LIT. VU , CHAP, I
patrie et amenèrent par là la. formation d'un seul peuple teutsch, par les Franks toutes les relations ont été changées et transformées dans leTeutschland. Bien qu'ils aient épargné tout ce qui pouvait être épargné, d'après la nature des choses humaines, Tordre existant dans le Teulschland dut céder peu à peu à l'ordre qu'ils avaient établi dans la Gaule et sur lequel ils avaient basé leur domination. Les premières relations sociales quMis avaient acceptées dans la Gaule par nécessité ou par besoin ralentirent le développement et là transformation de Tancienne y\e des peuples germaniques. La conDaissance de ces premières institutions et de ces premiers établissemens ne serait par conséquent pas seulement remarquable en elle-même, en ce qu'elle éclaircirait pour nous l'état de cette époque si bouleversée et la lutte des hommes contre le désordre et la dissolution ; elle faciliterait aussi l'intelligence des phénomènes postérieurs de la vie du peuple teutsch et nous ferait concevoir, autant que cela est nécessaire et utile, ce qui maintenant excite plus d'une fois notre étonnement. Mais personne n'a signalé ces choses ; on manque de toute tradition précise ; il se trouve à peine une indication sur les points les plus importans , et dans le peu de traces qui peuvent s'offrir à nos regards on sent le défaut de toute détermination de temps. On ne peut découvrir la naissance des relations, ù peine leur existence : toujours des détails, Jamais la connexité.
Grégoire, évêque de Tours , dont il a été si souvent question dans le récit des événemens, est le plus ancien historien des Franks et aussi le plus vrai sur les premiers temps de leur empire ; mais la superstition l'aveugle, le zèle èpiscopal l'égaré, et de temps en temps, comme eela est naturel à l'homme, des relations personnelles l'ont induit en erreur. De plus lorsqu'il composa ses dix livres de l'histoire des Franks, un siècle s'était écoulé déjà depuis la consolidation de la domination francique par le grand Chlodwig (6). Ses sources peuvent n'avoir été pour les premiers événcmens que des traditions populaires , des bruits vaj^ues pour les événemens postérieurs, autant qu'ils se passèrent durant sa vie (7). Beaucoup de choses s'étaient efTacôës déjà de la mémoire des hommes, La vérité originelle 9e perd nécessairement dans la bouche de la
renommée , qui ne s'attache d'habitude qu'à la vie des grands et aux faits qui frappent les esprits. Grégoire d'ailleurs n'a même pas eu le dessein d'écrire l'histoire des Franks ou d*exposer la fondation, le développement et l'organisation de l'empire. Son Ame, pleine des vérités du christianisme , selon la mesure de ses connaissances, ne l'a poussé qu'à signaler la puissance de cette divine religion en lutte avec la corruption du siècle, d'après la vie pieuse et l'admirable influence de respecta-* blés évêques et d'autres hommes favorisés de Dieu, et à prouver la sublimité de la foi catho* lique contre les opinions erronées des Ariens. Son ouvrage est plutôt une histoire de l'Église chez les Franks qu'une histoire des Franks (8). Parmi les choses du monde, les guerres et les batailles, les destins de la maison royale, les catastrophes, les meurtres et les cruautés ont seuls éveillé son attention. L'empire ne paraît dans son œuvre que comme un ar« rière-plan , devant lequel se meuvent les hom-* mes qu'au milieu de l'action et des maux il intro* duit sur la scène ; quant à l'empire lui-môme, on peut à peine en reconnaître ou distinguer quelque chose. De plus, Grégoire, élève et témoin de malheureuses relations,est arrivé à une certaine indifférence pour la vie et ses phénomènes et à une certaine incrédulité pour Tinnocence, la vertu et les nobles sentimens chez tout homme non revêtu de l'habit sacerdotal. 11 n'a point perdu, il n'a Jamais laissé échapper la mesure du bien et du mal , du progrès et du retard (9) ^ mais il ne pouvait peut-être conserver sa foi dans toute sa force, au milieu de la sauvage agitation de son siècle , qu'en imposant un frein à son Jugement dès qu'il rappliquait aux événemens de ce siècle, et comme il vit beaucoup d'atrocités, il crut tout possible de la part de tous (10). Enfln il lutte contre sa pensée par son langage et son exposition avec si peu de succès que souvent il ne sait pas exprimer clairement ce qu'il a peutêtre l'intention de dire (1 ï).
Et cependant Grégoire de Tours est le seul écrivain des premiers temps de l'empire francique. Aucun autre ne sait ce que Grégoire n'a pas su. Les auteurs qui sont venus ensuite ont tous puisé à sa source 5 tous ont nourri leur pauvreté de sa richesse. Quelques événemens ont été non pas révélés, mais indiqués plus positivement par eux. Ce qu'il avait dit en
icrmos généraux a été rattaché par eox à ccrtaing noms d'hontimes et de lieux. Ils ont aussi embelli, même jusqu'au romanesque, ce qui avait été signalé simplement par lui, quelquefois peut-être d'après une meilleure tradition, plus souvent assurément d'après des fables et dos chants populaires, le plus ordi* naircment d'après leur propre caprice, auquel semblait se prêter une histoire si décousue ^ mais ils ne donnent pas la moindre solution sur le véritable état de la vie, sur Tordre intérieur de l'empire, sur la connexilé des relations sociales, sur la cause, l'occasion et le résultat des institutions.
£t aucun acte officiel de cette époque ne nous donne de lumières , car les pièces relatives aux affaires de l'Église qu'il a été possible de conserver n'ont qu'une très-petite importance pour les relations de la vie civile et ne montrent jamais Tempire.
]\Iais nous avons sous les yeux les lois des peuples teutoniques qui appartiennent à Tempirc dcsFranks ^ nous avons les lois des Franks Saliens et celles des Ripuaires ^ nous avons les lois des Burgundes, des Allemanni, des Thuringiens et des Bavarois. Dans le fait aussi ces lois sont d'une très-grande importance pour la connaissance de la vie parmi ces peuples \ mais là même on cherchera vainement la solution que Ton désire obtenir. Ces codes ne perdront rien de leur valeur, parce que nous ne pouvons, même pour un seul d'entre eux , indiquer rigoureusement l'époque où il fut rédigé (12)^ car lors même qu'il serait vrai que ces codes n'ont reçu la forme sous laquelle nous les possédons qu'ù une époque où les successeurs de Ghlodwig avaient été déjà précipités du trône élevé par ce prince, il n'est pas douteux que l'esprit de ces lois ne soit extrêmement ancien , qu'il n'ait déjà régné dans les cantons du Teutschland, dont les institutions avaient jadis éveillé l'allcnlion du grand historien romain , et qu'il ne paraisse chez eux sous une forme diverse que dans des circonstances diver- 8es(13).Il n'est pas douteux, précisément pour cctlcraison,quecc8loisn'aienlété réellement en vigueur en tout temps parmi les Franks comme parmi (ous les autres peuples teutoniques qui se réunirent à leur empire, bien que dans les délaiid ellei aient pu recevoir des additions, des compicmens, des modifications, selon les besoins amenés par les vicissitudes des choses \
par conséquent il n'est pas douteux que Ton no puisse déduire de ces lois une idée du premier état de l'empire des Franks. Ces codes, de plus, ne perdront rien de leur valeur parce que nous ne savons pas comment ils ont pu être formés, ni parce que pour quelques-uns, nommément pour les lois des Saliens et des Ripuaires , il n*est pas même certain s'ils furent rédigés par la volonté de l'autorité publique , ou s'ils ne sont peut-être pas l'œuvre d'un simple particulier, qui, prenant en considération le besoin de ses contemporains, aurait cherché & consigner par écrit le droit en vigueur (14) \ car il n'est pas douteux que les codes, une fols rédigés, n'aient été publiquement en usage , et précisément pour cette raison il n'est pas douteux non plus qu'ils n'aient eu vigueur dans la vie elqu'ils n'aient répondu à la vie. Cequ'ils contiennent peut être regardé comme la vérité, comme le droit réel et en vigueur. Enfin ces codes ne perdront également rien de leur valeur parce que pour quelques-uns, en particulier pour la loi salique et la loi des Ripuaires, il est incertain à quelle distance, dans quel pays, dans quelles limites ils ont été appliqués. Car s'il ne peut être douteux que , de cette manière, ils n'ont eu force que dans la Gaule, dans les pays soumis par les Saliens et par les Ripuaires (15), cette circonstance précisément ne fera que leur donner une plus grande valeur pour les premiers temps de l'empire des Franks -, mais c'est le contenu de ces codes qui rend impossible de déterminer par eux l'organisation, l'ordre, les institutions de l'empire.
Ces lois en effet , à quelques exceptions près , ne renferment aucun droit public : la circonstance déjà qu'elles n'avaient de vigueur que pour chacun des peuples teutoniques dont se composait l'empire des Franks ne le permettait point ^ elles n'ont par conséquent en vue que la vie privée des hommes et leurs points de contact dans leurs relations privées ^ elles déterminent les peines qui devaient frapper l'individu qui troublait la paix de la société et portait atteinte à la sûreté d'un individu. Elles montrent . il est vrai, des fonctionnnires de l'Etat, devant lesquels les hommes, dans l'empire des Franks, devaient chercher et trouver justice; mais elles ne montrent pas l'empire, et elles laissent à peine supposer l'ordre des fonctionnaires, leur position res^