‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 62 sur 298 · LIV. VIII, CHAP. III · texte numérisé non relu

LIV. VIII, CHAP. III

que Brunhildis était venue à Paris avec le dessein formel de la faire rentrer dans le néant de son origine.

Le fils de Sigibert, Childebert, sauvé par le doe Gondobald , fut reconnu roi par les Aus- Irasieos (3); il n'était Âgé que de cinq ans. Grégoire de Tours a seulement remarqué que Gundobald avait rassemblé le peuple sur lequel Sigiberl avait régné et qu'il lui avait pré* lenté le jeune prince comme son roi ; il compte entuile par les années du régne jde Childebert. Mais probablement dans un temps aussi fécond en guerres et en troubles, les Auslrasiens pourvurent à la tutelle et & la régence ; 00 De peut déterminer avec cerlitudc, il est vrai , de quelle manière cette tutelle Tut organisée, bien que Grégoire de Tours nomme Gogo, homme distingué de ce temps , comme tuteur du jeune roi (4). Frédégaire nous apprend ce qui suit sur Télection de ce personnage (5) : « Comme le roi était enfant, tous les Âostrasiens élurent Ghrodin pour maire du palais , Iparce qu'il se montrait sévère en tout el qu'il craignait Dieu ; que par conséquent ils ne trouvaient rien en lui qui ne fût agréable à Dieu et aax hommes \ mais Chrodin déclina cet honneur : « Je suis, dit-il, hors d'état de maintenir la paix : comme presque tous les hommes èminensdu pays de l'Est et leurs enfans me sont ailiét par le sang (6), ils ne voudraient pas m'obéÎTy et je ne voudrais condamner & mort aucun d'entre eui^bien plus, la confiance que leur int» pirerait notre parenté les porterait à se soulever coDlremoi, et veuille le ciel me préserver d'un M malheur (7) ! Faites donc parmi vous un autre choix. D'après les conseils de Chrodin , ils élurent son élève Gogo pour maire du palais. Chrodin se rendit le jour suivant & la demeure de Gogo , et pour se déclarer son ser- Titeur, il prit le bras du nouveau maire et le posa sur um cou (8) ; les autres suivirent cet exemple. » Il y a probablement anachronisme ^ le récit ; l'événement doit être arrivé Pesdant la Jeunesse de Sigibert. Mais Sigibert D'ètait pas mineur lorsqu'il monta sur le trône, ^ comme l'époque, ainsi que les noms peuvent ^ rectifiés d'après Grégoire de Tours, et qu'il P^tà peine s'élever un doute sur ces usages ^ tes mœurs du temps, l'indication de Frédé- Wre est très-remarquable ; car elle ne montre pas seulement quels hommes on élevait à b dignité de niaire du pal.ais ; mais e}le fait

aussi connaître en quel temps le maire du palais, sortant de l'obscurité où il était resté jusqu'alors, obtint avec l'administration des finan* ces la direction des affaires publiques. £n^ outre, elle laisse concevoir assez bien, par la . minorité du roi et'par les troubles de l'Etat, les causes du changement qui s'introduisit ; mais on ne peut déterminer ce que les écrivains veulent dire par ces mots : a Les peuples sur lesquels Sigibert avait cégné , » et « tous les Austrasiens. » Il n'est parlé nulle part d'une manière expresse des peuples teutschs de la rive droite du Rhin, des Souabes, des Bavarois et des Thuringiens. Ils disparaissent complètement de la scène devant les troubles de la Gaule, et les écrivains dissimulent par des expressions générales leur ignorance; mais il n'est pas vraisemblable , il est même presque impossible que ces peuples teutschs aient pris part à ce qui se fit à Metz. Il est plutôt à croire que les seuls vassaux de l'autre rive du Rhin, que peut-être l'armée levée par Sigibert sur la rive droite, et dont les prétentions à des honneurs et à des possessions territoriales n'étaient pas encore satisfaites, furent assemblés, et qu'on ne s'inquiéta nullement des peuples teutoniques, qui étaient considérés comme des alliés dépendans. C'est justement pour cela qu'on peut supposer que le lien qui rattachait ces peuples aux Franks se relftcha sensiblement, et qu'il fut permis aux Teutschs de continuer à vivre paisibles avec les anciennes mœurs de leur patrie , loin des atrocités qui ébranlèrent les contrées qui composaient réellement l'empire des Franks. Certes il leur aurait été facile de briser entièrement ce lien ; mais il paraît que pendant longtemps ils ne firent aucune tentative pour y parvenir : les Thuringiens étaient sans doute trop affaiblis depuis les incursions des Avares pour se sentir disposés à un essai de ce genre. En Bavière et en Souabe, les ducs avaient à garantir leurs droits héréditaires \ le systén^e féodal et le christianisme avaient fait naître ou introduit partout des intérêts nouveaux , ce qui produisit des divisions, de la méfiance et rendit le retour à l'ancienne organisation des cantons aussi impossible que l'aurait été l'établissement d'institutions nouvelles, qu'une rupture entière avec les Franks aurait rendues nécessaires. De plus, la Thuringe et la Bavière étaient menacées ou opprimècsi l'une par des peuple^ slaves, rs^u»

in

ire p4r tel Avares m voisins^ etledaoger tou* jQiirs croissant deœandaii une active surveil-» l^nce. Ainsi ce» deui^ pays, en se protégeant euxmêmes, protégèrent tout Tempire, bien que ce pe fût pas toujours avec un égal bonheur; mais du moins tes Franks eurent la possibilité de s'occuper de leurs intérêts dans la Gaule selon leurs penchans ou leurs passions. Enfin on pouvait tout aussi peu apprécier la puissance des Franks, Jadis si redoutables, que Ton pouvait prévoir la marche des discordes qui excitèrent parmi eux de si désastreuses tempêtes ; tout resta donc dans Tincertitude. Le nom de Tempire des Franks ne fut ni rejeté ni con« sidéré par les peuples teutschs , et si le lien primitif ne se conserva pas bien entier , du moins la pensée en resta -, des Jours , des années, des générations même passèrent sans qu'il fût question des peuples teutschs, à Texccption de quelques indications isolées et décousues. Us continuèrent à vivre sans être re<marqués par Tbistoire, tandis que s'élaboraient les nouveaux élémens qu'ils devaient lui fournir ^ les institutions purent être changées. Tes-prit et la pensée restèrent les mêmes.

Cependant le bouleversement de la Gaule et de tQus les pays situés sur la rive gauche du Rhin continua de s^opérer \ ce bouleversement est presque entièrement étranger à Tbisloiredu peuple teutsch. Toutefois les destinées de ce peuple semblent se rattacher à ses développemens ; et d'un autre cô4è les désastres de lu maison royale ne peuvent être passés sous silence dans cette histoire, puisque cette maison seule formait l'unité de l'empire et que le nom de Frank s'était transmis par elle aux peuples teutschs. Ce nom leur fût conservé par la suite, parce qu'après l'infortune des Mérovingiens, il s'éleva une autre race royale qui ne fit qu'une seule nation de tous les peuples teutoniques (9).

Le véri table ressort qui donna l'impulsion ^ ce mouvement con vulsif existait dans l'Ausirasie, sur laquelle régnait le jeune Childebert , fils de Sigibcrt. Deux puissans mobiles y exerçaient leur action : en premier lieu , les guerriers de Sigibert, vassaux ou non, pouvaient d'autant moins oublier le mauvais succès de leur entreprise contre Ghilpérich, que Paris, cette ville dont lif possession était pour tous un objet d'envie et de jalousie , était resté entre les mains de Chilpérich contre les dispositions du traité de partage conclu après It

mort de GhariberL Ut sa vâyaieni tfoip eraeilrment trompés dans leurs espérances pour qu'Ut ne voulussent point par tous les moyens npuiser ce prince de son rqyauni^, l'éiosgner de ses leutes et s'indemniser de leurs pertes en se chargeant de butin f^ en acquémnt des possession! nouvelles. En deuxième lieu , uo Unidacable ressentiment poussait la reine-mére Bruphildis à se vpnger de Chilpérich 0^ de et femme. Au fond, celle princesse et beaueoQp d'Austrasiens avec elle pouvaient regarder cette passion de vengeance comme d'^taot plus juste que peut-être ils étaient plus inlimemeBl et plus fortement eonvaincui que Gelsaiatha et Sigibeft, la smur et l'époux de Brunbildis, avaient péri victimes de la violenee et dea arti* fices de Fredegundis (10). L'usage de la veo« geance par le sang avait pu s'allàiblir peu i peu par la disposition des lois, mais la pensée de cette vengeance vivait encore ê^ fond des cceurs, et partout où la loi se taisait , impuîs* •ante ou muette , l'ancien usage reprenait ses droits. La douleur de Brunbildis fiit sans doute infinie lorsque , tombant de la hauteur de ses espérances ruinées, alie Jeta ses regards sur te cadavre sanglant de Sigibert ^ et tenaal oorapia du désordre général de pensées, d'idéw et de sentimens qui caraoléris^it cette époiiiie, nous devooi pardonner bien des excès é celle dou* leur qui, on le conçoit aiséffient , put la pousser à des choses qui aujourd'hui ne pourront être justifiées d'après les lois de la leligîan et de la morale.

Le premier acte des Austrasiens fut uno de* mande adressée à Ghilpérich tendant à Qbteuir la liberté de la reine Brunbildis et de so filles(ll). En roêmp temps une armée rassemblée en Champagne devait menacer Soissom , résidence duroi Ghilpérich et des<| femme; ectte armée était sous les ordres du duc 6odm,qu'oo avait vu peu de temps auparavant poussé par l'ambition , abandonner le roi Sigibert pour passer dans les ran^ de Chilpérich , et qu'on retrouvait maintenant dans ceux ^ea Austrasiens, vraisemblablement afin dHiMenir ^ nouveaux avantages.

Bfais avant que celte armée eM cânmeneé d'agir, un événement inattendu, fortuit ou calculé d'avance, vint seconder l'entreprise. Chilpérich avait envoyé son fils Merwich (qu'il avait eu d'Audovera) dans la Gaule méridionale pour s'emparer des possessions qui

uv. vin,

avaient aKmrleiia à S^fibert dans eelto confia. Le Jeune prince remi^it celte tâche d'une manière oppresaiye et sans ménagement, comme s'il avait youlu ae montrer digne de la confiance qu'on lui avait accordée *, mais il ne termina rien. S'éloignant bientôt du théâtre de C€s âèYaalations , il se rendit à Rouen sous prétexte de visiter sa mère; mais d'autres pensées le poussaient à ce voyage. Il avait vu à Paris la reine Brunhildis (12), et la beauté de celle femme lui avait paru plus séduisante en* core par sa douleur, sa tristesse et ses larmes : c'èlaii elle qui l'attirait à Rouen. Sans doute aussi sa baine pour Fredegundis influait sur sa conduite; car, en supposant même que Fredegundis n'avait pas chassé par d'odieui: arliûces Audovera du palais de son époux CbiJpérich (13), elle occupait du moins le trône à sa place, tandis que Audovera vivait tristement à Rouen dans la solitude. Il est d'ailleurs probable qu'il agissait d'intelligence avec Brunhildis. Il passa par Tours ^ là »e trouvait l'habile Guntcbramn Boson, ancien général de Sigibert , bien eonnu de la reine Bnmhildis. Il s'était réfugié dans le sanctuaire de Saint-Martin, parce qu'on l'accusait d'avoir Itté Théodi^eri , fils atné de Chilpérich , et, atendonné par ses partisans , il ne croyait trouver de sûreté que sous la protection du uiot. Le siège épiscopal de Tours était alors occupé par Grégoire l'historien. Merwich établit des relations et eut des entrevues avec cet bomme, qui jouissait d'une grande considéralion dani le royaume de Cbildebert; puis il se fendit à Rouen. L'évèque de cette ville*, Prétexlat, était déjà gagné par Brunhildis ou il le fut mrlui*, peut-être aussi leur avait-il déjà servi d'iniermédiaire. Quoiqu'il en soit,Merwich,peu Ae temps après son arrivée, célébra son manège avec Brunbildis, que le cadavre sanglant fcSigibert ne put empêcher de contracter cette Qoion^ révéque Prétextât bénit ce mariage ^^W s'e^posant à être soupçonné d'avoir P^ part à une trahison contre le trône et la vie da roi; car il paraît que Merv^icb prit en même temps le titre de roi desFranks (14).

Chilpérich fut surpris par la nouvelle de cet événement au moment même où il se mettait en "Mvrede résister à l'armée de GhiMe&rt, qui fe menaçait du côté de la Champagne (15). Merwich , Brunhildis et Prétextât avaient ^« auoan doute compté sur cette armée ^

CHAP. III

Chilpérich se trouva dans un grand eai})arras« Voulant d'abord assurer ses derrières , il ac-* courut à Rouen et entra si précipitamment dans celle ville que les jeunes époux, trompés cruellement dans tous leurs projets, n'eurent d'autre ressource que de chercher un asile dans une église consacrée à saint Martin. Chilpérich n'avait pas de temps à perdre ; il jura aux époux quHl ne séparerait pa$ ce que Dieu avait réunie Pleins de confiance en ce serment, ils quittèrent leur asile, et Chilpérich les reçut avec amitié, les embrassa et les invita à sa table-, mais lorsqu'il reprit en toute hâte le chemin de Soissons , il jugea convenable d'emmener avec lui son fils Merwich , évidemment pour se garantir de nouvelles embûches. Il n'avait pas à perdre un moment , car l'armée ennemie avait paru devant Soisson9,,et sa femme Fredegundis avait été forcée de se sauver par la fuite. Toutefois Chilpérich arriva encore à temps ^ il repoussa les Austrasiens et mit sa résidence royale en sûreté.

Ainsi le danger fut éloigné, mais d'autres événemens coïncidèrent avec lui. Bien des fidèles qui, après la mort de Sigibert, étaient entrés au service de Chilpérich , s'étaient de nouveau rangés du côté de Childebert lorsqu'ils avaient vu les dangers dont Chilpérich était menacé. Parmi eux était ce Godin, que nous avons déjà nommé , et Siggo , jadis garde des sceaux de Sigibert (l6). Une armée bourguignonne conduite par Mummolus, le redoutable patrice de Guntcbramn , fit aussi irruption dans les terres méridionales de Chilpérich. Il est possible que le hasard seul ait amené au même instant toutes ces circonstances; il est possible aussi que l'une ait été produite par rautre. Mais Chilpérich vit évidemment dans cette coïncidence une connexion certaine *, il crut à une grande et vaste ligue formée contre son trône et contre sa vie *, il put donc regarder ses précautions comme justes et comme nécessaires. Il fit couper les cheveux à son fils Mer^ wich , qu'il força de prendre l'habit religieux , et il l'envoya au Mans (17) pour le faire instruire dans un couvent des ibnctiods du sacerdoce. D'un autre cAté, il permit à Brunhildis et à ses filles de retourner librement en Au»trasie, et' celle Fredegundis, sur laquelle pèsent tant d^accusations , ne s'opposa pas à son départ, soit qu'elle fût moins avide de meurtres qu'on ne l'en accuse ^ soit qu'elle

n'eût pas sur son mari tout Tascendant qu'on lui attribue. Chilpérich ordonna aussi de renvoyer à la reine Brunhildis tout ce qui lui avait appartenu -, mais il échoua dans ses desseins. Merwich, délivré par des hommes armés sur la roule du couvent, s'enfuit auprès de Gunlchramn Boson à Tours dans réglive de Saint-Marlin , et ii força Grégoire Thislorien à l'admettre dans le sanctuaire. Chilpérich demanda qu'il en fût chassé ^ Grégoire résista à cette injonction. Le roi voulut employer la force; révêque convoqua les habitans du pays pour défendre les lieux saints, et ainsi s'éleva une chaîne d'intrigueset deconlre intriguesqui, s'étendant toi^ours de plus en plus , remplit les cœurs de méfiance , de soupçons et de ressentimens, de sorte que bientôt chacun n'eut de pensée , de désir que pour la vengeance ou pour assouvir par des actes sanglans des passions ennemies. Tandis que Merwich répandait à Tours des bruits ignominieux sur le compte de sa belle-mère , et qu'il s'élevait insolemment contre son propre père (18) , tandis qu'il faisait circuler de prétendues prophéties de devineresses et de sorciers annonçant que Chilpérich périrait bientôt et qu'il deviendrait lui-même roi des Franks; tandis qu'il cherchait avec son équivoque ami Guntchramn Boson & réunir des forces pour accomplir l'oracle de ses prophètes, Brunhildis de son côté mettait en œuvre toute sorte d'artifices et remuait ciel et terre pour anéantir le couple royal , en qui elle voyait ses plus mortels ennemis, pour se réunir à l'époux qu'on lui avait ^arraché et pour le faire monter sur le trône paternel. Chilpérich et Fredegundis opposèrent & ses eflorts la ruse et la force, et ils avaient d'autant plus de raison pour agir ainsi que la guerre continuait toujours avec l'indécis Gunt* chramn, que les plus horribles dévastations allaient sans cesse croissant , et que les choses changeaient si souvent d'aspect qu'il n'était plus possible de distinguer les amis des ennemis.

Il ne pouvait en être autrement ; la maison royale en pleine décadence devait bientôt, au milieu de tous ces désordres, perdre son pouvoir, et par une suite nécessaire sa considération. Chaque membre de cette misérable race s'efforçait d'attirer de son côté les vassaux de ses parens : les séductions, les offres, ps promesse i}c togle espèce furent em*-

ployées pour amener les fldéles h la Irabisoii, et ces fidèles , accoutumés désormais à faire métier do leur fidélité et à passer altemaliT^ ment d'un côté à l'autre pourvu qu'on les pa^ât plus cher, oublièrent bientôt la Gdéiile elle-même ; et ce qui avait été le plus sacré pour les pères nedeVint qu'un jeu pour les en* fans. Posséder de grands biens , en acquérir de plus grands, voilà tout ce qu'on cherchail; employer selon son caprice la puissance acquise, voilà tout ce qu'on pratiquait; paraître redoutable, ne rien respecter, risquer lool, mesurer à la même mesure le sacré et le profaoe, voilà ce qu'on tenait le plus à honneur, pareil que là se trouvaient le plus grand avanla^ et en quelque sorte la certitude que deux rois ennemis et deux femmes passionnées rechercheraient le concours d'auxiliaires aussi utiles, l/a sujets^ les pauvres, les'faibles et les petits hommes libres furent la proie de l'arrogance des graoà, et périrent innocentes victimes de passions effrînées etdc désirs sansbornes. Mais sur des ruines teintes de sang on élevait des églises nouvelles, parceque la terreur qui agitait la dernière heure des coupables ébranlait l'Âme la plus orgueilleuse et la disposait à réparer les torts d'une conduite ignominieuse et criminelle par des œuvres pieuses. Les cloîtres se multiplièrent et se remplirent, parce que l'innocent elle faible cherchèrent un refuge contre les lempèles tumultueuses qui bouleversaient de fond en comble le repos qu'ils cherchaient daos la pratique active des vertus. Le clergé gagoa en richesses et en influence, parce qu'il fol recherché par tous les partis , et on le recherchait, parce qu'il était riche en moyens de protection dans le danger. Mais le bonheur et le prt^ grès étaient impossibles dans un pays si agité et si désolé-, le droit et la loi disparurent, et la société dégénéra en une réunion sauvage cl désordonnée d'hommes qui n'avaient chacun de valeur que par leur force et leurs moyens d'exécution. L'agriculture fut négligée P«f suite du manque de bras et de sécunle, et la terre , qui nourrit l'homme , offrit en vam ses présens à l'homme coupable et criminj» (19). Dans les villes on vit parfois surgir du désespoir le souvenir que l'homme adai^àâni les membres et de la moelle dans fcs os; «^|^ rois dans leurs discussions provoquèrent les habitans à se servir de leur énergie (20). Wa«» l'orgapisalion des villes cl leur industrie ^^

Lïv. vni, CHAP. m.

XMiTaienl se mainfenir dans ragitallon tumulueose de celte époque. La nature punit la :otie des honnmes par des maladies cruelles |ue cette génération effrénée se donna ellemême -, mais ni les rayages de ce fléau ni des apparitions miraculeoses ne purent les ramener à la sagesse (21). Le roi Cbilpérich n'était pas éiraoger à la science et aux arts , et comme il avait eo général beaucoup de zélé pour le chrislianisme et sa propagation (23), il écrivit, au milieu même des inramies toujours croissantes deTépoque, un traité sur un mystère important de la foi , traité qui fut , il est vrai , rejeté avec horreur par l'orthodoxie , mais qui ne manquait pas de sagacité (23). Il écrivit aossi deux livres de poésies; il composa des messes et des hymnes; il fit construire des cirques à Paris et à Soissons pour donner des spectacles au peuple ; il s'occupa même de la langue, et pour simplifier récriture, il voulut y introduire plusieurs nouveaux caractères. Mais les chants d'un roi signalé comme le Néron et THérode de cette époque ne Turent tout au plus écoutés que par un versificateur (24), et ses èiocubrations grammaticales ne furent pas accueillies par la vanité de ceux qui se regardaient comme instruits ; elles moururent avec lai (25).

Ce prince ne vécut plus longtemps, car les

Fodigieux désastres qui affligeaient la Gaule

frappaient de la manière la plus terrible la

niaison royale : tantôt c'était un événement

malheureux, tantôt c'était un crime. Merv^ich,

filsdeChilpérich, contraint enfin à quitter Tasile

que lui avait assuré le sanctuaire de Tours, erra

fagitir, poursuivi parla perfidie et la trahison,

JQsqu'à ce qu'enfin , voulant se soustraire à la

▼eogeanee de son père , il reçut, au lieu de la

couronne à laquelle il aspirait , le coup mortel

qnll sollicita de la main d'un ami. La renom*

^ mensongère n'a pas manqué d'accuser

iQssi de sa mort la reine Fredegundis , bien

qu'on ne pût Justifier même par des indices

f^le odieuse imputation (26).

Vers ce même temps, le roi Guntchramn ^idnourir ses deux fils. Guntchramn, comme ^ Tavons déjà remarqué, était un homme ^iUe,s'abandonnantaux plaisirs et aux Jouis- ^ces matérielles de toute espèce, disposé ^^ bien comme au mal, cruel ou bienveillant ^nrimpulsion qu'il recevait du dehors, sans ^Uîité, sans volonté, sans vigueur. Il paraît

qu'après qu'il eut perdu ses fils, on lui rappela Ghildebcrt son neveu : il fut touché de Tanalogie qui se trouvait entre sa position et celle de son neveu; il avait perdu ses enfans \ Ghildebert avait perdu son père, il envoya donc des députés à ce prince, et Tinvita à une entrevue. Childebert, accompagné des grands de son royaume, probablement aussi de samèreBrunhildis, se rendit auprès de son oncle (27); celuici embrassa Tenrant, qui n'avait que huit ans environ : «En punition de mes péchés, s'écriat-il, je me vois privé de mes enfans ; toi, mon neveu, lu seras mon fils. » Et en l'élevant sur son siège comme pour lui transmettre son royaume il ajouta : c< Un seul bouclier doit nous couvrir, une seule lance doit nous défendre, et lors même que j'aurais encore des enfans, tu resterais mon fils égal à eux, et Je vous aimerais tous d'un même amour, Je te le promets devant Dieu. » Les gens qui étaient venus avec Childebert échangèrent d'autres promesses avec celles du roi ; un acte authentique des conventions réciproques fut rédigé, ofliciellement conclu, on se sépara en bonne intelligence, et l'on continua en commun les hostilités contre Chitpérich.

Mais bientôt ces rapports d'amitié changèrent, et l'on tint peu de compte des sermens et des promesses.

Fredegundis avait donné trois fils k Chilpéricb: l'un d'eux, Samson, mourut au moment même oùMerv^ich perdait la vie -, deux ans plus tard (l'an 579) les deux autres, Ghiodobert etDa* gobert, tombèrent malades à Braine, résidence habituelle de la reine. Une dangereuse épidémie exerçait alors ses ravages. Le roi lui-même en avait souflèrt (28). Fredegundis était au désespoir, car son avenir était attaché à la vie de ses enfans. A cette même époque, Chilpérich avait imposé une taxe nouvelle et onéreuse sur toutes les villes qui faisaient partie de son domaine particulier et de celui de sa femme. Cette mesure violente, résultat des désordres qui régnaient partout et des usurpations continuelles des grands, avait provoqué des ré-* sistances que de cruels chêlimens avalent suivis (29). Dans la crainte qui tourmentait son cœur, Fredegundisjetaaufeules registres de l'impôt; <( Pourquoi, dit-elle à son époux, rassembler des trésors, tandis que les plus beaux ornemens de notre vie disparaissent?» Mais elle ne sauva ses enfans ni par ce sacrifice ni,

par de pieoses consécrations : ils moururent. Le peuple de Soissons partagea la grande douleulr de la mère (30), et Chilpérich, le cœur brisé, fit de grandes aumônes aux églises et aux pauvres ; mais Chlodwig, le dernier des fils deChilpéricb, nèd'Audoyera, qui avait combattu vaillamment dans la Gaole méridionale, ne put dissimuler sa joie en apprenant la mort des enfans de Fredegundis : « Maintenant, dit-il , tout Tempire doit me revenir, et bien tôt mes en nemis sentir ont mon bras. » Il éclata en même temps en imprécations contre sa belle-mère (31), et fit voir pdt \k de quels ennemis il voulait parler. Ces propos furent répétés à la reine Fredegundis; on lui insimia de plus que Chlodwig avait causé la mort de ses enfans en employant les sortilèges infernaux d'une magicienne ; on lui inspira même des inquiétudes pour sa propre vie. Fredegundis, pénétrée encore de la douleur ù'Wfcir perdu ses enfans (32) , fit subir la torture à la femme qui possédait cet art dangereux, ainsi qu'à sa fille, maîtresse de Chlodwig. Les tortures arrachèrent à ces infortunées Taveu qo^on leur dernsflfétoit. Alors Chilpérich, sur les installées de la reine, fit désarmer son fils Chlodwig et le fit amener chargé de chaînes devant sa femme. Il nia une partie des faits et avooa Taufre. Il fut en conséquence envoyé au château de Noisy-sur-Marne et soumis à une acfive éurveillance. Bientôt après on Ty trouva mort, un couteau dans le cœur. Le bruit se répandit que Fredegundis avak ordonné ce meurtre. Le compte qu'on rendit au roi annonçait un suicide,- et le suicide fut considéré comme mie preuve de culpabilité. De cruelles exéciltroifïs allèrent frapper aussitôt les personnes suspectes. Audovera, mère de Chlodwig, fut, difon, mise k mort, et une de ses sœurs enfermée dantf un couvent. la magicienne fut brûlée Vive (33).

Chilpérich et Fredegundis se trouvaient donc sinon^sa'ns enfans, du moins sans enfaos mâles. 1 efs te même temps (fan 580), Gogo, maire du palais et tutea<r du roi Childebert, étant mort, Wandelin prit sa place (34). Cet homme, à ce qu'il parait, conçut le projet de profiter de la douleur que causait à Chilpérich la perte de ses ei^ans pour obtenir de lui ce qu'auparavant, en des circonstances semblables, on avait obtenu de la douleur de Gunlchramn par des négociations paistbles^ après avoir (fehoûé ^r les armes et par Tartifice. La

versatilité connue de Guntcbramn n*avaft pas permis de penser qu'il pourrait se troover offensé d'une telle démarche; mais It reine-mère Brunhildis, ne pouvant supporter ridée d'une réconciliation avec Cfailpérich, s'opposa de toutes ses forces au plan de Wandelin. Il s'éleva de grandes divisions à It conr de Childebert ; on en vint même atix mains et le sang coula. Lupus, duc de Ghampagfte, fidèle partisan de Brnnhifdis, 'et pour cette raison poursuivi et molesté depuis longtemps par Sfs adversaires, fut attaqué par deux antres ducs, Ursio et Berthefred. firunhildis, craignant la ruine de son fidèle, arma de son côte et eouml au-devantdestroupesdesducs ennemis: « Non, dit-elle, non, vous ne combattrez pas ; la haiae que VOUS portez à un homme no doit pas voos exciter à anéantir l'appui du pays. — Relîretoi, ô femme, lui cria fJrsio, tu as régné sous ton mari , maintenant ton fils est roi, et nooi sommes les bou(;]iers de son royaume. Rettretôi, si tu ne veut être écrasée sous les pieds des chevaux ! » Toutefois Lupus se sauva, mais h reine ne put protéger efilcacement ce duc, qni se vit contraint de s'enfuir do pays. Ltrpos alla chercher un appui auprès du roi GunSchramn. D'un autre côté, le fameux Mummolus, gagné probablement depuis tous ces événemens au parti de Childebert, alla demander un asile à ce prince. Ainsi le parti contraire à Bronhildis resta victorieux. Une grande ambassade, ayant à sa tête l'évêque Ëgtdtus de Reims, ancien ami de la reine Fredegundis, se rendit Tan 5B1 auprès du roi Chilpérich ; maïs celui-ci ne voulot entendre les propositions qui lui fofetit tiiU» qu'd la condition d'une alliance offensFVè contre Gunlchramn son frère, car, tirant SPvafltage des discussions qui avaient eu lieu|U8^*â!or9, Gunlchramn s'était emparé, par lès mains âd Mummolus, de vMles et de terres^ lie loi appartenaient pas d'après le traité de p«^lage. Au fond, cet empiétement n'était qu'un prétexte pour Chilpérich -, son véritaMe motif e'étaff le ressentiment qu'il avait conçu de même que Fredegundis au sujet de TsUiance prècédenle de Guntchramn avec Childebert, alKance qài rendait ce dernier héritier de son oncle au détriment de Ghilpérich. Les envoyés furent trèsembarrassés ; ils devaient craindre que leur jeune roi n'eût perdu la bienveillance de Tun de ses oneîos. II semblait donc d'autant plus néces^ saire de s'assurer de l'autre; aussi aeeeptèrent^

LIT. YIlI^

lis ces eofiditidns. IH consentirent même à ce que Ontpérich possédât sa Vie dilrant tout ce qu'en enlétertit i Gautchrathn dans la guerre qu'on M ftraK th eèntincrn (35) ; alors sedlêmeol OiUpérièl» déèlara ^ue son netcu Chritdebeft sêfaitsoff seul héritier. Le traité fut répéta de feus les caractères ofliciels et s^nè des deai |iarties. En èonséqttence de ce traité ta guerre eomnieii^â de nottteaa contre Gunt^ ehr»DD, et elle reprit son ancien caractère de YîoieDeè, Mais les rois alliés n'eurent aucuit lœeés. Quand Tâtttlée de Childeberl s'avança raanèe suituole pour eâtrer en eomtntin H"^^ Clrilpèrieii dans te rojattine de leur parent, mve émeoce dangereilsé éclata parmi les soldats. On eoDsfdértii M conditions consenties comme tinmiiîuifes ef le royaufife èomme vendu, l'étéqusÉgtdiilsdeReimSy qtff pat^att pourraoteor da braité avec Glril^éricli, put é peine échapper psr one prompte fol (e à ta rage de la multitude. ChJMebert ftat tortë de revenir sur ses paè. Chipérleh, prHédeson co«ic6nrs,fut battu paf 6aatchraitm,4oi, gprièvement offensé, auraitpu aiiéinefil exercer de cruéRes vengeances ; mats il préffifa le repo< an tomolte des armes. Il fit ht fét avw Gbilpéfrich, et les deut frères récoiefliés n^tUttùi [Aisqtie dès rapports équi-^ loqoes ee MiMie hostiles avec leor neveu ChSk iéeti.

GcfMdM te niéconfentement de l'armée antnnienne n'ètsfit pas dénoé de fondement. SeloD le erafté coàcht avec Ghilpéricfa, les terres qa'on aurait eoni|ixlées avec les forces corn- Bnmes devaient appartenir à cehii-ci , et ne imair qu'après ssr mort & leur foi Childebert, asgmeiftées à fti vérité de tout le royaume de SoittoiM. n ftdtaie d^nc qtre les Austrasiens emplojsnent leurs bras et leurs efforts pour un avenir qui, Asns l'état de vtcfssHudeflr contînuelîes ^ de ceofàsfM qu^îïs voyaient autocrr d'eux, Pranait f autant ptat tncertaiir, que Frede- PBdis, au moment même gù Fermée ausfra- "«meétaît et carrrpagne avec l'armée de Chif- P^^, inettait m ttiouâe tm quatrième fHs. ^ naissance de cet enfant excita la plus ^de |oie dans le royaume de Chiîpérich: ^ les pfiK>nniers fltirent mis^ en liberté , ^(es tes coHdhfmnations firrent reprises (36) , *t Régresse universelle se manifesta par *» fêtes de toute nature. On pouvait donc prérc^ atèc certitude que le traité entré MpWch et l!bihiei>ert n*atirafl âtacuh ef-

CHAi*. m. m

M , et que Cfailpérich sWorcerali par iàxii les moyens dé conserver pour ce fils derfiier-né, non-seulenferit son propre royaume, mais encore les terres de Guntcfframn,éon frère, qu'oiî avait votitu conquérir. Aussi les soldais deChiîpérich s'ètaient-ils reftisés au combat, en parlant de perfidie et de trahison (37), ce quittait promptement amené la paix entre Chifpèrich et Guntchràmn.

Mais la Joie deChflpérich et de sa femme fut de courte durée. Leur fils, appelé Théodorich, avait à peine atteint sa deuxième année qu'il hiofirut de dyssenterie, dit-on, comme ses frères. Fredegundis, qui avait de bonnes raisons pour être méfiante et soupçonneuse, préoccupée des superstitions générales de cette époque, privée du libre usage de sa raison par ce malhenr inouï et de plus enceinte (38), ouvrit erpeore une fois roreille aux insinuations des flatteurs et des calomniateurs de Cotfr : elle crut que renfknt avait été également arraché à la vie pat des sortilèges et par un breuvaige magique. Plusieurs misérables femmes de Paris qu'on accusait de magie noire avouèrent au milieu des tortures qu'elfes avaient abrégé la vie de Fenfânt pour allonger ceRe d'un officier de la cour du roi appelé Mummolus ; et elles expièrent cet a'vetr par une mort horrible. Mummolus, qui par des paroles imprudentes avait excité cl confirmé ee pernicieux soup^o , expira luimènde après d'atfrenx tourmens; et Fredegundis, trop tard revenue de sa malheureuse erreur, tenta vainement de lui conserter lai tie (39).

La mort du Jeune prince Théodorich n'avait pas causé moins d'allégresse â la cour de ChiN debert que sa naissance avait donné de Joie àcelle de Chilpérich. Toutefois lesamis deChifcfebert ne furent point tranquillisés \ deux cho* ses continuèrent d^entretenir fetïrs craintes et leurs soucia : la grossesse de Fredegundis, qu'on aurait bien voulu faire disparaître et qui menaçait encore de tout ramener à Pincer tilude, et le mariage d'une fille de la reine, appelée Rigunthis, avec Rcccared, prince des Wisigoths d'Espagne, mariage qui venait d'être conclu.

Leovigild régnait sur leaWisIgoths, et c'était incontestablement le plus grand roi qui eût encore occupé le trône de ce peuple. Toutefois le royaume éprouvait de grandes calamités, néèr principa^ment de ce que la couronné

était élective. Lcovigild voulut tarir cette source de maux, et pour le salut de Fempire rendre le trône héréditaire dans sa famille. Il fit donc procéder de bonne heure à Télection de ses deux fils Herménégild et Reccared en qualité de ses successeurs, puis il fil épouser à Talné Ingundis fille de Brunhildis. Il avait épousé lui-même en secondes noces la mère de cette dernière -, mais ce mariage entraîna de nouveaux et de bien grands malheurs. Ingundis avait hé* filé de Thumeur alliére et superbe de sa mère, et elle tenait à la Toi catholique avec autant de constance que sa belle-mère, qui était en même temps sa grand'mère et belle-mère de son mari, tenait à Thérésie d'Arius. De là naquit la discorde domestique qui bientôt fut suivie de discordesciviles. Herménégild, gagné par sa jeune épouse, se convertit à la foi catholique, ce qui produisit une guerre acharnée entre le père et le fils -, à cette guerre se mêlèrent les Suèves, qui se maintenaient encorecachés en quelque sorte à la pointe nord-ouest de TEspagne, et Tempereur de Byzance dont les troupes occupaient les frontières méridionales et les villes maritimes. Leovigild fut vainqueur. Mais du milieu de ce déplorable triomphe, on vit sortir comme une étoile propice une lueur nouvelle d'espérance pour les orthodoxes d^Espagne et en particulier pour le clergé catholique, et la reine Brunhildis ne pardonna pas le deslin de sa fille (40). Les rois des Franks Childebert et Guntchramn, rapprochés jusqu'à un certain point par les circonstances, prirent part à ces dissensions, et ils menacèrent de la guerre les Wisigolhs pour venger la religion et les jeunes princes leurs parcns. Mais Leovigild montra un désir d'autant plus vif de gagner Tamilié de Chilpérich , espérant ainsi porter les deux frères à renoncer à la guerre. Pour y réussir il proposa un mariage entre son second fils Reccared et la princesse Rigunlhis, fille de Chilpérich. Assurément le cœur de Fredegundts éprouva une grande joie lorsqu'elle reçut cette demande, car elle y voyait pour elle un sujet de triomphe. Sa fille allait être placée sur un trône d'où la fille de son irréconciliable ennemie avait été repoussée d'une manière si déplorable ] c'était tout pour elle, et les motifs qui seuls avaient déterminé le roi des Wisigoths à cette proposition lui semblèrent indiflérena (41). La demande de Leovigild fut donc accueillie. Mais à peine avait-on pris Jour pour les fêles

du mariage que Chilpérich et Fredeguedîs ea* rent le malheur de se voir enlever par la mort leur plus jeune fils Théodorich^ la lête fut donc ajournée. « Ma maison, fit dire Chilpérich à l'ambassadeur espagnol, est ranplie de douleur ^ comment pourrais^® ottôrar le nia* risge de ma fiUe(^. » Pcodaiit ce tenap». Fiedeguadis mit fta monde un eiofBÎèMe ffle va reçut lenom deson grand-pér eChlolar. Eûvmi trois mois après la naissance de celui-ci, dam l'automne de l'an 584, une seconde ambassade arriva d'Espagne pour recevoir la fiancée royale, La cour se trouvait alors à Paris ^ les vassaux les plus illustres furent assemblés pour assister à la remise de la princesse.Chilpérich pour faire paraître sa fille avec luxe et magifioeoce aux yeux du peuple dont elle devait devenir un jour la reine, fit enlever de force beaucoup de familles fiscalines de la ville de Paris pour en former l'escorte qui devait raccompagner en Espagne -, et l'immense cri de douleur de ces hommes ne fit aucune Impression sur lui, peutêtre même ne l'entendit-il pas (43). Fredegandis mit de son côté tout en œuvre pour donner à sa fille une dot convenable. Tout le monde, le roi lui même parurent surpris de la grande quantité d'or, d'argent, de vêtemens, d'ornemens qu'elle rassembla (44). Les vassaux franb apportèrent aussi des présens, de l'or, de l'argent, des étoffes, chacun offrit ce qu'il avait et ce qu'il pouvait. Il fallut, selon l'assertion de Grégoire de Tours , cinquante chariots pour emporter tous ces objets précieux. L'escorte fut brillante et nombreuse. Le duc Bobo en reçut le commandement. Un maire du palais, Waddo, avait la surveillance de ce qui composait la dot. Rigunthis prit congé de ses parens au milieu de beaucoup de larmes et d'embrassemens réciproques*, toutefois un essieu s'étant rompu au moment du départ, plusieurs personnes s'écriërenl : « C'est un mauvais augure!» Effectivement le cortège fut surpris dès la première nuit par cinquante hommes. Cent chevaux et d'autres objets précieux furent enlevés , et une grande partie de l'escorte, que la crainte seule avait réunie, s'enfuit en volant ce qu'elle put prendre. On ne peut guère douter que ces cinquanle hommes, qui, selon l'expression de Grégoire, s'élevèrent du sein de la nuit (45), ne fussent des instrumens de la jalouse Brunhildis, qui voulait troubler le triomphe de son odieuse rivale. Ce qui est certain, c'est que le^ voleurs

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