‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 177 sur 298 · LIT. X · texte numérisé non relu

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espoir : le peuple saxon , que celte afAreuso boucheneavait pénétré d'horreur elde dégoût, se leva redoutable contre le puissant auteur de ces scènes atroces et se réyoita avec plus d'énergie que Jamais, parce que jusqu'alors il n'avait pas senti dans toute leur étendue les maux d'une domination étrangère. Karl, de son côté, pourétouffer le soulèvement, déploya plus d'activité encore que d'habitude. Il venait h peine d'ensevelir safemmeHildegarde, morte le 30 avril 783, lorsqu'il entra en campagne. Les Franks le suivirent volontiers, car ils se sentaient coupables, et ils prévoyaient la vengeance effroyable, mais méritée, que leur feraient sentir les Saxons dans le cas où ils seraient victorieux. Les forces des Saxons s'étaient réunies à Detmold ; c'est là qu'ils attendirent le combat. Karl les attaqua : la lutte fut terrible. Ce ftit la première bataille grande et régulière livrée dans cette guerre malheureuse. XJn grand nombre de braves tombèrent des deux côtés \ la victoire resta indécise \ il est môme vraisemblable que Karl fut forcé é la retraite. Les écrivains franks, il est vrai , lui attribuent la victoire ; mais cette assertion est démentie par cette autre indication, que Karl, après la victoire, se rendit à Paderborn pour y attendre un autre corps d'armée qui n'était pas encore entré en campagne. Ce renfort, en arrivant à temps, mit, à ce qu'il paraît, Karl à l'abri de grands désastres ; car les forces des Saxons s'étaient dirigées après la bataille vers l'ouest, sans doute pour couper les communications de Karl avec le Rhin ] mais ces renforts en opérant à propos leur Jonction avec Karl , lui perniirent de faire de nouveau face aux Saxons peu de jours après la bataille deDetmoId.il les força à une seconde bataille sur la rivière de Hase. Soit qu'ils se fussent trop avancés , parce qu'ils n'avaient pas songé aux secours que pouvait recevoir l'armée des Franks, soit qu'ils fussent inférieurs en nombre, soit enfin que le génie et le talent fissent valoir leur vieille supériorité, les Saxons succombèrent après une opiniâtre résistance. Un grand nombre tombèrent sur la place où ils avaient combattu^ beaucoup furent faits prisonniers; le reste se dispersa (3). A cette même époque , la noble reine Beriha quitta la vie. Si Karl avait rencontré les derniers regards d une mère qu'il vénérait, de plus douces pensées auraient peutêtre agi sur son ftme \ mais sur le sol sanglant

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où il marchait, la tête ceinte de la brillante cou* ronne de la victoire que la fortune avait encore une fois placée sur son front , il oublia bientôt même la douleur que produit l'impression la plus profonde sur le cœur d'un homme noble. Après cette victoire, il passa le Wéser et pénétra de nouveau jusqu'à l'Elbe. Tout fut dévasté, tout fut détruit. Pourtant cette fois encore on ne gagna rien, si ce n'est peut-être l'espoir que la fortune lasserait enfin les Saxons.

Karl passa l'hiver à Herstall avec sa quatrième femme Fastrade, fille du comte frank Radolf, qu'il avait épousée à son retour à Worms. Il devait partager le sort des mortels. Tandis que dans la vie publique il semblait dominer tout, Fastrade lui apprit bientôt que l'homme le plus élevé n'échappe que difficilement à une domination étrangère. Dans les premiers temps de son nouveau mariage , il reçut des nouvelles de Saxe qui rendirent une nouvelle expédition nécessaire. Il se mit celte fois en marche dès le commencement du printemps, sans attendre, à ce qu'il paraît, l'assemblée du champ de mai , peut-être parce qu'il s'était entendu dans la campagne précédente avec ses vassaux. Mais cette précipitation môme n'avança pas beaucoup son œuvre. Il passa le Rhin à l'endroit où ce fleuve reçoit la Lippe, et vint jusqu'au- Wéser, dans le pays de Mindcn; mais il n'alla pas au delà de ce dernier fleuve. De grandes pluies, dit-on, avaient causé de grandes inondations qui Fempêchèrent de pousser sa route plus avant au nord. Il laissa donc, ajoutent les écrivains , en Westfalie, avec une armée, son fils Karl , à peine ftgé de treize ans; lui-même se rendit en Thuringe, entama les terres des Saxons établis sur la Saaie et l'Elbe, ravagea celles des Saxons orientaux, brûla leurs villages, revint ensuite sur la rive gauche du Rhin, et reçut À Worms comme vainqueur son fils, qui pendant ce temps était sorti avec bonheur d'un combat de cavalerie sur les bords de la Lippe.

Évidemment ces indications sont inexactes et confuses jusqu'à l'absurdité ; en les examinant de près, on pense, presque malgré soi , qu'ici on a caché quelque chose. En général, à cette époque, tout est présenté sous un jour favorable à la puissance dominante des Franks, comme jadis tout avait été tourné à l'avantage de la domination des Romains. Nous ne connaissons la marche des choses que par des écri-

vain8 franks; bien des faits s'expliqueraient autrement si les Saxons et d'autres peuples nous avaient aussi transmis leurs documens-, mais comme ceux-ci nous manquent , il ne faut consulter qu'avec la plus grande circons* pection les écrivains partiaux et prévenus qui nous restent. Mais il est plus diOlcite de signaler chez eux le défaut de vérité que chez les historiens romains : leur désolante pauvreté les met à Tabri des contradictions, et pour cette raison on ne peut opposer, comme pour les historiens romains, le témoignage des uns à celui des autres.

Cependant il se trouve quelques traces qui semblent justifier la conjecture que Karl ne fit nullement son expédition en Thuringe pour éviter les inondations qui avaient eu lieu au nord du Harlz, mais pour un motif tout différent et bien plus important. Plusieurs écrivains parlent d'une grande conjuration formée vers cette époque en Thuringe-, Tun d'eux précise môme Tannée -, les autres rapportent cette conjuration tantôt à Tan 785, tantôt à Tan 786. Ce désaccord même permet de faire remonter ce fait à une année plus tôt, d^autant plus que les auteurs cherchent évidemment à passer légèrement sur un sujet si délicat. En tout cas , le mouvement fut si sérieux qu'il ne put être élouiïé que parla force- des armes, et dans les années suivantes Karl n'aurait pu que difiicilement disposer d'une telle force contre les Thuringicns. L'âme de la conspiration fut, dit-on, le comte Hardrad : elle avait pour but de délivrer la Thuringe de la domination des Franks; en cas de besoin, on ne devait pas reculer devant le meurtre du roi. Les événemens de Saxe et de Bavière en donnèrent sans doute l'occasion. Qui sait ce que put faire en Bavière Tassilo, qui ne pouvait se soustraire & la violence de sa position ? Qui sait ce que purent faire en Saxe Widukind et les compagnons de ses grandes entreprises ? Qui sait si les mouvemens des Slaves ne se rattachaient pas à ces efforts P Les Tburingiens sentaient toujours encore profondément Toppression de la domination étrangère , et les continuelles expéditions de Karl en rendaient peut-être le poids plus insupportable que jamais. Il était facile aussi de prévoir que si maintenant ils ne reconquéraient pas leur liberté, tandis que les Saxons combattaient encore avec la plus grande exaspération, tandis que les Bavarois étaient entraînés par une force

nouvelle et par d'anciens ressenlimens, ce bien précieux et antique serait à jamais perdu. Mais la trahison ne s'endormit pas , et Karl devait sentir que toute sa domination serait ébranlée dans ses derniers fondemens si les Thuringiens, placés entre deux ennemis également forts et irrités, dont l'un combattait, dont l'autre attendait une occasion, prenaient les armes contre lui avec une égale colère. Il accourut aussitôt en personne avec la plus grande partie de ses forces, et ne laissa en Saxe que les troupes nécessaires pour couvrir jusqu'à un certain point les frontières de l'empire. Sa promptitude et ses artifices déjouèrent ce plan audacieux avant qu'il pût se développer. Par la terreur de ses armes, et plus encore par d'adroites négociations, il maintint la tranquillité dans les masses ; les princes et les chefs parurent devant son trône , et aucun de ces hommes ne nia sa participation à la cause de la patrie. L'un d'eux dit en face au roi : ce Si tous mes amis et mes alliés avaient pensé comme moi , tu n'aurais jamais revu le Rhin. » Karl , dit-on , n'écouta pas sans indulgence un tel langage, après un tel fait , peut-être parce qu'il le sentait dicté par le caractère et par le cœur de l'homme. Cependant il punit ce crime avec une horrible cruauté , à l'instigation, dit-on , de sa femme, l'implacable Faslrade. On arracha les yeux à quelques coupables , d'autres furent bannis, tous se virent dépouillés de leurs biens, qu'on donna en fiefs aux vassaux franks, afin que l'esprit de révolte ne se relevât pas dans le pays des Thuringiens.

Pendant ce temps, on avait négligé la Saxc^ car le combat de cavalerie sur la Lippe, où on avaiteu la victoire, n'avaiteu sans doute que des résultats insigniûans. Pour réparer le temps perdu , il fallait, pour cette année, une mesure extraordinaire ; et Karl la prit. En effet, au lieu de licencier l'armée, selon l'usage, à la Qn de la campagne, il la réunit de nouveau à Worms. Là ii détermina les vassaux à une campagne d'hiver contre les Saxons. Il comptait probablement sur ce que, après son départ, les Saxons s'étaient dispersés dans leurs cantons et dans leurs chaumières; il croyait qu'ils ne pourraient se rassembler de nouveau pour résister aux Franks , qu'ils n'attendaient pas, et qui se montraient dans une saison inaccoutumée. Ce fut vraisemblablement par ce raisonnement qu'il décida les guerriers réunis qui

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