CHAPITRE X
ÉTAT DE L'RUPIRE DES PpANKS AU TBVPS DU TRAITÉ DE VERDUN* — G0N81DERA- TIONS SUR L^ORIGINB DE ROYAUMES NA- TIONAUX. — LES FAUSSES DÉCHÉTALES ET LES DÉCRLTALES FALSIFIBBS SOIS LE NOM D'ISIDORE.
Il y avait presque (nilie qn» que les Teulsclti avaient paru po|ir Iq première fois ^iir U scèoe de rhistoire (() comn^e une rece nouvelle, cotièrement inconnue »ous tou» le» rapporlsj y ^vait neuf cent» an» qq'il» av^^ient commencé leur lutte déren»ive contre les Romains (2), dan» laquelle il» devaient développer aui yeux dp l'histoire un pionde vivant et animé de peuples. Pqis pendant près de qualr^ vingt» an» ces peuples avaient cofnbaKu aicc courage, pvec honneur et avec gloire pour U liberté eirindépcndance (3)r Sur la rive gauche du Rhin , ils avaient succombé sous la puissance, les artifices et la perfidie des Romains, de telle sorte pourtiint que par ^(^^^ ruine ils ont mérité un souvenir impérissable, ensuite pendant près d'un siècle et demi il) avaient essayé s'il np aérait pas possible de jouir avec sûreté de la liberté reconquise en
m. itii,
di^^pU 0^}^QrrpgaA0e el clelo viplcncp de Rome \ el ioFfiiqu'il fallut d^icipérer de oe(le possibililé, ces peuples s'étaient tùwm en grandes crnifédération! et avaient commencé Tattaque confire l'empire romain lui-même , qui désormais leursemb|aitplu9 redoutat^leparrastuce dans ia paix que parles arma» dans la guerre. Celte lutte affreuse avait duré trois cents ans : alors le colosse dt) Tempire romain fut renversé et détruit, et 9ur ses ruines commença la domination des vainqueurs. Depuis trois siècles el demi {e^Franks, qui paripi les vainqueurs avaient la plus forte po^ilion et agissaient avec lepluf de prudene^, avaient senti leur supé^riorité. I^ienlôt ils avaî^^nt rapporté leurs armes au del^ 0H Rhin , et il» avaient réussi é dépouiller de leur liberté la plupart des nations tcuUcbes, Pepuis trois cents ans déjà ils avaient étoncju leur nom sur le Teutschiand du ipidi et d4 Pcntie, et par leur dominatipn les peuples de ces contrées avaient étéi*atlacbés à la Gaule pntiére. Mais après qu'un siècle se fut à peine écoulé, les peuples teutscbs qui étaient restés suf le ?pl de la patrie avaient senti combien un tel bien était contraire à la nature \ le ^enliinent national s'ét?itt réveillé chez (ou; cçui qui parlaient la langue des aïeux. Ils n'avaient pas réussi Iputefuis dans leurs efforts pour reconquérir r indépendance. . Les Saxons avaient manqué à Tempire et au cliristianismP* Kar-lc-Grand, soixaule-dix ans avant répo(|ue où nous sommes arrivés, avait entrepris de les gagner et à Tcmpire el au cbristianispie i Taccoipplissemcnt de oette là-; che avait e:(igé toute une génération ; et maintenant une génération après lui , lous les peupeuples teutschs se trouvqiçnt réupis en ^n royaume indépendant? et la première condition «l'une civilisation active et durable avait été qblenue. Qui pourrait sans frisonner reporter ses regards en arriére vers la confusion inûniCp \ers les cruautés et les horreurs é travers lesquelles ce ^rand but fut aitcjnt? £t cependant qui oserait croire que ce but aurait pti Cire atteint autrement, ou désirer que Ton n'y fût pas arrivé, mémo à un tel prix?
Le traité de Verdun, qui îqvm^ un royaume français pomme un royaume teutsch et qui a donné au premier roi de celui-ci , à Ludwig, pelil-fils de Karl-le-Grandî des droits au surnom de Teutsch oii de Germanique, fut évidemment rœuvre des pirconstanpes ^ mais,
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dans le cours des événemons, les circonstances avaient pris une telle force, qu'abstraction faite des accessoires, la sagesse humaine la plus élevée aurait pu dinkilemcnt imaginer et exé«cuter une œuvre moilleurc. Comme rilalic, rAquitaine et la Bavière furent considérés comme des royaumes que Ton ne pouvait ôler aux fils de Ludwig-le-Pieux une fois qu^ils les eurent obtenus de letrr père, et comme Lothar se cramponna à Fempire, dont le nom se rattachait à Rome et dont le siège était & Aixla-Ghapelle, Lothar dut nécessairement choisir, indépendamment de ritalie, la partie de Tempire où Aix-la-Chapelle était située. Par ce choix, il forma un royaume composé d'élémens hétérogènes et qui ne pouvait se maintenir. En effet il commençait aux côtes de ia mer Teutonjquo, entre le Rhin et ^Escaut, et descendait par ritalie; sa largeur n'était donc pas en rapport avec sa longueur. Hors de Tltalie , il n'avait pa# de frontières assurées, et ce long levier, dont les extrémités étaient à Rome et à Aix-la-Chapelle, ne trouvait pas dans les hautes montagnes des Alpes un point d'appui qui le Ifnt en équilibfe \ il était plutét comme brisé par elles en deux parties qui avaient à peine quelque chose de commun entre elles. En choisissant autrement, Lothar n^aurait pas eu un lot plus beau, parce que la Bavière et l'Aqui-* laine se seraient toujours trouvées mieux arrondies. Mais en partageant Je pays entre le Rhin cl la Meuse par l'Escaut et la Saône , il rendit à la civilisation un service auquel certainement il ne songeait pas lui-même, car il força les royaumes qu'il laissait à ses frères, à Torient et à l'occident, é se développer désormais selon leur caractère national. A l'ouest do la Meuse el de l'Escaut dominait la langue romane, à l'est du Rhin on parjait teutsch partout. I^a transition d'une langue à l'autpe avait lieu dans les pays compris entre ces fleuves. Là régnait un mélange confus. Par les rapports que les hommes avaient eus entre eux jusques alors par les expéditions continuelles d'une contréfi dans l'autre, ce mélange s'était répandu au loin sur la Gaule et sur le Teutschiand. Cette confusion ne s'était pas seulement introduite dans les langues, qu'elle empochait de se for* mer. avec un caractère original, mais aussi dans les usages, dans les mœurs, dans les ha^* bitqdes et dans toutes les relations de la vie sociale, Qr les Teutschs furent séparés des-
Romans par le royaume de Lothar. Tout ce mélange de langues et de mœurs fut limité par ce royaume, et les Teulschs furent d'autant plus en sûreté contre Tinvasion de la langue et des habitudes romanes que dans le royaume même de Lothar, aussi loin qu'il touchait au Teutschland, on parlait presque exclusivement teutsch, on vivait presque exclusivement selon les usages teutschs.
Certes les hommes de cette époque ne sentirent pas le prix de cette séparation. L'empire de Karl-le-Grand se présentait encore avec trop de vie ii leur âme ; Thistoire, les traditions populaires et la fable le maintenaient dans leur souvenir, et au milieu de la désolation qu'ils avaient eux-mêmes soulTertc l'imagination donna à ce temps une beauté vers laquelle ils ne pouvaient tourner leurs regards qu'avec envie. L'inimitié acharnée de leurs voisins du nord, du sud et de Test put même leur faire considérer le morcellement de l'empire comme un malheur, parce qu'ils voyaient diminuer les forces de la résistance : car les temps des vieux Teutschs, qui avaient résisté à la puissance romaine et qui avaient fini par l'anéantir, étaient oubliés ; on méconnaissait le caractère de la grande lutt^ des Saxons contre le puissant Karl , parce que leur attachement au paganisme avait aveuglé sur leurs vertus et leurs exploits, et ces hommes n'avaient pas encore fait cette expérience que sous le rapport politique, comme sous d'autres rapports, la moitié d'un tout est souvent plus forte que le tout luimême.
Quel que soit le Jugement que l'on porte, ce fut certainement pour leTcutschland un grand bonheur de réunir enfin tous ses fils et de former un royaume indépendant, arraché aux sauvages agitations auxquelles il avait ^té exposé depuis l'empire romain. Sans doute les limites du nouveau royaume ieutsch n'étaient ni étendues ni assurées : il n'y a pas loin du Rhin ik l'Elbe, à la Saale, aux forêts de la Bohême, et tous les pays qui. de l'autre côté de ces fleuves et de ces forêts, avaient été jadis habités ou dominés au loin par des peuples teutschs se trouvaient au pouvoir de nations slaves qui nourrissaient contre les teulschs une haine aussi vieille que Juste et profonde *, et bien que l'on considérât comme dépcndans du royaume teutsch les plus voisines de ces nations, parce que Karl-Ic-Grand en avait con-
traint une partie à la dépendance , cette position équivoque était précisément la plus propre À entretenir et  alimenter leur haine. Mais l'inimitié des nations slaves, qui étaient divisées entre elles et qui tournaient souvent leurs armes contre elles-mêmes, était tout aussi peu redoutable pour le pays teutsch que celle des Danois et des Nordmans en général, dès que les Teutschs ne dirigeraient plus leurs eflbrts vers l'Occident et le Midi. Si l'empire était étendu des Alpes à l'Eider, on pouvait loi donner une étendue proportionnelle de l'ouest à l'est. D'ailleurs dans les pays slaves entre l'Elbe et TOder, et même jusqu'à la Yislule, tout élément germanique ne s'était assurément pas encore effacé, puisque ces contrées n'étaient au pouvoir des Slaves que depuis sept générations. Sans doute aussi les Teulschs n V valent plus cette ancienne énergie sous laquelle la puissance romaine s'était écroulée ;les temps de Ludwig étaient bien différcns de ceux d*Armin : le Tcutschiand était épuisé par des guerres continuelles; le* germe vivace qui avait promis un si beau développement avait été dévoré *, l'esprit de liberté avait été refoulé au dehors; une violente organisation seigneuriale s'étendait pesamment sur toutes les relations sociales ; la désolation était grande, la joie sauvage. Mais les Teutschs avaient un avantage sur les autres états de cette époque : ils formaient un seul et même peuple, non sans mélange assurément ni sans civilisation étrangère, mais du moins le même par la langue et les mœurs, et cette unité rendait possible une sorte de résurrection et garantissait un avenir meilleur.
D'autre part, les habitans du royaume de Lothar de ce côté des Alpes avaient de justes raisons de plaintes et d'inquiétudes. Ce royaume, que parcouraient ou que touchaient de si beaux fleuves qui lui assuraient d'activés communications avec deux mers; ce royaume, qui s'étendait en même temps entre deux grands peuples et possédait un magnifique héritage transmis par les siècles passés ; ce royaume, disons-nous, avait la plus belle occasion et les plus riches moyens d'entreprendre le négoce entre les peuples, de faire un commerce considérable et d'arriver ainsi à un grand bien-être. Mais il lui était impossible d'atteindre une indépendance nationale. Exposés d'un côté & l'influence do la nationalité