longue lutte entre les Teutschs et les Romains, le goût de l'histoire , dans la nécessité de la vie , s'était éteint de plus en plus. Le regard du petit nombre d'hommes qui s'inquiétaient encore des relations des peuples

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et des Etats ne pénétra pas au delà du tumulte des champs de bataille , dont Taspecl était toujours le même, où Ton ne voyait que malheur et désolation (3). Ceux qui survécurent au moment décisif se retirèrent dans la paix de la famille, s'il leur fut possible de trouver encore quelque paix au sein delà famille et dans les consolations de la religion , ou bien ils entrèrent au service des nouveaux maîtres de leur patrie et cherchèrent à être utiles, tantôt ù leur patrie, tantôt à eux-mêmes (4). 11 ne resta pas de temps pour les recherches et l'exposition historiques ; quant aux écrivains grecs , ils étaient trop éloignés des peuples teuloniques et trop restreints dans leurs connaissances pour pouvoir parler convenablement de Tétat intérieur de ces peuples. Le mépris des Romains pour les barbares ne s'était pas non plus effacé encore , et l'ancienne vanité des dominateurs du monde ne s'était pas encore évanouie ; aussi les écrivains de Byzance ne vont-ils pas au delà des rapports militaires des peuples teuloniques avec Tempire romain d'Orient ^ quant aux mœurs et au caractère de ces nations, ils ne recueillent que des traits isolés qui, par leur originalité, semblaient propres à provoquer une oisive curiosité (5). El lorsqu'il s'éleva parmi les peuples teuloniques des hommes qui entreprirent d'écrire l'histoire, aucun n'osa ou ne put pénéirer dans les relations intérieures de la vie sociale : il ne vint à Tesprit de personne d'observer ou d'exposer le point le plus important. Les écrivains furent des ecclésiastiques dévoués au Seigneur et à rÉglise; ils écrivirent pour leur sii'ole et non pour la postérité. Ce qui poi/vait ébranler ks esprits et les amener à TjL^glise et au ScigUvur avait seul de l'importance pour eux. Que leur importait l'ordre social ? que leur importaient le droit et la loi ? Ceux pour qui ils écrivaient avaient comme eux-mêmes les relations de la vie sous les yeux. Ces relations existaient et se maintenaient ; leur origine était îndiiïérente. Elles changeaient, on se soumettait aux changemens ; on ne tenait pas compte des causes et des effets. Les mœurs ménuM et la moralité excitaient peu d'allenlion \ la foi seule occultait les âmes , et des œuvres pieuses prouvaient malériellcment la f^i. Cliaque jour apportait sa peine ^ on laissait aux génération.^ suivantes le soin de songer à cîies-mémcs. Comment pouvait-on aussi, dans des temps

de continuelles vicissitudes et d'incertitude générale, dans des temps de caprice et de hasard où rien n'était solide, si ce n'est l'autel du Sauveur, où l'on ne pouvait compter que sur les consolations de la vie éternelle, comment pouvait-on , en de« temps semblables , diriger ses regards sur la marche des choses terrestres ? Comment pouvait-on pressentir que la connaissance de l'origine et du développement des relations sociales aurait quelque valeur pour l'amélioration des hommes et pour l'ennoblissement de la vie? Tout était nouveau, tout chancelait : nulle part une trace , nulle part un but ; il restait à peine autre chose à faire que de tourner les yeux vers le point où il n'y avait pas d'instabilité. Mais lorsque dans la suite du temps l'état des choses se fut affermi, lorsque la vie eut reçu un appui et une direction , l'origine des choses était oubliée , et la suite des faits s'était effacée de la mémoire des hommes.

Nous pourrions nous consoler du défaut de connaissances sur Tétai intérieur des peuples teuloniques jusqu'à la fondation des nouveaux empires ^ on pourrait admettre aussi sans trop de hardiesse que le tableau de la vie de ces peuples , tel qu'il a été tracé par Tacite , est applicable aux temps qui suivirent cet écrivain comme à ceux qui l'avaient précédé , car les mœurs et les inslilutions que Tacite nous fait connaître étaient fondées sur la nature du pays et sur le caractère propre des peuples teU' toniques : elles ne pouvaient changer dant» leur essence tant que ces peuples habilaicnl le même sol et tant qu'aucune influence spirituelle n'agissait sur eux en les ébranlant j mais il Cbl déplorable que nous ne sc^yons pas mit ux instruits des fondations et des premières iosûtulions des nouveaux empires , car ces premières institutions furent les germes d'où se développa jusqu'à nos jours , bien qu'avec diverses additions et avec des influences élrangères, la vie sociale des peuples de l'Europ;'. Cependant l'empire des Franks esl seul important pour l'histoire du peuple Icutsch^ tous les autres lui sont devenus étrangers, et presque tous le sonl restés. Mi.is par les Franks, qui dés cclto époque jusqu'au milieu du sixième siècle avaient réuni à leur empire la plus grande partie des peuples teuloniques et qui , dans U; suile du temps, y réunirent touu Ioa peuples leulochs resiés ildèles au sol de la

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