‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 115 sur 298 · LIV- IX · texte numérisé non relu

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tort des armes, il invoqua Tappui de son beaupère et résolut de tenter la fortune»

Mais Abd-er-Rhaman ne perdit pas de temps; animés d'un nouvel enthousiasme, les belliqueux Musulmans le suivirent. Avant quTudo pûi entrer en campagne, avant que Munuza pût se reconnaître, Abd-er-Rhaman s'avança avec son armée et assiégea dans Puicerda le général rebdie. Munuza, pressé par Tépée ennemie, par la faim et par la soif, se vitbien* tôt réduit au plus grand embarras. La tentative d'échapper par une sortie réussit, il est vrai , mais le réduisit dans les montagnes à de nouvelles extrémités ; et comme il ne put sauver sa femme, la fille d'Eudo, il se précipita du haut d'un rocher et se donna la mort. La fille d'Eudo fut prise et livrée à Abd-er-Rhaman avec la tète de son époux. Abd-er- Rhaman l'envoya au harem du calife» Les troupes de Munuza passèrent du côté du vainqueur pour ezpier leur crime par de nouveaux exploits, et Abd-er-Rhaman conduisit aussitôt l'armée, dont une partie était enthousiasmée par sa victoire et l'autre partie furieuse de sa défaite, au delà des Pyrénées contre Eudo, allié mécréant et beau -père du rebelle qui venait de succomber. Il s'avança sans obstacle et non-seulement, à l'ancienne manière , vers l'est et le nord , mais en descendant la Garonne vers la mer occidentale , et il montra par lé sa résolution de ne pas faire une simple course dans un but de pillage et de vengeance, mais d'arriver à une conquête durable. Toutes les villes baignées par la Garonne tombèrent sous le choc de ses armes, et Bordeaux même fut emporté par les redoutables vainqueurs. Pendant ce temps, il est vrai, le duc Eudo avait rassemblé ses troupes sur les bords de la Dordogne , et il était résolu à livrer une bataille \ mais il dut céder & la fortune et à la supériorité Eiumérique des Musulmans: une grande partie de son armée fut anéantie, lui-même ne trouva de salut que dans la fuite, et -son pays , dépourvu de tous moyens de défense, fut ouvert aux Musulmans victorieux.

Eudo se trouvait donc dans le plus grand danger : fugitif devant un ennemi redoutable qui le poursuivait avec opiniâtreté, il ne pouvait chercher de refuge que vers un autre ennemi non moins redoutable qui se tenait sur la Loire avec son armée et qui pendant ce temps semUe avoir renforcé ses troupes par

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tous les moyens. Il ne lui restait donc plus qu'à se soumettre au lieutenant du calife , qu'à ser« vir l'ennemi du nom chrétien et , renonçant à la dignité princiére , à subir le Joug de l'Orient, ou bien à s'incliner devant le puissant maire du palais et à reconnaître Ja suzeraineté de l'empire des Franks ; il se prononça pour ce dernier parti, qui était aussi le meilleur. Karl avait attendu ce moment : il devait tenir à tranquilliser l'Aquitaine et à renforcer sa propre armée par des débris de celle d'Eudo, par des soldats qui avaient à craindre la perte de leurs possessions et de tout ce qui est précieux aux yeux des hommes, et qui, par cette raison, faisaient espérer une lutte habile et opiniâtre. Il confirmaenconséquenceauducEudo, après que celui-ci lui eut juré fidélité et reconnaissance , tout le duché d'Aquitaine , en se réservant toutefois quelques biens et quelques possessions ; il rangea les guerriers aquitains sous ses drapeaux, puis il marcha contre Fennemi. Les armées se rencontrèrent dans la plaine de Poitiers. On était au mois d'octobre de l'an 732. Sept jours se passèrent en préparatifs , eu insultes, en escarmouches , en petites rencontres; puis vint la bataille. Dans ce jour, les Arabes combattirent pour leur prophète, pour leur fortune et pour la domination du monde, dont la pensée n'était pas trop grande pour eux après tant de grandes actions et de victoires; lea Franks combattirent pour ce qu'ils avaient de plus sacré, pour leur conservation, leur foi^ la nationalité germanique, pour tout ce que l'époque moderne a de grand, de bien et de beau. A la rage bouillante des Musulmans, les hommes d'Austrasie et du Teutschland en particulier opposèrent une froide résolution ; ils se tinrent comme des murs et brisèrent un terrible assaut, tandis qu'Ëudo se portait avec ses Aquitains sur les côtés et les derrières de l'ennemi (2). Par cette tactique , ils fatiguèrent l'ennemi jusqu'à l'entrée de la nuit et jetèrent le découragement dans les ûmes de ces hommes qui n'avaient jamais éprouvé de crainte. Abd-er*Rhaman, le lieutenant du calife, avait trouvé la mort dans le combat; une grande par» tie de son armée était tombée avec son chef belliqueux, le reste ne put se sauver qu'en abandonnant dans l'obscurité tout le camp et en arrêtant la poursuite des Franks par le riche butin qui leur fut livré. Le lendemain matin les Franks se rangèrent de nouveau eq armes

cl rétablirent leur ordre de bataille , résolut à décider ce qui la yeille était resté indécis : ils s'avancèrent Jusqu'au camp ennemi ^ mais les tentes innombrables étaient vides, et les éclaireurs qu'on envoya en avant ne trouvèrent pas d'ennemis. Les Arabes ne se crurent en sûreté contre Tépée de ce puissant guerrier du Nord que dans les défilés et les gorges des Pyrénées. Bien que Karl, le prince des Franks^ affaibli en partie par sa propre perte dans ce formidable combat, rappelé en partie de ces pays lointains par les relations difficiles de l'empire, ne fût pas en état de poursuivre les Musulmans dans les Pyrénées et de leur fermer le retour ft Jamais , il crut cependant avoir assez obtenu pour partir en toute confiance, pour tourner ses armes dans une direction opposée et laisser de ce côté la défense de l'empire au duc Eudo comme garantie de sa fidélité.

On ne peut nier que la bataille de Poitiers entre les Franks et les Sarrasins fut moins ter« ribie que ne la Tont les écrivains chrétiens, d'après des bruits, des traditions et des chants poétiques : on prétend qu'il ne tomba pas moins de 375,000 Musulmans. Cette bataille n'a pas non plus été aussi décisive qu'on Ta cru plus tard : tout cet événement dut plutôt paraître singulièrement insignifiant au calife, s'il portait ses regards sur les pays qui lui étaient soumis, àlui et au prophète. Vraisemblablement aussi les Musulmans repassèrent les Pyrénées avec la ferme résolution de revenir bientôt et de venger la honte dont les avait couverts la défaite de Poitiers . Gependanlcette bataille est placée avec raison parmi les événemens les plus importans de l'histoire : l'empire des Franks, la religion êhrélienne et le caractère propre du monde germanique furent sauvés par elle, non-seulement pour le moment, mais ik tout Jamais.

Les Arabes avaient été pour la première fois vaincus en plaine campagne*, leur foi dans la domination du monde avait été vigoureusement ébranlée , ils avaient senti qu'il y a une limite où se brisent les armes de la conquête, qu'elles soient aiguisées par la foi , par la main de la gloire ou par une aveugle confiance dans la fortune.

Les Franks et les peuples teutschs qui participèrent A la grande Journée de Poitiers, étaient revenus au sentiment do leurs forces, parce qu'ils 1^ avaient de nouveau éprouYée«

contre le plus redoutable ennemi, Jusqu'alors invaincu \ ils avaient obtenu la preuve que le Christ ne succomberait pas devant Mahomet : ils furent fortifiés dans leurs mœurs et dans leurs usages. Karl enfin , qui par ses actes et ses paroles avait su réunir les peuples et donner à leurs forces la direction et l'appui qui leur étaient nécessaires pour la victoire , a bien mérité la grande gloire dont son nom a été entouré par ce triomphe, et le surnom sous le^ quel les siècles postérieurs l'ont désigné a perdu toute équivoque dans cette gloire : Karl-Mar« tell, le marteau (3).

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