LIV. Vm, CHAP. VI
TJiCQdebcrts'étaitinariéàqitatorzeans^conlresa volonté, avec Bilichildîs, jeune fille bonne et iolelligenley qu'elle-même avait achetée comme esclaYe.Theudericheut,dil-on,unfiU à quatorze ao$, un «econd fils à quinze, un «troisième à seize, et ses trois fils furent appelés Sigibert, Childebert et Corb. On accuse encore Brunbildis d'atoir eu des liaisons criminelles avec l^taditts, qui était Romain ou Gaulois, à une époque où il s'était déjà écoulé trente-six ans depuis son mariage avec Sigibert, On dirait que dans ce siècle Tesprit de débauche dominait sur les enfans comme sur les vieillards. Protadius, il est Yrai, était un homme distingué, brave et péoétraot,quî jouissait à la cour du roi d'une grande considération ; mais comme il ne tarda pas à s'attirer la haine des leutcs royaux, son avancement rapide, dû à la faveur de la reine, fut considéré comme récompense d'ignobles services. Vers ce temps, le maire du palais de Bourgogne, Berthoald, dont on vante les mœurs, la sagesse, la bravoure et la fidélité, entra dans les cantons et les villes qu'on venait d'acquérir sur la Seine pour rechercher ce qui appartenait au fisc (16); mais il rencontra une armée neustrienne qui sans aucun doute voulait tirer parti des ëvénemens de la Gaule méridionale pour reprendre les villes et les terres que Berthoald allait visiter dans les intérêts du fisc : cette armée, dit-on, était commandée par le maire du palais Landerich et parMerwich, fils du roi Chlotar, qui lui-même nétait ftgé que de dix-neuf ans (17). Devant celle armée, Berthoald se sauva dans Orléans, abandonnant tout le pays Jusqu'à la Loire-, mais bientôt parurent les forces de la Bourgogne. Au moment où ces troupes Toulurent passer la petite rivière de Loé, ^lant à leur tête Berthoald lui-même; elles furenialtaquées par les Neustriens,et Berthoald trouva la mort dès le commencement du coml>at. Les Ncustriens toutefois furent battus ; Merwich, fils de Chlotar, fut fait prisonnier, et Theudérich entra en vainqueur dans Paris. Mais alors, à ce qu'il paraît, Theudcbert, roi d'Austrasie, s'interposa comme médiateur et OlcoDclureà Compiègue une paix qui laissa i chacun ce qui lui avait été précédemment M»ignè (18).
Au sujet de ces éYènemens,qui au fond sont faciles à comprendre, on dit que Brunhildis n'ayait suscité cette entreprise de Berthoald,
qui pourtant rentrait dans* ses attributions,que pour le perdre *, qu'afin de réussir, elle avait secrètement informé le maire du palais de Neustrie de ce qui se passait, et qu'elle lui avait fourni ainsi les moyens de préparer l'expédition qui avait eu de si heureux commencemens ; qu'ensuite elle fit assassiner Merwich« fils de Chlotar, devenu prisonnier. On prétend que ce dernier crime fut le résultat de son ancienne fureur, et que d'ailleurs toutes ses intrigues ne tendaient qu*& élever son amant Protadius à la dignité de maire du palais de Bourgogne, dignité que cette femme, si habile au meurtre, n'avait pu enlever autrement à son possesseur.
Protadius devint dans le fait maire du palais par l'influence de Brunhildis,avec l'assentiment du roi et sans doute par l'élection des leutes (19); et comme il se rendit bientôt odieux ù ces mêmes leutes, il est à présumer que la haine aura produit les fables qui se rapportent A son élévation telles que nous venons de les exposer. Protadius en effel était extrêmement sévère : il maintint les droits du fisc, chercha même à les augmenter, et par lA il offensa vivement la plupart des hommes les plus éminens du royaume, qui se croyaient humiliés parce qu'on les arrêtait dans leurs usurpations (20). Bientôt des difficultés s'élevèrent entre l'Austrasie et la Bourgogne ^ les motifs de cette querelle sont inconnus. Peut-être eut-elle son origine dans la dernière guerre contre Chlotar et dans l'intervention de Theudebert; mais d'après la tradition, ce fut Brunhildis qui attisa le feu et suscita la guerre contre l'atné do ses petitsfils, en prétendant que celui-ci n'était pas fils de Childebert, mais d'un jardinier. L'armée de Bourgogne entra en campagne,mais à contrecœur , probablement parce qu'elle avait pour chef Protadius. On établit un camp au lieu appelé Caraciacum (21) en face de l'armée austrasienne ; les leutes saisirent ce moment pour faire éclater leur ressentiment : « Il vaut mieux, s'écrièrent-ils, qu'un seul homme périsse que de voir péril toute l'armée. » Protadius jouait en ce moment dans la tente royale avec Pierre, médecin du roi ; la tente fut cernée avec de grands cris. Le roi voulut se rendre lui-même auprès des mutins, mais on l'en empêcha (22). Il envoya le duc Unci-* len (23) pour leur ordonner de se disperser;
ÎIISTOÏRE Dt PEUPLE ALLfeMAND.
mais Uficilcn, au lieu d'exéculer la volonté du roi, cria aux mulins : «Notre souverain Theuderich vous ordonne d'assommer Protadius. » A ces mots la multitude se précipita dans la tente royale, -qui fut mise en pièces, cl Protadius fut assassiné. Une paix avec Thcudebert suivit cet événement. La tradilion ajoute que plus tard Brunhiidis vengea son amant en faisant mutiler et dépouiller de ses biens le duc Uncilen et en ordonnant le meurtre du patrice Wuif, qui avait également pris une grande part à rémeute.
A la place de Protadius on élut pour maire du palais un autreGaulois,CIaudius(24). Après de telles scènes, les leutes ne pouvaient faire un meilleur choix : il leur était facile de prévoir que ce second Gaulois, devenu maire du palais, ayant sous les yeux le malheureux sort de son prédécesseur, éviterait avx^c soin tout ce qui avait amené cette catastrophe; par conséquent ils se flattaient d'obtenir de Claudius par la crainte (25) ce que Protadius leur avait arraché par son audace. Dans le fait on signale Claudius comme un homme prudent, affable, habile, patient, accommodant, instruit, Adèle et généreux*, on dit qu'il rechercha Tamilié de tous et s'accommoda de tout. Sans aucun doute on pouvait facilement pardonner à un homme doué de semblables qualités une sorte de lourdeur résultant d'un embonpoint excessif.
Mais Brunhiidis ne put éviter, même sous un maire aussi bon que Claudius, d'odieuses accusations. Theuderich, dit-on, fit demander en mariage Ermenborga, fille de Beiterich, roi des Goths d'Espagne. Il l'obtint et se montra d'abord satisfait de cette union, mais sa grand' mère et sa sœur Theudilana lui rendirent cette princesse tellement odieuse qu'il la renvoya au bout d'un an comme vierge (26), en la dépouillant de tous ses trésors. Les rois d'Espagne, de Ncustrie, d'Austrasie cl d'Italie voulurent, diton, faire la guerre à Theuderich pour punir une conduite aussi singulière ; mais celle guerre n'eut pas lieu, pour des motifs inconnus. Mais l'histoire ou plutôt la fable de toutes ces méchanéelés, de toutes ces jalousies féminines justifie assez bien le zèle avec lequel de saints hommes^ tels que Désidérius et Colomban, s'élevèrent contre les débordemens du roi. Le premier, Désidérius, évêquc de Vienne, fut, dit-on , pris et lapidé : cette mort cruelle lui
valut la couronne du martyre; Tautre, Colomban, avait quitté environ vingt ans auparavant avec des hommes qui partageaient ses idées, l'Irlande qui dans son éloignement des orag» du monde, avait conservé et fait avancer Tcsprit chrétien, l'humilité pieuse et la vie contemplative , tandis que sur le continent se déchaînaient les passions les plus sauvages. Colomban avait abandonné sa patrie plein d'un religieux enthousiasme pour rappeler aux hommes les vertus chrétiennes au milieu des désordres de la société et pour répandre pour des jours meilleurs des semences nouvciles de foi et de piété. Il s'était établi à Luxeu il (27), dans la solitude des Yosges. De là la renommée de sa sainteté s'était répandue au loin dans la Gaule et la Germanie, et ses prières furent souvent sollicitées avec beaucoup d'humilité et de grandes libéralités même par le roi Theuderich. Cet homme pieux se montra un jour à Bourcheresse (28), maison de plaisance où demeurait Brunhiidis. La reine lui présenta les trois fils de son petit-fils et le pria de leur donner sa bénédiction. Colomban refusa avec d'énergiques reproches de bénir ces enfans du vice. Alors on lui défendit ainsi qu'à ses compagnons de sortir du couvent. Toutefois il se montra de nouveau à la cour. Theuderich ordonna de recevoir ce saint homme avec respect. On lui prépara un magnifique banquet : mais Colomban brisa les vases, répandit le vin sur le sol, jeta les mets aux pieds des serviteurs et tonna d'une manière si formidable contre la débauche et le vice que ses auditours ébranlés promirent do se corriger. Comme cette conversion n'eut pas lieu , il écrivît au roi une lettre remplie de reproches amers, (29) cl il le menaça avec tant de force de l'excommunier qu'on crut nécessaire, sur rinsinuation, dit-on, de Brunhiidis, dans le cœur de laquelle vivait VaHcien serpent (30), de mettre, par la violence, des bornes à un zôlc si impétueux et si ardent. Mais Theuderich ne lui donna pas la couronne du martyr (31). Colomban reçut Tordre de sortir du royaume. Il n'obéit pas, et il se passa bien du temps avant qu'on osftt porter la main sur lui. Ceux qui durent enfin se charger de cette mission n'osèrent s'approcher du saint homme qu'en versant bien des larmes et en s'avançant à genoux ; ''< le prièrent de leur pardonner le grand crime qu'ils commettaient dans ce moment. Colom-
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ban parlil ; mais le cri de douleur avec lequel îl quitta son couvent retentit dans beaucoup de cœurs et fit particulièrement perdre aux Mqtoviogiens raiïection des ecclésiastiques.
L'union pourtant n'était point possible dans cette malheureuse ramillc. La reine Brunhildis fit, il est vrai, une tentative pour arriver à une réconciliation avccBilîcliildis, femme deTheudcbert, et par là à une concorde durable entre les deux frères, ses petits-fils. Mais les grands seigneurs d'Austrasie, qui aimaient un désordre où ils trouvaient leur avantage, empêchèrent toute entrevue de cette jeune femme avec la vieille reine, et pourtant ils ne la protégèrent pas contre la mort violente qu'elle reçut bientôt après, dit-on, des mains de son mari. D'autre part, Tan 61 0, ils prirent possession de TAIsace, qui jusqu'alors avait fait partie du royaume de Tlicuderich et que ce prince aimait beaucoup parce qu'il y avait passé sa jeunesse. Malgré cette usurpation, on désira encore dans ic royaume deTheuderich éviter la guerre. On offrit de faire décider la querelle par des moyens légaux ; une entrevue entre les deux rois fut proposée et acceptée : elle devait avoir lieu A ScKz, entre Zabern et Worms. Theudcrich se présenta, comme on en était convenu, accom- ))agnéd*une troupe de dix mille hommes (3-2). iMaisles Austrasiens,qui voyaient leurs prétentions sur un pays purement teulsch favorisées par la position môme de ce pays, et qui sans doute en seraient restés possesseurs par une décision prise avec bonne foi et honneur, se montrèrent avec des forces bien plus considérables, cernèrent l'armée bourguignonne et forcèrent par leur supériorité numérique le roi Theudcrich et les siens à leur accorder laos autre forme tout ce quïls réclamaient. Ainsi l'Alsace, le Sundgau, le Turgau et la Champagne furent ajoutés au royaume d'Austrasie. Le traité qui confirma cette usurpation semble avoir été hâté par cette circonstance quelesAllemanni, qui n'avaient pas supporté sans douleur et sans mécontentement leur réunion au royaume de Bourgogne, profitèrent du moment pour se soulever et s'avancèrent les armes à la main au delà du mont Jura jusqu'à l'ancien Aventicum , appelé aujourd'hui Avenches et Wûfiisbourg ( 33 ). Deux comtes bourguignons, Abbclin et Herpin, entrèrent, il est vrai, en campagne pour
t opposer à leurs dévastations^ mais les Aile*
CilAP, ^ J.
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manni les battirent, ravagèrent tous les environs d'Avcnticum , firent un grand butin et beaucoup de captifs. Le traité de Seltz couvrit aussi ces excès.
Mais les rcsscnlimens n'en furent que plus vifs chez Brunhildis, chez Theudcrich et chez les Bourguignons. Il semble que déjà auparavant on avait établi des relations plus amicales avec Chlolar, roi des Neustriens *, car on assure que Chlolar tint sur les fonts baptismaux un fils de Theudcrich, Merwich. Après le traité ignominieux deScIlz , ces relations furent resserrées. L'ancienne opinion que Theudcbert n'était pas fils de Childcbert fut répandue de nouveau, et Ton proposa au roi Chlolar un traité d'alliance contre ce prince. Chlotar devait obtenir Tagrandissement de son royaume, pourvu qu'il s'engageât seulement à ne pas secourir ce roi iliogilime. Chlotar, resserré dans un petit royaume et désirant en étendre les limites, accepta cct!c proposition.
Theudcrich rassembla une armée à Langres Tan 612*, il marcha avec elle par Andiau sur Tout : là se tenait Theudebert avec les Austrasiens.On en vint à une bataille. Theudebert fut batfu et son armée dispersée^ il s'enfuit par Melz à Cologne, et Theudcrich poursuivit les fuyards. Léonisius ou Lindégasius (34), évèque de Mayence , qui détestait l'incapacité de Theudebert, vint au-devant du roi Theudcrich et l'excita par des paroles équivocfues (3ô) à achever Tœuvre qu'il avait commencée. Mais il était plus facile de donner ce conseil que de le suivre. Sans aucun doute l'armée victorieuse trouva des obstacles qui l'empêchèrent de |)oursuivre rapidement sa victoire, car Theudebert eut le temps de rassembler de nouvelles troupes parmi les peuples teùischs de la rive droite du Rhin , parmi lesquels on nomme les Saxons et lesThuringiens, et de leur faire passer le fleuve. Pendant ce temps, Theudcrich avait traversé avec son armée la forêt des Ardennes. Une seconde bataille fut livrée entre les deux rois près de Zulpich. D'après l'assertion des plus anciens historiens qui parlent des événemens de cette époque, jamais les Franks n'avaient eu à soutenir de combat aussi meurtrier. Des deux côtés tombèrent un grand nombre de braves , non pour leur patrie et leur liberté , mais pour de vaines querelles suscitées par les passions désordonnées de ceux qui les commandaient « passions que rien ne pou-