‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 249 sur 298 · LIV. XII · texte numérisé non relu

LIV. XII

ou bien, lord même qu'il en laisserait subsister le Toyerdans le palais do KarMc-Grand t Aixla-Chapelle, no pouvait-il pas du moins vouloir être roi immédiat de ritaiie et souverain de Rome? Bcrnhard avait de justes motifs d'inquiétude pour son avenir, car il ne pouvait attendre de son cousin les ménagemens qu'avaient eus pour lui un père et un oncle. Les hommes qui avaient été dévoués à son père et qui le chérissaient lui-même , devaient partager le déplaisir et Finquiélude du Jeune prince. Il paraît aussi que rassemblée se sépara mécontente, et chez beaucoup les passions durent couver avec d'autant plus de force, qu'ils eurent plus d'occasions de surveiller, d'apprécier, de calculer toutes les tendances et toute la conduite de Ludwig.

Quant à l'empereur, il sembla qu'il ne se doutait de rien. Après la dissolution de la diète, it se livra sans contrainte aux plaisirs de la chasse. Il ne fut pas plus ému par la défec* tion des Abodrites. Après la mortde Thrasucho, un prince nommé Sclaomir avait été mis à la tète de ce peuple. Pour des raisons que l'on n'indique point, il avait reçu de Ludwig Tordre départager sa dignité avec Ccadrag, Ois de Thrasucho. Sclaomir vit probablement dans cet ordre le désir soit de le blesser personnellement, soit d'affaiblir la puissance de son peuple par un partage. Il déclara donc que jamais il ne passerait TËIbo; que jamais il no parnltrait dans le palais de l'empereur. En même temps il envoya un message en Danemark, fit alliance avec les fils de Godofrid , et décida les Danois, auxquels dans l'origine les Abodrites, entraînés par les Franks, avaient fait la guerre , nonseulement à faire irruption dans le pays des Saxons Iransalbins, mais encore ù faire des courses sur l'KIbe avec leurs flottes et ù exercer de grands ravages sur les bords de ce fleuve. Ludwig, toutefois, n'y vit pas un grand danger. H se borna à donner les ordres nécessaires aux bandes qu'il avait chargées de surveiller le cours de l'Elbe. Lui-même continua ses plaisirs; quant aux bandes, elles repoussèrent les Danois et firent rentrer les Abodrites dans leur ancienne dépendance.

IVIais l'empire n'était pas aussi tranquille qu'il le paraissait aux yeux de l'empereur. Bcrnhard , le jeune roi d'Italie , élait encouragé à faire valoir ses droits. Il trouvait des amis, non-$ei|lemenl en Italie, mais encore

CHAP, IL

^ en deçù des Alpes. Un grand nombre d'hommes les plus éminens , ecclésiastiques cl laïques , se déclaraient pour sa cause. Il se décida, et l'Italie tout entière fit entendre des cris de joie à la nouvelle de sa résolution.

L'empereur revenait des Vosges , Ihéûlre de ses chasses, à Aix-la-Chapelle, lorsqu'il fut informé par Suppo, comte de Brixen , et par Rathald, évoque de Vérone, « que son neveu, Bcrnhard , roi d'Italie , aspirait à l'indépendance ; que tous les défilés des Alpes , les cluses^ étaient occupés par ses guerriers ; que toutes les villes d'Italie avaient juré par son nom. » Cette nouvelle était exagérée; mais la tentative de Bcrnhard était dans la nature des choses humaines; ce que la renommée avait annoncé comme déjà fait, pouvait se faire aisément, si l'on en donnait le temps au jeune prince. C'est cequel'on senlaità la courdeLudwig-lc-Picux; aussi la plus grande rapidité sembla-t-elle nécessaire pour arrêter ce mouvement. L'empereur envoya aussitôt dans toutes les provinces de l'empire l'ordre de mettre en toute halo toutes les forces en mouvement pour une expédition en Italie; lui-même, pour être plus près do l'ennemi, se rendit à Chûlons-sur- , Saône , oïl les armées devaient se rassembler.

Toutefois , on n'en vint pas 6 un combat. Les Franks sentirent probablement qu'une guerre de cette espèce devait présenter de grandes dillicultés. On était en automne; on pouvait h peine commencer les opérations avant le printemps suivant. Mais si on laissait rhivcr au roi Bernhard, il pouvait arriver des événemens dont il élait impossible de prévoir les suites. La justice de sa cause augmentait chaque jour sa puissance. Les conseillers do l'empereur virent certainement aussi rintérêt que Ton portait au jeune prince, même en deçà des Alpes, bien que peut>êlre ils ignorassent qui avait pris son parti ou qui était resté fidèle à l'empereur. Il fallait d'autant moins temporiser. Peut-être au printemps suivant ne pourrait-on plus compter sur personne. Dans cette inquiétude, dans cette incertitude, dans cette crainte, on crut, à la cour de Ludw ig-le-Pieux, que le parti le plus sage était d'ouvrir des négociations avec le roi Bcrnhard, pour désarmer par la ruse celui que l'Qn regardait comme dangereux d'attaquer par les armes. L'impératrice Irmingarde se chargea de persuader au malheureux prince

envoyer; iU devaienl conslomment (cniricur aîné au courant do l'état des rronliërcs do leurs royaumes. Après la mort do Tcmpercur Lud- ^ig, un vassal no devait plus posséder de ficfs que dans le territoire de son seigneur; mais il devait avoir la faculté de posséder partout des propriétés libres ; tout homme libre qui n'avait pas encore de seigneur ( senior ) pouvait ù son choix se soumettre à Tun des trois frères. Si , après la mort de leur père, Tun des plus jeunes voulait se marier, il ne pouvait le faire sans Ta* vis et le consentement de Tatné ; en aucun cas il ne devait chercher une femme chez un peuple étranger. Si, à leur mort, les plus jeunes frères laissaient des fils légitimes^ ceux-ci no devaient pas se partager de nouveau les royaumes de leurs pères , mais Tun d'eux devait être élu roi par le peuple, par les vassaux laïques et ecclésiastiques. Si au contraire Tun des plus jeunes frères mourait sans laisser de fils légitime, son royaume devait faire retour à Talné. Quant au royaume d'Italie, enfm, ildevait rester soumis à Tempereur Lolhar, de même qu'il Pavait été au père de l'empereur Ludwig, à Karl-le-Grand, et qu'il rétait encore à Ludwig lui-même.

Ce règlement contenait évidemment des germes féconds de querelles et de discordes, qui devaient se développer et produire des fruits funestes. Tous les méconlens y trouvèrent mille prétextes à des désordres de toute nature. Sans doute Tempereur put être persuadé qu'il n'avait fait que suivre l'exemple de son père, cl, en lui rappelant la sagesse de ce dernier, on putétouiïer en lui le sentiment de sa propre folie. Mais Ludwig, bien qu'il n'égalâtson père ni par son* génie, ni par son énergie, ni par le respect qu'il inspirait, était allé bien plus loin que lui. Karl-le-Grand n'avait pas nommé son fils aîné empereur; il n'avait pas placé sous ses ordres ses fils plus jeunes : Ludwig fil l'un et Tautre à une époque où l'intelligence de ses plus jeunes fils n'était pas encore assez mûre pour comprendre combien Tunilé de Fempire était nécessaire, et où pourtant ils étaient assez ûgés pour recevoir une impression pénible de la préférence dont leur frère aîné était Tobjet. Les vassaux des plus jeunes fils, en comparant leur position à celle des vassaux du fils aîné, purent aussi voir dans ce règlement une vexalion intolérable, puisque de vassaux immédiats ils devenaient vassaux médiats,arrière-vassaux, de vassaui^ dç Tempire qu'ils étaient aupara-

vant (4). De même, Karl n'avait pas eu à tenir compte d'un neveu, et il avait eu la prudence de no rien prescrire pour les générations à venir. Ludwig donna arbitrairement un lot à son neveu, et dispos» sans réflexion du sort de ses pelits-flls.

Cependant, grâce à leur jeunesse, les fils puînés de Ludwig se conformèrent sans peine aux prescriptions de leur père. Pippin se reodit aussitôt en Aquitaine, non pour prendre lui-même les rênes do l'État , puisqu'il était mineur, mais pour prêter son nom au gouvernement de ce pays. Ludwig, au contraire, le plus Jeune, resta près de son pèro à cause de son bas âge, de sorte que la Bavière sembla lui avoir été attribuée sans but.

Uernhard , roi d'Italie , reçut avec une profonde indignation la nouvelle de ce partage. Évidemment Karl-le-Grand , aussi bien que Ludwig-le-Pieux, avaient accordé une préférence aux fils aînés avec l'assentiment de leurs fidèles. D'après ce principe , le nouveau partage de l'empire était pour Bernhard une grande vexation. Pippin, son père, avait élé le fils aîné de Karl-le-Grand^ il avait rendu à l'empire des Franks de plus grands services que Ludwig, le prêtre-roi. S'il avait vécu jusqu'à la mort de Karl-le-Grand, il aurait sans aucun doute hérité de tout l'empire avec la couronne impériale, tandis que Ludwig serait peul-éirc resté roi de l'Aquitaine, qui lui avait élé destinée dans l'origine, et que peut-être ilaurailèlê en état do gouverner. Le sort avait disposé autrement. Bernhard, qui n'était qu'un jeune homme, avait souffert que Karl-le-Grand lui préférOtl son plus jeune fils, à lui, son polilfils ; il avait donné à son oncle des preuves de fidélité , d'obéissance, de dévouement. Mainlcnant il ne s^agissait plus de fils , mais de pelitsflls du grand empereur; parmi ceux-ci il était le plus proche. Il était l'aîné de tous, et aucun ne lui était supérieur en génie et en énergie. Or, son royaume était placé sous la suzerainclê de celui à qui l'on avait donné le litre d'empereur, et il devait obéir à son jeune cousin comme Pippin avait obéi à son père, comme lui-môme avait obéi à son oncle. Et quelle securitô trouvait-il lui-môme dans celle position. Il était roi d'Italie; Lothar devait devenir empereur romain : n'étail-il pas à craindre que celui-ci ne transportât le siège de son empire dans le pays dont cet empire portail le nom.

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