CHAPITRE VI
CBLOTAR II. ~ THEUDEBERT, — THEUDE- RfCH. — MALHEURS TOUJOURS CROISSANS PE LA FAMILLE BIÉROVINGIENNE. — FIN DES REINES FREDEGUNPISETBRUNHILDIS.
De Tan Ml à Tm 811.
L'é?èqpie Grégoire de Tours a terminé ton ou?rage à Van 591, bien qu'il ait vécu encore quatre ana après. Le lecteur armé d'une «aine critique qui parcourt ce livre peut y suivre le fil des événemens à travers la confusion qu'il y trouve ^ mais plus d'une Tois sans doute il l'est indigné, non contre Fauteur, mais contre te siècle dont celui*ci fut le témoin et l'historien ^ au fond il ne se séparera pas de l'ouvrage sans uo sentiment de reconnaissance pour son auteur, et longtemps encore Jes écrivains sur lesquels il devra désormais s'appuyer exciteront dans son âme le douloureux regret d'avoir perdu le digne évêque de Tours, car il a Jeté quelque lumière sur l'histoire de son époque et du charme sur ses récits par le ton de vérité et de bonne foi qui lui est propre *, mais quelquefois aussi on voit dans ses écrits de l'incertitude, de la superstition, de la crédulité et même de la passion : aussi le jour qu'il répand autour de lui est souvent sombre et vague, et de temps en temps il paraît près de s'éteindre entièrement -, mais dans ce jour même il existe un principe de vie qui remplit les années et qui ne manque ni de forme ni de couleur. Mais les successeurs de Grégoire, Frédégaire à leur tète^ ont tous ses défauts sans une seule de ses qualités. Il esi surprenant que de tous les évêques de la Gaule, aucun n'ait été porté par son sèle à terminer ce que Grégoire avait commencé ( on peut à peine se défendre de la pensée qu'à une époque postérieure, lorsque la famille mérovingienne fut abattue et qu'une famille nouvelle fut montée sur le trône, beaucoup de documcns ont été anéantit, car tous les ouvrages n'étaient pas en sûreté comme celui de Grégoire, qui l'avait mis avec prévoyance sous la protection de saint Marlin(l}. D'où viennent aussi les indications fagiCives qui passent sous nos yeux comme des feux follets sans nous éclairer et sans nous servir de guide, et quel est le but de ces donnéca vagues ? Elles ne présentent guère que
des choses vulgaires ou indignes qui ont dû remplir la maisoo royale, presque toujours des actes de cruauté et des crimes dont on fait retomber tout le poids sur les membres de la famille royale. Ces indications ne se rapportent à la vie des peuples eux-mêmes qu'autant qu'il le faut pour avoir une matière h des choses vulgaires et indignes, à des cruautés et è des crimes. Si l'intention des historiens avait été de faire mépriser les rois mérovingiens et d'étouffer dans les cœurs toute compassion, toute pitié pour leurs infortunes, afln de faire natlre l'affection en faveur de la maison nouvelle qui s'était servie de ces infortunes co.mme d'un degré pour s'élever, ils n'auraient pu mieux faire en vérité; mais l'historien qui veut suivre la marche dos événemens et qui cherche à rcconnatlre les relations des peuples entre eux est d'autant plus péniblement affecté , quand il examine ces notions décousues ou incompréhensibles, qu'il reconnaît évidemment qu'elles portent le caractère du mensonge, qu'il ne peut les réfuter, et qu'il n*est pas dédommagé de ses efforts par le plaisir de trouver une réfutation satisfaisante. La plus misérable indication qui se rapporte à l'état de la société a sa valeur, valeur qu'on peut calcu* 1er d'après les circonstances, la marche des événemens, la situation des pays et les rapports des peuples entre eux. Une simple indication dos événemens, des noms et des dates a une importance réelle lorsqu'elle procède de témoins oculaires ou de contemporains, car l'intelligence y trouve l'occasion de rechercher la liaison des choses entre elles, et l'imagination est provoquée par là à donner des chairs et une âme au squelette. Mais aux continuelles accusations de vices ignobles, de bassesses et de crimes, fruits des passions les plus désordonnées et de l'oubli de toute morale, on ne peut rien opposer qu'un appel aux plus nobles sentimens du cœur ; encore ce qu'on peut gagner par cet appel n'éclaircit nullement Tobjet de rhistoirc, la vie et l'esprit, l'action et le résultat , la fondation et la destruction , le dé>* vdoppement cnOn des rapports humains et sociaux. I^ seule chose qui dans ce temps déplorable puisse causer quelque sensation de plaisir, c'est la silencieuse influeneedes hommes consacrés à Dieu, lesquels, comme saint Colomban et ses auxiliaires, tâchèrent d'arra* cher les hpmmes aux .passioos déréglées du
HISTOIRE DU PEUPLE AJ.LIÎMAND.
inonde cl à les diriger vers le véritable séjour du repos cl du bonheur. Mais ceux môme qui ont écrit la vie pieuse de ces hommes chrétiens appartiennent presque tous h une époque postérieure ^ par le vague de leurs récils et par rinexaclilude avec laquelle ils reproduisent les noms, ils prouvent combien Tépoque dont ils parlent leur est peu connue *, mais par la peine qu'ils se donnent pour entourer leurs héros de miracles plus que d'instruction et d'œuvres de vérité, ils perdent tout droit à la confiance^ ils ne sont pas non plus étrangers à la manie d'accuser sans preuves la race odieuse et persécutée des Mérovingiens , à laquelle leurs héros comme toute TEglise avaient tant d'obligations (2).
Trois choses certaines et positives peuvent nous donner quelques consolalions : Tempire continue à subsister, le peuple purement teutsch s'isole de plus en plus des mœurs romaines , le christianisme se propage dans tous les cantons du Teutschland qui appartenaient à l'empire des Franks. Au surplus, parmi toutes ces indications isolées, celles-là seules méritent notre attention qui ont trait aux relations sociales des peuples ^ les autres méritent à peine d'être brièvement mentionnées , car on ne peut en tirer que de très^médiocres avantages pour la connaissance des faits (3}.
Le roi Gunlchramn , le dernier des Gis de ChlolarP', qui lui-même était le dernier des petits-fils du grand Chlodwig, mourut cent ans après l'arrivée de son aïeule Chlotildis dans l'empile des Franks, l'an 593 de notre ère, dans la tr enle-lroisième année de son règne. Aussitôt Ghildcbert, roi d'Auslrasie, prit possession du royaume de son oncle. Les vassaux, qui savaient qu'il avait été adopté par Gunlchramn, semblent l'avoir reconnu sans opposition *, mais en mhme temps Childebert dirigeait sur la Neustrie une nombreuse année sous les ordres lu duc Wintrio, pour arracher à son cousin Chlolar, qui n'avait encore que neuf ans , ce royaume que, de même que sa mère et les grands vassaux d'Auslrasie, il avait convoité si longtemps. Landerich élail maire du palais en Neustrie. Il rassembla les ducs et les leutes pour maintenir le Jeune roi en possession du royaume de son père. Fredegundis se rendit elle-même à l'armée*, elle excita la bravoure des soldats par ses paroles et par ses présens ^ mais comme, suivant des traditions postérieures (4)^ elle eut
reconnu que l'armée des ennemis était trop Torte pour qu'elle pût espérer de vaincre en bataille rangée, elle ordonna que chaque soldat prît une grande branche d'arbre et que ses troupes , couvertes par ces branches comme par une forêt, s'approchassent de grand mallD de l'armée ennemie pour la surprendre-, elle ordonna aussi d'altacher des sonnettes au coq des chevaux, comme cela se faisait quand on les menait paître, afin que les sentinelles eonemiei, plus facilement trompées, ne crussent voir qu'uneforêtoù paissaient leurs propres cbeTaai (5). Ce stratagème réussit. Lorsque celle forêt mobile (6) fut arrivée non loin de SoitsoDs. près de l'armée ennemie, sans avoir été remarquée, les Neustriens s'élancèrent au sondes trompettes sur les Austrasiens endormis et ils en massacrèrent la plus grande partie^ le duc Wintrio lui-même ne se sauva que par m fuite précipitée. Fredegundis, s'avançaot jusqu'à Reims avec son armée victorieuse, dévasta toute la Champagne et ramena à Soissoos ses troupes chargées de butin et d% lauriers. Ainsi furent déjoués encore une fois lesyieax projets des Austrasiens contre Fredegundis et son fils.
L'an 595, Childebert fit la guerre m Warnes au rapport de Frédégaire; et nous devons en faire mention , parce qu'à partir de cette époque, le nom de Warnes, auquel on ne peut attacher aucun sens positif, disparaît de l'histoire. Ils s'étaient, dit-on, révoltés, et ils furent anéantis par Childebert. Ce qui paraît plus im|iortant , c'est la constitution de Childebert, laquelle nous a été conservée et peut se rapporter à cette môme année. Elle montre que même au milieu de la confusion qui régnait alors, on ne lais$ai| pas de chercher l'ordre et le droit, la sûrele des personnes et des propriétés. Car celle coostilulion prouve qu'il se tenait tous les ansdes assemblées nationales au commencement du mois de mars, conformémenl à l'ancien usage, et que
dans ces assemblées on prenait des mesures plus énergiques pour étouffer les passionsdcrégléc«ci ramener les hommes dans la voie légale. Celte ordonnance, qui amende la loi salique, élabln pour principe que tout homme doit rester en paisible possession de ce qu'il a paisiWcroeo possédé pendant dix ans ; mais elles étendent la prescription k vingt ans quand elle court contre les orphelins. Elle prononce la peine de ïï^