‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 125 sur 298 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

MORT DE KARL-MARTELL. — KARLMANNET PIPPIN, PRINCES DES FRANKS. — DIS- SOLUTION DU DUCHÉ D'ALLEMANNIE.— BONIFACE, ARCHEVÊQUE DE MAYÈNCE.

De Van UO i Tan 746.

Karl, en commençant sa carrière comme seul maire du palais et prince des Franks, avait décoré du titre de roi un enfant, Théoderich lY, pour donner un objet à la ûdélité et un appui à la faiblesse. Les écrivains ne font Jamais mention du sort de ce jeune roi : sa naissance est incertaine , sa vie fut obscure , et sa mort comme sa vie n'excita pas Taltention. La seule chose qui témoigne de son existence, c'est que les diplômes furent datés d'après les années de son règne*, quelques-uns aussi portent son nom. Ces diplômes ont été donnés à plusieurs endroits, àSoissons, à Metz, à Coblentz; en sortequ'il semble que Karl-Martell n'avait nullement soustrait le roi aux regards du monde. CSependant ces actes n'appartiennenlqu'à la première moitié du règne de Théoderich , et enfln tous furent sansdoute indifTérens. La longue dégradation de la maison royale aurait probablement rendu impossible, même à un homme habile de cette race, de faire valoir son autorité contre le puissant maire du palais ; mais un jeune prince comme Théoderich dut rester toujours à Tombredes armes de Karl, qu'il vécût en prisonnier dans une cabane ou qu'il all&t d'un palais à l'autre avec une vaine magnificence. Pendant une suite d'années , sa Jeunesse l'avait rendu incapable de toute affaire ; daos ce temps , Karl-Martell s'était élevé par ses victoires et par sa fortune à une telle gloire ei & une l^lle grandeur que le jeune roi ne fut aperçu et par conséquent désiré par personne. Mais lorsqu'il fut arrivé à l'âge d'homme, la pensée des hommes , qui d'habitude ne se tourne qué vers l'action cl le bonheur, avait perdu tout iouvenir du rejeloq de l'ancicanc race royale*,

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on ne fit pas attention, à lui bien qu'il se montr&t, et son nom ne fut, comme les mois dans le calendrier, qu'un signe mort pour le calcul du temps. En conséquence on ne fit pas non plus mention de son décès. Vraisemblablement toutefois il mourut l'an 737, dans le temps où Karl marcha pour la seconde fois contre les Musulmans -, plus tard , cette année est indiquée d'une manière précise. On doitremarquer que dans les diplômes on data aussi d'après la mort de Théoderich lY (1), et cependant, & ce qu'il paraît, le pape lui-même n'avait pas eu connaissance de cette mort ; car dans les lettres de Grégoire III h Karl-Martell, que nous avons citées, ce prince est appelé sous^roi^ et cette dénomination semble assurément supposer un roi cfTectif. Karl lui-même n'hésita pas à compter les années d'après la mort du roi Théoderich , soit qu'il comptât sur l'oubli et l'indifTércnce des hommes, soit que dans la plénitude de sa puissance il ne Itnl pas compte de leurs senlimcns, soit aussi qu'il voulûtéprouver quelle était encore parmi le peuple des Franks la valeur de la maison mérovingienne. En tout cas il y a dans ces circonstances quelque chose de mystérieux comme dans beaucoup d'événemens de l'histoire de cette époque , et peut-être il est heureux qu'un voile soit étendu sur toutes ces circonstances.

Karl avait gouverné pendant quatre ans l'cmpire desFrankscn conservant le nom royal sans roi, mais avec l'autorité d^un roi. Alors il fut surpris parla maladie : il n'était âgé que de cinquante ans *, mais ses grands efforts et ses grandes expéditions avaient de Lonne heure usé ses forces. Il sentit qu'elles s'affaiblissaient et que la mort approchait^ il crut donc nécessaire de profiler de ce moment et d'assurer entre ses fils le partage de l'empire des Franks , qu'il avait gouverné seul avec tant d'énergie , soit qu'il ne crût aucun d'eux assez fort pour se charger de tout l'empire ^ soit qu'il regardât comme nécessaire la séparation des Franks Teutschs et des Franks Romains, soit qu'il redoutât les passions de ses enfans. En tout cas le principe des partages s'introduisit aussi par la conduite de Karl dans la nouvelle famille régnante, principe du reste qui, quelque dangereux qu'il eût été jadis sous les Mérovingiens, quelque malheureux qu'il pût devenir plus tard , pouvai seul être salutaire dans les relations présentes, parce qu'il maintenait vivant le sentiment de

la nécessité et d'une division des hommes en empires d'après leur caraclère national. Mais Karl, indépendamment de plusieurs enfans naturels, avait trois fils -.les deux atués,Karlmann et Pippin, surnommé le Bref, avaient pour mère sa première femme, Rothrude; le plus jeune, Grippo ou Grifo, âgé peut-être de quatorze ans, était né de sa seconde femme, Swanahild , princesse bavaroise. Peut-être parce qu'il regardait son troisième fils comme trop jeune encore, peut-être parce qu'il ne considérait pas Swanahild comme sa femme légitime, il ne partagea l'empire qu'entre lesdeui premiers , de telle sorte que , quant à la possession, sa puissance fût divisée entre eux, et, quant à l'application , exercée par eux d'une manièreindivise comme princesdesFranks(2).

Danscebut, il rassembla dans unediète les hommes les plus illustres de l'empire, les officiers et les vassaux, et, avec leuravisetleur assentiment, ildonnaàsonfilsaînéKarlmannl'Austrasieavec la Souabe et la Thuringe, et à son second fils Pippin , la Neustrie et la Bourgogne avec la Provence. Il est aussi peu question dans ce partage de la Bavière et de l'Aquitaine que de la Frise et de la Saxe. Le silence gardé sur ces deux derniers pays se comprend assez facilement ; la Frise n'était certainement pas encore . conquise, et bien que les Saxons aient pu être battus souvent, on n'avait certainement soumis que quelques contrées entre le Rhin et le Wéser, on n'avait même soumis celles-ci que pour un moment , tant qu'elles virent les armes des Franks. On ne peut dire au contraire pourquoi il n'est fait mention ni des Aquitains ni des Bavarois. Les Franks regardaient évidemment ces deux peuples comme appartenant & l'empire \ mais il est incertain si les princes de ceux-ci étaient considérés à celle époque plutôt comme alliés que comme vassaux , ou si on les ménagea davantage, peut-être parce qu'ils avaient besoin d'une plus grande indépendance comme placés aux avant-postes de l'empire contre les Sarrasins et les Avares , ou si leur omission ne doit être attribuée qu'à la négligence des écrivains. Ce qui peut êlî-c le plus vraisemblable , c'est que, depuis la mort de Théoderich, ces deux grands ducs s'étaient, d'abord en silence, puis hautement, détachés de l'empire, parce que, comme au temps de Pippin, ils ne voulaient rien souffrir au-dessus d'eux que le nom royal. Du moins les événcmens qui se

passèrent dans les deux duchés après le décès de Karl semblent appuyer cette conjecture. Du reste une grande atteinte fut encore portée aux dispositions de ce prince. En effet on dit que, dans les derniers jours de sa vie, Karl, par faiblesse pour sa femme Swanahild, introduisit arbitrairement, sans Tassentimenl d'une diète , sans le consentement de ses fils atnés , un changement dans ses dispositions et assigna à son troisième fils Grifo une partie de l'empire. Cette partie, dit-on, était formée de telle manière que les anciens royaumes d'Austrasie» de Neustrie et de Bourgogne durent contribuer dans une proportion égale à doter ce prince. Par ce changement toutefois, Karl souleva de grandes passions , et sans peutêtre contenter son plus jeune fils et la mère de celui-ci , il provoqua non-seulement la colère de ses fils atnés, mais jeta aussi parmi les Franks des semences de discordes.

Au milieu de l'éruption ou du moins de la naissance de ces passions, qui ne furent pas calmées par les grands prësens que Karl fit à l'abbaye de Saint-Denis, le prince des Franks mourut, le 22 octobre 741, à Quiercy-sur-Oise -, et l'État, l'empire que depuis vingt-sept ans il avait d'abord gagné, sauvé, agrandi, puis gouverné avec une prudence et une énergie admirables, était exposé & de nouvelles tempêtes , & de nouveaux dangers. Bien qu'on puisse lui re^ prêcher en partie ces nouvelles tempêtes , les actes de ses derniers jours ne doi?ent pas obscurcir les actes de toute sa vie, et la faiblesse d'un mourant ne doit pas être opposée à la force qu'il déploya dans les années antérieures. L'aigreur avec laquelle les ecclésiastiques ont cherché à ternir sa mémoire ne doit pas davantage porter atteinte à sa gloire. Il n'avait pas toujours ménagé les biens des églises , parce qu'il les voyait en des mains indignes, parce qu'il croyait devoir récompenser d'une manière extraordinaire les efforts extraordi-* naires de ses fidèles guerriers pour rester sûr de leur dévouement dans des relations difficiles , parce que dans ces temps de désordres il attachait un plus haut prix à l'homme d'action qu'à l'homme de prière : le premier exposait toujours sa vie, le second était souvent un hypocrite; mais il n'a pas eu pour la religion un médiocre respect : il a consolidé le christianisme, il a contribué à lui donner une tendance plus élevée et un plus grand dévelop-

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