UV. IX, CHAP, XII
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les mors d'un clotlre. II serait difllcile pourtant d'en trouver un seul qui ait renoncé au monde, poussé par un désir bien pur d'arriver au salut éternel, sans avoir perdu par quelques actes de passion ou par un effet de rinforlune la paix intérieure, sans se sentir tourmenté par les ténèbres que lui présentait rélernité. On peut donc conjecturer avec quelque raison que Karlmann, agité par le crime qu'il avait commis à l'égard des Souabes, se sentit une répugnance insurmontable pour une position qui nécessitait des actes aussi sanglans ou qui provoquait à les commettre ; peut-être aussi vit-il s'élever devant lui Tombre de son père, dont il avait méprisé la volonté dans son ardent désir de domination et de puissance ; peut-être le sort de sa belle-mère et de son beau-frère ne lui fut-il pas indifférent; enfin il serait possible qu'il eût été effrayé et agité par le sort de la famille mérovingienne, qui était près de se décider. Le génie de son frère élait d'une trompe vigoureuse -, il ne Jeta pas les yeux derrière lui , mais devant lui : il regarda le passé comme passé et oublia une infortune étrangère dans la pensée de sa propre grandeur. Du reste, le prince Karlmann se rendit à Rome, avec une suite nombreuse, sur le seuil de l'église de Saint-Pierre, déposa des dons précieux et reçut la bénédiction de l'évêque apostolique. Zacharie lui coupa les cheveux et le consacra prêtre; puis il se rendit au montSoracte, qui, consacré Jadis à Apollon, devint plus tard, dans un temps de grande persécution, le refuge de saint Silvestre, et où pour cette raison une église avait été construite. C'est là qu'il bâtit un couvent. Mais dans ce voisinage de la ville éternelle , il était encore trop exposé aux yeux du monde : la curiosité, l'admiration, la reconnaissance et d'anciens souvenirs amenaient continuellement un grand nombre de personnes dans le pieux séjour de ce prince si pieux. Pour échapper à cette foule et à ces distractions, il cacha son nom^ et d'après les conseils du pape, il se rendit dans le grand couvent du mont Cassin, prit l'habit de moine et se soumit avec obéissance et patience au travail et à la sévère discipline imposée aux frères de l'ordre de saint Benoît (1).
Mais les écrivains , dans leur zèle pour la béatitude du prince moine, ont négligé d'indiquer ses relations terrestres. D'après leurs récita, Karlmann remit simplement sa puissance
& son frère et ne s'occupa plus ni du présent ni de l'avenir; on ajoute seulement qu'il lui remit aussi son fils Drogo, et quePippin n'en*
treprit l'an 747 aucune expédition, afin d'aider son frère à accomplir dignement sa grande résolution. Mais ces termes mêmes contiennent déjà une indication qui mène plus loin : il est impossible que Pippin ait soutenu et favorisé, comme individu, la cause de son frère. Les Franks, par cette circonstance, restèrent une année entière en repos ; ils participèrent assurément à ce changement. Dans l'as^ semblée nationale tenue au commencement de mars ou de mai, et qui eut nécessairement des rapports avec l'assemblée synodale du clergé^ il dut être question d'une affaire si importante, qui exerçait une profonde influence sur les relations des peuples et sur celles des individus ; car les Austrasiens et les Neustriens , qui depuis plusieurs générations s'étaient efforcés d'introduire une séparation nationale dans le gouvernement de l'empire et même une division réelle de celui-ci , ne peuvent s'être replacés si tranquillement sous le pouvoir d'un seul prince. En général il était contraire aux mœurs et aux droits des Franks que leur prince, leur roi ou leur maire du palais agît d'une manière arbitraire; ils voulaient être consultés et entendus , ils voulaient même décider de leurs affaires les plus importantes. De plus, il est difficile de croire que Karlmann ait remis sans réserve le sort de son fils Drogo et de ses autres enfans à la merci de son frère, puisqu'il connaissait les passions des hommes et qu'il savait comment il avait agi lui-même avec son frère contre Grifo, le fils de leur père commun. Si donc il portait de l'intérêt à ses propres enfans, il ne pouvait rester indifférent à l'infortune de Grifo; il le pouvait d'autant moins qu'il se dévouait plus sincèrement à Dieu. Sa justice à l'égard de Grifo ne devait pas être seulement un sujet de tranquillité pour lui au moment où il entrait dans la voie sainte, elle devait être aussi une garantie pour l'avenir de ses enfans.
D'après ces considérations, il est vraisemblable que, soit par flatterie, soit par dévouement pour Pippin, le père heureux de Karl-le-Grand , soit par défaut de documens, les écrivains ont omis ou tu volontairement les points les plus importans. Il est vraisemblable que Karlmann fit, non sans l'assentiment
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HISTOIRB DU PEUPLE ALLEMAND
des Franks, avec son frère une transaction en vertu de laquelle TAuslrasie devait rester à son ûls Drogo, peut-être sous la tutelle de Pippin , en vertu de laquelle aussi Grifo son frère devait obtenir un équitable dédommagement \ et en elTet on trouve dans les documens de cette époque qui nous sont paryenus des traces faibles, il est vrai, et altérées qui semblent nous conduire à cette conjecture.
Dans une lettre écrite et qui nous a été conservée, un ecclésiastique prie un certain abbé Andhunus de Tinformer si leur évêque commun, Boniface, s'est rendu au synode de Pippin, prince des Franks occidentaux, ou auprès du fils de Karlmann. Il paraît donc quMl y eut dans le peuple quelques doutes sur le côlé où se rangeraient les hommes les plus puissans de Tempire et en particulier Boniface, Fhomme le plus influent de ce temps. Et cette incertitude fait supposer qu'il était question d'une séparation entre les Franks orientaux el les Franks occidentaux, et que par conséquent Karlmann n'avait pas remis l'empire tout entier à son frère, mais qu'il s'était efforcé d'assurer la France orientale à son fils. El comme six ans après cet événement, dans le temps où Pippin était déjà seul roi des Franks, Karlmann vint encore une fois dans son empire avec une mission de son abbé, le premier soin de Pippin fut de faire couper les cheveux au fils de son frère, sans doute pour le rendre incapable de prétendre à une dignité temporelle du moment où il aurait été admis dans l'état ecclésiastique. De plus, il existe encore une lettre de l'archevêque Boniface à Grifo qui semble avoir été écrite dans le temps où celui-ci avait quitté sa prison , dané la forêt des Ardennes , pour occuper une haute dignité de l'État, laquelle lui avait été réservée (2). Dans cette lettre il est dit : « Je te conjure, au nom du Dieu tout-puissant, de ne rien négliger, dans le cas où Dieu le donnerait la puissance, pour protéger les serviteurs de Dieu , c'est-àdire les ecclésiastiques et les prêtres qui se trouvent en Thuringe. Je te conjure de défendre les moines et les servantes du Christ contre la méchanceté des païens, et de protéger le peuple chrétien afin qu'il ne périsse pas écrasé par les païens. Du reste, la pensée est en moi devant Dieu , comme déjà ton père et la mère me l'ont recommandé. » Il résulte
évidemment de ces paroles que Grifo n'était pas encore maître du pouvoir, de telle sorte que ce prêtre si prudent ne fit qu'indiquer des circonstances, mais qu'il attendait encore d'être mis en possession de son autorité, et que par conséquent celle-ci devait être fondée sur une base généralement reconnue. En réalité Grifo parait dès l'année suivante parmi les peuples teutschs *, il est reçu partout avec joie et affection, non comme un fugitif, mais comme un prince légitime. Enfin Karlmann, du fond de son cloître , ne cessa pas de travailler à une paix entre Pippin et Grifo, et le papeZacharie, excité par lui, chercha à décider les ecclésiastiques à amener cette paix comme entre deux princes de position égale.
Il semble que devant toutes ces considérations s'écroulent les assertions des écrivains qui prétendent que Karlmann remit purement el simplement sa puissance princière à Pippin ; que celui-ci délivra par affection fraternelle Grifo de sa prison, qu'il lui donna des possessions importantes , mais que Grifo méprisa tout, et que, entraîné par un esprit récalcitrant , il s'efforça d'arriver à une domination qui ne lui appartenait pas. D'autre part on peut tirer de ces raisons la probabilité que Pippin , après avoir aidé de la manière la plus bienveillante son frère dans l'accomplissement d'une résolution pieuse, n'observa pas les conditions sous lesquelles Karlmann avait renoncé à l'empire et au pouvoir , mais que bien plus il éloigna par la force et par les artifices les enfans de Karlmann, gagna les Franks Auslrasiens et s'efforça d'enlever au prince Grifo ses terres et ses Icutes. On peut conjecturer aussi que Boniface coopéra puissamment à celte œuvre. Une administration par tutelle de la France orientale, lorsque déjà il y avait un roi soumis à la tutelle, devait sans doute paraître singulièrement dangereuse dans les dispositions et la situation des peuples teulschs -, l'élévation d'hommes nouveaux pouvait amener de nouveaux dangers. Une réunion de tout Tempire sous un seul gouvernement semblait devoir nécessairement favoriser la grande œuvre de l'union de l'Église sous un seul chef. Le pape et Boniface n'avaient pas d'autre pensée que de soumettre le christianisme à une unilé ecclésiastique complète sous l'autorité du siège apostolique, et devant cette pensée disparurent les exigences et les besoins des peuples