‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 265 sur 298 · LIV- XII · texte numérisé non relu

LIV- XII

Malfrid, avait été tué dans le combat livré sur les bords de la Loire, aux environs d'Orléans^ son frère Wilhelm , comte de Blois, Théoto, abbé de Saint-Martin , et beaucoup d'autres avaient eu le même sort. Les vainqueurs, Matfrid et Lambert, envoyèrent aussitôt la nouvelle de ces évènemens à leur seigneur Lolhar, auquel ils continuaient à donner le titre d'empereur ; en même temps ils le prièrent de les rejoindre en toute hftte et de leur amener du secours, parce que le combat les avait alTaiblis et qu'ils étaient hors d'état de pénétrer jusqu'à lui. Lothar avait renvoyé avec insulte, avec des menaces terribles, les messagers que son père lui avaient envoyés pour l'inviter à reve- .nir prés de lui, et lui rappeler les devoirs que Dieu a imposés au fils à l'égard du père. De Vienne, où il avait rassemblé ses fidèles, il s'était avancé jusqu'à Ghàlons-sur-Saône. Le comte Warin avait fait fortifier cette ville (6), et elle résista aux armes de Lothar. Mais le moment était précieux , parce qu'il semblait décisif. Lothar commença donc cette lutte terrible contre Ghàlons. Il fit détruire tout ce qui entourait la ville, ensuite il entreprit de lui donner l'assaut. La résistance dura cinq jours. Enfin la ville fut prise, pillée, souillée de toute manière, livrée aux flammes (non toutefois par Tordre de Lothar) , et brûlée tout entière, à l'exception d'une seule église. Trois comtes , qui étaient tombés prisonniers entre les mains du vainqueur, furent décapités comme rebelles ; il donna la vie au quatrième^ Warin, parce que celui-ci fut assez faible pour lui jurer fidélité ; mais Gerberga , fille de saint Wilhelm , sœur de Bernhard, duc de Septimanie, fut, malgré le voile sacré qui aurait dû la proléger, enfermée dans une outre et Jetée dans la Saône. Après ces atrocités Lothar quitta Ghftlons , se dirigea À marches forcées par Autun sur Orléans , et se réunit heureusement, sur la rive droite de la Loire, aux comtes Matfrid et Lambert.

Cependant ces évènemens effrayèrent, sinon

Ludwig-le-Pieux lui-même, du moins sa femme, ses conseillers, ses amis. Ludwig, son fils, se montra avec ses Bavarois ; à lui se réunirent les autres peuples teutschs -, en France et en Bourgogne se soulevèrent tous ceux qui avaient pris le parti du père, et qui, pour celte raison, redoutaient le fils. Cette grande armée marcha contre celle de Lothar sur la Loire,

CHAP, VI

âOl

tandis que Pippin se mettait en mouvement avec les Aquitains pour menacer les flancs de l'ennemi. Lothar recula jusqu'aux environs de Blois. Là il traça un camp : l'armée de l'empereur prit possession en face de lui, tandis que Pippin accourait pour la renfoncer. Lothar, dans le principe, nourrissait l'espérance que les anciens moyens de séduction qui, sur le champ du Mensonge, avaient eu tant de force sur les vassaux avides, ambitieux et effrénés de son père, auraient ici le même succès; mais il se trompa. Les passions s'étaient calmées; beaucoup d'espérances avaient été déçues ; à une sauvage arrogance avait succédé la honte d'une double trahison. Les transfuges ne vinrent pas de l'armée de son père dans la. sienne; mais ils passèrent de la sienne dans celle de son père. La scène du champ du Mensonge eut sa contre-partie. La perplexité de Lothar augmentait d'heure en heure ; sa perte semblait inévitable. Sur ces entrefaites Ludwig, cédant à ses sentimens paternels, et pénétré d'inquiétude au sujet de cette guerre civile et du sang qui allait couler, envoya à son fils une ambassade composée de l'évèque Baradad, de Paderborn, du duc Gebehard , et du comte Berenger, homme sage et parent de la famille impériale. L'évèque parla le premier au prince; les seigneurs laïques confirmèrent ses pieuses exhortations. Ils lui conseillèrent de se rendre auprès de ses séducteurs s'il ne voulait pas se séparer de ceux-ci. Ils lui promettaient que son père pardonnerait le passé ; ils s'engageaient à obtenir ce pardon pour ses complices. Lothar consulta les siens. Tous acceptèrent cette offre, parce qu'il n'y avait plus aucun autre moyen de salut, et Ludwig confirma les promesses de ses envoyés.

La tente de Ludwig était dressée dans une vaste plaine; autour se tenait son armée, les yeux fixés sur lui. Il était assis dans toute la majesté impériale ; à côté de lui étaient Pippin et Ludwig, ses fils. C'est ainsi qu'il reçut Lothar et ses compagnons , les auteurs ou les fauteurs de ces désastreuses discordes. Lothar se jeta aux pieds de l'empereur ; Hugo, son beau-père, Matfrid et tous ceux qui étaient venus avec lui suivirent son exemple. Tous reconnurent leurs torts et leur crime. Ludwig leur pardonna. Lothar lui jura de nouveau fidélité ; il lui jura d'obéir à tous ses ordres : de se rendre en Italie, et de ne pas sortir de ce

Page 1