‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 150 sur 298 · LIV. X · texte numérisé non relu

LIV. X

pont GOotrarier les projets da pape. PeoMtre nourrusaiMl aussi l'espérance que rapparîtion de Rarlmann parmi les Franks éveillerait les inquiétudes de son frère et le détournerait de toute entreprise contre Tltalie. Mais Haistulf fut trompé dans toutes ses espérances. Rome tint bon et Karlmann ne fit rien ou n'acheva rien *, il ne revint même pas en Italie , mais il resta Tolontairement ou de force dans Tempire des Franks ; il mourut bientôt après dans un cou«>vent h Tienne, et son fils Drogo mourut la même année.

Le pape passa heureusemcnl les Alpes avec sa suite. Dans le couvent de Sainl-Maurice en Valais, près des limites des Franks et des Langobards, il ne trouva pas, comme il s'y était attendu, le roi Pippin , mais il y rencontra l'abbé Fulrad et le duc Rotard, qui avaient reçu la mission d'inviter le Saint-Père à se rendre â Pontyon, château royal. £n conséquence de cette invitation il rejoignit le fils atné du roi, le prince Karl, dont le nom est devenu si grand dans la suite parmi les princes de la terre, et plusieurs seigneurs de Tempire que Pippin avait envoyés pour recevoir le pontife. A trois mille pas de Pontyon, Pippin attendait le pape avec sa femme Hertrade, ses enfans et une grande suite. A la vue du pape, le roi et tous ceui qui l'entouraient descendirent de lîheval et se prosternèrent & terre devant le saint homme. Puis ils raccompagnèrent à pied au milieu de chants religieux Jusqu'au palais. On était au 6 janvier de l'an 754. L'impression d'un tel événement sur le monde dut être profonde et durable, et elle dut singulièrement relever Topinion que les Franks avaient de la considération et de la sainteté du pape. Les faits qui s'accomplirent le jour suivant dans l'intérieur du palais, bien qu'ils pussent témoigner de ce qu'il y avait de chancelant dans les relations à venir, ne purent diminuer cette impression, parce qu'ils furent tnoins saillans aux yeux du monde. Là , lorsque le pape parut devant le roi, il se présenta en suppliant, ainsi que les évoques qui l'accompagnaient. Un cilice le couvrait, des cendres étaient jetées sur sa tète-, il se prosterna à terre devant le roi , il l'implora par la miséricorde du Dieu tout - puissant , par les mérites des bienheureux apôtres Pierre et Paul , et le supplia de le délivrer lui et le peuple romain des mains des Langobards et de la ser*

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vitude de Tarrogant roi Haistulf, et il ne se releva que lorsque Pippin et les Franks illustres qui entouraient le roi lui eurent promis, par leurs paroles et en étendant les mains^ ce qu'il leur demandait.

Mais cette promesse vague n'exclut huile* ment des négociations ultérieures sur la naturd et les conditions de l'exécution. D'après ce qui arriva, on peut juger de ce qui fût convenu s ce fut Taccomplissement de prétentions réciproques. Le pape passa l'hiver et une partie de l'été principalement dans l'abbaye de Saint- Denis près de Paris. Malgré ses infirmités, il s*y occupa de choses saintes et terrestres; mais ce qu'il y eut déplus important, c'est que le papey sacra de nouveau avec les saintes huiles Pippin comme roi. Ce que précédemment Boniface avait pu faire à Soissons avait vraisemblable^ ment paru incomplet au monarque. Tout avait été exclusivement appliqué à lui seul , et il n'avait pas été question de ses descendans ; mais Pippin désirait avec raison assurer à sa famille l'héritage de la dignité royale; aussi le pape ne borna pas la cérémonie sainte à lui et à sa femme Bertrade, il retendit A ses deux fils Karl et Karlmann , auxquels il donna avec l'onction sainte le titre de roi, et qu'il désigna comme successeurs de leur père • Il défendit en même temps aux Franks, sous peine d'excommunication , de reconnaître aucun autre roi qui ne serait pas issu de la famille des rois actuels (2). Et de cette manière le trône de Pip<pin sembla sans douté être à jamais fermement établi sur la base où il avait été élevé ) mais la dépendance de ce trône du siège apostolique était par cela même devenue plus grande.

Il se présente ici un événement moins Ukcile à concevoir : le pape nomma le roi et ses fils patrices des Romains. Ce fait ne peut être soumis à aucun doute, puisque les trois princes ont porté le titre de patrices romains à côté du titre de leurs autres dignités ; mais il est difficile de comprendre le fait en lui-même, son but, son sens et son importance -, et en effet les opinions des savans qui vinrent plus tard ont été très-diverses à ce sujet. Ce qui est certain, c'est que non-seulement les empereurs de Constantinople se considéraient eux - mêmes comme les souverains du territoire romain et l'évêque do Rome comme leur sujet, mais que les papes eux-mêmes regardaient ces empereurs comme leurs souverains ; il est tout aussi

certain qae le patriciat élail une haute dignité de Tempire romain qui ne pouvait être conférée que par Tempereur. Comme toutefois on ne peut supposer que le pape et le roi des Franks aient Joué un vain jeu en se servant du titre de patrice romain, il semble que de deux choses, Tune doit être nécessairement admise : ou le pape donna un nouveau sens à ce mot et nomma simplement le roi patrice de TÉglise romaine, ou bien le pape agitau nom, peut-être avec la mission de Fcmpercur, et donna au roi Pippin la dignité de Tempire désignée sous le nom de patriciat, accomplissant ainsi ce que Grégoire III avait déjà eu Tinlenlion de faire pour KarlMartcll. La première supposition est à peine vraisemblable *, elle est contredite par le nom même de patrice des Romains, et bien qu'on ne puisse nier que Thomme auquel on reconnaissait le pouvoir d'inféoder le trône des Franks à une race déterminée dut avoir le pouvoir de nommer un patrice romain, cet acte du moins aurait dûêtre précédé par une rupture, qui n'eut pas lieu entre le pape et l'empire romain. Enfin il n'est pas croyable que le pape se soit considéré comme souverain de Rome et qu'il ail cherché à admettre Pippin à son service comme patrice \ il n'est pas croyable non plus que Pippin ait accepté sans réflexion un tel service*, il n'est pas croyable que le pape ait pu croire qu'il transmettait au roi Pippin, sous le nom de patrice, la suzeraineté de Rome (3> La seconde conjecture, que le pape agit au nom ou en vertu d^une mission de l'empereur, ne rencontre pas d'obstacles : le premier et le plus grand Mérovingien , Chlodwig , ayant obtenu la dignité romaine du patriciat et l'ayant acceptée , ce devait être pour le premier roi d'une race nouvelle un point assez important d'obtenir également cet honneur. Il pouvait y toir, en opposition à la famille mérovingienne, qu'il avait expulsée, une sorte de reconnaissance de sa dignité royale *, et pourquoi l'empereur lui aurait-il refusé le patriciat qu'avaient obtenu tant de princes teutschs, pourvu qu'en lui accordant ce titre il pût conserver en Italie l'ombre de son autorité? Pourquoi le pape n'aurait- il pas volontiers servi d intermédiaire, pourvu qu'il réussit à acçiuérir par son intervention un défenseur à l'Église romaine contre les redoutables Langobards et un appui & l'échelle sur laquelle ses prédécesseurs s'étaient élevés si haut. Or avant le départ du

pape de Rome un envoyé de IVmpcreur avait paru dans la ville éternelle. Le pape avait quitté Rome par la volonté ou sur l'ordre de l'empereur, pour se rendre auprès du roi Haistulf ^ l'envoyé impérial l'avait accompagné dans ce voyage aussi bien que les envoyés du roi des Franks, et cène fut qu'après que la tentative d'une réconciliation avec le roi Haistulf eut échoué que le pape se résolut i se rendre dans la Gaule , et il s*y décida certaine* ment avec l'assentiment de l'envoyé de Tempercur*, par conséquent le pape avait agi jusqu'alors d'intelligence avec la cour de Constantinople ^ il est donc à supposer que ce qui se fit en Gaule ne se fit pas contre la volonté de la cour impériale. Enfin les événemcns qui suivirent montrent que le patriciat accordé au roi des Franks ne fut pas un acte hostile i l'empereur, mais que Pippin agit plutôt pour celui-ci, car il soumit ses réclamations au roi des Langobards aussi bien dans l'intérêt de l'empire que dans celui de l'Église. Cependant on ne peut nier que tout resta dans uoe demi-obscurité et que dans tous ces actes les paroles furent tellement choisies ou les mots placés de telle sorte qu'ils pouvaient être interprétés indifféremment pour l'empereur ou contre lui, selon que le temps et les circon" stances Texigeraient. On ne peut pas nier davantage que la lutte malheureuse que Tempereur Constantin Copronyme renouvela avec une fureur inouïe contre les saintes images et l'exaspération que provoqua celte conduite imprudente rendirent toute précaution nécessaire , et que des détours même purent pa^ raltre faciles à justifier chez les hommes de cette époque.

D'autre part Pippin ne négligea pas d'exiger, de rendre et de demander des services, bien qu'il eût volontiers évité l'expédition en Italie. Il tint un champ de mars à Braine. Il y P^rld à ses fidèles de l'état des choses et de ses relations avec le pape, mais il paraît que l'assemblée ne fut pas disposée à faire la guerre aux Langobards -, car on résolut qu'avant tout on chercherait à ménager un accommodement.

Pippin du moins envoya une ambassade au roi Ilaistulf avec ces instructions : « Que ce roi eût à rendre à rÉglisc et à la république romaine ce qu'il leur avait enlevé et à s'abstenir désormais de toute violence. S'il y consentait, on m paierait une grande somme d'argent ; s'il ^ y

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