LIV. XII
quilaine, que de prier pour l'empereur et pour 8es fiis, et pour la conservation de Tempire (2).
Ludwig ne borna pas sa bienveillance aux couvens^ il retendit sur tout le clergé, et sa conduite équivoque envei^ les couvens nnérite ici les plus grands éloges. La majeure partie des ecclésiastiques de son empire, presque tous même, n'étaient pa& de condition libre: c'étaient des serfs , des lites , des arriére-vassaux. Leurs seigneurs , tantôt laïques , tantôt ecclésiastiques , leur donnaient la permission d'entrer dans les ordres pour leur seul intérêt^ ils tiraient un gain immense des saints travaux de ces hommes qui leur appartenaient. C'était un sujet d'aflliction pour l'empereur que les serviteurs du Christ fussent soumis à une servitude humaine. Il ordonna donc que désormais tout homme non libre qui , réunissant à des mœurs pures les connaissances nécessaires^ voudrait se consacrer au service des autels, se* rait aiïranchi de la servitude avant de monter les degrés de l'autel.
Ces mesures témoignaient sans doute des nobles dispositions de Fempereur-, elles causèrent aussi une grande joie dans les couvens et parmi le clergé ; mais elles déplurent aux seigneurs laïques. L'un calculait la perte qu'éprouvait Tempirecontreles ennemis du dehors; un autre, la diminution de ses propres revenus ; presque tous voyaient avec peine l'empereur se consacrer exclusivement aux alTaires de l'Eglise et des couvens, et s'inquiéter si peu des alTaires temporelles de l'empire. Les motifs de mécontentement s'accumulèrent donc par ces réglemcns, et le désir d'opérer un changement, même par la violence , s'éleva dans beaucoup de cœurs. On chercha à préparer l'occasion , et le danger auquel la vie de Ludwig avait été exposée en présenta une assez convenable.
La diète assemblée adressa à l'empereur, au moment oùl'on s'y attendait le moins, et comme par une inspiration divine, la prière de profiter de ce moment de santé et de paix pour prendre les mesures nécessaires en cas de mort , au sujet de l'empire et du sort de ses fils, comme l'avaient fait ses prédécesseurs. Cette prière lui fut adressée avec la soumission qui lui était due, et les projets del'ègoïsme furent dissimulés sous des assurances de fidélité. Ludwig fut frappé de surprise-, ses amis ne prirent pas le change. Il était âgé de quarante ans; ses fils étaient tous mineurs : il était naturel
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que ses confldens conçussent des soupçons , bien que, préoccupés de leurs propres conseils, ils ne pussent reconnaître la véritable corrélation des choses. « L'empereur, disait-on, ne pouvait, par affection pour ses fils, détruire l'unité de l'empire que Dieu lui avait confié. Le partage était chose Hillicile : il pouvait aisément entraîner des discordes dans le peuple chrétien ; il était facile de soulever la colère de celui qui tient en ses mains tous les empires de la terre. » Mais celte sagesse de l'empereur et de ses amis fut sans force devant les inquiètes instances de l'assemblée. Ludwig ordonna donc un jeûne de trois jours et des prières, et distribua lui-même de riches aumônes pour obtenir de Dieu les lumières dont il avait besoin. Après s'être ainsi préparé, il fit le partage do l'empire sur la proposition ou avec l'assentiment de l'assemblée.
Ludwig nomma son fils aîné, Lolhar, empereur, lui mit une couronne d'or sur la tête, et se l'adjoignit comme collègue.
Cet acte, de la part de Ludwig, n'était autre chose qu'une déclaration solennelle de sa volonté, en vertu de laquelle Lolhar devait prendre sa place *, il ne pouvait avoir en vue de détacher la couronne impériale du saint-siége de Rome. Cependant les vassaux assemblés déclarèrent aussitôt Lolhar empereur.
Le titre de roi fut donné aux deux plus jeunes fils de l'empereur, à Pippin et à Ludwig. Ce dernier reçut la Bavière (3) pour royaume et en même temps les pays voisins , qui étaient tributaires de l'empire , ou qui devaient être soumis au tribut, la Carinthie et la Bohême, ainsi que le pays des Avares et des Slaves à l'estde la Bavière. L'Aquitaine fut donnée pour royaume au premier-, on étendit toutefois considérablement ses frontières. On reconnut à tous deux le droit de disposer en princes indépcniansdes fiefs de leurs royaumes \ pour tout le reste, ils devaient être soumis au pouvoir suprême de leur frère aîné. L'unité de l'empire devait être maintenue. Une fois par an, les trois frères devaient avoir une entrevue et se traiter avec une amitié mutuelle. En cas de guerre, ils devaient se secourir entre eux; toutefois les deux plus jeunes frères ne devaient avoir le droit de faire aucune guerre sans le consentement de l'aîné, si ce n'est pour repousser une attaque soudaine. De même, ils ne devaient ni recevoir d'ambassades des états étrangers , ni en
HISTOIRE DU PEUPLE ALLIùMAND.
envoyer \ ils devaicnl constamment tenir leur atnê au courant de Tétat des frontières do leurs royaumes. Après la mort de l'empereur Ludy/ÏQ^ un vassal no devait plus posséder de fiefs que dans le territoire de son seigneur; mais il devait avoir la faculté de posséder partout des propriétés libres ; tout homme libre qui n'avait pas encore de seigneur (genior) pouvait à son choix se soumettre à l'un des trois frères. Si , après la mort de leur père, Tun des plus jeunes voulait se marier, il ne pouvait le faire sans Tavis et le consentement de Talné -, en aucun cas il ne devait chercher une femme chez un peuple étranger. Si, à leur mort, les plus jeunes frères laissaient des fils légitimes, ceux-ci ne devaient pas se partager de nouveau les royaumes do leurs pères , mais Tun d'eux devait être élu roi par le peuple, par les vassaux laïques cl ecclésiastiques. Si au contraire Tun des plus jeunes frères mourait sans laisser de fils légitime, son royaume devait faire retour àTaîné. Quant au royaume d'Italie, enfin, ildcvait rester soumis à l'empereur Lolhar, de môme qu'il Tavait été au père de TempereurLudwig, à Karl-le-Grand, et qu'il rétait encore à Ludwig lui-même.
Ce règlement contenait évidemment des germes féconds de querelles et de discordes , qui devaient se développer et produire des fruits funestes. Tous les méconlensy trouvèrent mille prétextes à des désordres de toute nature. Sans doute l'empereur put être persuadé qu'il n'avait fait que suivre l'exemple de son père, et, en lui rappelant la sagesse de ce dernier, on putélouiïer en lui le sentiment de sa propre folie. Mais Ludwig, bien qu'il n'égaiûtson père ni par son* génie, ni par son énergie, ni parle respect qu'il inspirait, était allé bien plus loin que lui. Karl-le-Grand n'avait pas nommé son fils aîné empereur-, il n'avait pas placé sous ses ordres ses fils plus jeunes : Ludwig fil l'un et Tautrc à une époque où l'intelligence de ses plus jeunes fils n'était pas encore assez mûre pour comprendre combien l'unité de l'empire était nécessaire, et où pourtant ils étaient assez ûgés pour recevoir une impression pénible de la préférence dont leur frère aîné était l'objet. Les vassaux des plus jeunes fils, en comparant leur position à celle des vassaux du fils aîné, purent aussi voir dans ce règlement une vexalion intolérable, puisque de vassaux immédiats ils devenaient vassaux médiats,Qrrière-vassaux, de vassuu)^ dç l'empire qu'ils étaient aupara-
vant (4). De môme, Karl n'avait pas eu à tenir compte d'un neveu, et il avait eu la prudence de no rien prescrire pour les générations à venir. Ludwig donna arbitrairement un lot à son neveu, et dispos» sans réflexion du sort do ses petits-fils.
Cependant, grâce à leur jeunesse, les fils puînés de Ludwig se conformèrent sans peino aux prescriptions de leur père. Pippin se rendit aussitôt en Aquitaine, non pour prendre lui-même les rênes do l'État , puisqu'il élait mineur, mais pour prêter son nom au gouvcr* nement de ce pays. Ludwig, au contraire, le plus jeune, resta près de son père à cause de son bas âge, de sorte que la Bavière sembla lui avoir été attribuée sans but.
Uernhard , roi d'Italie , reçut avec une profonde indignation la nouvelle de ce partage. Évidemment Karl-le-Grand , aussi bien que Ludwig-le-Pieux, avaient accordé une préférence aux fils atnésavec l'assentiment de leurs fidèles. D'après ce principe , le nouveau partage de l'empire était pour Bernhard une grande vexation. Pippin, son père, avait èiô le fils aîné de Karl-le-Grand; il avait rendu à l'empire des Franks de plus grands services que Ludwig, le prêtre-roi. S'il avait vécu jusqu'à la mort de Karl-le-Grand, il aurait sans aucun doute hérilé de tout l'empire avec la couronne impériale, tandis que Ludwig serait peul-ètrc resté roi de l'Aquitaine, qui lui avait été déclinée dans l'origine, et que peut-être ilauraitèlc en état de gouverner. Le sort avait disposé autrement. Bernhard, qui n'était qu'un jeune homme, avait souiïert que Karl-le-Grand lui préférât son plus jeune fils, à lui, son pclilfils : il avait donné 6 son oncle des preuves de fidélité , d'obéissance, de dévouement. Mainlenant il ne s'agissait plus de fils , mais de pelils^ fils du grand empereur-, parmi ceux-ci il était le plus proche. Il était l'atné de tous, et aucun ne lui était supérieur en génie et en énergie. Or, son royaume était placé sous la suzerainclé de celui à qui Ton avait donné le titre d'empereur, et il devait obéir â son jeune cousin comme Pippin avait obéi à son père, comme lui-mêm.e avait obéi à son oncle. Et quelle îsccurité trouvait-il lui-même dans cette position? Il était roi d'Italie ^Lolhar devait devenir empereur romain : n'étail-il pas à craindre que celui-ci ne transportât le siège de son empire dans le pays dont cet empire portait le nom.