‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 176 sur 298 · LIV. X, CHAP, X · texte numérisé non relu

LIV. X, CHAP, X

maréchal Geilo et au comte do palais Worado, de passer le Rhin avec des troupes, de réunir dans la France orientale et en Saxe les forces nécessaires et de repousser les Slaves. A peine ces hommes avaient-ils commencé à remplir leur mission qu'ils reçurent de la Saxe septentrionale la nouvelle que Widukind avait reparu ; qu'il avait appelé ses compatriotes aux armes, que le mouvement était général; que les églises étaient renversées et que les ecclé-r siastiques étaient tués ou mis en fuite; que bientôt tous les Saxons seraient sous les armes» Les trois généraux renoncèrent donc à leur campagne contre les Slaves et marchèrent contre les Saxons, qui semblaient les plus dangereux. De son côté , le comte Théodérich , parent du roi, convoqua en toute hftte les Franks des bords du Rhin pour étouffer la révolte à sa naissance. Sans perdre de temps , il se mit en communication avec les trois généraux , leur recommanda la plus grande prucence et convint avec eux de réunir leurs forces sur le Wéser et d'agir en commun contre l'ennemi. Ils s'avancèrent donc du sud par la Thuringe ; Théodérich vint du Rhin. Sur le revers septentrional du mont Suntel et sur la rive droite du Wéser (2) se tenaient les Saxons, commandés par Widukind : c'étaient des Westfaliens et des Angriens. Théodérich avait établi son camp en face d'eux. Les trois généraux du roi crurent qu'un combat contre les Saxons, soulevés à la hftte, serait chose facile ; ils craignaient que Karl estimât trop peu leur victoire s'ils la partageaient avec le comte Théodérich. Sans le prévenir ils passèrent soudain le Wéser, tournèrent le mont Suntel è l'est et attaquèrent les Saxons. Ils furent cruellement punis de leur témérité : les Franks furent cernés* et presque tous massacrés. Adalgis et Geilo périrent , avec eux quatre comtes et vingt personnages éminens et distingués. Leurs compagnons regardèrent comme une honte de leur survivre ; la plupart combattirent Jusqu'à la mort; un petit nombre seulement se sauva près do Théodérich , qui se tenait tranquille dans son camp sans savoir ce qui se passait.

L'histoire s'arrête avec cette issue , elle tait ce qui arriva ensuite ; elle tait ce que les Saxons firent après cette victoire ; elle dit seulement que Karl vint aussitôt en Saxe avec une armée, sans qu'il soit fait mention d'aucune résistance de la part des Saxons. Le critique se voit donc

réduit à des conjectures. Ce qu'il y a de plus irraisemblable, c'est que Karl avait déjà commencé à rassembler ,une armée ayant le désastre du mont Suntel, è la première nouvelle de ce qui se passait en Saxe ; qu'ensuite , lorsqu'il fut informé de ce désastre, il s'avança à marches forcées^ que, d'autre part, la perte que les Saxons avaient éprouvée dans la Journée du mont Suntel les empocha de risquer & l'instant même le passage du Wéser-,' qu'avant de pouvoir se refaire, ils apprirent l'arrivée du roi enflammé de colère, et qu'ébranlés par cette nouvelle, ils perdirent, dans le danger du moment et en calculant leurs chances de succès, leur courage et leur résolution. L'appel de Widukind resta sans réponse* Il se vit forcé de fuir encore une fois chez les Nordmans, dit-on, et les Saxons le virent avec plaisir se sauver, parce que, dans leurs calculs insensés, ils espéraient rejeter avec succès toute la faute sur ce héros et le conserver pourtant pour des jours meilleurs.

Karl arriva. Les Saxons les plus illustres se rendirent près de lui. Il demanda quels étaient les auteurs du soulèvement : tous dénoncèrent Widukind. Comme on ne pouvait saisir celuici , les recherches tombèrent non plus sur l'auteur de la révolte, mais sur ceux qui y avaient pris part. Environ quatre mille cinq cents coupables furent livrés, dit-on, au roi. Si ce fait est exact , la cruauté que Karl exerça pour forcer les Saxons à un acte semblable dut être horrible-, car ces coupables étaient, sans aucun doute, aux yeux des Saxons, de nobles hommes qui avaient combattu pour ce que la patrie avait de plus sacré, des hommes que les vœux les plus ardcns avaient suivPdans leur entreprise. Il sérail plus humain d'admettre que ces quatre mille cinq cents braves, pénétrés de la Justice de leur cause, se fiant aux sentimens les plus nobles du cœur humain, au respect pour la religion , pour la liberté et la vertu et à une sainte compassiion, dominés peut-être par cette pensée illusoire, qu'au milieu de tant de coupables le châtiment ne pouvait ni se borner h un seul homme, ni les frapper tous, selivrèrent volontairement au roi des Franks. En tout cas, l'opinion des Saxons fut trompée de la manière la plus cruelle. Par ordre de Karl, ces quatre mille cinq cents hommes furent tous décapités en un seul Jour h Yerden.

La splendeur de la vie de Karl-Ie-Orand est

ternie par plus d'une tache, mais Thorrible massacre de Yerden est la plus ineffaçable de toutes ] rien ne peut la laver, rien ne peut Taffaiblir. L'homme de bien qui réfléchit sent le besoin de rejeter autant qu'il est possible sur les circonstances les atrocités qui se sont présentées dans la vie des hommes, et de considérer ceux qui les ont exécutées plutôt comme des ioslnimens dignes de pitié que comme les auteur» du crime , afin qu'il lui soit possible de conserver sa foi en la noblesse de la nature huoiaine. Si Karl avait trouvé de la résistance chez les Saxons ^ si , dans l'ivresse de la yictoirc, il avait commandé le massacre de bandes années ; oa bien si^ dans le premier moment de la défaite essuyée au mont Sunlel , il avait ordonné de tout dévaster, de tout détruire, de tout anéantir sans pitié, des cruautés de cette espèce ne sauraient assurément être Justifiées, mais du moins on pourrait les pardonner*, il en fut autrenrîcnt ici. Les Saxons avaient posé les armes ; leurs princes et leurs chefs avaient paru devant le roi^ ils avaient détourné deai un crime qui n'était pas un crime *, Karl arail ordonnéune enquête*, des Jours s'étaient écoulés: ce fut une brutale cruauté de donner ud ordre aussi sanglant dans de telles circoDstances^ ce fut une froide insolence, une méprisante ironie. Les accusations élevées contre Karl ne peuvent perdre de leur gravité que si, au lieu de les faire peser toutes sur lui, on en rejette une partie sur son armée et sur les hommes qui l'entouraient. Il se peut que ces guerriers arrogans et accoutumés à la victoire aient demandé vengeance pour ceux qui avaient péri au mont Suntel -, les ecclésiastiques peutêtre ne pardonnèrent pas le renversement dei croix, la destruction des autels, le massacre des serviteurs consacrés à Dieu ou la nécessité qui les avait forcés à la fuite. D'ailleuti les Saxons n'étaient-ils pas païens .^^ Ne dil-oo peut-être pas au roi qu'envers des paî^"* endurcis il n'avait ât remplir aucun desdcYOïrs de l'humanité ?

Nulle part il n'est question de l'impressiot» que ce crime fit sur l'esprit de Karl 5 mais peutêtre s'enfuit-il bientôt loin du théâtre de ces sanglantes exécutions, car il quitta la Saxe saos avoir rien obtenu de plus. S'il nourrissait ^ folle pensée que cet exemple produirait la ^^^' reuret"quela terreur amènerait une entière soumission , il se vit bientôt trompé daos cet

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