LIV. X
irésore de la (erre ne le décideraient pas à violer sa parole. » Les ambassadeurs revinrent à Rome avec cette réponse.
Après la conclusion de la paix, Pippin donna & Tun de ses conseillers , Tabbé Fulrad, la mission de recevoir des dépulés du roi Haistulf le territoire et les villes et de les remettre au siège apostolique. Les députés se rendirent de ville en ville. Lorsque la remise de toutes ces places Tut accomplie, FabbéFuIrad^ pendant que le roi passait les Alpes avec son armée , se rendit è Rome , accompagné des hommes les plus distingués de chaque cité. Ceux-ci remirent au Saint-Père les clés de chaque ville, et Fulrad , le représentant de Pippin , déposa entre ses mains la charte de la donation que luisait ce roi.
Il ne peut exister de doute sur le sens et la véritable nature de cette donation ; le pape reçut comme bien dePÉglise Pexorchat et tout le territoire qui avait été au pouvoir des Langobards ; il Toblint au même titre que les églises possédaient partout des biens , et bien que par cette acquisition son église devtnt plus riche qu*aucune autre , rien ne futchangé à ses relations avec Tempire romain : il resta évêque de Tempire et ne cessa pas d'être soumis à la suzeraineté de Tempereur.
Que le pape ait eu ou non le droit de recevoir d'un prince étranger une donation de cette nature , cela peut être mis en question dans la dicussion des parties d'après les principes abstraits et la sagesse de l'école ; mais l'histoire, qui ne s'attache pas à la théorie, maisqui a sous les yeux la corrélation vivante des événemens et ne Juge les hommes que d'après les relations où ils se sont trouvés à Tégard de leur temps , et par comparaison & Tétat des choses tel que Fa produit la marche des événemens , ne fera pas de reproches ft l'évèque romain. La'conduite du pape fut la même que celle de tous les antres seigneurs spirituels ou temporels qui étaient devenus grands et importans dans le monde. Il saisit l'occasion, sachant bien qu'une fois passée , il ne la retrouverait pas *, il avait aussi d'excellens motifs pour ne pas la négliger. Il ne pouvait désirer que l'empereur reprît avec ses troupes possession des villes qu'il n'avait pu défendre , car il était & craindre que la guerre ne se renouvelât et que la confusion qui avait dominé Jusqu'alors en Italie ne se prolongeât. Il devait craindre qu'avec les
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troupes impériales, bien qu^alors elles fussent tout aussi peu en état qu'auparavant de conserver ce pays à l'empereur, Tépouvantable persécution dirigée contre les adorateurs des images ne se développât en Italie et n'y répandtt les mêmes malheurs qu'elle avait causés dans les pays d'Orient ; il pouvait se croire obligé de ne pas laisser arriver ces atrocités Jusqu'aux portes de Rome. De plus l'empereur avait confisqué les possessions de l'Église romaine dans l'Italie inférieure , en Calabre et en Sicile , parce que le pape avait résisté à ses ordonnances contre les saintes images; et aux yeux du pape ce pouvait être un acte non* seulement nécessaire, mais juste, d'assurer à son église, pour ses pertes , une compensation qu'il ne pouvait jamais espérer directement de l'empereur, son suzerain. Enfln il se peut qu'il ait calculé que les contrées d'Italie qui avaient encore appartenu jusqu'alors à l'empire d'Orient ne pouvaient être gagnées que si on les arrachait à l'influence des vices, du despotisme et de l'arbitraire qui régnaient à Constantinople*
Quant à Pippin , on ne peut le blâmer d^avoir fait cette donation au pape. Le pays qui avait Jadis appartenu à l'empire romain avait été soumis aux Langobards par la force des armes \ Pippin s'en empara par la victoire qu'il remporta sur les Langobards. Sans doute d'après les principes en vertu desquels tous les empires germaniques s'étaient fondés sur les ruines de l'empire romain , il pouvait rester en possession de ce pays : il lui était donc permis de le donner à qui il voulait. Il le donna à l'Église romaine, en partie par reconnaissance envers le pape, qui l'avait tiré d'un grand embarras et qui avait assuré à sa famille le trône du plus beau royaume du monde germanique ; en partie parce qu'il voulait mettre le pape, pour lequel il était entré en campagne , en état de résister désormais avec de plus grandes ressources aux Langobards sans avoir besoin de son secours ; en partie sans doute aussi et surtout parce qu'il voulait mettre l'Église catholique romaine à l'abri des atrocités de la lutte engagée pour les saintes images. Cependant il ne changea rien à la position du pape envers l'empire romain : l'empereur resta maître de traiter avec l'évèque, qu'il considérait comme son sujet, de la manière aui lui paraîtrait convenable. Si l'em*^
pereur était hors d'étal de maiûtenir ce puissant ecclésiastique dans l'obéissance , Pippin sûrement ne pouvait être obligé de lui prêter son bras. Dans le fait , la cour de Conslantinople, bien qu'elle eût volontiers replacé sous sa domination immédiate l'exarchat , reconnut bientôt sans doute que Pippin lui avait rendu des services réels , car l'année suivante Pippin envoya une ambassade à Constantinople , et cette ambassade, dans Tétat des choses, ne peut avoir «^u d'autre but que d'exposer convenablement àFempereur la conduite du pape en Italie et de demander pour le roi des Franks la confirmation du patriciat romain. Elle ne trouva pas seulement à Constantinople un accueil favorable, mais l'empereur, pour confirmer les relations amicales avec les Franks, envoya l'an 757 une nouvelle ambassade qui remit à Pippin de riches présens , parmi lesquels se trouvait un orgue, instrument alors inconnu aux Franks.