LIV. IX
TEuropc avaient été couronnées d'un succès si complet qu'eux-mômes n'auraient pu Taltendre dans la plus audacieuse de leurs espérances ; ils ne pouvaient donc pas craindre que TEu* rope leur écbappftt, et pourlanl, du milieu de lEspagne, ils n'avaient encore rien entrepris pour la soumission de l'Europe , qui désormais devait nécessairement occuper leur pensée.
Ausiége du califat en effet, dans Tancienne Damas , on s'était habitué depuis longtemps à mesurer toutes.choses avec un hrge compas: on était convaincu que les pays du sud de la Méditerranée ayant été facilement soumis, les pays situés au nord de cette mer seraient facilement aussi réduits sous la domination du prophète. Mais d'après la position de ces pays à regard du siège du califat, ce plan pouvait être exécuté plus facilement en parlant de l'Orient sur l'Asie- Mineure et la Grèce, qu'en partant de TEspagne sur la Gaule et ritalie; et pour cela môme il était d'autant plus naturel qu'on organisât et qu'on poursuivît ce plan à Damas, que les Musulmans africains^ qui en majeure partie conquirent l'Espagne, différaient des véritables Arabes , et que les derniers croyaient avoir des motifs de jalousie contre les premiers. Celte relation explique déjà suffisamment pourquoi les conquérans maiiomélans de l'Espagne laissèrent reposer leurs armes après qu'ils eurent pris possession de ce beau pays ; mais à celte cir~ constance s'en joignirent une foule d'autres qui rendirent ce repos nécessaire. Non-sculemcntuneattaque contre Constanlinoplc échoua, mais le siège de cette ville , qui dura trente mois, coûta des sommes prodigieuses et anéantit de grandes forces de mer et de terre. En Espagne d'autre part, lorsqu'on fut revenu de la première surprise, il y eut beaucoup de mouvemens qui nécessitèrent de grandes précautions dans ce pays à peine soumis, et au milieu de ces mouvemens, ce pays devait recevoir son organisation et un nouvel ordre sous de nouveaux matlres. Le bonheur lui-même provoqua dans les gouverneurs arabes l'envie, et la défaveur excita les unes contre les autres beaucoup de mauvaises passions. Ils s'abaissèrent et s'accusèrent mutuellement à Damas, et amenèrent par là d'un côté leur rappel, leur humiliation , leur supplice , et de l'autre des inicrruptions de diverses espèces dans l'organisation et dans l'action. Enfîn Damas,
CIIAP, V^
à cette même époque » vit des changemens ra* pides et singuliers de souverains ; car dans le court espace d'environ neuf ans, de l'an 715 à l'an 724, non-seulement quatre califes arrivèrent à la domination , mais ces califes différèrent aussi d'une manière si complète dans leurs dispositions et dans leurs principes, qu'un parfait accord dans la conduite devint impossible. A ce dur Soliman , qui ne ménagea pas même les hommes qui avaient rendu les plus éclalans services , succéda Omar avec une sévérité et une justice qui appartenaient à peine à ce monde, et avec des vertus si élevées qu'ij a trouvé plus d'admirateurs que d'imitateurs. Les passions toutes matérielles de Yesid furent inconciliables avec une active participation aux grandes affaires : étourdi par les chants de la mollesse , il n'écouta pas ce que demandaient les hommes et les choses. Enfin l'âme d'Uescham, si petite dans ses calculs, ne fut pas propre non plus à concevoir en grand de vastes projetsetà les exécuter. On conçoit donc facilement lé repos des Musulmans d'Espagne-, mais on ne pouvait se fier à ce repos : leurs glaives n'étaient pas émoussés et leurs bras ne s'étaient pas engourdis.
II est difficile que Karl, le prince des Franks, ait méconnu la situation de l'empire, bien qu'il ne pût jeter un regard assuré sur les relations des ennemis du nom chrétien , bien que par cela ml5me peut-être il n'ait pas su pourquoi les Sarrasins d'Espagne , après avoir atteint le sommet des Pyrénées, lorsque les agitations des Franks dans la Gaule ne pouvaient être un secret pour eux, restaient inaclifs pendant tant d'années-, il ne peut avoir ignoré ces mouvemens -, il doit avoir connu le génie, les dispositions qui vivaient dans ces hommes et les poussaient en avant. Il avait en lui une nature héroïque trop élevée pour avoir pu croire que les Sarrasins victorieux, que n'arrêtaient aucun rocher, aucun désert , aucune montagne et aucune mer, fussent disposés à terminer le cours de leurs exploits et à briser eux-mêmes la chaîne de leurs succès. Cela ne. peut donc être autrement : Karl eut toujours sous les yeux l'Espagne ; il calcula et saisit avec prévoyance le moment qui lui était favorable , comme les Sarrasins avaient saisi le leur. Mais pour pouvoir profiter d'une manière satisfaisante et libre de l'occasion de leur montrer la force dos hommes germaniques ^ de sauver la croix du
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Alors un enrant fut orné du litre de roi , un enfant qui n'avait pas de volonté,' qui n'en pouvait acquérir aucune , et qui , précisément pour cette rasion , était un roi comme Tépoque et le puissant Karl pouvaient le désirer. Ce pclil roi était appelé Théoderich , quatrième du nom , et il était, comme on doit le conjecturer, fils de Dagobert III; dans ce cas , qui est le plus vraisemblable , il était âgé d'environ six ans lorsqu'on le fit roi , et on lui laissa ce titre pendant dix-sept ans, parce qu'on ne trouva personne qui pût le porter avec plus d'innocence.