‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 105 sur 298 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LES MUSULMANS EN ESPAGNE. — NOUVELLE RÉUNION DES SOUABES ET DES BAVAROIS A L'EMPIRE DES FRANKS.

De Pan 7i0 à Tan 727.

Karl était seul maire du palais (1) et prince des Franks ; il se trouvait à l'égard des Franks et de Tcmpire presque dans la mOme position où s'était trouvé le grand Chlodwig , fondateur de l'empire, et les rois qui lui succédèrent avant que le maire du palais se fût placé entre le trône et l'empire, avant que le maire du palais eût brisé d'un côté la puissance et de Tautre limite la liberté. La seule différence qu'il y eut, c'est que Chlodwig était entouré comme par un camp de guerriers libres qui, d'après une délibération et une résolution communes, le suivaient à Taclion , au combat et à la victoire, et que Karl au contraire avait autour de lui, au lieu de leules armés, de riches vassaux qui, vivant sur leurs propriétés foncières, pouvaient être plus difllcilement réunis pour délibérer et pour résoudre 9 et plus difllcilement encore être mis en mouvement pour la guerre et l'action. Mais de tout temps un génie vigoureux a exercé une grande puissance sur les hommes, et les esprits se sont rarement opposés t un général victorieux ; le succès aussi jette d'ordinaire un voile sur les droits , et la splendeur des grands exploits guerriers a un charme que rien n'égale : il ne fut donc pas difficile à Karl de gagner les Franks et d'obtenir dans les assemblées nationales la voix des vassaux pour les opérations qui lui semblèrent utiles ou nécessaires.

Mais si le prince dos Franks examinait sa propre position et celle de Tempire , il devait reconnaître sans doute que pour se maintenir lui-même comme pour maintenir l'empire , il fallait marcher à de nouveaux combats , à de nouvelles victoires. Ce n'était pas par un droit héréditaire qu'il était arrivé À la puissance qu'il exerçait^ il s'était élevé par une lutte énergique, l'épée à la main , & la hauteur d'où il dirigeait l'administration , et il ne pouvait se maintenir à cette hauteur que l'épée à la main ; et ce qui semblait être pour lui un besoin personnel était également exigé par l'état de l'empire :car les Musulmans s'étaient emparés depuis plusieurs années de l'Espagne, ils avaient renversé dans une seule bataille le royaume des Goths, qui, fondé sur un sol creux et déchiré par les discussions ecclésiastiques et par des discordes civiles, s'était présenté à eux sans appui et sans ordre ; ils étaient devenus pour les Franks des voisins menaçans.

Depuis que Mahomet, par une poésie pleine d'enthousiasme, par des discours sublimesel par des doctrines entraînantes, avait réveillé che2 les Arabes la force endormie des siècles ; depuis qu'il avait appelé aux armes les fils éner« giques du désert*, depuis que, par l'enlhou^ siasme élevé d'une foi nouvelle et d'un nouveau salut, il les avait précipités sur tous les pays de la terre , sur les peuples de TOrient et de rOccident, il ne s'était pas encore écoulé trois âges d'homme , et déjà le drapeau de Mahomet flottait sur les bords de Tlndus et sur les côtes de l'Océan occidental, elles contrées de l'Asie et de l'Afrique retentissaient du cri des croyans : « Allah est Dieu et Mahomet est son prophète ! » Cette fortune prodigieuse avait exalté les ftmes de ces hommes; les peuples de la terre semblaient tous destinés à se courber devant la toute-puissance de leur foi et de leur glaive. Leurs courses victorieuses n'étaient entravées que par l'immensité de la mer , et , sur les vagues de l'Océan , leur enthousiasme était tout aussi puissant qu'il l'avait été au jour de leur première victoire. L'idée d'un obstacle suscité par la puissance humaine resta donc bien loin de ces peuples invaincus ; plus loin d'eux encore resta la pensée d'une dé« faite. £t maintenant, ils avaient conquis l'Espagne aussi rapidement qu'ils l'avaient attaquée. Leurs premières tentatives contre

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