‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 114 sur 298 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

INCURSlOnd DES NUSULBfANS DANS LA GAULE. — BATAILLE DE POITIERS.

De Tan f2i i Van 733.

Pendant que, parmi les peuples teutschs, la suprématie de Tempire des Franks était rétablie par les armes de Karl et fortifiée par Boniface au moyen de la fondation d'une vigoU' reuse unité ecclésiastique, le danger qui depuis ée longues années menaçait du sud le monde germanique et la religion chrétienne devenait toujours plus grand , et le moment approchait où il serait décidé si ce danger passerait et ne servirait qu'à consolider l'organisation chrétienne germanique, ou si l'Europe éprouverait la transformation la plus complète dans sa religion, dans ses institutions, dans ses lois et dans ses mœurs. Mais réternelle sagesse qui règle le sort des hommes et des peuples avait préparé dans les événemens et dans les passions humaines les ressources et les moyens par lesquels les choses les plus saintes et les plus belles de la vie, c'est-à-dire l'esprit et sa culture, pourraient être sauvées. Kart, le prince dos Franks,

CHAP. Vil/ 4î5

par des circonstances qui doivent frapper ceux mêmes qui ne reconnaissent pas aisément le doigt de Dieu dans la direction des affaires de ce monde, se trouvait en mesure de faire avec succès face à l'orage. Les frontières de l'empire étaient tranquilles ; dans l'intérieur^ les factions étaient vaincues ^ il se prèsentiiil comme un héros célèbre , certain de la con-* fiance universefie*, et bien que les ecclésiastiques corrompus ou les laïques revêtus de ThabiC religieu^i, dont il ne ménagea pas toujours les bénéfices , pussent nourrir contre lui un asses grand ressentiment (1), il était assez fort pour mépriser ce ressentiment, parce qu'il était honoré par les saints hommes que le monde honorait et parce que le monde savait et re-* connaissait qu'il tirait son épée pour la foi chrétienne, non moins que pour le salut de l'empire , pour sa propre gloire et sa propre grandeur. Telle était la position de Karl lors-* que l'heure de la décision arriva; mais la marche des événemens qui amenèrent cette décision ne peut être facilement découverte* La chronologie est encore plus confuse qu'elle ne l'est d'ordinaire, et ici comme presque par-* tout la pauvreté des chroniques rend incer^ taine la véritable corrélationdes faits. D'après l'état des relations et la position des peuples, les événemens semblent s'être passés de la ma<« nière suivante, et l'on ne trouve non plus dans les faits aucune donnée qui y soit contraire.

Dans les premières années qui suivirent leur arrivée en Espagne, les Sarrasins, parles motifs que nous avons développés, n'avaient pas franchi les Pyrénées, et dans les provinces qui de ce e6té-ci des monts étaient encore au pouvoir des Goths, quelques comtes s'étaient maintenus dans une certaine indépendance; mais aussitôt que l'attaque des Musulmans sur Gonstantinople eut été repoussée, l'an 718, lorsque Al-Horr, que les Occidentaux appellent Alahor, eut obtenu la dignité de gouverneur d'Espagne au nom du calife , ils se rendirent mattresdu pays des Goths au pied occidental des Pyrénées , et à ce qu'il paraît sans difficulté t car comme Eudo, duc d'Aquitaine, put encore conclure après cette époque avec Chilpérich , roi des Franks, une alliance contre Kari, prince des Austrasiens, ils ne peuvent s'être montrés sur la limite de son pays avec des forces menaçantes ; mais une fois que les Sarrasins furent arrivés dans la Gaule , il y eut nécessairement

ft20

des discussions 9 des chocs entre eux et les Franks d'ÂquUaine; de ces chocs résullërent vraisemblablement de petites entreprises qui commencèrent environ trois ans après que les Pyrénées eurent été franchies. Il est dilficile de reconnaître un but à ces entreprises parce que nous manquons de documens ; les Sarrasins en effet ne pouvaient par là, selon l'expression d'un écrivain contemporain, que provoquer les peuples franlis sans être sûrs d'aucun succès. Al-Sennaghyque les Occidentaux appellent Zema ou Sema, était lieutenant du calife. Sous sa conduite, les Sarrasins conquirent Narbonne: les hommes de cette ancienne ville passèrent par Tépée; les femmes et les cnfans furent emmenés captifs en Espagne. Mais lors* que Sema hasarda aussi une attaque sur Toulouse , le duc Eudo accourut pour sauver sa capitale, battit les ennemis et les mit en fuite en leur faisant éprouver une grande perte. Le lieutenant fut tué. Son successeur cependant, Ambesah ou Ambisa, ne laissa pas cette honte sans vengeance : il pénétra avec une nou- Yelle armée au loin dans la Gaule, vt^rs Test ^ il conquit Carcassonne et Ntmes, remonta en dépit des Franks, en ravageant et en détruisant tout, une partie de la Bourgogne, prit môme, Tan 7Î5, la ville d'Autun, et après Tavoir pillée, il repassa les Pyrénées avec un riche butin.

Ces courses n'eurent assurément pas de suite importante, parce que la succession rapide des califes et diverses relations de l'empire des Musulmans amenèrent des changemens rapides de lieutcnans et par là même rendirent impossibles de grands projets et leur exécution. Mais les courses des Musulmans avaient cependant exposé successivement les pays dont Eudo était prince à un si grand danger, qu'Eudo put enfin désespérer de la possibilité d'une résistance plus longue; mais une alliance avec Karl, maire du palais dans Tem-^ pire des Franks, lui parut dangereuse, parce que se rappelant les événemens antérieurs, il savait bien que Karl se refuserait à tout trailé s'il ne renonçait à son indépendance et ne reconnaissait la suzeraineté del'empire en qualité d'anstrustion. Danscetétat dechoses, Eudocrut qu'il valait mieux s'entendre avec les Musulmans ; mais les possessions orientales de ceux-ci étaient confiées ù un général appelé Munuza, gui, grâce aux changemens fréquens de lieutcnans en Espagne, jouissait d'une certaine

indépendance et qui s'efforçait même peutêtre d'acquérir une indépendance complète; et précisément pour cette raison, Eudo pouvait le regarder comme plus puissant qu'il ne l'était en effet. II conclut donc un traité de paix et d'amitié avec ce général, et n'hésita pas pour le confirmer à livrer une de ses filles au harem de ce Musulman africain. Eudo espéra avoir mis ainsi ses possessions eo sûreté sans nuire à son indépendance.

Mais ce calcul fut renversé d'une manière terrible. Son ignominieux traité avec Munuza lui suscita deux ennemis qui lui étaient de beaucoup supérieurs en puissance. D'un côté l'alliance d'Eudo avec le Musulman affectait péniblement Karl, le prince des Franks. L'Aquitaine cessait d'être un poste avancé de l'empire, et Eudo, qu'il n'arait considéré jusqu'alors que comme un vassal incommode et récalcitrant, était désormais un dangereux voi-

sin ; Karl crut donc devoir châtier ce prince suspect, briser le lien qui l'unissait aux Musulmans et ramener l'Aquitaine à l'empire. Se voyant désormais sans lutte à soutenir dans l'empire et mattre de toute sa puissance, il rassembla une grande armée de tous les pays qui lui étaient soumis, surtout d'Austrasie et parmi les peuples teutschs de la rive droite du Rhin qu'il avait forcés de reconnaître de nouveau l'empire des Franks. Avec cette «irmée, il s'avança, l'an 731, vers la Loire et prit position sur ce fleuve. Il ajourna l'allaquc, sans doute parce qu'il voulait attendre le développement d'autres relations qui pouvaient maintenant se montrer à lui dans tout leur jour. De l'autre côté en effet, Abd-er-Rhaman, homme d'un génie belliqueux, avide de gloire et animé par un zèle ardent pour l'honneur du prophète , et que pour cette raison les Musulmans d'Espagne désiraient depuis longtemps pour gouverneur, avait été enfin pendant ce temps désigné comme lieutenant en Espagne par le calife Haschem ; il ne vit pas l'alliance de Munuza avec Eudo avec moins de déplaisir que Karl, prince des Franks ; il conçut le soupçon bien fondé que Munuza avait envie de se détacher, avec l'aide de son beau-père le prince frank Eudo, sinon du califat, du moins da gouvernement confié à Abd-er-Rhaman. Lesremontrancesqu'il adressa à Munuza aigrirent celui-ci etiui firent connaître d'avance sondestin.

Munuza reporta toutes ses espérances sur le

Page 1