LIV. VIII
Contre le ràvissear d^one femme : aucune église ne peut protéger le coupable ^ mais si la femme enlevée Ta suivi volontairemenl, la peine de mort est commuée en bannissement par suite de leur fuite dans une église, et dans ce cas la femme partage la peine. Le meurtre est puni de mort, et aucune composition n'est admise pour ce crime ] et comme on aurait pu trouver la loi incomplète, cette constitution ajoute, comme disposition obligatoire, que celui que sept hommes reconnus intégres auront désigné sous serment comme voleur ou malfaiteur sera puni de mort même sans forme légale. Il est encore décidé que le juge qui aura laissé échapper un voleur de grand chemin subira la peine capitale; de plus, chaque centaine est assujettie à remplacer tout ce qui aurak été dérobé dans sa circonscription afin d'arriver plus facilement à découvrir le voleur. D'autre part on abrogea l'ancienne loi suivant laquelle les parcns étaient tenus de payer Tamende infligée à un membre de leur famille quand la fortune du condamné n'y sufiisait pas : celte disposition fut abolie parce qu'elle avait dépouillé trop de gens de leur, fortune. EnGn le travail du dimanche fut interdit sous peine d'une amende de quinze deniers pour un Frank, de sept deniers et demi pour un Romain et de trois deniers pour un serf. Ainsi celte constitution soumettait la société à un ordre régulier; mais les traces de ces institutions ont disparu presque entièrement du récil des historiens (7).
I/annéc suivante 596, Childebcrt mourut à Page de vingt-cinq ans. Des écrivains posléricurs font mourir en môme lemps sa femme Faileuba. peut-être seulement parce que les écrivains qui les avaient précédés n'en parlent pas après celle époque ; c'est peut-être aussi pour ceile même raison qu'ils onl attribué cotte double mort à un cmpoisonnemenl(8), et ils onl fait peser le soupçon de ce crime tantôt sur Brunhildis, lanlôl sur Frcdegundis , tantôt sur le parli qui antérieurement déjà avait conspiré contre les rois ; et si le soupçon pouvait paraître fonde, ce serait certainement sur ce parti qu'il devrait tomber avec le plus de force, car par la mort de Childeberl on arrivait à cel état de choses qu'avaient voulu produire le redoutable comte Rauching et ses partisans (9).
Les deux fils de Childeberl, Theudeberl et Theuderich , enfans de dix et de neuf ans, fuit
CHAP. VI
rent proclamés rois (10). Le sort donna au premier rAustrasic, et le siège de l'empire resta à Metz; le second obtint la Bourgogne, et Orléans fut sa résidence. Par suite de cet arrangement tout le pouvoir dut naturellement tomber aux mains des grands officiers et des vassaux du royaume, et la reine Brunhildis fut d'autant moins en état de s'opposer à eux, que précédemment ses indomptables passions l'avaient entraînée plus avaiit dans leurs intrigues. Que lui restait-il aussi à faire, si ce n'est de former un parli contre les partis et d'opposer les intrigues aux intrigues. Les vassaux et les grands officiers, suivant l'exemple fourni par le passé, conflèrent Tadministralion de l'empire à deux maires du palais, afin qu'il y eût au moins quelque ensemble dans la marche du gouvernement et que toute autorité ne fût pas anéantie. Le duc Wintrio fut maire du palais d'Auslrasie , le duc Warnachar le fut en Bourgogne. Les grands officiers et les vassaux pouvaient regarder comme nécessaire pour eux-mêmes^ dans la position actuelle , la réunion du pouvoir, tel qu'il était donné au roi , et avant tout celle du commandement supérieur de l'armée et de l'adminislralton des finances entre les mains du maire du palais, car le maire du palais, lorsqu'il aurait besoin de leur bras, serait obligé d'assouvir leur avidité \ ainsi cet officier devenait nécessairement l'homme de tous les partis-: dés lors chacun tâcha de le faire entrer dans ses vues et dans ses projets. Toutefois sa position n'était pas sans dangers, car s'il se laissait gagner par un parti , il pouvait être sûr d'exciter l'autre 6 la vengeance.
Mais les Neuslriens regardèrent les changemens survenus en Auslrasie et en Bourgogne, depuis que Childebcrt n'élait plus, comme une circonstance favorable pour reprendre possession des terres que Guntchramn avait réunies à son royaume après la mort de Chilpérich et que le décès de ce prince avait fait passer au pouvoir de Childeberl. Une armée neus- Irienne ayant à sa lèle la reine Fredegundis accompagnée de son fils Chlotar, entra dans Paris (11); elle s'empara aussi des autres villes et de leur territoire , et une grande victoire sur l'armée austrasienne et bourguignonne confirma et sanctionna la conquête que cette armée se flattait d'arrêter. Du reste cette victoire fut le dernier triomphe de la reine Fredegundis sur ses ennemis. Elle avait tou-
HISTOIRE DU PEUPLE AILEMAND
}ours su par son g^nie el par sa persévérance se garantir de leurs manœuvres ; mais elle n'avait pas réussi à réduire au silence la médisance et la calomnie. Elle mourut à Paris Tan Ô97 (12) au milieu des jouissances que peuvent donner la victoire et le bonheur. Son fils Ghlotar, âgé de douze ans, monta sur le trône royal, et les vassaux de son royaume lui restèrent fidèles.
• Un autre sort était réservé à la reine Brunbildis. Elle ne tira aucun avantage de son alliance avec Grégoire-lc-Grand , cet homme puissant, qui par son génie supérieur, son zélé pieux et sa fermeté courageuse, a donné au siège épiscopal de Rome une base si vaste et si solide qu'il a pu dans la suite être ébranlé mais jamais renversé. En vain elle favorisa de son pouvoir Tœuvre sainte du pontife , soutenant de tous ses efforts la fondation nouvelle dé TËglise chrétienne chez lesÂnglo- Saxons de la Grande-Bretagne ; en vain mérita-t-elle par sa piété et par ses vertus reloge de cet homme, le plus énergique, le plus actif et le plus prudent de son siècle; en vain fonda-t-elle un grand nombre d'églises et do couvens pour assurer un asile aux pauvres et aux opprimés, ou à ceux qui voulaient se livrer aux pieuses méditations; en vain chercha-t-elle par tous les moyens à répandre r humilité chrétienne; en vain fit-elle dire d'elle que, tandis que le duc des Bavarois, Tassilo, combattait les Avares avec la plus grande bra* voure,elle éloignait de la Thuringe les peuples slaves après une guerre difficile ; en vain rélablil-elle la paix entre les Franks et les Langobards ; en vain paya-t-elle de ses deniers la rançon des prisonniers langobards pour les rendre & la liberté (13) : les germes empoisonnés qu'elle avait répandus de tous côtés durant tant d'années commençaient a sortir de terre pour sa propre perte. Elle ne put contenir ni les seigneurs ni les prélats du royaumo; tous manquèrent pour elle de dévouement et de fidélité, tous consacrèrent leurs bras et leurs épées au parti qui leur offrait le plus d'avantages. Brunhildis fut méprisée dés qu'on put se passer d'elle, et si jusque-là on lui avait attribué autant qu'à Fredegundis la plupart des erimes qui désolèrent les Franks, on prit désormais l'habitude de l'en accuser seule.
Trois ans après la mort de son fils et lorsque le maire du palais Wintrio eut été assas-
siné, à son instigation,' dit-on, elle quitta la cour de son petit- fils Theudeberl pour se ren^ dre à celle de son autre petit-fils Theuderich. Suivant des traditions postérieures, elle aurait été bannie par Theudcbert,enfant de treize ans qui de plus, dit-on, était imbécile. On ajoute qu'elle erra seule et à pied, qu'un pauvre homme la rencontra dans son abandon, et sur sa prière la conduisit à Theuderich,qui I9 re« çut avec joie cl honneur, et qu'elle donna en récompense à son complaisant compagnon l'évèché d'Auxerre. Il paraît évident au sur* plus qu'elle s'occupait d'organiser une nou« velle expédition des deux royaumes contre Ghlotar, fils de son ancienne ennemie, et elle ne manqua pas son but, car Ton 600 une armée composée d'Austrasicns et de Bourguignona marcha contre le roi Ghlotar. Les troupes neustriennes se mirent en mouvement pour lui résister. Une bataille fut livrée à Dormeilies sur la Ouaine (14), non loin de Sens , et l'armée de Ghlotar fut complètement battue. Les villes et les cantons situés sur la Seine qui s'étaient rendus à Ghlotar après la victoire remportée autrefois par les Neuslriens sous la conduite de Fredegundis furent horriblement ravagés ; uno partie des habilans furent emmenés ^n esclavage, et le jeune roi se vit réduit à la dernière extrémité. Peut-être après cette victoire auraiton réussi à l'anéantir si vers ce temps un nouvel ennemi ne s'était montré dans les Pyrénées et au pied de ces montagnes : c'étaient les Wascons, qui parurent si dangereux qu'on crut nécessaire de marcher aussitôt contre eux avec une puissante armée (15). Gette circonstance sauva le roi Ghlotar-, cependant il fut forcé,dit-on,de renoncer à tous les pays compris entre l'Oise, la Seine et la mer, et consistant en douze cantons.
Brunhildis semble avoir acquis pour un moment une grande considération parmi les Franks à cause de sa victoire sur l'armée de Ghlotar; mais cette considération éphémère ne fut pas attribuée à son génie, mais à ses artifices ; et il est bien possible qu'abusant de cette victoire, elle ait formé des projets qui ne convenaient pas à cette époque ; il est possible que pour cette raison môme elle se soit de nouveau aliéné les esprits au moment où elle venait à peine de les gagner. Elle fut accusée d'avoir fourni des concubines au plus jeune de ses petits-fils , Theuderich , tandis que l'aîné ,