‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 170 sur 298 · LIV. X, CHAP. VIII · texte numérisé non relu

LIV. X, CHAP. VIII

Langobards* Le pope eonjarait donc le roi, au nom du Dieu véritable et vivant, d'accourir en toute hâte pour le sauver. Après Dieu, le roi avait entre ses mains la vie du pape et celle de tous les Romains : sMl ne venait pas, il aurait à rendre compte de sa conduite devant le tribunal de Dieu, parce que le pape avait placé sous le bouclier du roi, la sainte Église de Dieu et le peuple de la république romaine. »

Karl se trouvait à Schletsladl , en Alsace, et reconnut peut-être dans la nouvelle que lui annonçait le pape Texagération qui caractérise la crainte*, pourtant il ne pouvait regarder cette affaire comme insignifiante, et un retard pouvait devenir pernicieux. II dut penser aussi à Tassilo, duc des Bavarois, qui, en sa qualité de gendre de Désidérius, de ce roi détrôné et maltraité, pouvait partager les dispositions des ducs langobards, et en sa qualité de voisin du duc de Frioul, rendre celle alliance singulièrement dangereuse même pour leTeuischland, par suite de sa position parmi les peuples teuischs. Mais on était en automne-, mais on était en hiver. Après la malheureuse campagne de Saxe, il lui était impossible de décider ses Franks, dans une saison si avancée, à une nouvelle expédition au delà des Alpes. Cette expédition n'était peut-être pas non plus nécessaire*, maiasielle Tétait, elle aurait lieu trop tard si on la remettait au printemps suivant, après le champ de mai. Déplus, la guerre avec les Saxons avait pris une telle tournure qu'elle ne pouvait être arrêtée ni interrompue. Dans ces circonstances, Karl, comme le faisaient jadis les princes des Teuischs au Jour du danger, se mit à la tête d'un corps de vaillans volontaires. Au milieu de l'hiver, au mois de février de Tan 776 (7), il se dirigea à travers les Alpes vers le Frioul, pour se précipiter sur le perfide duc Hrodgaud, rompre la ligue de ses ennemis par un coup soudain et répandre la terreur dans toute l'Italie. La promptitude remplaça la force. Le duc Hrodgaud succomba sous l'impétuosité du roi. La ville de Trévise fut livrée à Karl par la trahison d'un Italien nommé Pierre, qui voulait gagner un évêché; ensuite toutes les autres villes du pays , épouvantées de coups si précipités et si décisifs, ouvrirent leurs portes et t'humilièrent devant le puissant monarque. Celui-ci démembra en majeure partie le duché de Frioul : ear^ bien que le nom fût conservé, Karrl établH povr l'admîoistralton du pays des

comtes dans chaque ville , choisissant non des indigènes, mais des Franks sur la fidélité des* quels il pouvait compter, et lorsque après ces exploits et ces dispositions, il eut célébré la Fêle de Pâques à Trévise, il se hâta de repasser les Alpes. Il n'était pas sans inquiétude au sujet du reste de l'Italie^ mais il ne pouvait y porter ses armes, car les Saxons n'avaient pas manque non plus de continuer la guerre pendant l'hiver et avaient repris Heerbourg, chassé la garnison franke que Karl y avait placée, et détruit les ouvrages des Franks. Ils avaient aussi attaqué Siegbourg et même construit des ins* trumens propres à lancer des projectiles et d'autres machines de siège \ bien que cette forteresse n'eût pas été prise, ils avaient répandu au loin parmi les Franks la terreur de leurs annes.

Dans cet état de choses , Karl tint encore cette année le champ de mai à Worms , où il l'avait peut-être convoqué dès avant son départ pour l'Italie. On résolut de continuer la guerre*, la campagne commença aussitôt. Karl passa le Rhin avec des forces plus grandes qu'auparavant, parce qu'il fallait se venger avec plus d'éclat et donner une autre tournure aux affaires. Les Saxons avaient fait des retranchcmcns et des abatis ; mais ces ouvrages, exécutés avec trop de précipitation, ne suffirent pas pour briser la puissance des Franks. Ils furent tous enlevés par l'ennemi , et les Franks, que rien ne pût arrêter, s'avancèrent jusqu'au Wéscr, et de grands ravages signalèrent leur marche. Les Saxons, effrayés, cherchèrent à conjurer le sort qui les menaçait. Dans la con« trée où la Lippe prend sa source, une grande mulliludo de Weslfaliens , venue vraisemblablement des seuls cantons voisins, se rendit auprès du roi irrité et implora son pardon. Karl, qui tournait ses regards vers l'Italie et qui ne voulait pas pousser les Saxons à la dernière extrémité, contint sa fureur et demanda qu'ils se soumissent au saint baptême et à sa domination. Les Saxons cédèrent à cette exigence; beaucoup d'entre eux furent baptisés; mais au fond de leur cœur, ils conservèrent les croyances de leurs compatrioles. Karl prit des otages qui devaient lui répondre de leur fidélité, bien qu'il eût vu que les Saxons ne tenaient pas compte de quelques individus lorsque la cause de leur patrie était en jeu. Il fit fortifier Heerbourg, et avec ce même coup d'œil de

grand capildinc qui, près de huit siècles auparavant, avait décidé Drusus à fonder la forle citadelle d'Aliso, dans celle même contrée, il construisit, près des sources de la Lippe, une nouvelle forteresse pour sa propre sûreté et pourelTrayer Tennemi *, puis il repassa le Rliin dans Tautonrine de cette année, suivant la manière de fairela guerre de cette époque et pour mcllrc les Saxons ù Tèpreuvc.

Mais les Saxons ne prirent pas le change. Ils restèrent tranquilles, sachant que Karl était dans leur voisinage et ne se trouvait pas occupé par une guerre lointaine. Le roi passa Thiverà Herstall et célébra la Pâques à Nimègue. De là il se rendit à Paderborn, où il avait convoqué tous les Franks au champ de mai de l'an 777 ^ preuve évidente que l'assemblée nationale était en môme temps la réunion de l'armée. Ces forces réunies étaient redoutables ; entouré par elles, il ordonna aussi aux Saxons de venir à cette diète. Sans aucun doute, il avait en vue de soumettre les Saxons au même droit politique qui régissait les Franks *, ils devaient yivre désormais comme vassaux du roi, sur leurs anciennes propriétés libres, et se soumettre à son hériban dans toutes les guerres approuvées ou reconnues nécessaires par les assemblées nationales. C'était là le point essentiel sous le rapport temporel. Mais l'introduction de la religion chrétienne et de l'organisation ecdésiaslique, catholique romaine, se rattachait par un lien indissoluble à l'organisation féodale de l'empire des Franks : partout où le ban du roi avait sa vigueur, il fallait maintenant non-seulement que la croix fût élevée, mais aussi que les clés du royaume céleste, que le pape tenait en ses mains , exerçassent leur puissance de lier et de délier. Sur l'ordre du roi, comme l'assurent les écrivains des Franks, tous les Saxons se montrèrent obéissans, dévoués, soumis, et une grande multitude d'entre eux reçut le baptême; mais il est difTiciic de déterminer la valeur que ces écrivains donnent à cette expression : tous les Saxons. Rien, dans leurs ouvrages, ne nous autorise à croire qu'ils aient connu la véritable étendue du pays des Saxons. Le plus redoutable ennemi ne parut pas dans celte assemblée. Widukind avait disparu avec ses compagnons ; on dit qu'il s'était rendu auprès de Siegfried, roi des Danois, ou chez les Nordmans. Yraisemblablement il s'était retiré au

delà de l'Elbe , assez loin du moins pour que les armées du roi ne pussent l'atteindre. Celte circonstance fit peut-être que le roi ne gagna rien dans l'assemblée de Paderborn. Il ne Gt que menacer les Saxons de les dépouiller de leurs terres et de leur liberté s'ils se soulevaient encore une fois contre lui.

Dans l'assemblée de Paderborn parurent quelques princes arabes d'Espagne qui avaient vraisemblablement eu quelque influence sur la marche des affaires en Saxe*, en efTet les agi* talions qui s'étaient élevées en Espagne duraienttoujours.L'OmmaïadeAbd-er-Rhaman, qui avait échappé au massacre de son illustre famille , avait fondé à Cordoue le trône qui avec le temps s'entoura d'un si brillant éclat; mais il n'avait pu gagner le cœur de beaucoup de Musulmans. Les séductions employées par les Abbassides n'étaient pas encore impuissantes; beaucoup d'hommes aussi peuvent avoir été prévenus par d'anciens souvenirs contre la famille renversée et s'efforçaient de la détruire entièrement. D'autres voulaient être eux-mêmes souverains où ils avaient été jusqu'alors sujets, et conserver pour eux-mêmes leur part de la ruine du califat. Dans les plus nobles esprits vivait un amer ressentiment de la division du souverain pouvoir; ils voulaient que de même qu'il n'y avait qu'une seule foi, il n'y eût qu'un seul califat, et pour cette rai* son ils tournaient leurs âmes vers les Abbassides qui, par leur fortune, leur adresse et leur violence, s'étaient mis en Orient à la tête des croyans. Pendant ce temps, le nouveau calife était heureux en Espagne et soumeUail chaque jour quelqu'un de ses ennemis. Tussuf lui-même, qui d'abord avait été son plus redoutable adversaire, avait succombé; mais le parti de cet homme n'était pas encore anéanti, et les chefs de ce parti vinrent auprès de Karl à Paderborn, implorer son appui, lui promettant l'obéissance qu'ils ne pouvaient donner aux odieux Ommalades. C'étaient Ebn-al-Arabi, gouverneur chassé de Sarragosse , son gendits Alaroès ou Alarviz, fils de Yussuf, et d'autres seigneurs du pays.

Karl accepta les offres de ces princes sarrasins. II est difficile de dire ce qui put le porter à cette résolution. Sa position en Saxe et en Italie était si compliquée qu'il ne pouvait être sans inquiétude. Si donc, après avoir franchi l'une des limites naturelles des pays et <iet

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