‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 281 sur 298 · LIV. XII, ÇHAP. X · texte numérisé non relu

LIV. XII, ÇHAP. X

teolMlie et de Tàiitre à rinflaence de la nalionalilë française, sans se senlir en eux-mêmes la force de la résistance^ les habitans de ces contréea durent nécessairement chanceler des deux côtés, et comme celle faute était d'une nature intellectuelle, elle ne pouyait être compensée par aucun progrés en bien«èlre et en jouissances matérielles. Il ne leur restait que l'espérance de ?oir lomber un Jour les barrières établies sur le Rbin et sur la Meuse et de se réunir ensuite soit au royaume teutsch soit au royaume français ; mais cette espérance même ne promeltait qu'un aTantage incertain , soit que l'esprit national une fois éyeillé marche toujours en ayant, soit qu'aucun des deux royaumes yoisins ne pût laisser à l'autre une tranquille possession de ces beaux pays et que par là même ils dussent deyenir l'objet à la fois et le théfttre de disputes continuelles.

La position de la maison royale augmentait encore l'incertitude. Les trois rois qui occupaient les trois nouyeaux trônes] s'étaient accordé réciproquement l'indépendance de leurs royaumes. Mais le souyenir des longues dis* cordes qui ayaient produit tant d'actes bas et odieux maintenait les passions yivantes dans leurs âmes. Et à l'ignoble passion du ressentiment, de la haineet del'ayidité se rattachaient d'autres passions plus nobles. Leur aïeul commun, KarMe-^Grand, était partout le sujet de réioquence , des traditions fabuleuses, de la poésie. Leurs royaumes n'étaient que des fractions de l'empire sur lequel il ayait régné. Partout ils trouyaient des monumens de sa grandeur ; partout ils se retrouyaient sur ses traces ; jyartout ils étaient ramenés à ses fondations, à ses réglemens, à ses institutions. Il était facile de se faire illusion, et de croire que Karl ne fut si grand que par la possession de cet immense empire, bien que cet empire eût été au contraire l'œuyre de sa grandeur. Chacun des rois partiaires pouyait croire qu'il ne serait pas au-dessous du grand empereur, si au lieu d'une partie de l'empire il possédait rempire tout entier. Aussi aucun des trois frères ne renonça à ses efforts pour acquérir le tout; et pour cela ils maintinrent le nom des Franks dans le Teutschland comme dans la Oaule ; ils appelèrent les Teutschs Franks- Orientaux et les Français Franks-Occidentaux. Le droit héréditaire, donné à leur maison sous la garantie de la bénédiction et de l'excommu- 1J«

^ nication pontificales, ayait été partagé entre les trois maisons dont Lotbar, Ludwig et Karl jetaient les fondemens ; cependant, pour chacune de ces maisons, il ne «'étendait pas seulement sur le royaume remis à chacune d'elle, à titre indépendant, en yertu des traités, mais aussi sur tout l'empire de Karl-le^îrand. Les rois ne pouyaient donc se consacrer exclusiyement aux peuples auxquels ils deyaient appartenir ; ils deyaient continuer à embrasser de leurs regards tous les trois royaumes, et baser de grands projets sur les yicissitudes des choses humaines. Mais les peuples ne pouyaient se réjouir complètement de leur indépendance, tant que le cœur des roia ne leur était pas acquis sans réserye, tant que les trois trônes se* raient tous occupés par des Karolingiens , tant que par conséquent chacun de ces trônes serait enyironné de l'espoir qu'un heureux héritage y joindrait les autres.

Ces efforts en sens diyers pour une réunion nouyelle de tout l'empire trouyérent une ofH position singulière dans un y ieux principe maintenu par les rois des nouyeaux états, et qui semblait deyoir contribuer pour beaucoup au renyersement ouél'ajoumementdesplus belles espérances; nous youlôns dire le principe du partage. Sous les Méroyingiens, les états d'un roi ayaient été partagés à sa mort entre ses fils. Dans cette diyision on ayait sans doute oonseryé toujours l'idée de Tunité de tous les Franks ; mais on n'ayait fondé aucune institution capable d'assurer cette unité. Sous les Ka« rolingiens, on était d'abord resté fidèle à ce principe, bien que l'on eût deyant soi de grandes expériences des résultats désastreux qu'il pouyait entraîner. Karl-le-Grand ayait d'abord cherché à concilier les apanages de ses plus jeunes fils ayec l'unité de l'empire, que l'atné deyait maintenir, en donnant à celui*ci une plus grande puissance ; plus tard, après la mort de ses fils aînés, il ayait cru trouyer dans la di« gnité impériale le moyen de trancher la diffi-^ culte. L'empereur deyait ayoir la suprématie sur le tout ; son petit-fils Bernhard, bien qu'il eût été nommé roi d'un pays particulier, deyait rester enyers lui, comme enyers son Senior^ dans certaines relations yassalitiques. Ludwig ayait au fond agi d'après le même point de y ue; mais ni l'un ni l'autre de ces princes n'ayait atteint son but, parce qu'il en fut empêché par le sort de la yie humaine et par la marche des

fiSO

événemeni. Lei rois des ^latt partiairei, maintenant iodèpendons les uns des autres, crurent deToir appliquer dans leurs états particuliers las principes suivis précédemment, sans imiter la sagesse de KarUlo-grand, auquel pourtant, dans leurs plus hautes pensées^ ils voulaient ressembler.

Mais au-dessus de la race royale des Karolîngiens planait un autre bien précieux, au* quel chaque branche semblait avoir des droits égaux. A qui appartenait la couronne impériale? Le pape avait cherché Jusqu'alors à en disposer à son gré ^ mais n'y avait-il que lui qui pût donner celte couronne? Et s'il avait seul le droit de la donner, pouvait- il après la mort de l'empereur la placer arbitrairement sur la tête de qui il voulait P Jusqu^alors la couronne avait été transmise du père au fils : cela étail^il nécessaire ? Lothar, lorsqu'il reçut de son père le titre, et du pape la couronne d'empereur, avaiuil reçu le droit de faire de cette couronne l'héritage de ses fils ? Et si telle avait été la pensée de l'empereur et celle du pape, la posi* lion de Lothar n'avait^Ue pas complètement changé depuis que les royaumes de ses frères no s'étaient pas seulement considérablement agrandis, mais étaient encore devenus indé^ pendans do lui, de l'empereur ? Les frères de Lothar ne pouvaient^ils donc pas avoir la prfr* férenoe sur sas fils ? En tout cas, le pape devait désirer rester maître de donner à son gré la couronne impériale, afin que l'ardeur avec laquelle on la rechercherait devint d'autant plus avantageuse è l'Église et au siège apostcH lique \ il devait désirer tout autant que celui qui prétendait & la couronne impériale fût roi d'Italie, afin que par cette faveur il le mit dans une certaine dépendance du siège apostolique, afin d'avoir on lui moins un seigneur souverain qu'un voisin complaisant et un ami reconnaissant, La dignité impériale elle-même semblait avoir d'autant plus d'attraits, qu'elle ressemblait plus à un météore sans appui, et .que l'on se faisait une plus grande idée de co^ lui qui l'avait rétablie, et de la puissance de celui qui donnait et la couronne et la bénédio^ Uon. La couronne impériale et le désir de posséder i'Ilalic durent donc nécessairement étouffer chez les rois les idées de nationalité qui se développaient chea( les peuples ; elle menaçait la tranquillité, qui était un besoin pour tous les peuples, et il no pouvait manquer, à son

occasion, de mouvemens, de frbUeme&t, de changemens.

S'il semble résulter de ces observatioas que dans la position des rois entre eux et i l'ègsrd de l'empire des Franks en général, i! y STail un ge<*me redoutable de troublas de divene nature , qui devait éolore dans la génèratios présente ; la position des vassaux , laïques fit ecclésiastiques, à l'égard des rois, i l'égard des royaumes, et entre eux, était telle , que toot homme qui réfléchit regarderait comme impossible que plus tard se soient développés do sein de ces troubles un ordre légal et une civilisation nationale, si le rocher de l'Église n'avait été reconnu comme inébranlable, et si du haut de ce rocher le pape n'avait exerci une direction suprême.

Le génie héroïque de Karl-lo-Grand avait fait naître et réuni des héros. Ce génie, grftee i la fortune et à la victoire, s'était répandu aa loin parmi tous ceux qui avaient suivi les drapeaux de ce roi puissant. Chacun de ses gue^ riers s'attribuait A lui-même une partie des exploits qu'il accomplissait, et réclamait um partie de la gloire qu'il acquérait. Chez tous lei vassaux était né le sentiment d'un noble or« gueii \ on tenait pour un grand honneur le nom de Frank, et pour le plus beau souvenir, d'avoir servi le grand roi. Les services ne restèrent pas, et ne pouvaient rester sans récompenses \ les biens féodaux rendaient celles-d possibles. La guerre ne fut pas non plus saoi profil, parce qu'elle fut presque toujours faite d'une manière victorieuse. Mais le guerrier de KarUle-Grand trouvait son plus grand conleih tement dans la satisfaction du héros auquel il avait consacré son bras. Pour de tels hommes Ludwig-le^Pieux n'avait pas été un roi, Ui étaient avides d'exploits guerriers, et lui ne se plaisait qu'aux travaux de la paix. Il failailf pour les conduire, un bras de géant, et ss main, si souvent élevée pour la prière, ne toiH choit répée qu'avec horreur, La {dénitudede forces tumultueuses que Karl avait excitée dans ses guerriers, devait, grftee A l'indolence de Ludwig, se consumer en elleHoième* Aussi les esprits des vassaux s'aigrirent; leurs goûts devinrent vulgaires. Le noble orgueil quinspi* raient des hauts faits ne fut plus qu'une dédaigneuse arrogance; l'honneur guerrier, une insolence méprisante \ l'amour de la gloire da nom des Franks, un^ vanité égoYsIe et qm in^

uv. xn,

laliable eupidi*6. Aa milieu des querelles de Liidwig avec ses jQls et de ses flis enhe eux, cet esprit des taosaui IrouTa toute occasion de te faire valoir, et plus il se fit valoir, plus il dut se dépraver encore. L'ancienne liberté des bommes tentschs avait laissé quelque trace dans le service des vassaux, dans Tidée que les vassaux, après la mort du roi leur fetiîor> pouvaient à leur gré choisir un nouveau senior parmi les princes de la maison karoltngienne> sans tenir compte de leurs fleft et du pays auquel ces fiefs appartenaient. KarMe-Grand leur avait lui->même accordé cette liberté, et Ludvyig-le-Pieux la leur avait reconnue. Mais dans les temps si confus de la discorde, dans les fréquentes vicissitudes , dans les partages répétés, au milieu de sermens et de conlre^er-» mens, les vassaux avaient donné de Textension à cette liberté ; ils pensèrent que, même pendant la vie de leur anior, ils avaient, sans violer leur foi, le droit de se ranger sous un autre êemoTf pourvu que celui-ci tdi un prince de la maison royale. Et les rois ennemis, qui cher* cbaient à s'enlever réciproquement leurs guerriers, avaient, sinon expressément reconnu, du moins approuvé et favorisé ce principe ; peut-être même & leur tour Texprimërent-ils souvent eux-mêmes, lorsqu'ils espéraient pouvoir àson aide augmenter leurpuissance. Ainsi, il était devenu possible aux vassaux de satisfaire]leurs passions. Ils s'étaient plus d'une fois mis à l'enchère, et avaient conclu le marché avec le prince qui avait fait les offres les plus élevées en fiefs et en promesses. Si la fortune changeait, ils avaient cherché à sauver ou à agrandir par une nouvelle transaction ce qu'ils avaient acquis jusqu'alors. C'est par là surtout qu'ils avaient dépouillé la famille karolinglenne de ses anciennes possessions héréditaires, les petits vassaux de leurs fiefs, les hommes libres de leurs propriétés. Mais le traité de Verdun avait interrompu le cours des événemens. L'indépendance des royaumes avait été reconnue. Chaque vassal avait été assigné pour toujours au smwr sous lequel il se trouvait au moment de ces conventions. Mais tous les comptes n'avaient pas été réglés. Plus d'une perspective avait été obscurcie; plus d'une promesse était restée sans exécution. L'un avait perdu ses possessions dans toutes ces vicissitudes, parce qu'il était resté fidèle ; l'autre avait reooQOé aux yienuaS} parce que, infidèle & son

CHAP. X

ancien seigneur, il avait attendu d'un nouveau seigneur une récompense plus grande. Tous demandaient des indemnités *, la plupart espé* raient même y gagner. Assurément ils avaient voulu et approuvé le traité de Verdun) mais il n'était pas entré dans leur esprit d'en subir les conséquences et de renoncer à leurs pré* tentions, à leurs droits prétendus, à leurs espérances. Il se peut que dans le Teutschland les changemens dans le monde des vassaux aient été moindres que dans les pays de la rive gauche du Rhin, et que par conséquent leurs menées inquiètes aient été moins fortes ; mats elles se firent sentir partout, et les événemens do la Saxe eurent une puissante influence.

Parallèlement aux vassaux laïques , les vas* saux ecclésiastiques, les évêques et les abbés, se trouvaient dans une position confuse et difficile. Ils étaient en même temps princes de l'empire et princes de l'Église, et en cette double qualité les vassaux laïques les-délestaient et les craignaient, les enviairat et les honoraient. Gomme princes de l'empire ils avaient été, comme les vassaux laTques,en traînés dans toutes les discordes de ce siècle^ et avaient subi toute espèce de vicissitudes dans leurs propriétés comme dans leurs prétentions et dans leurs espérances. Mais tout ce qu'ils étaient, tout ce qu'ils avaient sauvé, tout ce qu'ils cherchaient à regagner, tout ce qu'ils s'efforçaient d'acquérir, ils ne pouvaient espérer le rester, le regagner ou l'acquérir que comme princes de celte Église , dont l'unité reposait sur le siège apostolique de Home.

Les ecclésiastiques avaient fait |de grandes expériences. Depuis que le religion chrétienne avait trouvé accès chez les Franks , un grand respect fut presque toujours témoigné à ses serviteurs, et la piété, la superstition, des besoins de toute espèce pour ce monde et pour l'éternité avaient souvent amené les rois , comme d'autres hommes, à fonder ou à doter richement des églises et des monastères. Mais la position des ecclésiastiques avait été longtemps singulièrement incertaine. Très-fréquemment ils avaient été exposés aux violences des rois et aux mauvais traitemens des grands de l'empire; très-souvent', dans un embarras réel ou simulé , on leur avait arraché ce qu'on leur avait donné dans un moment de dévotion et de pieuse humilité ; souvent on leur avait enlevé d'une main ce qu'on leur avait donné de

l'autre. Ils n^étaient airivés à une posuion sûre qa'aa lemps de saÎDl Boniface *, iU n'ayaient obteou d'iofluence durable que du momeot où on leur recoouul ou bien où on leur accorda le droit de fov'mer uo ordre dans 1 ÉiaU Car rélévaiion de quelques eccléstaëliques , du génie et de» coaaaûiaQces desquels on avait eu besoin pour les affaires publiques , à une haule dignité de rerypi> e a é;aUp95 encore un avaatage pour le clergé en général, pas p<us que la force que quelques individus sortis de son sein avaient pu ci ou ver à cause de leurs qualités pe^ooaneiles. Mais ceUe position assurée, celle d'ordre de 1 État , a\aii élè due À Boniface et aux hommes qui »ravailléreul dans son esprit; le clergé ne i'avait due qu'à la réunion de ;outes les Ëgîi»esen une seule Église unii^er&ellc^ sous la suprématie du siège pontifical. L'alliance des aïeux de Kari-le-Grand avec ce siège avait confirmé liafluence des ecclésiastiques, qui désormais formaient un véritable clergé. Pî>r le siège de Rome le cierge était entré dans les rapports les plus inîimes avec le trône des Karolingiens , car ce itône éiait fondé sur une sentence du pape, de même que le clergé se railacbait au siège de lévèque aposiOlique. Pendant le long régne de Kari-le- Grand, ces rapports s'éiaient régularisés, perfectionnés, consolidés par rhabilude et par les lois; et le pape Léon III, lorsque la soumission du royaume des Laogobards menaçait de renlratner lui-même, et avec lui toute l'Église, dans la dépendance du pouvoir temporel, n'avait pas seulement sauvé sa suprématie sacerdotale en plaçant la couronne impériale sur la tête du puissant roi ; il avait encore imprimé un sceau éclatant à ces relations de l'Église. Le clergé avait acquis dans l'empire des Franks une telle puissance, que comme clergé , tendant à un seul but, soumis à la suprématie du siège pontifical, il pouvait se présenter libre et énergique contre toute puissance temporelle \ maïs aussitôt que le lien de ruuité, qui rattachait toutes les églises à une seule Église, se relâchait ou se brisait, les ecclésiastiques étaient en danger de perdre toute leur influence sur les affaires de ce monde. Par là aussi leur action sur les choses les plus élevées, sur tout ce qui tient à l'intelligence, à la religion et aux sciences, pouvait facilement être détruite. Dans le fait, comment, en sac ifiant les biens de rÉglise, aurait-on pu sauver quelque chose

de Tavidilé de vassaox pervertis 7 Gomment les évêques, désarmés par la loi , auraient-ils pa résister à des hommes armés du glaire? Et quel ménagement les grands seigneurs laïques de l'empire, pormi lesquels, depuis que la race karoliogienne ét?it moniée si haut, ciix^ulaieot d'insolentes idéei de noblesse et de haute naissance, auraient-ils pu avoir pour des bommes qui souvent étaient d'origine se; vile, qui par là même éiaieol méprisés, et ii'avaieol pour eux que les connaissances , la parole et l'habit sacerdotal? Certes, il est facile de comprendre que les hauîs dignitaires de l'Église, sans Tuniié de celle-ci, que Ton ne pouvaiî. Urouver que dans le pape et par le pape, craigoisseot de perdre tou'e puissance sur les ecclésia&iiques inférieurs et sur les masses , aussi bien que toute considération et tout respect auprès des rois et des grands.

Mais depuis une génération, il y avaU eu de singulières inierrupîions et des phénomènes contradictoires. Karl-le-Grand avait naguère entretenu les relations les plus amicales avec le Saint-Siège; rarement il avait fait ou entrepris quelque chose sans s'être préalablemeot entendu avec le pape, et, en particulier, il n'avait jamais agi dans les affaires ecclésiasti' ques sans avoir pris son avis. ' Il n'avait pat caché qu'il établissait ses réglemens d'accord avec le pape, d'après ses exhortations et même d'après ses ordres. Mais dans les derniers temps il s'était évidemment manifesté une certaine froideur entre lui et le pape. On est presque forcé de penser que Karl était devenu méfiant depuis qu'il s'était prêlé à recevoir la couronne impériale des mains du pape. Si dans ses dernières années il donna encore quelques marques de respect au siège apostolique, il le fit rarement ; on pouvait à peine deviner qu'il voulût reconnaître au pape une autre qualité que celle de premier évêque de son empire; et, tout en faisant souscrire par le pape le premier partage de l'empire entre ses fils, iln'bè^ sita pas à déclarer empereur son fils Ludwigà l'insu du pape et sans que celui-ci prît part à cet acte.

Sous Ludwig, les relations se confondirent, et avec elles les idées. Ludwig lui-même, qui) dans sa dévotion , avait le plus profond respect pour 1 habit sacerdotal, s inclinait hum' blement, malgré lui, devant le pape \ mais l'indolence qui lui était natu *çUe et qui se maoi*

• UV. XII,

fefttait dans tons ses actes et dans toutes ses pensées, ôlait toaie valeur à cette bumililé. Il émit aussi, au sujet des rapports des deux puissances, des principes qui devaient sembler inquiélans et même dangereux au pape et à tous ceux qui regardaient Tunîté de TÉglise comme nécessaii*e, bienqu'ii fût lui-même hors d*état de les appliquer. Les papes, de leur côîé, retinrent avec force ce qu'ils avaient une fois saisi ; en particulier, ils ne se laissèrent pas ^(er le droit de disposer de la couronne impé* riale; ils en déclarèrent la transmission nulle, si elle était faiîe par un empereur à son fils, sans leur concours; c'esl ce qu'ils firent pour Ludwîg-le-Pieux et pour son fils Lotbar. Cependant les querelles de Ludwîg et de ses fils Jetèrent partout le trouble. Le clergé de Tempire des Franks fut enîratué dans ceiîe confusion, et tout ordre disparut devant le tumulte des passions, dans l'Église comme dans les relations civiles. Les évëques et les abbés se rangèrent les uns du côîé du père, les autres du côté des âls, et les clercs d'ua rang moins élevé se déclarè>*enl, à leur exemple, pour Tune et Taulre cause. Selon les vicissitudes de la for- ' tune, ou selon les préien lions, les espérances ou les vues ultérieures, ils changèrent de parti avec les seigneurs laïques. Par là TÉgiise fut en quelque sorte dissoute. L'Église une et universelle ne vivait plus que dans la pensée des homiues instruits et des hommes léflëchis. Il pouvait à peine être quesîion du pape. It ne lui restait qu'à laisser passer la tempête, à attendre le retour de la réflexion, le réveil du besoin de l'unité dans l'Église, et qu'à se retrancher lui-même derrière les droits qui lui avaient été déjà reconnus.

Pendant ce temps les évêques, les abbés, les prêtres , jouissaient d'une grande considération, d'une considération toujours croissante. Ils prononcèrent leur sentence sur Ludwig-le- Pieux, et lorsqu'il fut éloigné du trône, et lors* qu^il y fut replacé*, ils rendirent également leurs oracles dans les dernières querelles entre les fils de cet empereur. Mais ils ne firent que consommer les récoltes rassemblées précédemment, et jouirent du fruit des intrigues qu'ils avaient eux-mêmes ourdies. Ils n'avaient ni base ni appui. Dès que l'esprit de confusion qui jusqu'alors avait tout mêlé, se fut changé en une vie tranquille, la puissance qu'ils avaient exercée dut apparaître comme une usurpa*

CHAP. X

lion, et, dans leur isolement, ils purent d'autant moins résister à la puissance temporelle, qu'ils s'étaient élevés davantage au-dessus délie. L'organisation métropolitaine, telle qu'elle existait, ne leur donnait aucune force ; elle donnait plutôt à leurs adversaires de nour veaux moyens de diviser et d'affaiblir les ec-* clésiasliques. Et si la division des royaumes, telle qu'elle était établie par le traité de Verdun, se maintenait , la puissance de Tordre ecclésiastique devait être anéantie par les lai* ques, avec d'autant plus de certitude qu'en sous-œuvre la nationalité y introduisait de nouveaux élémens de dissolution. Mais desimpies serviteurs de la religion, prédicateurs de la divine doctrine de Jésus, ministres des cérémor nies saintes, ne songeant qu'au soin des âmes, sans force et sans contrainte, sans considération et sans puissance, sans influence et sans action, étaient sans valeur et sans importance pour un fige de fer, dont les mœurs étaient rudes, la domination oppressive , la servitude malheureuse; pour un fige de brutalité, de misère et de désolation. Il fcUait à la vie spirituelle des directeurs énergiques, pour qu'elle pût relever le monde au bon ordre et à la H-berté légale ; et la direction dont elle avait besoin ne pouvait lui venir que de l'Église, par la religion.

Des bommes prudens parmi .les ecclésiastiques s'étaient difficilement fait illusion sur le danger de la dissolution de l'Église ou de la séparation des ecclésiastiques d'avec le pape. Ils avaient bien reconnu que la décision toute puissante d'un certain nombre d'évêques aurait pour résultat des avantages tout aussi peu cer* tains que l'opinion absolue d'un seul homme; aussi s'étaient -ils efforcés de remettre toute décision aux mains du pape , dans l'intérêt de l'Église et par suite dans celui de tous les ecclésiastiques. Ils durent continuer ces efforts avec d'autant plus d'ardeur que l'établissement définitif de royaumes nationaux indépendans était plus vraisemblable.

Mais dans ce siècle il était difficile, il était impossible de gagner les hommes à une idée par l'instruction et par les preuves de l'utilité de cette idée. On manquait d'adresse, de connaissances philosophiques, de moyens et d'oc« casions de communication , de tout enfin -, ce qui n'était pas emporté par la discussion dans l'assemblée publique d'une diète s'introduisait

^MHoilement dans la rie, •! le but que les ecelésiattiques les plus pnidens s'efforçaient d'atteindre ne pouvait être publiquement proposé comme sujet de discussion oux rois et aux vassaux laïques. Mais en dehors des discus^ «ions levées dans les diètes, il ne restait qu'un moyen d'éntettre un vœu , de donner de la vie à une idée, pour les corporations comme pour les individus : il fallait donner le change par des autorités historiques. Toute la vie intellectuelle des hommes de cette époque ne reposait ni sur des principes ni sur des convictions rai« sonnées ou sur des vérités reconnues, mais sur la foi et sur lu confiance, sur la toi en des doctrines dont personncf n'avait recherché la bâte, sur la confiance en des faits dont personne n'avait recherché la vérité ) elle reposait sur les monumens des temps antérieurs ou sur la puissance de l'histoire. Si donc un homme réussissait, pour un intérêt, pour une possession , pour une prétention et même pour une opinion quelconque, à donner à un écrit les caractères extérieurs d'un monument des temps passés, celui-là avait droit, et le monde lui assurait religieusement son droit. Et dans le fait , les bons et les méchans ont souvent eu recours à des fraudes de cette espèce , les uns pQT mauvaises passions, les autres par embarras et par nécessité. Ces fraudes, dans des discussions animées, ont servi à défendre, é faire valoir des opinions et é réfuter les assertions des adversaires-, elles ont servi é acquérir des droits et à assurer des possessions ; elles ont introduit dans la vie de nobles principes et des principes honteux.

' Cette voie de fraude, au moyen de diplômes Subrcptices ou de la falsification de diplômes authentiques , ne fut suivie que par des homtncs qui désiraient prévenir le mal qui semblait devoir résulter pour l'Église d'une séparation entre les ecclésiastiques et le pape et de la formation de royaumes nationaux indépendans. Dans une collection de lois ecclésiastiques , de décrétâtes des papes et d'autres statuts, qui fut attribuée & Isidore, évêque de Se ville, et dont l'usage était introduit dans l'empire des Franks par les soins de Ricuif, archevêque de Mayence, on introduisit tantôt des diplômes imaginaires , tantôt des passages ou des expressions subrepticcs ou interpolées et attribuées à des conciles et à des papes antérieurs et même très-anciens pour leur donner

force et effet de lois véritables. Cette eoHectioa ainsi falsifiée fut ensuite mise frauduleasemenl en circulation pour supplanter la colieclioD authentique. Mais par ces diplômes et ces passages imaginaires, et au milieu d'exhortâuoDi générales, de principes dogmatiques et de principes sur les usages et les cérémonies de 1 Église, on décidait et on imposait TuDilé de l'Église , la suprématie et la dignité du «ége apostolique, l'indépendance de la Juridiclios spirituelle de lo Juridiction temporelle, Tin* violabitité des biens ecclésiastiques, b p«)siiioQ des évêques à l'égard des archevêques, de telle sorte que cela ne pouvait nuire à runitè de l'Église; et tout cela se fit d'une monière merveilleusement adroite pour cette époque. Lei idées principales sont toujours exprimées en termes clairs et constamment les mêmes, de sorte qu'il ne peut s'élever aucun doute et qu'on ne peut signaler aucune cooiradiciion ; elles sont ëparses et aliribuées à des siècles différens afin qu'elles paraissent d'autant mieux confirmées ^ elles sont conçues avec une grande connaissance de l'histoire ecclésiastique, de manière qu'elles semblent j trouver leur Justification ou du moins un appui*, enfin elles sont tellement mêlées parmi des diplômes authentiques et véritables qu'à cette époque, si pauvre en livres, on pouvait A peine distin* guer ce qui était intercalé et falsifié.

Qui a entrepris cette œuvre P qui l'a exècotée? c'est ce qui est incertain ; on ne sait pas davantage de quel lieu elle a été répandue dans le monde. Sans doute il est vraisemblable que l'ouvrage parut à la fois dans son entier, parce qu'on ne trouve aucune trace de la propagation de pièces fausses isolées , et paroe que le but ne pouvait être atteint et le faux passer pour authentique que par l'ensemble même ; mais il n'est pas vraisemblable que tout ait é\i fait et conçu par un seul homme, parce qu'il est à peine possible qu'un seul homme ait en toutes les connaissances et toute l'attention dont toute l'œuvre est un témoignage. Un travail de cette nature avait aussi besoin de propagateurs ; il dut se répandre en peu de temps. Il fallait compter sur un certain nombre d'hommes considérés qui pussent le défendre en cas de besoin , et on ne pouvait trouver l'appui et la défense nécessaires que chez des évêques et des abbés. Ces évêques et ces abbés, qui yraisemblablement donnèrent l'idée de cet ou^

UV. XII,

vrage ou qui du tnoini fùreni dam le secret de renlreprUe, doivent, luivant toutes les proba^ bilitès , être cberehés dans les pays échus au roi Lolhar en deçà des Alpes. Ou est conduit A celte conjecture en partie par les relations défavorables de ces pays que nous avons expo^ aées, en paille par celte of rcoostance que dans ces contrées se trouvait la résidence impériale» et même par la position des ecclésiastiques , qui pouvaient le plus aisémeut agir des deux côtés. Peut*oo désiguer Mayence comme le lieu où la dernière main rui mise à cet ou vrage ? c^est une autre question. On ne peut nier loutefois qu^à Mayence Tespril de saiot Bonifoce agissait encore *, Mayence aussi fournissait le plus de secours pour cet objet, surtout depuis que rurohevéque Riculf avait mis tant de soins à réunir d'anciens diplômes \ de plus, la positiou de rarchevéque de Mayence, ainsi que celle des autres évêques établis le long du Rbin et dont le» diocèses s'étendaient sur la rive droite de ce fleuve , était devenue singulière-^ ment incertaine et douteuse par le traité de Verdun *, eufln c'est à Mayence que Ton fit pour la première fois usage de pièces fausses qui se trouvent dans l'ouvrage auquel on a donné le nom d'Iaidore.

L'époque où ce travail fut exécuté est moins incertaine. La première idée d'appuyer la puissance du pape par des diplômes imagi* naires naquit vraisemblablement lorsque les querelle) de Ludwig*le-Pieux avec ses fils a'envenimérent au point qu'il n*y eut plus de respect même pour les sentimens les plus sacrés et que les évoques de l'empire , entraînés par de sauvages passions et s'élevant les uns contre les autres , n'eurent plus de lien commun qui les réunit. Lorsque, en 8S3, le pape Grégoire lY parut sur le champ du Mensonge, dans le camp de Lothar, et que , en dépit des prêtres les plus énergiques et les plus orgueil-ieux, U se montra inactif et insouciant devant le tumulte sauvagedes factions, tandis quedans le camp ennemi, c'esl4-diredans le camp de Lud* wîg-lo-Pieux, sa présence était sévèrement blâmée et son autorité repoussée avec de vives menaces et de graves insultes, alors les hommes de fer du sacerdoce, l'abbé Wala et ses amis, cherchèrent à relever son courage chancelant et è fortifier son ème pour la résolution et l'action, quelles qu'elles fussent. Kn conséquence ils lui prouvèrent A lui-même par des actes des siècles

CHAP. X

passés qu'en lui éiait vivant et efléctif tout le pouroir de l'apôtre Pierre et que par là même il avait le droit de Juger tous les hommes sans qu'aucun pût le Juger. L'origine et l'authenlicite de ces actes sont tout au rouips très-«u^ pactes ; il est même vraisemblable qu'ils ftirent imaginés pour le bot que l'on se proposait. On ne p<»ut prouver sans doute qu1Is furent admit dans le nouvel ouvrage, également fliux, dobi il est ici question ; mai/^ on peut conjeoturer qu'ils devinrent la base de ce qu'il y eut de faux et de non authentique dans cet ouvrage) car ces actes indiquèrent aux hommes la voie de la fabrication et de l'invention, et il est vraisemblable qua Ton M des progrès dana celte voie* grâce à la prolongation des factions, aux orages des passions et au danger toujours croissant qui meraçait Tunité de rÉgUse. Ce ne serait donc pas trop s'éloigner de la vérité que de croire que ces décréUiles fausses et fal* siflées, sous le nom d'Isidore, furent rédigées et recueillies entre les années 833 et 845.

Du reste il est facile de comprendre qu'on ne peut Justifier cette falsification : elle mérite tout le blême dont on l'a flétrie \ mais si l'on trouve quelque vérité dans les observations que nous avons consignées ici sur les relatbns de celle époque, on hésitera à attribuer un but d'égoTsme et des intentions mauvaises aux auteurs de cet acte et A ceux qui l'ont exécuté. Ce sont des imposteurs , cda est certain \ maia dans ces temps d'ignorance, de confusion, de choses à venir, de lutte entre le sacré et- le profane , ils purent très-bien se Hiire illustoo sur la moralité de leur entreprise. La pensée qu'un avenir meilleur ne pouvait venir que de l'Église, qui cultivait seule tout ce qui est saini et intellectuel, n'était peut-être même pas une erreur. Cette pensée put sans doute faire naître ensuite la folle conviction que, précisément pour cette raison , il était bon et Juste d'élever l'Église aussi haut qu'il serait possible et de la rendre puissante par tous les moyens qui n'étaient pas reconnus comme nuisibles ; et dans cette folie idée, on put agir avec une conscience pure: c'était une firaude, mais une fraude pieuse.

On a pensé que cette fraude introduisit de nombreux et grands changemens dans les rela* lions sociales ; mais cette opinion, quelque répandue qu'elle puisse être, est sujette & un doute fondé. Ce que voulaient les DécriUUm

existait en grande partie au neuTième siècle , époque de leur apparition. Dans celte partie, ellea n'introduisirent donc rien de nouveau ; elles prescrivirent seulement ce qui existait pour le maintenir et l'assurer. Toute la fraude des Décrétales ne consistait qu'en ce qu'elles représentaient ce qui existait alors comme ayant existé déjà dans les temps anciens ou en fixaient précisément l'origine, tandis que l'ordre de choses tel qu'il se trouvait au neuvième siècle ne s'était que formé peu à peu et d'une manière inaperçue dans le cours des années. D'autres choses que les Dicrétales représentaient comme ayant existé déjà dans le passé, parce qu'on désirait les voir appliquées dans le présent et dans l'avenir, étaient de fait fondées sur les principes qu'antérieurement déj& on avait reconnus et fait yaloir et sur les institutions qui avaient été ou étaient encore en vigueur. Ces choses auraient existé de fait & cette époque si le développement des relations dans l'Église et dans l'État n'avait été interrompu par les scènes de guerre et de barbarie qui suivirent la mort de Karl-le-Grand. La fraude des DécrétaUes ne consistait sous ce rapport qu'en ce qu'elles continuaient, selon des opinions humaines, le fil de l'histoire sans tenir compte de l'interruption du développement ou en passant par-dessus. Même sans les Décréialesy le fleuve que l'on avait détourné violemment de son cours serait rentré dans son ancien lit aussitôt que la force qui le retenait aurait disparu. D'autres points enfin n'étaient que les conséquences des précédens ; ce n'étaient que les complémens des parties qui existaient déjà, ce n'était que l'achèvement en quelque sorte de tout l'édifice social , achèvement que la marche du temps avait nécessité d'elle-même. La fraude des Décréiales consistait donc en ce que, devançant le temps, elles donnaient comme existant déjà ce qui ne devait être établi que plus tard. Si donc on ne fait attention ni aux noms ni aux années auxquels les Décréiales rattachent leurs principes, si on les prend pour ce qu'elles sont réellement, pour un fait du second quart du neuvième siècle, elles sont une statistique importante de l'époque et une production intéressante d'un esprit prévoyant.

On ne peut nier que les fausses Décréiales n'aient influé sur la société. On les a invoquées dans la suite \ on a cherché par leurs prin-

cipes à prouver des droits et à justifier des institutions, et ce n'a pas été sans succès. £Ues ont fait éviter plus d'un écueil et pins d'un abîme au pape de l'Église universelle, à la hiérarchie en lutte avec la puissance séculière et avec des intérêts temporels en particulier ; elles ont étonflé plus d'une résistance et abrégé plus d'une querelle en faveur du pape et de l'Église *, mais elles n'ont pas donné une autre direction au cours du temps et n'ont pas opéré de révolution dans la vie des hommes.

Deux questions méritent d'être examinées.

En supposant qu'il ne soit entré dans l'esprit de personne d'introduire de fausses Décréiales dans le monde, cela aurait-il empêché le pape et l'Église de devenir dans la suita ce qu'ils devinrent avec les Décréiales? Celui qui porte un coup d'œil ferme et clair sur la marche du développement ecclésiastique depuis l'origine du christianisme, à travers huit siècles, et qui examine ensuite sans préoccupation la dissolution qui eut lieu au neuvième siècle n'hésitera pas à répondre négativement à cette question i il reconnaîtra plutôt pour vraisemblable que le monde en général serait devenu au fond, sans les Décréiales^ ce qu'il devint avec eUes, mais plus tard seulement , sous d'autres faces et par d'autres moyens.

Mais en supposant que le pape ne fût pas arrivé à sa puissance ni l'Église à son ipnilé et à sa force , la vie des hommes aurait-elle pris une forme meilleure et plus belle? Gelai qui recherche et distingue les élémena de la vie en dehors de l'Église ; celui qui étudie à fond la nature du système féodal et l'esprit des vassaux; celui qui compare la dureté de la domination et la désolation infinie de l'esclavage; celui qui médite sur l'organisation si confuse des relations sociales , sur l'ignorance des légis* lateurs et sur l'impuissance du pouvoir exécu' Uf ; celui enfin qui sait apprécier le manque de négoce et de commerce, d'argent et de perfectionnement , celui-là ne répondra certainement pas avec assurance et conviction par raifinna* tion.

Mais c'est une entreprise téméraire de décider ce que serait le présent si le passé n'avait pas été. L'histoire conserve ce qui se présente à elle comme un phénomène de la vie des hommes ; elle cherche à l'expliquer par son origine , à le comprendre dans son sens , à Tap* précier par son influence , en suivant toujours

Page 1