LIV. X, CHAP. VIII
rinquiéludc et la colère. A 8on départ, il nV vail DÎ assuré les fronliëres par des mesures militaires, ni cherché à gagner les Saxons par la paix et par une alliance. Les Saxons se soulevèrent donc à la nouvelle de son expédition au delà des Alpes , et lorsqu'ils surent qu'il passait Thiver de l'autre côté des monts, ils se mirent en marche. Une armée saxonne, composée sans doute des corps de compagnons de cette nation, se jeta au printemps de Tan 774 dans la Hesse et s'avança vers le Rhin'; ils reprirent Heerbourget menacèrent la forteresse de Burabourg. Ils portèrent au loin leurs ravages et incendièrent même Tèglise que Boniface avait fondée à Frltzlar; selon la croyance de ce temps, un miracle seul put sauver ce saint édifice (1).
En même temps un corps de compagnons saxons entra dans le pays des Frisons. Il avait pour duc Widukind, prince qui appartenait à Tune des grandes familles des seigneurs terriens de Westfalie^ homme plus célèbre sans doute que connu, mais qui possédait de grandes qualités et qui doit s'être distingué par de grandes actions. Il sut d'une part non-seulement gagner la confiance de son peuple, mais la conserver pendant de longues années, aux jours de bonheur comme aux jours de malheur. D'autre part, ce qui est plus honorable pour lui, il attira sur lui plus que sur tous les autres Saxons la haine des Franks et provoqua leur ressentiment le plus violent. Il a été signalé par eux comme la racine de tout le mal et comme l'auteur des grands désastres que la guerre fit peser sur les Saxons et sur les Franks \ en même temps ils se sont eiïorcés de le gagner plutôt que tous les autres, comme si en l'enlevant à son peuple on enlevait & celui-ci son âme. Cet homme, à la lôte d'un grand corps de compagnons, appela les Frisons à l'ancienne liberté, les invita à renoncer à la croix du Dieu nouveau que saint Liudger, disciple d'Alcuin, avait élevée parmi eux depuis sept ans, et leur rappela la foi de leurs pères que la victoire et la liberté avaient assurée. Les Frisons répondirent avec joie ù son appel. Les églises furent brûlées, la croix renversée, les prêtres chassés et les anciens sacrifices rétablis. Les ravages s'étendirent jusqu'à laFly, et la Frise occidentale ne fut pas à l'abri des menaces (2).
Mais Karl revint assez tôt dltalie et plus If.
rapidement que les Saxons ne s^y étaient at* tendus. Il ne/ut plus possible, il est vrai, dans cette même année, d'entreprendre une grande expédition, parce qu'on ne pouvait espérer do rassembler encore les Franks; en effet, revenus à peine, après leur expédition au delà des Alpes, dans leurs demeures et dans leurs foyers, ils n'auraient pas encore été prêts à soutenir une nouvelle lutte. Karl envoya donc d'Ingelheim seulement quatre bandes de volontaires contre les Saxons, et trois de ces bandes suffirent pour faire repasser aux Saxons les fron-» tiéres des Hessois ; mais aucun document ne nous a été conservé sur ce qui se passa en Frise.
La colère de Karl ne fut pas apaisée par ce succès. Il devait prévoir qu'une nouvelle expédition en Italie serait nécessaire , en partie parce que les ducs de Spoléte et de Bénévent^ bien qu'ils eussent reconnu le royaume des Langobards, n'étaient pas encore soumis à son autorité, en partie parce que les nouvelles relations établies en Italie demandaient une surveillance sévère et une main capable de les perfectionner, en partie enfin parce que les faibles garnisons qu'il avait laissées derrière lui à Pavie, et peut-être dans quelques autres villes, n'étaient pas en état d'étouffer le sentiment national blessé dans beaucoup de Lan-* gobards, et beaucoup d'autres grandes passions. Aussi ne pouvait-il vouloir que les Saxons restassent dans leur ancienne position. Sa fortune rapide en Italie pouvait aussi déjà lui avoir inspiré quelque mépris pour eux. On peut donc croire que dès lors, comme l'assure Einhard, il formate plan « de porter la guerre chez le peuple des Saxons si perfides et si peu fidèles aux traités, et de les harceler jusqu'à ce que, vaincus, ils se soumissent à la religion chrétienne, ou jusqu'à ce qu'ils fussent entièrement détruits. » Dans ces dispositions, il convoqua, au printemps de l'an 775, les Franks de l'ordre ecclésiastique et de l'ordre laïque à une assemblée générale à Duren (3), et cette assemblée approuva la guerre que le roi lui proposa. Karl passa le Rhin avec toutes ses forces en suivant, il est vrai, une autre roule que dans sa première campagne, mais en g^ néral dans la même direction; la place forte de Siegbourg (sur la Ruhr, à ce qu'il semble (4) , que les Saxons avaient fondée sur le territoire des Franks et qu'ils occupaient depuis
Tannée précédente, fut prise. Heerbourg fut égalenient pris, fortifié de nouveau et pourvu d'une garnison. Sur le Brunsberg, prés du Wéser (5), se tenait une armée saxonne résolue à dérendre ]e fleuve : Karl la mit en fuite, passa le Wéser et pénétra Jusqu'à TOker; toutefois il laissa une partie de son armée sur le Wéser pour s'assurer le passage de ce fleuve en cas de malheur. Mais sur TOker, Karl conclut une paix avec les Saxons qui se trouvaient en face de lui. On ne peut déterminer la manière dont cette paix fut faite. Hessen, dit-on, un des plus illustres Saxons^ sans doute duc de celte armée, vint avec tous les hommes de Test auprès du roi Karl ^ ils lui livrèrent autant d'otages qu'il leur en demanda, et lui prêtèrent serment de fidélité. Mais il semble que les Wcstfalicns se soulevèrent et coupèrent les communications de Karl avec son empire. Karl en effet revint de l'Oker sur le Wéser: on dit aussi que, dans le Bucki-gau (6), les Angriens tinrent auprès de lui avec Bruno et avec tous ieurs chefs^ qui lui livrèrent des otages et lui jurèrent fidélité comme l'avaient fait les Ostfaliens. Mais ce renseignement ne s'accorde pas avec un autre dont il est accompagné : le corps d'armée que Karl avait laissé sur le Wéser avait été surpris par les Westfaliens; ceux-ci avaient pénétré dans le camp des Franks établi près de Lidbach et avaient égorgé une grande partie des troupes qui s'y trouvaient. On ajoute, il est vrai , qu'ils furent chassés ensuite du camp ^ mais il semble que les Franks ne se sauvèrent que par un traité. Karl se hâta donc d'accourir pour effacer cette honte et en détourner les suites. Et alors, assure-t-on, les Saxons qu'on représente comme fugitifs furent attaqués et battus par lui^ puis les Westfaliens lui donnèrent aussi des otages, sans toutefois qu'on parle de serment de fidélité. Il est plus certain que Karl repassa le Rhin avec son armée et s'ouvrit par conséquent, en tout cas, la roule qu'on voulait lui barrer. Il reste incertain, comme beaucoup d'autres choses, si les Franks ramenèrent en effet ou non un grand butin, comme on le prétend.
Sur le Rhin, Karl reçut une autre nouvelle à laquelle il devait s'attendre , mais qui, après une telle campagne, ne pouvait lui faire plaisir. De grands événemens se passaient en Italie et pouvaient devenir d'autant plus dange-
reux qu'on était moins en état d^en calculer la portée.
Le pape Adrien, entouré des passions des hommes en Italie et des ruines des relations, était agité par des inquiétudes de nature diverse, d'abord au sujet de l'accomplissement de toutes les promesses que lui avait faites son grand ami, bientôt au sujet de sa propre conservation. 11 voyait parmi les hommes une agitation nouvelle qui résultait du changement opéré dans leur position ; il remarquait les re$sentimens et les haines qui couvaient dans beaucoup d'esprits. Il savait aussi que la haine de ceux qui avaient vu avec douleur la chute du royaume des Langobards ou qui en avaient souffert devait retomber sur lui comme surio véritable auteur d'un si grand désastre. Aussi la méfiance ne sortit-elle pas de son âme : il voyait des dangers où il n'y en avait pas, et les dangers qui le menaçaient réellement lui semblaient plus grands qu'ils n'étaient en eïïet; car il croyait à un certain enchaînement dans les; faits isolés de cette époque , et il regardait comme réel ce qui était possible.
Auparavant déjà, il avait exposé au roi que révèque Léon de Ravenne osait faire des usurpations sur le siège apostolique, qu'il avait soumis à son pouvoir plusieurs villes qai avaient été données au siège apostolique, soutenant que Karl lui en avait fait donation et qu'il cherchait è étendre encore plus ses empiétemens. Le pape priait Karl de s'opposer à cet homme pervers et insolent, et de le contraindre à se soumettre à la puissance du siège apostolique. Il s'était plaint avec une méGante inquiétude des députés de Karl , parce qu'il» semblaient avoir établi des relations suspectes avec ses ennemis ou avec ses amis équivoques; mais maintenant il lui faisait parvenir des plaintes d'une tout autre nature : « Le» ^"^* Arîgisde Bénévent, beau-fils de l'infortuné Désidérius , Hrodgaud de Frioul , fidèle et vassal de Karl, Réginald de Chiusi et Hildebrand de Spolète, avaient fait une alliance entre eux et s'étaient promis de se mettre tous ensemble en campagne, au mois de mars prochain. Adalgis, fils de Désidérius, devait arriver avec une flotte grecque, ensuite on voulait attaquer Rome par terre et par mer, elp»' 1er toutes les églises de Dieu, et (plût à Die" ^^ détourner ce malheur!) on voulait emmener captif le pape lui-même et rétablir le ro' "^