‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 22 sur 298 · LIV. Vfl, CHÀP. VI · texte numérisé non relu

LIV. Vfl, CHÀP. VI

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droit et de Tordre > au tangin , au cenlenier, et au comte du canton , qui réunissait tous ]cs membres du canton? Mais Tobligation de ces défenseurs ne pouvait pas sans doute s'étendre au delà de leur canton. Les hommes dont TècoDomie rurale était la principale occupation ne pouvaient aller en Italie ou en Thuringe. Les habilans des villes ne semblent avoir été obligés qu'à la défense de leurs murs en cas de nécessité. Lecoifitequi gouvernait les villes, le hurggraff se chargeait probablement alors do Farmement et de la direction des habitans.

Le roi faisait les guerres lointaines avec ses kales. Il y avait seulement celte différence que les corps libres et variables de compagnons étaieot devenus un corps permanent ou qu'il s^étail formé un véritable ordre de guerriers. Ce oc fut qu'à Tépoque où le système féodal fal complété que' le nombre des vassaux étant devenu trop petit, on força aussi les tenanciers de ceux-ci à suivre l'armée avec leurs maîtres.

Les Franks, depui» rentrée de Chlodwig sur la scène, étaient toujour» sur IWensîve. Ils furent pour la première fois contraints à la défeosivc par rirruption des Avares (3). Il paraît, d'après les récits des écrivains , que lorsque le roi était tombé d'accord avec ses leules et qu'on avait résolu de concert avec eux la guerne, on entrait aussitôt en campagne. Il n'est point parlé de préparatifs ni d'armement -, mais, d'après la nature des choses, il est impossible d'admettre une si prompte entrée en campagne. Bien que la vie des leutes fût toute consacrée aux armes, chaque nouvelle entreprise devait demander des précautions nouvelles ^ et bien que Ton puisse supposer que les leutes prenaient partout ce qu'ils trouvaient (4), lœuvre même de la guerre exigeait certains moyens, et ils ne pouvaient savoir d'avance ceux qu'ils rencontreraient. La perspective du Toi et du pillage oiTrait peu de garanties. Les Iransactions faites entre les rois franks après le partage de l'empire pour l'association ou pour la défense (5) prouvent aussi qu'il s'écoulait quelque temps entre la résolution et l'exécution, et certainement on no manquait pas de mettre cet in^rvalle à proflt.

L'aDciennA>rganisation militaire parattavoir existé encore sans altération dans les provinces Purement tei\tsches de l'empire, en Bavière etcoAUemannie ou en Souabe. La défense du

pays était remise aux ducs et à tous les hommes libres en général , qui étaient convoquée et se rangeaient sous les drapeaux de la patrie suivant l'usage do leurs aïeux. Les ducs peuvent avoir entretenu à leurs propres frais (ce qui s'était vu dès le temps de Tacite) un corps de compagnons, pour ne point paraître sans dignité et sans éclat en face de la cour du roii Ce corps de compagnons, suivant l'exemple donné par les rois franks , pouvait être formé d'une autre manière que dans les temps anciens , et ce sont sans aucun doute ses membres qu'on voit figurer sous le nom de «as5Î ou vassaux des ducs; mais ils n'étaient probablement pas assez forts pour faire des guerres. On peut croire que les rois franks désiraieni que ces ducs ne pussent pas plus se soustraire au service militaire que les ducs qu'ils instituaient à leur gré dans les pays conquis; il semble toutefois que les princes teutschs ne se rendirent que rarement à cette exigence, et qu'ils crurent remplir sufflsamment leurs obligations en défendant leur pays (6). II se peut que dans le principe ils aient cru devoir faire plus de concessions qu'ils n'en firent lorsqu'une fois ils eurent reconnu la faiblesse des rois ; mais l'histoire des ducs Leutharis et Butilin semble prouver que dans ce temps môme les secours ne furent donnés que suivant les usages anciens, par des corps de compagnons formés librement avec la permission des princes de ces contrées (7).

Les succès des Franks sont une preuve de l'habileté avec laquelle ils faisaient la guerre. Ils ne manquaient pas d'expérience, et ils avaient tiré d'utiles enseignemens d'une lutte de cinq siècles soutenue contre les légions romaines et avec elles. Cependant on trouve peu de données positives. Agathias seul a donné quelques détails sur leurs armes et sur leur manière de faire la guerre, etProcope ne le contredit pas dans quelques remarques qu'il a faites en passant (8). Pourtant Agathias ne parle en réalité que des troupes des ducs Leutharis et Butilin ; et comme ceux-ci , d'après le témoignage même d'Agathias, étaient AUemanni, il est possible que les observations de cet auteur ne concernent en majeure partie que les AUemanni, bien qu'il les ait rapportées aux Frank^. Et lorsqu'il assure que les Franks aimaient beaucoup nnieu]; faire la guerre en hiver qu'en été ,

parée quils ne pouvaient supporter la chaleur, tandis qu'ils étaient accoutumés au Troid, celte assertion n'a certainement de yaieur que pour leurs guerres dltaiie ; car dans la Gaule et dans le Tcutsctiland ils commençaient leurs guerres au printemps et non en automne.

Selon ces deux écrirains , qui du reste reconnaissent formellement la grande habileté militaire des Franks (9) , la cavalerie était rare chez ce peuple, el toutes ses forces consistaient en infanterie. Lorsque Théodebcrt entreprit son expédition d'Italie, ce roi , selon Procope , n'était accompagné que d'un petit nombre de cavaliers, et ceux-ci étaient armés de lances : a Ils ne se servent que rarement de chevaux , dit Agalhias*, ils sont habitués dés l'enfance à combattre à pied -, ils héritent celte habitude de leurs pères et y sont admirablement exercés (10). » Le nom de phalange , que Grégoire de Tours donne à l'armée de Chlodwigetqu'Agalhias attribue généralement à toutes les armées des Franks (11), semble prouver aussi que celte armée consistait en fantassins. Il est à peine parlé une fois d'un combat de cavalerie. Le roi lui-même se montre à pied à l'armée , et la loi des Bavarois exige du duc qu'il sache combattre à pied aussi bien que s'élancer sur un cheval.

Dans les anciens temps , les peuples teutschs du Nord n'avaient pas manqué de cavaliers. Les cavaliers bataves étaient distingués dam l'armée romaine; la cavalerie des Tenchléres et des Usipètes s'était montrée si redoutable au divin Jules que les Romains ne purent longtemps surmonter l'impression qu'ils en avaient reçue, et, comme nous Tavons remarqué, on faisait encore un grand cas des chevaux de Thuringe à l'époque môme dont nous parions ici. Les Gattes seuls , qui dans l'origine étaient le peuple principal des Franks, avaient de toute antiquité signalé leur force dans le combat à pied . Peul-ètre les Franks avaient-ils trouvé que celle manière de combaltre, qui se soutient le plus longtemps, leur convenait le mieux, parce que leur courage et leur force ne dépendaient pas dé la vigueur d un cheval : car on peut bien croire que les maîtres de la Gaule avaient eu les moyens de se procurer les chevaux nécessaires et l'équipement le plus complet. Il est toutefois possible qu'une guerre désastreuse de plusieurs siècles ait fait dépérir sur tous les

points de la Gfiule réducation des chevaux, ci on peut appuyer cette conjecture sur ce que dans la loi salique un cheval est estimé trois ou quatre fois plus qu'un homme, c'est-ànSirc qu'un serf (12).

Quant aux troupes qui suivîronl Théodebcrt en Italie, Procope a remarqué qu'elles n'avaicnl ni ares ni lances , mais une épée , un bouclier et une hache faite d'un fer épais et d'une forme qui leur était propre, aiguisée des deux côtés, avec un manche de bois fort court : c( A un signal donné, dit- il, ils saisissaient cette hache, brbaient avec elle au premier choc lebouclier de l'ennemi, et tuaient celui-ci. » On nedit rien du costume des guerriers : il n'avait donc pro* bablemenl rien de saillant.

Agathias au contraire nous apprend ce qui suit, en parlant du combat entre Bulilinel Narsès (13) : « L'armure de ce peuple est 1ressimple : elle n'a pas besoin des divers artisans ; mais lorsqu'elle est détériorée, elle est aussi, je crois , réparée par les soldats eux-mêmes. Car la cuirasse et le cuissart leur sont inconnus. La plupart ont la tête découverte, et il en est bien peu qui portent le casque. La poitrine et les épaules sont découvertesjusqn'auxhanches. Autour des cuisses et des jambes ils passent des braies de toile ou de cuir ; à la hanche est suspendue une épèe, au côté gauche un bouclier. Ils n'ont ni arcs , ni ft*onde« , ni autres armes propres à lancer des projectiles. D'autre part ils portent des haches  deux Iranchans et des pointes qui leur sont propres, les aw^ons, dont ils se servent aussi le plus volontiers (14). Or ces angons sont des espèces de broches m trop petites ni trop grandes, mais aussi propres à être lancées de loin lorsque cela est nécessaire qu'à pénétrer dans les rangs de troupes rangées en bataille qui combattent de près (15). Ces armes sont presque entiérennenl revêtues de fer , de manière à ne laisser voir que peu de bois , et à peine en laissent-elics voir dans toute la partie par où on les tient*, mais de la pointe partent deux autres pointes recourbées , dirigées vers le bas et semblables à des crochets. L'homme f^ank lance ce crochet lorsqu'il est au combat; sll atteint le corps d'un ennemi, la pointe y pénètre, et celui qui est ainsi blessé peut difflciremenl arracher la lance, car les crochets, enfoncés dans la chair, se resserrent et rendent la douleur plus vive •, de sorte que l'ennemi est

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mis hors de combat t^l n^est pas mortellament blessé. Si ee crochet s'attache à un bouclier , ii y reste suspendu et est porté partout arec lui, etsoa extrémité restée jibre traîne à terre. L'ennemi touché ne peut arracher cette lance , perce que les crochets ont pénétré dans le bouclier ; il ne peut la rompre à coups d'é* pée, parce qu'il ne peut atteindre le bois et ne renoontre partout que du fer. Lorsque le Frank ¥0ii cela , il s'approche, appuie le pied sur la baoipe et force le bouclier à s'abaisser. Pendant que la main de celui qui porte le bouclier s'affaiblit, sa tète et sa poitrine sont mises à découvert. AI(N^ le Frank saisit Thomme^qui ne peut se senrir de son bouclier, et le tue en lui fendant le crâne avec sa hache <m en lui perçant le ccBur avec une autre pique (16). »

Évidemmrat ce qo'Agatfaîas dit dans ce passage au sujet du costume des guerriers ne peut s'appliquer en général aux Franks qui avaieat conquis la Gaule et qui disposaient de tout ce que le paya contenait. Bien que jadis les oonqoérans aient pu être très-simples dans leur costu^ me, il est impossible qu'ils aient conservé cette simplicilé après avoir vu leur roi orner sa tète du diadème et se couvrir de la pourpre. Agalbias a reconnu lui-même que les Franks lui semblèrent très-culttvés et très-fins, et bien que, comme on le comprend sans peine, ils se montrassent barbares par le costume et par la langue, Agathias a ajouté que rien autre chose ne les distinguait des Homaim. Leur costume, bien que national, devait donc être très-avantageux. Il est difficile que les Allemanni eux-mêmes aient combattu sons la forme sauvage dans laquelle Agathias nous montre ici les guerriers teutschs . De plus, Leutharis et Buti* lin avaient traversé l'Italie depuis les Alpes jusqu'au détroit de SieHe, et ils ne s'étaient pas fait faute de pillage (17) -, il est donc vraisem^ Uable que la chaleur du pays les décida seule à s'habiller le plus légèrement possible , et que Thislorîen a représenté comme un usage général ce qui n'avait eu lieu que dans un cas particulier.

Mais si , relativement aux armes , on compare les paroles d' Agathias avec ce que Tacite dit de l'armure des Teutschs et avec ce que Ton trouve dans d'autres écrivains , il semble en résulter que cet angon n'était que l'ancienne framée, qui , au temps d'Armin , porta tant de îéi» de sanglans ravages dans les rangs

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des légions. Cette arme peot avoir été perfectionnée avec le temps, et pour cette raison peut-être elle perdit peu à peu son nom , que du reste Grégoire de Tours connaît encore. Il n'est pas vraisemblable toutefois qu'elle ait ja« mais eu le nom d'angon chez les Teutschseuxmêmes, car aucun écrivain frank ne le connaît, et il ne désigne évidemment que la forme même derarme. Il sepeutdoncque l'indication donnée par Agathias résulte d'un malentendu : il s'informa de ce qu'était celte chose, et les Teutschs, supposant qu'il savait bien que c'était une arme, lui dirent un nom qui en désignait la forme. Chez les Teutschs, l'ancienne framée s'appelait vraisemblablement alors la double lance (18); et comme , sek>n l'observation d'Agalhias , les Franks voyaient en elle leur arme nationale, peut-être parce que les améliorations qu'elle avait reçues étaient leur œuvre, elle avait pris le nom de francisque (19). Il serait possible aussi qu'elle eût été introduite dans les armoiries du roi des Franks, car les trois figures que l'on prend ordinairement pour des lis ont par la forme sous laquelle elles se présen-* lent dans les plus anciens temps toute l'apparence que doit avoir eue, d'après la description d'Agalhias, Tangon, la double lance ou francisque. L'arme nationale des Franks était du moins pour le roi des Franks et pour leur empire un emblème tout aussi convenable et tout aussi digne que les lis des champs avec leur innocence et leur pureté. Il se trouvera à peino quelqu'un qui demandera comment cette arme est entrée dans Fécusson ] il se trouvera diificilement. quelqu'un qui comprendra comment les lis y ont pris place (20).

Enfin , quant à l'ordre de bataille des guerriers teutschs, ils étaient restés fidèles, sous ce rapport encore, aux usages nationaux* Alors , comme jadis, le coin était leur disposition habituelle. Agathias, dans le récit de la balaille livrée à Gapoue entre Narsès et Butilin , donne de ce coin une description qui est peut-être plus claire que tout ce que l'on en dit, et qui, par cette raison, semble mériter quelque attention (21) : a Leur ordre de bataille, dit-it, avait la forme d'un coin, car il ressemblait à un triangle (22). La partie antérieure, qui s'avançait en pointe, était couverte et enfermée partout par des boucliers^ on peut dire que dans l'ensemble ils représentaient une hure de sanglier. Les flancs, dont

la prorondeur était formée de deux eôlés par des rangs et des flles , et qui s'étendaient obliquement, se séparaient graduellement Tun de Taulre et finissaient par se développer sur une grande largeur, de sorte que Tespaee laissé enlre eux semblait vide et que le derrière des hommes paraissait découvert dans la série des rangs (23) : car ils se tournaient en sens opposé les uns aux autres, de manière à présenter le front à Fennemi et A pouvoir combattre en sûreté, tenant devant eux leurs boucliers et se couvrant par leur position, dos contre dos. »

Ce développement de Tordre de bataille suppose assurément une grande connaissance, un grand coup d'œil, de l'adresse et de Tbabileté. C'est par lui que les Teulschs gagnèrent leurs victoires et conquirent les pays de la terre.

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