CHAPITRE IV
GUNTCHRAMN. CHILDEBERT. — CHLOTAR.
— TROUBLES ET RÉVOLTES DANS L'EM- PIRK DES FRAPTKS. — LE MÉROVINGIEN DÉSHÉRITÉ GUNDOVALD.
De Vm S75 à l'aD 585.
Grégoire de Tours ne donne sur le meurtre de Cbilpérich que les simples indications que nous Tenons de reproduire.il ne fait connaître aucun nom , n'énnet aucun soupçon , n'indique aucun but; il se borne & Jeter encore un dernier reproche sur ce roi opiniâtre , ennemi du clergé, auquel il avait fait de riches présens, naaisqullavaitaussi plus d'unefoismaltrailé(l). Ildonne à entendre que Chilpérich rencontra la mort qu'il avait méritée (2). Il fait d'ailleurs celte remarque dont on ne peut contester la justesse : que Chilpérich n'ayant jamais vraiment aimé personne ne fut non plus aimé par penonne ; il conclut en nous apprenant que révêque Mallulf, qui depuis trois jours sollicitait vainement une audience du roi , s^approcha lorsque tous les autres se furent enfuis après le meurtre, releva le cadavre , le lava et lensevclitdans réglisedeSainl- Vincent à Paris, ^écrivains postérieurs au contraire nomment avec une confiance plus que hardie l'auteur du crime-, mais sans fondement et sans antécédeos. firunhildîs, dit l'un , ordonna le meurire-, Fredegundis, suppose un autre, fut la coupable (3). Mais bien qu'on ne puisse nier ^oerorgueilleusereinefirunhildisn'aittoujours ^ti dans son cœur le besoin de vengeance, bien qu'oa doive accorder aussi qu^elle n'au- IJ.
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rait pas probablement reculé devant la pensée d'un assassinat, il faut néanmoins admettre sans hésiter que si le bras d'un meurtrier avait été à sa disposition A la cour de Chilpérich, elle aurait dirigé avec plus de plaisir le coup mortel vers le cœur de la reine que vers celui du roi ; ajoutons qu'elle aurait voulu le meurtre, non comme but, mais comme moyen. En tout cas, il n'existe pas de témoignage qui autorise à ajouter aux crimes de celte femme redoutable le meurtre de Chilpérich-, mais il est encore moins possible de rejeter le forfait sur Fredegundis. Cette reine eût-elle été cent fois plus criminelle qu'elle ne se montra, et n'eût-elle pas eu Tintelligence que personne ne lui conteste, il est impossible qu'elle ait voulu ou désiré la mort de son mari. Comme elle ne pouvait compter sur des chances favorables, sa fortune et la fortune de son fils dépendaient de la conservation de la vie de Chilpérich. On donne pour tout motif à son crime la crainte que lui inspirait la jalousie de son époux, éveillée par une familiarité illicite avec un homme appelé Landérich ; et pourtant sa conduite ne paraît pas suspecte, et son génie avait su sans crime éloigner d'elle des dangers bien plus graves que la jalousie naissante d'un mari qu'elle dominait, dit-on (4). Certainement lors même qu'il existerait des témoignages plus formels , l'innocence de Fredegundis au sujet de ce crime résulterait clairement de l'extrémité où la fit tomber la mort de Chilpérich.
Mais si le hasard n'a pas exercé à cette époque plus d'influence qu'il n'en a d'ordinaire dans les choses humaines, on peut croire avec certitude que le meurtre de Chilpérich se rattache à d'autres grands projets dont on ne peut suivre avec exactitude tous les développemens, mais dont on peut pourtant reconnaître Texistence, et qu'il ne forme qu'un seul anneau d'une longue chaîne d'intrigues et de passions.
Les rois franks en effet avaient des rapports de plus d'une espèce avec la cour impériale de Constantinople ; des ambassades réciproques avaient lieu surtout entre celte cour et la cour deChildebert. La religion tenait vraisemblablement la première place parmi les sujets de négociation -, car les habitans catholiques de l'Espagne et de l'Italie s'attendaient à être délivrés de l'oppression des Goths et des Langobards hérétiques; et ils espéraient le triomphe de leur foi, tantôt de l'empereur, tantôt des
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f raofcs. B<*"*^» ^'P'^ '«• Laogobêrdê D'avaieol pas conqoit^f àtail le foyer de loule$ ces rela- Uoas ; ei i'évéque de Rome, appelé de préférence le p^P^9 <euail pour aÎMi dire caUe •es maint Jet oœudi qui attachaient les une» aux auireê lc% diverses partiet du inonde catholique. Bien des communicationt peuvent avoir été amenées aussi par des relations conO'nierciaJes, bien que celles-ci fussent presque Dulles ou d'une importance secondaire, mais on s'occupait surtout des choses qui se liaient à la position respective des peuples. Sous ce rap« IK>rt, les Franks et les Romains dOrient étaient alliés naturels, parce qu'ils avaient des enne^ mis communs , de même que sous le rapport de la religion ils croyaient tendre à un même but. Les Wisigoths, depuis la fondation de Tem^ pire des Frank8,s'étaienl maintenus avec ceuxci dans des relations hostiles. Les victoires et les défaites n'étaient oubliées ni de part ni d'autre, et la cour impériale avait renoncé d'autant moins à l'espoir de reconquérir toute l'Espagne, qu'elle était toujours en possession des villes siluées sur la côte méridionale du pays, ce qui la faisait assister à tous les bouleversemens qui semblaient vouer Tempire des Goths à la destruction. D'autre part, les Slaves et les Avares étaient ennemis acharnés de l'empire romain aussi bien que de celui des Franks.Tandis que ces barbares portaient l'épouvante dans l'un de ces empires, ils menaçaient ou embarrassaient l'autre, et la lutte ne se terminait ni sur un point ni sur l'autre. Les Franks et les Romains se trouvaient dans la même position ik l'égard des Langobards en Italie, dont Alboin aurait probablement achevé la conquête s'il n'en avait été empêché par une mort violente qui l'enleva six ans après son invasion dans ce pays. Cet événement fit naître de violentes tempêtes. Cleph, son successeur, qui avait cherché à rétablir l'ordre à force de cruautés, fut assassiné au bout d'u[p an et demi. Dés lors, le peuple langobard ressemble à un édiQcc en ruine; on n'aperçoit nulle part ni unité ni puissance. Une lutte sauvage s'éleva sur tous les points entre les chefs appelés ducs; on ne ménagea pas le profane, on ne respecta pas le sacré. L'Italie fut complètement dévastée; mais pendant que la guerre continuait sans succès et d'une manière irrégulière contre les villes situées sur les côtes el qui étaient encore défendues
aupomde 1 empereur, les différensducslaogobards tentèrent des irruptions dans les Alpe^; Us inquiétèrent les positions des Franks. II esi diflicile de croire que dans cette dissolulioo générale ces ducs aient suivi un but délerminé ; il est plutôt vraisemblable qu'ils d eotreprirentque des expéditions téméraires pour ne pa9 rester inaclifs dans rincerlitudedeiavenir, sans s'inquiéter de la veille ni du lendemain. Dans le fait, ils furent repoussés san$ peine par les généraux de GunlchraniD, Mummolus , Wilich et Tbeudefred ; ma»
rinimitiëqui dès le temps d'Alboin s'élsil é\m entre les Franks et les Langobards fut alimeolée par ces expéditions avenlureui>e8. De Taulre côté, l'empereur byzantin n'avait pas assez de forces pour vaincre ces Langobards désuDis,cooduils arbitrairement par trente-cinq ducs, dan» un pays où ils étaient dGteslés,oû toulgusquau climat et au sol, leur était hostile. La posilioD critique de l'Asie, les dangers qui menaçaieot l'empire du coté du Danube, où se trouvaient les Avares et les Slaves, el la corrupiion morale qui paralysait toutes les forces rendaient trop difficile une lâche bien simple. El pourtant les empereurs, qui nourrissaient encore la pensée d'un seul empire romain, tel qu'il fut jadii
gouverné par Auguste ou par Trajan, avaient surtout à cœur de reconquérir l'Italie. Rome eiïrayée implorait aussi leurs secours, et tout ce pays maltraité les suppliait de le sauver. Aussi les empereurs recherchèrent-ils constamment l'amitié des Franks, cherchant à maintenir la bonne intelligence qu'Ânastasc avait établie avec Chiodwig et qui avait existé principalement au temps où les Gotbs étaient encore en possession de l'Ilalie. N^' les efforts des empereurs pour déterminer les Franks à attaquer les Langobards en Italie furent longtemps inutiles, soit que les Franks se rappelassent les expéditions malheureuses de leurs pères au delà des Alpes, soit, et c^Ia est plus vraisemblable, que les rois des Franks regardassent comme trop dangereuse une telle entreprise lorsqu'ils étaient eux-mêmes divisés et ennemis (5).
Pendant ce temps les relations et les passions s'étaient développées dans l'empire desFrank?, ainsi que nous l'avons raconté. Le désir brû* lant de vengeance qui animait Brunhiidi» et l'ambitieuse espérance des grands seigneur* d'Auslrasie de renverser Chilpérich p^r I«
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violeDee, oq de lui enlever par la ruse ses possessions et ses leules, avaient été continuellement déçus par la mort de Sigibert, ia vieloire de Cbilpérieh, la mort de Merwich, Tin* décision de Guntchramo et la fécondité de Fredegundis. Lorsque celte princesse mit aa monde son quatrième fils Théodqricb, vers Tan 584, les Auslrasiens formèrent le projet de faire surgir de nouveau]^ troubles, d'aoèanlir par eux Chilpéricli et Fredegundis, et de se procurer en m(me temps Toocasion de satisfaire leurs passions, leqri désirs et leur avidité.
Un homme en effet du nom de Gundovald, né d'une femme de basse extraction, se dit fili de Chlotar, père et aïeul des rois actuels des Franks. Gblotar lui-même, que ses habitudes de débauche pouvaient rendre incertain da nombre de ses enfans, Tavail d'abord élevé comme son fils, lui permettant même de porter la longue chevelure qui distinguait la famille royale^ dans la suite, irrité contre sa mère, il 1 avait méconnu ; mais Gundovald n'en fut pas moins traité comme Mérovingien et comme neveu par Chariberl, frère de Chlotar, A la mort de celui-ci, ses quatre fils ne Tavaient pas reconnu pour leur frère ; on lui avait coupé la chevelure mérovingienne, et assigné Cologne pour séjour (6). Gundovald, réfléchissant aux dangers de cette position incertaine, avait pris la fuite et trouvé aide et protection auprès de Narsës, qui gouvernait alors Tltalic.Lors de Tinvasion des Langobards, et à la mort de Narsès son protecteur, il avait quitté lllalie avec une femme et deux fils et s'était rendu à Constantinople, où il vécut & l'ombre du Irône impérial , avec quelque sécurité , mais yraisemblablemcnt sans espérance. On ne lavait pas oublié dans l'empire des Franks : les relations continuelles avec Constonlinople faisaient vivre son souvenir^ beaucoup tfhommes d'ailleurs pouvaient le considérer Wffim« fila de Chiotar et ne voir en lui qu'une victime de Finjusllce. La dureté de Mpérich , la faiblesse de Gunlchramn , Ta ieunewe de Childebert, et les grandes passions qui excitaient les deux reines et les poussaient J «ne contre l'autre, purent déterminer quelques individus & porter leurs espérances sur Gundovald, qni avait parcouru la carrière du "ïAlheur et yu de prés la vie cl les mœurs de P^ptoi étrangers. On eut do9c la pensée ^
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à la cour du roi d'Austrasie, de se servir de lui comme d'un instrument contre l'odieux Chilpérich et d'accomplir par lui des projets qui avaient si souvent échoué, et À l'exécution desquels tant d'espérances étaient allachëe^.
L'ancien ami de Merwich et de Brunhildis, le duc Guntchrannn J^oson, homme rusé, avide et ambiti^M:^, qui avait formé dans le sanctuaire de Tours, avec le jeune et malheureux Mcrwich, le plan d'où sortit la ruine du prince, qqi avait quitté avec lui l'asile sacré et était heureusement retourné en Auslrasie, Boson se rendit à Constantinople pour négocier avec Gundovald et le décider à rentrer dans sa patrie et à réclamer, comme fils de Ghlotar et comme roi des Franks, la part dont ses frères l'avaient dépouillé. Il remit même à Gundovald qne lettre de la reine Brunhildis, qui, à ce qu'il paraît, lui offrait sa main dans le cas où il accéderait à la proposition que lui ferait le duc Guntchramn Boson (7). Gundovald, qui depuis longtemps habitaitConstantinople dans une position incertaine, connaissait peu sans doute la situation de l'empire des Franks, ou peut-être encore le trompait-on sur le compte de Chilpérich et de Fredegundis ; il se laissa séduire et entra dans ces malheureux projets.
A cette même époque mourut à Constantinople l'empereur Tibère, qui avait remplacé sur le trône Justin, successeur de Juslinien. Le gendre de Tibère, Maurice, obtint l'empire. Il dut sembler très-avantageux à Gundovald et au duc Gunlchramn Boson de gagner à leur cause le nouveau souveraio,de l'amener & reconnaître Gundovald comme roi des Franks et d'obtenir son appui pour l'entreprise dont il s'agissait. L'empereur ne s'en montra pas éloigné^ mais il parait qu'il imposa pour condition une alliance avec Childebert contre les Langobards dltalie. Gunlchramn Boson se hftta de retourner auprès de Childebert avec cette proposition de l'empereur, et probablement aussi avec la réponse de Gundovald à Brunhildis. On n'était guère disposé à une expédition en Italie pour opprimer les Langobards; mais on crut pouvoir recourir, dans icetle circonstance, À la politique astucieuse que les Franks avaient si souvent mise en usage, c'est-Â-dire faire des promesses «ans être obligé de les accomplir. Ainsi s'éta-
i^ niSTOîRE Dt PEUPLE AUEMAND.
blirent do nouvelles négociations entre Vem-pcreur Maurice et le roi Chiidebert. Des ambassades furent envoyées et des lettres échangées des .deux côtés.
Cependant Gundovald, bien pourvu d^argent, arriva de Conslantinople à Marseille, probablement vers la fin de Tan 583. Il y fut reçu solennellement par lévéque Théodore ', mais son arrivée eut lieu trop tôt. L'entreprise offrit des obstacle8-,les préparatifs n'étaient pas suflllsans ; peut-être, les événemens d'Espagne eurent-ils de Tinfluence sur le résultat, car la lutte qui s'était engagée en-
tre Leovigild et son fils attira précisément à cette époque toute l'attention de Brunhildis. Peut-être y eut-il aussi des malentendus entre Chiidebert et l'empereur*, peut-être enfin conçut-on quelques craintes, à cause de la paix qui existait entre Guntchramn et Chilpérich. Gundovald %t bientôt obligé de quitter Marseille pour s'aller cacher dans une fie voisine. Jusqu'à ce qu1l se présentât un moment favorable, et ce même duc Guntchramn Boson, qui avait attiré Gundovald, après s'être saisi de l'argent du prince, fit prisonnier l'évêque Théodore de Marseille pour avoir tenté de recevoir dans la Gaule un homme étranger et de soumettre l'empire des Franks à l'empereur. L'évêque produisit une lettre signée de )a main des hommes les plus influens de la cour de Chiidebert : a Voici, dit-il, la preuve que je n'ai rien fait que ce qui m'a été ordonné par notre mattre et seigneur (8). » Mais plus Guntchramn et Chilpérich avaient senti leur attention appelée par cet événement, plus il parut nécessaire aux seigneurs de la cour de Chiidebert et à Brunhildis, mère de ce prince, de détourner l'attention des deux rois par quelque entreprise importante. L'an 584 une armée austrasienne , ayant au milieu d'elle le jeune roi Chiidebert, passa les Alpes non pour soutenir, en vertu du traité, l'empereur Maurice dans son projet de soumettre les Langobards, mais seulement pour couvrir un projet échoué et tirer de l'argent de l'empereur trompé (9).
Ce fut dans ces circonstances qu'arriva le meurtre de Chilpérich. Évidemment il tomba victime des intrigues des seigneurs de la cour de Chiidebert et de sa mère, qui ne surent s'en délivrer ni par la ruse, ni par la force, et ne trouvèrent pas d'autre moyen d'ar-
river au but où tendaient leurs passions cr!« minelles que d'y marcher par un crime ;iO, El peut-être le soupçon de Fredcgundis qw le chambellan Eberuif (il) avait soldé les a*sassins , n'était-il pas dénué de fondement. Mais si tout ce qui précéda la mort de Chilpérich n'est pas capable encore de produire la conviction, on ne saurait douter que le meurtre n'ait été, comme nous l'avons dit, qu'un anneau de la chaîne forgée à la cour austrasienne, si on considère tout ce qui suivit ce crime (1-2;. En effet, à peine le crime fut-il commis que tout entra dans un mouvement hostile; ici trésoriers (13) du roi assassiné s'enfuirail aussitôt auprès du roi Chiidebert avec les trésors dont ils étaient dépositaires. Un duc Désidérius arrêta la fille de Chilpérich, Rigunthis, qui, dans sa route nuptiale vers ïhpagne, était arrivée jusqu'à Toulouse, dispersa ou gagna l'escorte et se rendit maître de loule la dot ^ la jeune princesse ne trouva d'asile que dans Téglise de la sainte Vierge, et ne put retourner que bien tard, et après avoir subi de grands outrages, auprès de sa malheureuse mère, tandis que son fiancé le roi des Gollis, Reccared, qui appartenait désormais à réglise orthodoxe, épousa Chlodosuinda, fille de Brunhildis. Gundovald reparut aussitôt sur la scène; il se montra dans Avignon auprès du patrice Mummolus,qui, ainsi que nous l'avons raconté précédemment, avait quitté son roi Guntchramn et avait passé dans le parti de Chiidebert et de Brunhildis. Ce patrice et le duc Désidérius le conduisirent à Brives-la- Gaillarde, en Limousin (14). Là unearméeétail réunie. Gundovald, selon Tusagc du peuple fro.nk, fut élevé sur un bouclier et salué roi. Le nouveau souverain parcourut le pays et reçut le serment d'allégeance des villes : de tous côtés on se déclara pour lui. Enfin une armée austrasienne se mit en même temps en marclie sur Paris pour prendre possession du royaume de Chilpérich et s'emparer de sa femme et de son fils.
Mais les vassaux perfides se trompèrent encore une fois dans leurs calculs, et leurs projets échouèrent devant la résolution de Fredegundis et les bonnes dispositions de Guntchramn.
En effet Fredegundis avait fui de Braine, dans le premier moment de trouble que lui causait la mort de sonépoux, tenant dans ses bras son Ms
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Chtotar à peine ègé de quatre mois ; arrivée à Paris elle se mitsous la proleclion de l'évèque Ragiicrood. Dès qu'elle se crut en sûrclé, elle envoya des députés au roi Gunichramn et lui adressala prière suivante : « Le roi Cliiipérich , ton frère et mon époux, a été assassiné ; accours vers moi, loi, mon roi et mon seigneur, pour prendre possession de son royaume, afm que je puisse mettre dans tes bras mon Jeune fils, ton neveu, et que je puisse comme suppliante me jeter à tes pieds ! » Ce message porta le trouble dans le cceur de Guntchramn ; il déplora amèrement le sort de son frère ; il eut pillé du sort du Jeune orphelin. Accompagné de guerriers fidèles il se rendit en toute hùle àParis; ilélait temps. A peine était-il arrivé que Tarmée austrasienne se montra aux porter de la ville-, Childcbcrl se trouvait avec ses troupes (15). Mais comme Gunichramn avait déjà pris possession de Paris, et que les habilans se montraient disposés à défendre la ville (16), les Austrasiens, trompés de nouveau dans leur attente, se virent contraints à la retraite. Mais bientôt des envoyés de Childebcrt se présentèrent devant Guntchramn pour réclamer Texécution du traité conclu CDlre eux après la mort de Sigibert , Irailê par lequel Guntchramn avait adopté pour fils son neveu. Ces prétentions firent perdre patience au roi Guntchramn : « Honinies criminels et perfides, pleins de mensonge et d'hypocrisie! s'écria-t-il en leur montrant Facle du traité. Voyez votre propre signature : yous m'avez fait un ennemi de mon neveu, vous vous êtes alliés à Chilpérich i)our iirenlevcr mes terres et mes leules, vous avez marché de trahisons en trahisons. Dequetfrout ^ous présentez-vous devant moi avec de telles Plantations? Non, je ne reconnais pas de traité; tout ce qui a fait partie du royaume de Charibert, tout ce dont se sont emparés successivement et injustement Sigibert et Chilpérich doit rester maintenant en mon pouvoir, et personne n'en aura rien. Sortez <l'ici, menteurs, et faites connaître à votre roi ma déclaration. » Les envoyés partirent; mais une seconde ambassade arriva et demanda Textradition de la reine FredcgundU) désignée comme meurtrière de tous les membres de la maison royale qui Jusqu'ici avaient succombé à une mort violente, sans ^^ excepter son propre mari. Guntchramn,
déjà revenu de son premier mouveitient, ré^ pliqua avec calme : n Tout sera discuté et dé« cidé dans une assemblée publique. » Il pro^ mit toutefois à la reine Fredegundis sa protection la plus énergique, parce qu'il était convaincu de son innocence, et qu'il savait apprécier ses justes inquiétudes (17). Les premiers seigneurs du royaume se réunirent alors autour du jeune fils de Chilpérich, et les villes qui précédemment avaient appartenu au royaume de Soissons durent prêter serment de fidélité au roi Guntchramn et à son neveu Chlotar. Les vassaux deChilpérich furent contraints de restituer tout ce dont ils s'étaient injustement emparés. Cependant Gunichramn , bien qu'il se montrât très -généreux envers les pauvres elles églises, auxquelles il rendit tout ce que Chilpérich leur avait enlevé ou tenté de leur enlever, n'était pas tranquille au milieu des hommes qui l'entouraient, et croyant avoir de justes motifs de crainte, il avait constamment avec lui une forte escorte de ses propres leutes ; et comme un dimanche, le diacre de l'église venait de recommander aux assistans d'écouter tranquillement et en silence la sainte messe, le roi profita de ce moment et adressa h lasseinblcc des paroles qui prouvent de quel côté il croyait voir les meurtriers de sa maison, et font connaître en même temps ses projets et la haute idée qu il avait de la famille mérovingienne : « Vous tous, hommes et femmes, ditil, je vous conjure de me garder une fidélité inviolable: ne me faites pas périr comme vous avez fait périr mes frères -, laissez-moi vivre encore trois ans pour que du moins un demes neveux que j'ai adopté pour fils puisse devenir grand (18). Si mon vœu n'est pas accompli, je crains qu'après ma mort vous ne périssiez vous-mêmes avec ces jeunes enfans, puisqu il nï'xiste plus d'homme de notre famille qui puisse vous défendre, n
Peu de temps après ces événemens se tint , à ce qu'il semble, à Paris l'assemblée nationale queGuntchramn avait indiquéeaux Austrasiens pour y examiner leurs prétentions. On y vit paraître, envoyés par Childebert, l'évèque Égidius de Reims,qui prenait unepartactiveà toutes les intrigues de cette époque, et le duc Guntchramn Boson,dontrastucen'étaitsurpasséequeparson impudence; on y vit aussi beaucoup d'autres personnages éminens du royaume de Childebert. Les envoyés renouYelèrent les anciennes
réclamations ; maisGuntchramn ne voyait qu'avec chagrin de tels hommes en sa présence : il rejeta leurs félicitations et déclara avec force qu'il ne rendrait aucune ville ^ il refusa de Hyrer Fredegundis, pSfrce qu'elle était mère d'un roi, et qu'il la regardait comme innocente. Il dit à révêque Égidius : « Tu n'as encore été fidèle à personne ; tu es enveloppé d'un nuage d'astuce ; tu n'es pas un prêtre, mais un ennemi de notre royaume. » IlditauducGuntchramn fioson : u Toi aussi tu es un ennemi de notre royaume; c'est pour cela que, toujours perfide et parjure, tu as fait ton voyage en Orient, où tu es allé chercher ce Ballomer (c'est ainsi qu'il appelait Gundovald). » Lorsque les envoyés d'Austrasie virent qu'ils ne pouvaient apaiser la colère du roi, leur langage souple et amical dégénéra en paroles insolentes ; l'un d'eux s'écria m Nous te quittons pour cette fois, roi Gutitchramn, mais nous savons que la hache qui a brisé le crâne de tes frères est encore aiguisée; elle tombera bientôt sur ta propre tête (19). » Ces paroles impudentes et respirant la trahison mirent le roi dans une telle colère qu'il fit chasser ignominieusement et maltraiter les envoyé» de son neveu, sans égard pour leur caractère.
Ce résultat rendit inutiles tous les pièges tendus par l'égolsme des vassaux austrasiens. L'alarmante entreprise de Gundovald trompé n'aboutit à rien, et elle se dénoua par une déplorable catastrophe. Ce prince en effet poursuivit avec succès sa première fortune-, les vassaux comme les évêques , soit qu'ils fussent dès le premier jour initiés à cette œuvre de mensonge, soit qu'ils fussent gagnés par les dehors hypocrites sous lesquels on leur avait montré le malheur du prince, se déclarèrent pour lui. Les villes lui ouvrirent leurs portes Tune après l'autre ; toutes celles qui en vertu du traité de partage avaient fait partie du royaume dé Sigibert furent occupées par lui au nom du roi Childebert. Toutes celles qui étaient échues aux rois Guntchramn et Chilpérich le furent en son propre nom comme roi des Franks; ainsi son parti devint toujours plus nombreux, et la Gaule méridionale tomba presque entière en son pouvoir. Mais lorsque le roi Guntchramn eut amené les vassaux du royaume de Chilpérich à reconnaître le jeune roi Chloiar, lorsqu'il eut décidé les villes à lui prêter serment, et qu'il eut pris toutes les mesures néces- |
saires pour la sûreté de la reine Fredegandii et de son fils (20), il rassembla les forces dn deux royaumes pour combattre le fliux Méro^ vingien qui se faisait appeler roi des Fraoksi Ses mesures énergiques firent hésiter quelque! hommes et des villes entières ; les opiniool se partagèrent. Gundovald lui-même reconnut sans doute à ces signes que son sort était changé, car il envoya au roiGudlchramndeus députés, Zotan et Zabuif, pour obtenir de lui par des négociations ce qu'il n'espérait ploi obtenir par la force des armes. Les envojét devaient, selon l'usage des Franks, se prëseolcr au roi portant dans leurs mains des rameiut consacrés (-21) et demander la partie de Tem pire qui appartenait à Gundovald comme fili de Chlotar; mais Guntchramn, instruitde leof dessein, les fit arrêter et mettre à la torture. U douleur les obligea de révéler tout ce qu'ils i valent : ils déclarèrent « que tous les grandi seigneurs du royaume de Childebert avaieol demandé Gundovald pour roi, que Gunl-" chramn Boson était allé en Orient pour liot'h ter à venir; que Rigunlhis, fille de Ghilpéricb, était aut)rés de l'évôqiie Magnulf à TouIoum, et qUe sa dot avait été ebletée au profit de Gundovald. »
Par cet aveu le roi acquit la certitude de ce qu'il n'avait fait que supposer Jusqu'alors, ft comme il pensa que son neveii Childebert n'était pas instruit de cette intrigue, mats qu'il ea était la dlipe comme Gundovald en était l'instrument ) il résolut d'inviter ce jeune roi , âgé d'environ seileUbs^ à une entrevue pour lui ouvrir les yeux et dérouler devant lui ce tissu de mensonge et de perfidie dont on avait enveloppé la fahiille des Mérovingiens. Childebert en effets sur l'invitation de son oncle, se rendit à Châlons, résidence royale de celuici 5 avec une suite nombreuse, Tan 585. Lei envoyés de Gundovald, qu'on avait relenoi, répétèrent devant les deux rois et devant leur suite leurs précédens aveux. Us déclarèrent de nouveau que la conspiration avait été connus de tous les grands seigneurs d'Austrasie. Cet aveux surprirent et émurent vivement le jeund prince, et l'agitation qu'ils lui causèrent agis* s&nt sur le cœur du roi, il oublia son pupilli Chlotar, remit sa lance aux mains de ChiH dèbcrt , et s'écria : ft Ceci doit être pour ta le signe que je t'ai transmis tout mon royaumsk Va et prends possession de toutes mes villes]
Lit. VIII, CHAP. IV*
(oi, fito de mon père, tii restes seul de mft race, ta seras mon seul héritier. » Puis il emmena le Jeune homme à une entrevue particulière et lui donna des instructions paternelles ;. illut nomma les hommes dont il devait pren^ dre les conseîM^ ceux dont il devait se méfier, et le mil en garde même contre sa propre mère.
Les bvis de Guntchramn firent rentrer d*a^ bord le Jeune roi dans le chemin de la justice et de l'honneur ; mais ils ne purent le soustraire & riafluence désastreuse de sa mère. Cet ëvéne-^ ment n'en fut pas moins décisif pour la cause du malheureux Gundovald, car à peine la ré^ conciliation de Toncle et du neveu fïit-^ello con^* nue que ceux qui avaient trompé cet homme l'abandonnèrent pour sauver le plus qu'ils pourraient du prix de la trahison. Les ducs Guntchramn et Désidérius furent les premiers & prendre ce parti Iftché et vil ; ils emportèrent tout ce qu'ils purent prendre. Gundovald, après cette défection, se vit forcé de repasser la Garonne avec Tévêque Seglltarius, les ducs Mummolus et Blàdast et Waddo, Jadis maire du palais de la princesse Aigunthis , pour se défendre dans Gomminges, où il ne tarda pas & se voir assiégé par une armée conduite parle duc Leudégisil.Gundotald avait reconnu depuis longtemps qu'il ne pourrait dèlourner sa ruine, d'après les dispositions de ceux qui raccompagnaient. Dans son désespoir, il of* frii de quitter la Gaule , de ne Jamais revenir dans ce pays de perfidie et de trahison ', mais ses offres furent rcjelées avec mépris. Alors le duc Bladast mit le feu à une église cl profita de la confusion pour se sauver; mais le duc Leudégisil fit prier en secret Mummolus « de reconnaître son erreur, de revenir à son maître et de renoncer h un homme inconnu. H ajouta que sa femme était prisonnière ainsi que ses fils, et que peut-être déjà ils élaientmis à mort -, il finissait en rengageant à ne pas courir avCuglémehl à sa perle. » Sur ce message, révéque Sagitlarîus, le duc Mummolus, le maire du palais Waddo et Chariulf, homme riche et puissant, se réunirent dans une ^glile cl se promirent l'un é Taulre par un serment aussi solennel qu'impie d'unir leurs effom pour rémelire le roi Gundovald aux mains de ses ennemis, pourvu qu'on leur assurât la vie. Leudégîsil promit lout. Aussitôt ces parjures se rendirent auprès de Gundovald.
a II connaissait leur fidélité et leur dévoûe*mcnt; la défense n'était plus possible. Ils avaient donc négocié avec Leudégisil ; le roi Guntchramn ne Voulait pas perdre Gundovald. Si Gundovald se présentait à lui, Guntchramn le recevrait volontiers comme frère, puisque là maison mérovingienne était si faible. » L'in^ fortuné pénétra le dessein des traîtres, et fondant en larmes, il s'écria: a Je suis venu dans la Gaule sur votre invitation; J'ai apporté avec moi beaucoup d'or, beaucoup d'argent et de choses précieuses. Une partie de ces trésors est conservée A Avignon, le reste a été enlevé parGunlchramnBoson. J'avais placé loutemon espérance en Dieu et en vous, je désirais régner par vous*, maintenant vous me trompez par le mensonge et la déception : que Dieu soit Juge entre vous et moil » Le duc Mummolus jura avec un grand serment « qu'il n'y avait là ni mensonge ni déception, qu'il ne lui serait fait aucun mal et qu'il irait lui-même avec lui. » Gundovald^ désespéré, le suivit. Dés qu'il fut arrivé & la porte, les conjurés le poussèrent dehors et la fermèrent derrière lui. Deux comtes, OIlo et Boso, qui se tenaient prêts, le saisirent. Gundovald leva les mains au ciel : n Juge éternel, s'écria-t-il^ vengeur de l'innocence, Dieu de qui vient toute Justice et qui vois avec horreur le mensonge et la perfidie, Je te recommande ma cause; punis ces traîtres qui me sacrifient si lâchement. » Et comme à ces mots il faisait le signe de la croix, il reçut du comte Ollo un coup qui le fit tomber de la hauteur sur laquelle la ville est bâtie. Touteibis il se releva et s'avança , mais aussitôt on lui Jeta des pierres et on lui porta des coups d^ lance qui le tuèrent. La multitude accourut et traîna son cAdavre à travers le camp en lui arrachant la barbe et les cheveux et en poussant des cris sauvages : a Hé Ballomer ! fils et frère de roi ! » Le cadavre resta sans sépulture»
Le lendemain matin , les portes de la ville i\irent ouvertes h l'armée de Guntchramn. Les traîtres avaient profilé de Tintervaile pour piller et pour mettre en sûreté dans les églises lout le butin qu'ils purent faire; mais ce fut pour d'autres tiu'ils travaillèrent: la mesure de leurs crimes était comblée. La ville de Comminges fut détruite. L'armée furieuse de Leudégisil massacra tous les habitans, égorgeales prêtres eux-^mèmes au pied des autels du Sel^
gneur, livra aux flammes tous les édifices sans en excepter les églises. Waddo et Chariulf se sauvèrent par la fuite au milieu de la confusion générale; Mummolus et Tévéque Sagittarius reçurent une mort cruelle. Les églises et les pauvres cependant gagnèrent à cette catastrophe, car le butin que Leudégisil avait fait et les richesses que Ton enleva à Mummolus furent leur partage.