‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 174 sur 298 · LIV. X · texte numérisé non relu

LIV. X

l>eau payé arriva à une grande proepérîlé. Il T-ésisla avec énergie aux hordes sauvages des avares pi protégea le Teutschtand contre la Fureur de ces brigands^ il fit des guerres beui^euses contre les Slaves qui demeuraient en Carinthie, et il étendit les limites de ses États. IVIais il régnait dans un temps diilicile et ne se sentait pas à sa bauteur. Devant le puissant Karl, il se montra petit et irrésolu. Il n'osa pas lui montrer une inimitié ouverte, et il ne put se joindre loyalement à lui. Une seule fois dans sa vie il avait exécuté rapidement une résolution grandeetaudacieuse, lorsque seize ans auparavant il quitta Tarmée du roiPippin, son oncle, repassa le Rhin et, agissant en prince libre d'un peuple libre, se consacra énergiqueinent au bien-être de son pays. Mais , dans un temps de fer , le salut est dans les armes , et Tassilo n'avait pas le génie héroïque qui triomphe ou suocombe avec gloire. Noble rejeton d'une ancienne famille princière du Teutscbland , il portait un regard méfiant sur l'œuvre puissante de Karl, sans l'arrêter et sans l'appuyer. Dans sa secrète colère , que nourrissait peut-être sa femme Leutberga , affligée de l'infortune qui avait frappé la maison de son père , il agit avec une secrète inimitié. Il n'avait pas tiré parti de la discorde qui s'était élevée entre les deux rois frères, et le royaume de Karlmann était passé À Karl sans qu'il se fût mis en mouvement. Il était resté spectateur inactif de la ruine de son beau-pére Désidérius , et il avait souffert sans résistance que la bannière royale fût plantée de trois côtés sur ses frontières. Dans la grande lutte des Saxons, voyant peut-être un empêchement dans leur attachement au paganisme , il s'était abstenu de toute participation. Il n'avait imprimé aucune direction aux mouvemens qu'opérèrent en Italie des hommes de bien ou des hommes passionnés. Il n'avait donné aucun ap* pui aux efforts de son beau-frère Adalgis. Et pourtant il n'avait pas cherché non plus à se mettre en bonne intelligence avec Karl. Celuici, d'autrepart, avait ménagé jusqu'alors ce duc, non sans doute qu'il respectât les liens de famille, mais peut-être parce qu'il se laissa adoucir par sa vieille mère. Pourtant, ce qui sans doute y contribua le plus, c'est que le roi, calculant la situation de tous les peuples du Teutschland, depuis la mer Baltique jusqu'aux Alpes, aussi bien que la situation de l'Italie et

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l'incertitude des frontières de son empire i l'est ainsi qu'à l'ouest, jugea dangereux de parier un langage trop énergique & Tassilo et d'exciter par là les Bavarois à prendre les armes contre lui. Mais les choses ne pouvaient rester au point où elles étaient. Lorsque les Saxons parurent tellement apaisés qu'on pût les abandonner au zèle des ecclésiastiques, Karl dut désirer do rétablir l'ordre en Italie pour en finir avec Tassilo.

Karl passa l'hiver à Pavic, agissant, ordon^ nant, négociant. Les détails sont inconnus. Vers le printemps^ le roi se rendit à Rome pour célébrer, dans la ville do i'apôtre, la fête de Pâques de Fan 781. Le pape donna aux deux plus jeunes fils du roi, Karlmann et Ludwig , le saint baptême ] au premier , à Karlmann, que, selon son désir, il tint sur les fonts, il donna le nom de Pippin , qui avait acquis toute l'affection des papes. En même il sacra et couronna ces enfans, Pippin roi des Langobards, et Ludwig roi d'Aquitaine. On emmena aussitôt les deux rois enfans pour les mettre en possession de leurs royaumes. Pippin établit sa résidence à Pavie, et Ludwig fut conduit en Aquitaine avec Arnold, son gouverneur, afin qu'ils grandissent et fussent élevés au milieu de leurs vassaux et s'identifiassent avec les mœurs et avec les usages de ceux-ci.

Cet événement fut sans doute l'oeuvre de l'habile pontife. Karl, qui réservait à son fils atné Karl le véritable corps de l'empire des Franks , ne pouvait assurément désirer la séparation de deux parties si importantes que la Langobardie et l'Aquitaine; il peut encore moins avoir espéré (puisqu'il connaissait la position hostile de leurs habitans) que l'étroite parenté de ces rois enfans, qui étaient Jetés au milieu de ces dispositions hostiles , maintiendrait l'union avec les Franks , et par là l'unité de l'empire. Il savait mieux que personne avec quelle facilité la discorde s'élève parmi des rois frères, même lorsqu'ils ont été élevés ensemble, de la même manière et d'après les mêmes principes. Et comment aurait-il osé exposer & de nouvelles guerres contre l'empire, sans l'assentiment de ses vassaux, ce qui avait été gagné aux prix de leurs combats et de leur sang ? Le pape au contraire devait attacher une grande importance à maintenir les rois futurs de l'empire des Franks dans les mêmes relations oà s'étaient trouvés leurs prédécesseurs, afin qu'ils

eussent toujours plus besoin de lui. Le nom du royaume des Langobards avait été heureusement sau?é ; il s'agissait maintenant de relever aussi le trône -qu'on avait détruit, afin que ce nom eût un Toyer et un appui ; et ce que le pontife devait désirer le plus, c'était de placer sur ce trône son filleul , le prince qu'il avait baptisé, le jeune Pippin , sur lequel il comptait exercer le pouvoir d'un père spirituel. Il se peut que celle pensée flatteuse ait été insinuée sans peine & Karl ; il y avait quelque chose des anciennes mœurs romaines à disposer des provinces de Tempire sans consulter les vassaux franks. C'était Tacte d'un pouvoir royal indépendant, et en cas d'opposition, le pape était là pour se charger de la responsabilité. Du reste, plus on s'habituait à attribuer l'élévation de la maison karoiingienne sur le trône des Franks à la puissance pontificale , moins celle responsabilité semblait grave pour le Saint-Pére.

Karl, À son arrivée à Rome , y avait trouvé aussi les ambassadeurs de l'impératrice Irène, qui devaient amener à une conclusion les négociations entamées entre la cour impériale et le roi des Franks. Mais on ne s'entendit pas ou l'on ne voulut pas s'entendre. Les ambassadeurs impériaux assistèrent au baptême et au couronnement des rois enfans, et le rétablissement du royaume de Langobardie dut peu répondre aux vues de leur impératrice, puisqu'il pouvait difficilement s'accorder avec le rétablissement de l'empire d'Occident. Peut-être aussi le Saint-Père ne considéra-t-il pas seulement comme très-difficile un mariage entre Karl et l'impératrice , parce que la reine Hildegarde était une mère féconde et heureuse , mais aussi comme peu prudent, puisque l'avantage que promettait une telle union était suffisamment compensé par la nomination d'un roi des Langobards : aussi on conclut ( il est vrai , pour donner une fin convenable à ces négociations ) un traité d'après lequel l'empereur Constantin, encore mineur, devait épouser la jeune princesse Rothrud : et l'eunuque Elisée fut chargé d'instruire cette princesse dans la langue et les usages grecs (3) -, mais tous ces événemens n'étaient qu'un simple jeu de convention où aucun parti n'agissait avec loyauté, et qui, précisément pour cette raison, devait rester sans résultat.

k Enfin il fut conYçntf entre Kar) çt |e pape

qu'ils enverraient en commun des ambassadeurs à Tassilo, duc des Bavarois, et qu'ils essaieraient de ramener par des moyens pacifiques ce prince à reconnaître la suzeraineté du roi des Franks. Vraisemblablement le pape agitcomme médiateur ; le Saint-Père devait saisir avec joie l'occasion de donner au roi, au moment de la résistance opiniâtre des Saxons païens , une nouvelle preuve de la puissante influence de l'Église sur un peuple chrétien. Il ne pouyail aussi que gagner en Bavière par un accommodement amiable. Lors même que Karl n'aurait pas eu d'autres vues ^ il ne pouvait se réjouir, au moment où la Saxe était ravagée , de voir dévaster aussi la Bavière. Ainsi les évêquci Formose et Damase furent envoyés en Bavière de la part du pape. Karl, de son côté, chargea de cette mission le diacre Richolf et l'échanson Eberhard. Ces quatre personnages surent mettre un terme à l'irrésolution du prince tcutsch. Ébranlé par leurs discours ou amené à comprendre le véritable état des choses, il déclara bientôt qu'il était prêt à prêter au nouveau roi Karl le serment de fidélité qu'il avait jadis juré à son père*, mais il ajouta à cette déclaration une condition qui , dictée par la méfiance , n'était pas propre à détruire celle-ci. Il demanda des otages pour sa sûreté, et on les lui accorda. Après donc que Karl fulrevenude Rome par Milan, où l'archevêque donna le saint baptême à sa fille Gisla , Tassilo parut devant lui à Wornu. Karl reçut ce duc non comme pn parent qu'il voulait gagner , mais comme un sujet qui avait perdu sa confiance. Peut-être parce que Tassilo avait demandé de» otages, il se fit donner aussi douze otages pour le maintien du serment de fidélité que ce prince lui prêta. Mais par là il jeta dans l'âme de Tassilo le germe d'un nouveau ressentiment ; ce prince repassa le Rhin pour continuer ses hostilités secrètes. Plus que jamais provoqué par sa haine, il agit en prince indépendant; et bien qu'il ne prit pas formellement le nom de roi, il s'entoura pourtant d'un gouvernement royal (4). Karl vit tout et remarqua tout; mais il renferma sa colère dans son cœur et ajourna la vengeance afin qu'elle fût d'autant plus «û^* et plus décisive.

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