LIT. IX
claréi pour Odilo, duc des Bavarois, et parce qu*il8 avaieol combattu avec celui-ci contre les invincibles princes Karlmann et Pippin; ils furent victimes de la vengeance à cause de leur fidélité à Tancienne race des Mérovingiens , à leur alliance avec un prince voisin et à Tancienne liberté de la patrie. On ne connaît pas leur sort ; Théobald toutefois disparaît du théâtre de la vie, et TAUemannie ou la Souabe cesse d^ètre un duché particulier : elle fut vraisemblablement gouvernée désormais par plusieurs comtes, et le choix et la position de ceux-ci leur rendit impossible de se réunir de nouveau sous un duc. Odilo au contraire , duc des Bavarois , pour lequel certainement les événemens de Souabe ne furent pas perdus , se maintint dans son indépendance^ parce que rétat des choses rendit impossible une attaque contre ce prince plus puissant; toutefois il ne put non plus échapper à son destin. Bien que Karlmann crût Justifier par la passion et par la force des circonstances sa conduite envers Théobald et les Allemanni, sous prétexte qu'il ne leur avait rien promis et qu'il n'était pas enchaîné par la parole de son frère , ce prétexte ne se maintint pas longtemps devant le juge qui parle si haut à tous les hommes, et tout ce qu'il remporta de TAIlemannie ne fut que honte, repentir et une conscience lourdement chargée.
£n tout cas, les moyens que les deux frères, Karlmann et Pippin, crurent nécessaire d'employer témoignent de la difUculté de la lutte qu'ils avaient à soutenir pour le maintien de leur domination et du danger où ils se trouvèrent; aussi ce fut un grand bonheur pour eux que les Thuringiens ne prissent pas part à la lutte des autres peuples teutschs contre les Franks et les princes de ceux-ci. La Thuringe sans doute peut avoir beaucoup souffert des incursions des Saxons; mais on ne trouve aucune trace que les Thuringiens aient pris les arme ; est bien qu'ils aient pu défendre leur pays contre les Saxons, ils ne se soulevèrentpascontre les Franks : leur tranquillité, leur position de spectateurs inactifs des expéditions et des luttes des peuples voisins résultaient sans doute en partie de leur épuisement, mais surtout, comme nous l'avons fait observer déjà, des relations ecclésiastiques que Boniface avait fondées et introduites parmi eux. Et dans ce temps aussi Boniface ne cessa pas de conti-
CHAP. XI
nuer son œuvre avec son ancien zèle et de l'appuyer et de la consolider de toutes les manières , si bien qu'elle dut résister plus lard aux orages du temps et ne pas même s'écrouler devant la puissance du génie. Aussi il ne se borna pas à lutter avec une Juste colère contre les vi" ces et les superstitions du paganisme; il ne s'opposa pas seulement , même avec une injuste dureté, à toute irrégularité ecclésiastique, il s'opposa encore à tous les développemens intellectuels qu'il ne comprenait pas et dont il ne pouvait prévoir les suites; et comme il reportait tout aux progrès et au développement de l'Église, comme pour maintenir l'unité de rÉglise il soumettait tout à la décision du siège apostolique, il n'hésita pas à soumettre à la réprobation de ce même siège apostolique tous les niouvemens de l'esprit, toutes les recherches sur la nature des choses, toutes les idées sur Dieu et sur le monde. Tout en portant ses regards de tous côtés dans ses efforts , tout en ne les détournant Jamais de la Bavière, où il voyait le plus grand mouvement intellectuel qu'il y eût dans le Teutschland (5), son cœur resta toujours avec les Thuringiens, parce qu'il croyait avoir fait le plus pour le salut éternel de ce peuple, et il sut gagner la puissante protection de Karlmann et de Pippin comme il avait su gagner celle de leur père Karl-MartelU Les principes du père avaient été aussi transmis aux fils et furent développés par eux , soit parce qu'ils étaient animés d'une plus grande piété, soit parce qu'ils sentaient qu'ils pouvaient se passer moins que le tout-puissant et victorieux héros de l'assistance de l'Église.
Déjà dans la même année où moururent Karl et Grégoire III, Boniface éleva plusieurs nouveaux évêchés dans les pays teutschs qui avaient été soumis par le pape h sa vigilance ; il nomma à chaque siège épiscopal un homme éprouvé et digne de confiance ; il assigna à chacun le diocèse où il devait immédiatement agir pour le christianisme et pour le siège apostolique. Le nouveau pape Zacharie , avec lequel Boniface s'était mis en rapport avec son ancienne confiance et son ancienne humilité, mais aussi, dans le sentiment des services qu'il avait rendus, avec un langage plus libre, resserra volontiers le lien qui rattachait un serviteur si fidèle à l'Église romaine; il donna à toutes les institutions du pieux missionnaire sa confirmation apostolique. Deux de ces évêchés,
ceux que Boniface fonda à Wurlzbourg et à Eiclistadt, se sont maintenus jusqu'à ce jour; deuxautres, ceux deBurabourg et d'Erfurt, ont été détruits de bonne heure. Il est difficile d'indiquer avec précision le premier de ces endroits, Burabourg, et Ton ne peut nommer avec assurance aucun évêque d'Erfurt. En même temps on continua de fonder des églises et des couvens, selon le besoin qui se faisait sentir ou selon qu'on en eut le moyen (6). Hersfeld fut désiré comme un lieu convenable pour une fondation pieuse , bien que le voisinage des Saxons détournât encore de ce choix. A Fulda au contraire , dans les sombres forêts du Buchenwald, fut fondé ce séminaire de pieux travailleurs et d'hommes savans qui dans la suite ont agi avec tant d'efficacité, de bonheur et de gloire. Un Tcutsch, un Bavarois, un élève du couvent de Fritzlar, nommé Sturmcn, fut désigné par Boniface comme premier abbé et gouverneur de cet établissement , tandis que dans les autres fondations on avait l'habitude de nommer des hommes illustres du peuple teutsch, il est vrai, mais qui pourtant n'étaient pas nés sur le sol tcutoniquc.
Boniface, en continuant à agir de cette manière dans le Teutschland, y introduisit de nouvelles relations sociales qui acquirent dans la suite la plus grande importance : le clergé devint un ordre de l'Etat. On peut admettre avec assurance que dés le temps deChlodwig, les ecclésiastiques parurent dans les assemblées nationales et dans les champs de mai ; mais ils n'y parurent que comme individus, appelés peut-être parce que l'on avait besoin d'eux , ou comme détenteurs de bénéfices ou comme vassaux de l'empire, et en vertu de cette position obligés au service réel , et comme tels en droit de donner leurs avis sur les affaires publiques. I^Iais sous l'administration de Karlmann et de Pippin , ils délibérèrent comme clergé et se prononcèrent comme Eglise. Ceci ne devint possible que par l'alliance des évêques avec le siège romain, auquel les rattacha Boniface, et par la reconnaissance d'une Église une et indivisible, dont le chef suprême était le pape, et à la laquelle ils furent amenés par Boniface -, etcetle alliance et cette reconnaissance rendirent cet état de choses nécessaire. Sans doute dans le principe on ne vit pas paraître aux assemblées tous les évêques, mais seulement ceux qui s'étaient soumis au siège aposlolique ou qui
étaient disposés à se soumettre à lui. Toutefois, d'après la inasche ultérieure des choses, la soumission de tous les évêques dut nécessaireinent avoir lieu bientôt, surtout par l'institution d'archevêques qui devaient recevoir de Rome le palUum comme signe visible de leur soumission et par leur influence sur les hommes placés dans leur dépendance. Il se peut que dans le principe les ecclésiastiques aient eu des réunions entièrement séparées par les temps comme par les lieux de celles des seigneurs et vassaux laïques-, mais par cela même ils durent arriver à former un véritable ordre dans l'empire : car bien que dans l'origine leurs délibérations n'aient porté que sur des affaires ecclésiastiques et spirituelles, ces affaires empiétaient partout sur les affaires temporelles \ elles durent en conséquence être disculées, admises ou rejetées par l'assemblée des laïques. Des transactions durent nécessairement avoir lieu entre l'assemblée ecclésiastique et l'assemblée séculière ; et de même que les laïques délibérèrent sur les affaires spirituelles et ecclésiastiques, de même les ecclésiastiques durent délibérer bientôt sur les affaires temporelles et terrestres à cause des rapports nécessaires qui existaient entre ces deux espèces d'intérêts. Pour cette raison les assemblées durent se rapprocher bientôt, quant au temps et quant au lieu, et parcelle réunion la diète se composa de deux ordres, l'ordre ecclésiastique et l'ordre séculier. La naissance des ordres de l'empire , en ce sens , peut donc avec raison être considéréecomme l'œuvre de Boniface ou plutôt comme une suite de son influence et do ses doubles liens avec le siège apostolique et avec la famille dominante parmi les Franks -, il ne peut également s'élever aucun doute sur l'ensemble et sur la marche générale des choses, quelque pauvres que soient les sources de l'histoire.
Boniface en effet et Karlmann tombèrent d'accord sur ce point, que dans la partie de l'empire des Franks soumise à ce pirnce un synode devait être tenu pour améliorer l'état de la religion cl de l'Église. Boniface exposa les choses au pape-, il lui représenta la situation comme singulièrement corrompue : a Depuis quatre-vingts ans il n'y avait pas eu de synode ; les sièges épiscopaux étaient au pouvoir de laïques ou de prêtres ^épravés. Ixs diacres avaient en grande partie dans leur lit trois