‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 129 sur 298 · LIV, IX · texte numérisé non relu

LIV, IX

eoneubines ou plus *, d'aalres, qui s'abstenaient d'un semblable dévergondage, se livraient aux excès de la boisson ou à la chasse. La considération du siège apostolique pouvait en de telles circonstances faire de grands progrès^ mais il fallait que Boniface eût plein pouvoir pour agir comme représentant du pape *, il devait être sûr que sa conduite serait approuvée : une diflérence d^opinion ne pouvait qu'être nuisible. » Le pape approuva le synode et donna plein pouvoir à son zélé serviteur; alors Karlmann convoqua lepremier concile teutsch, le21 avril 742. Outre Boniface, on y voit paraître les nouveaux évêques établis par lui, et avec eux quelques évêques plus anciens, tels que ceux de Strasbourg et de Ck>logne. Les pères assemblés reconnurent Boniface pour leur archevêque et prirent une série de résolutions pour éloigner les faux prêtres, pour détourner les ecclésiastiques de la guerre , de la chasse et des exercices avec des chiens et des faucons, pour les empêcher de se livrer & la débauche et à rivrognerie, et pour les ramener à une vie raisonnable et morale. On établit aussi que les comtes, comme défenseurs de TEglise, devaient aider Tévêquc à extirper tous les restes du paganisme; on établit que chaque année il y aurait en présence des princes un synode ecciésiastique, comme il y avait une assemblée de fonctionnaires et de vassaux. Le prince Karlmann soumit ces résolutions aux ofHciers cl aux vassaux de Tempire , vraisemblablement dans une assemblée tenue le l""' mai. Elles obtinrent Fassenthnent de celte assemblée et furent notifiées comme lois par le prince des Franks.

L'année suivante un second synode fut tenu le 1"' mars, non sur la rive droite du Rhin, mais à Leptines, près de Cambrai , parce que Karlmann et Boniface voulaient accoutumer aussi les évêques de TAustrasie propre à Tordre qui déjà avait été établi dans le Teutschiand -, mais il y eut évidemment, entre le premier et le second synode, des transactions qui ne nous ont pas été transmises. Le premier de ces synodes en effet avait résolu la remise des biens arrachés aux églises, et Karlmann et ses fidèles avaient inconsidérément confirmé cette résolution , peut-être parce qu'ils ne l'avaient pas bien comprise ; il se peut que Texéculion de celte mesure ait amené des difllcuUés qu'on ne cacha pas aux ecclésiastiques. La convention suivante fut

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donc admise par le pouvoir temporel et le clergé : « Si dans un cas de guerre dange* reuse une partie des biens de l'Église est retenue pour dédommager les fidèles guerriers , cette partie ne doit leur être cédée qu'à titre précaire et en vertu d'une appréciation, et sous la condition qu'un cens annuel sera payé à l'Église ou au couvent auxquels ces biens appartenaient. Si l'homme auquel un bien de cette nature a été remis vient à mourir, l'Église doit être de nouveau investie de ce bien , et si le prince est réduit à la nécessité d'inféoder de nouveau ce bien, on doit pourvoir à ce que les églises et les couvens qui remettent ce bien à titre précaire n'éprouvent aucun détriment; mais siunteldétrimentaefTectivementlieu, l'Église ou le couvent doivent être réintégrés dans la possession réelle.» Et cette convention eut les plusheureuxrésultals.L'inaliénabilité des biens de rÉglise fut reconnue. L'Église avait gagné une vaste base temporelle, et en s'appuyantsur celle-ci elle put agir d'autant plus énergiquementsurla vie et ses relations que celle baseétait plus solide , et la position du clergé comme ordre de Tempirc fut assurée. Du reste, dans ce synode plus nombreux , on répéta les résolutions du synode de l'année précédente, on les accepta , on les confirma et on en ajouUi de nouvelles conçues dans le même esprit; et le tout, après avoir été accepté par les officiers et les vassaux de Tempire, fut considéré comme une loi. Boniface eut le plaisir d'amener tous les évêques réunis à souscrire unanimement une déclaration dans laquelle ils exprimèrent leur soumission à l'Église romaine et promirent une obéissance inébranlable en paroles et en actions à saint Pierre et à son vicaire.

A partir decctle époque, on continua de tenir des synodes ; leur tenue coïncida toujours avec celle des assemblées des seigneurs temporels , au printemps, et bientôt on y délibéra nonseulement sur les affaires ecclésiastiques, mais aussi sur les affaires séculières. C'est ainsi que, dès le troisième synode , auquel Boniface assista, vraisemblablement Tan 744, comme plénipotentiaire du pape, les ecclésiastiques examinèj:eflt et admirent des lois entièrement tem* porelles sur les affranchis comme témoins, sur les personnes soumises aux tribunaux, sur la fausse monnaie, sur les voleurs de grand chemin et leur punition. Mais cette influence ec- ' clésiastique ne se borna pas à l'Austrasie. Dans

rintérieur de la Gaule aussi s'éleva le nouvel esprit que Boniface avait suscité dans le Teulschland , et bien que les évêques ne pussent pas se résoudre aussitôt à reconnaître ofliciellement leur soumission au siège apostolique et la nouvelle organisation ecclésiastique que Boniface et le pape ^'efforçaient d'introduire, ils se laissèrent pourtant attirer à un synode. Soit par leurs propres dispositions, soit à l'instigation du prince Pippin, ils établirent en même temps des principes qui devaient nécessairement les placer sous la puissance du siège apostolique par suite de la situation de l'empire et du siècle.

On en vint donc dès ce temps à^ ce point qu'on put supposer que toutes les Eglises du Teutschland et de la Gaule devaient successivementse réunir dans une seule Eglise catholique romaine, et que dans la suite le grand édifice de cette Église se développerait sur tout le monde chrétien d'Occident ; et Boniface put dire que cette œuvre puissante était due en grande partie à sa coopération.

Mais ce qu'il pouvait dire lui-même fut aussi généralement reconnu, surtout de la manière la plus décisive par les princes des Franks, Karlmann et Pippin. Le désir qu'ils avaient de récompenser dignement de tels services était ju«te, et Karlmann trouva bientôt une occasion convenable de l'accomplir.

' Dans un synode, en 746 , Boniface éleva avec force et sévérité la voix contre l'évoque Gewelieb ou Gervilio de Mayence, qu'il accusait d'être un prêtre indigne. Le père de Gewelieb, Gérold, qui était en même temps son prédécesseur sur le siège épiscopal, avait été tué dans la guerre par un Saton ; Gewelieb avait tiré de cette mort une vengeance criminelle, et par là il avait souillé un noble sentiment : dans une expédition de Karlmann contre les Saxons, il avait attiré hypocritement auprès de lui l'homme sous l'épée duquel son père était tombé, et dans une entrevue il l'avait fait précipiter dans le Wéser ou dans la Werra. De plus, il aimait la chasse et se complaisait aux choses mondaines. Boniface l'accusa donc parce que les cérémonies de la religion ne pouvaient être accomplies avec des mains souillées de sang et avec un cœur disposé aux choses terrestres; il n'agit pas par égolsme , mais par un zèle d'autant plus énergique qu'il était plus vieux et qu'il avait eu plus de succès.

Il ne voulait peut-être pas rendre vacant le siège épiscopal de Mayence pour s'en emparer lui-même , il désirait plutôt obtenir pour lui Cologne afin d'y élever un siège durable où serait fixée enfin sa dignité archiépiscopale jusqu'alors indécise, et le pape avait déj& répondu à ses vues. Mais Gewelieb ayant été dépouillé de sa dignité ecclésiastique à cause de ea vie mondaine et de son action criminelle, les deux frères Karlmann et Pippin résolurent d'établir dans l'ancienne et vénérable ville de Mayence un siège archiépiscopal et de donner ce siège à leur fidèle ami Boniface. Boniface ne s'opposa pas à la volonté des princes. Le pape Zacharie sembla d'abord surpris de ce changement ; il s'exprima avec précaution sur ce qui s'était fait-, bientôt toutefois il fut décidé par Boniface à approuver la disposition prise par les princes , et il confirma sur son nouveau siège le vieil archevêque. Mayence fut donc le premier archevêché teutsch : toutes les Eglises du Teutschland propre lui furent soumises, et par 1& même, elles furent rattachées par un lien nouveau à l'Eglise romaine et au siège apostolique.

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